chapitre IV
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Arafcs ce triomphe, le très-îllostre comte de Flandre, Robert, fit Tœu que dans l’enceinte de ses domaines, il bâtirait un monastère de moines , en l’honneur du glorieux apôtre André, le protecteur de la milice sacrée. Mais comme l'amour du Christ le retenait sur la terre étrangère et que néanmoins une si grande ferreur 1 animait pour le saint apôtre de Dieu, qu’il ne voulait pas attendre son retour en Flandre pour exécuter son vœu, il donna des lettres à quelques-uns des plus nobles et des plus fidèles seigneurs de ses amis , les priant de retourner en Flandre , pour informer sa douce et noble épouse Clémence qu’elle devait, sans retard, faire construire en l’honneur de saint André , un monastère dans le lieu qui s’appelait Bethferkerke , de Bethferd, son fondateur, et qui aujourd’hui porte le nom de Straten, et quelle devait y établir des moines remplis do religion et de vertus.
O héros, digne des plus grands éloges, une telle ardeur t animais pour la propagation de la foi chrétienne , que ni 1 affaire qui te tenait le plus à cœur , ni la tendre affection que tu portais à ta chère épouse et à tes enfans, ne purent te rappeler dans la terre natale, jusqu’à ce que tu eusses mené à bonne fin ce que tu avais entrepris.
La pieuse comtesse ayant appris le désir de son époux, résolut d’accomplir de suite cette œuvre de piété. Mais comme le beu désigné dans les lettres , était soumis nia jurisdiction des évêques de Tournai, elle se rendît
tranquillement, sans que personne puisse les inquiéter, ni les soumettre à aucune exaction.
« Nous autorisons aussi l’abbé ou les moines à établir au meme lieu un prêtre, qui devra recevoir de l’évêque ou de ses ministres le soin de diriger les paroissiens, et rendre compte tant pour lui que pour eux.
« Afin que personne ne tente de violer les pouvoirs accordes par le présent privilège, nous menaçons d’anathème celui qui l’essaierait, et après l’apposition de notre sceau, nous avons signé en présence de ceux dont les noms suivent:
« S. du seigneur Baudry, évêque. — S. de Lambert, archidiacre. — S. de Désiré, doyen. — S. de Bertulf, prévôt. — S. de Tancard. — S. de Walbert. — S. de Blitron. — S. de Guy, chancellier. — S. de la Comtesse Clémence. — S. du châtelain Robert. — S. de Conon. ■ — S. de Lambert Nappin. — S. de Tagmar. — S. de Fredebald.
« Fait à Bruges , l’année de l’iiicamation de notre Seigneur 1100. Huitième indiction, sous le règne du roi Philippe, et sous l’épiscopat de Baudry, Robert-le- Jeune avec son épouse, gouvernant le pays. »
Du privilège que nous venons de transcrire, il résulte qu’il ne fut conféré que lorsque notre très-glorieux comte Robert fut revenu de son pélérinage de Jérusalem , quoique son obtention eut été sollicitée presque deux années auparavant. Même les moines n’avaient pas encore été établis dans le monastère dont il avait prescrit si soigneusement la fondation, mais l’édifice avait été construit d’après ses vœux.
Notre très-pieux fondateur le comte Robert étant revenu dans sa patrie, et voyant que sa volonté n’était pas encore entièrement accomplie, songea aussitôt à mettre
fin à cette affaire sans plus de délai; c’est pourquoi il nous a accordé le privilège dont la teneur ' suit :
« Moi Robert, après Dieu souverain de toute la Flandre, suivant le conseil divin qui dit : Amassez des trésors dans le ciel où ni la rouille ni la corruption ne les détruiront ; considérant en outre que la richesse et la gloire de ce monde sont périssables, j’ai jugé nécessaire de faire exécuter , par les mains des fidèles , un projet dont le résultat demeurera intact à ma mort. J’ai donc obtenu du seigneur Baudry, dans l’intérêt de mon salut et de celui des miens , qu’il déclarât libre et m’accordât en don , en l’honneur de saint André , l’église de Bethferkerke qui est aussi appelée Straten. De ma pleine autorité j’ai déclaré libre et consacré â l’apôtre ci-dessus nommé , ce lieu , pour qu’il y fut construit un monastère, exemptant l’église de deux parts des dimes, et de la soumisson à mon pouvoir, ainsi qu’à quelque pouvoir que ce soit.
« Et comme aujourd’hui le couvent d’Affligbem ex^Ie une odeur de sainteté, j’ai codfié la direction de la nouvelle église à l’abbé d’Ailligliem , nommé Fulgence, et à ses successeurs en dignité ; le tout à condition que, selon que les localités le permettront, il envoie au monastère de St-André des moines do son couvent.
« Dans la suite, si la nouvelle église s’enrichissait par la protection de Dieu et à l’aide des offrandes des fidèles, il devra, pour autant qu’il le pourra, augmenter le nombre des moines , les tenir sous son autorité pastorale et les gouverner avec la prudence paternelle qu’il emploie pour les religieux de son propre monastère.
« Et enfin que nul de mes successeurs ne puissent ôter à cette église nouvelle les privilèges que je lui accorde,
ou les avantages que d’antres fidèles pourraient Ini faire» j’ai ratifié lé présent par l’apposition de mon sceau.
<1 Cette donation a été faite à Bruges , en présence des témoins soussignés :
« S. d’Etienne de Bœnlar. — S. d’Amaury de Ninove.
— S. de Gaultier Flament. — S. de Teinard, châtelain de Bourbourg. — S. de Froolfe, châtelain de Bergue. —
S. de Tierry de Esne. — S. de Haket, fils du châtelain.
— S. de Radulphe et de Renemar son frère. — S. de Katebald.
« Fait l’année de notre Seigneur 1100. »
Le même comte, notre fondateur, accorda en outre d’autres privilèges , par exemple que nous pourrions élire un abbé et devenir indépendants du chapitre d’Alllighem, du moment que notre couvent, par suite de largesse des fidèles, serait en état de founir à douze moines , les choses nécessaires à l’existence , et qu’alors , avec cet abbé particulier, nous demeurions afiranchis de toute juridiction , étrangère. ^
Afin que cette condition d’affranchissement fut garantie intacte aux futurs enfants de St-André, on en soumit les clauses , de l’iivis et par l’intermédiaire du susdit Baudry , évêque de Tournay etdeNoyon,ainsi que du consentement du chapitre d’Afflighem , au souverain Pontife Urbain II qui occupait alors le trône apostolique , et qui les approuva et confirma par privilège.
Par la suite, tous ces privilèges furent dérobés par un moine sacrilège, déchirés et détruits, de sorte que nous n’avons jamais pu en recouvrer une copie. Nous verrons plus loin comment ce sacrilège éprouva les terribles cfiets de la vengeance divine.
Lorsque tout fut ainsi réglé, et le bâtiment convenablement approprié à l’habitation des moines, Fulgence
dont nous avons parlé ci-dessus, premier abbé d’ABligbem, envoya, la 17” année de la fondation de ce monastère et la 18* de son administration, au couvent de St-André, des moines d’un grand mérite, leur donnant pour chef un certain Ludolf, homme très-vénérable et renommé pour la pureté de ses mœurs. Ils s’établirent dans le nouveau monastère, l’an de notre Seigneur 1117, aux kalendes d’août. Pendant quatre-vingt-sept années notre couvent ne fut qu’un prieuré, gouverné par les soins des abbés d’Affllighem.
Je dois faire remarquer ici que , quoique le fondateur du monastère de St-André fut le très -noble comte Robert de Flandre, comme le démontrent les faits que nous avons rapportés plus haut, il est cependant vrai de dire que Tanchmar, homme connu par ses richesses et son pouvoir, engagea ce prince à commencer cette sainte entreprise et l’aida constamment à l’exécuter. Sans enfants et voulant que Jésus-Christ hérita d’une partie de ses richesses, cet hoiq^c pieux désirait bâtir, en l’honneur du Fils de Dieu , un monastère qui put convenir à quelqu’ordre monastique. Comme il sentait néanmoins que le poids d’une aussi vaste entreprise excédait ses forces, il alla trouver le comte de Flandre, Robert, qu’il connaissait fort bien, et lui demanda conseil et assistance. Notre très-pieux comte, charmé de l’intention de Tanchmar, et de l’ardeur qu’il montrait, lui fit don, en présence de ses barons, d’une église et de ses dépendances qui relevait du dit comte et située tout près do la maison de Tanchmar, et s’appelait Bethferkerke , du nom de son aïeul. Cette donation fut faite sous la condition qu’il bâtirait un monastère an même lieu ainsi qu’il en avait conçu la pensée* Tanchmar, au comble de scs vœux, fit aussitôt, dans
Fîntérêt de la neavelle église, par l’intermédiaire do comte, don du bâtiment et de ses dépendances, libre de toute juridiction laïque, à Radbod, évêque de Noyon et de Tournay. L’évêque, voulant de son côté contribuer, autant que possible, à la prospérité de la future église, déclara frappé d’anathème tout noble qui oserait porter atteinte à cette donation.
Pendant que ceci se passait , il arriva que tous les princes chrétiens, ainsi que leurs sujèts furent vivement excités, comme nous l’avons dit plus haut, à marcher à la délivrance de la Terre sainte.
Notre comte Robert de Flandre pour exécuter dignement cette entreprise , n’épargna ni fatigues , ni dépenses. U en résulta que ce qui avait déjà été pieusement arrêté, et même mis en partie en exécution, dût être diflëré par cet événement. En outre, Radbod, évêque do Noyon et de Tournay, mourut à cette époque, et le vénérable Baudry lui succéda dans ses évêchés. U arriva de ces divers ^pêchements que tout ce que le noble Tanchmar avait si louablement commencé, fat presque sans résultat. Mais par la suite, lorsque notre illustre comte Robert fut réduit dans Antioche à la dernière extrémité, ainsi que les autres chrétiens, et que le ciel lui fit la faveur de relever son courage par une apparition divine de saint André , par l’intervention duquel il obtint la victoire, il fit vœu aussitôt de ne plus dificrer l’achèvement de ce qui avait été si louablement commencé avant cette sainte croisade. Il ordonna qu’on dédiât ce monastère à saint André , et remplit par la suite inviolablement ses promesses, comme nous Pavons expliqué plus au long ci-dessus. Le même comte, notre fondateur, nous conféra en outre les plus belles armoiries : c’était une tête blanche de lion , placée sur
un champ noir, ornée d’une couronne d’or et portant au cou une chaîne aussi d’or , garnie d’une petite eroix du même métal. Ce lion avait la gueule béante et lampassée : de chaque côté de ses armoiries était placée une crosse d’évêque. La paroisse de Hautauwe porte les mêmes armes, mais j’ignore de quel droit ou par quel motif cela a lieu, et jusqu’à présent je n’en ai encore pu trouver aucune raison satisfaisante.