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CHAPITRE IX

I.e Comte de Raodan. — Les La Rochefoucauld, — Fulvie Pic de la Mirandole. — Yves d'Allègre et la marquise d'Estrées. — Jean de Lamothe-Arnauld. — Une sirène. — Amours et trahisons. — Randan, chef de la Ligue.

. Le chef est Tâme d'un parti. S'il est populaire, sa cause gagne en popularité.

Le grand mouvement de la Ligue eut cette chance inespérée de n'avoir à sa tête que des hommes d'élite, mis en relief par leur naissance, parleurs talents, exerçant sur la. foule une sorte de fascination. ,

A Paris, à Blois, en France, Henri de Guise, son chef suprême, fut le Gédéon miraculeux envoyé par la Providence.

En Auvergne, — dans la Basse Auvergne, du moins, car c'est surtout à ce milieu que se restreint notre

èQ CHRONIQUE DE LA LIGUÉ

récit, — Louis de La Rochefoucauld, comte de Randan, joua un rôle analogue. Il était le GuiM de la contrée.

• Jean-Louis, disent les historiens, fut Tun des hommes les plus hardis et les plus intrépides de son temps. Distingué par son rang, par sa fortune, par ses alliances, par la faveur des souverains, il possédait en outre au suprême degré les façons insinuantes, les grâces qui séduisent, le don de plaire et d^ persuader. Il joignait à cela un esprit vaste et délié, une capacité supérieure, les qualités du cœur et le physique le^lus aimable qu*il soit possible de rêver.

Au demeurant, c*était un gentilhomme de trente-deux ans environ, à la taille svelte, attirant Taffection par son sourire et la conservant par sa bonté, poli, facile, mais inflammable et jaloux jusqu*à la fureur, même d*une courtisan^. Sa physionomie, majestueuse d*habitude, se mobilisait aux moindres impressions du sentiment. Fanatique de la guerre, fanatique de la chasse, fanatique de Tamour^ il passait avec frénésie du bal aux massacres, de l'oratoire au boudoir, — chose qui n'avait rien d'extraordinaire en soi, à cette époque d'exaltation héroïque et de martiale galanterie, où l'enthousiasme de l'amour était porté à ce point que l'on se tirait des palettes de sang pour écrire à sa belle et où l'on mettait pour un mot, pour un geste, flamberge au vent. Plus la vie est précaire, plus on veut en épuiser les charmes.

Représentant d*an nom historique depuis plusieurs siècles, Jean-Louis était un des plus grands seigneurs de la. province. Sa famille était puissante ; ses membres , qui mouraient jeunes d'habitude, avaient rempli * la. cour les charges les plus élevées.

I^i:*ançois, premier du nom, son aïeul, prince de ^a.r'oillac, avait tenu François P"" sur les fonts baptis- ^a.u3c. François II, son grand-père, avait épousé la c®lèl>re Anne, de Polignac, veuve du comte de SanceriT'^^ parent de Racan. La tradition rapportait Qu'elle avait été, durant son veuvage, ardemment ^ina^e par Bayard dont le cœur battait lorsqu'il aper- ^^^^ît récharpe de sa dame flottant sur le haut do la ^c>ur* occidentale. Elle avait reçu dans son château do ^^ï^teuil les enfants de France et l'empereur Charles- ^uint.

Charles, son père, colonel-général de l'infanterie, ^^*^ît tué de sa main, au siège de Metz, Henriquez de

"ntiriques, lieutenant de Louis d'Avila, colonel de \ * * ^tifanterie espagnole. Puis, après une brillante am-

*^^8ade on Angleterre, il était mort à la fleur de son

^ge, fauché à Rouen par la mitraille.

Charles avait épousé Fulvie Pic de la Mirandole, ftllc puînée de Galéas Pic et d'Hippolyte de Gonzague.

Fulvie n'était pas une femme ordinaire. Veuve à VJDgt-deux ans, dans tout l'éclat de sa jeunesse, elle quitta la cour, où elle était dame d'honneur de Louise Ue Vaudemont, et vint se confiner à Randan. Elle

s*hâbillait, dit Brantôme, et se bouchonnait comme une religieuse. Le monde lui pesait; sa beauté même lui ëtait devenue odieuse. Elle fit enlever de ses appartements tout ce qui pouvait la lui rappeler. Le chagrin laissa bien vite des traces sur sa figure. Obligée un jour de quitter sa retraite, elle aperçoit dans un miroir une dame imposante, sévère, sans coloris ; elle salué, étonnée de voir chacun de ses mouvements répété. Elle avait bien pu ôter de ses yeux l'image de sa jeunesse, mais non en efi'acer Timage au fond de son âme. Elle se croyait toujours belle.

Fulvie se réfugia de plus en plus, avec une incessante sollicitude, dans l'éducation de ses quatre enfants surTespritdesquels elleconserva une grande influence.

Quand sonna Theure de la Ligue, Louis, son fils aîné, était gouverneur d'Auvergne, poste auquel il avait été nommé par Henri III à la mort de Saint- Hérem, à un âge où Ton n'occupe guère des fonctions aussi importantes.

François, de trois ans moins Agé, abbé de Tournus à quinze ans, évêque de Clermont à vingt-six, dirigeait son diocèse avec une rare énergie.

Alexandre n'était encore que prieur de Saint-Martin-lcs-Vallées, abbé de Saint-Pourçain , mais n'en avait pas moins, avec son frère l'évéque, fait partie de la députation du Clergé aux Etats-Généraux.

Marie-Sylvie, le dernier enfant, était mariée à Louis de Rochechouart, seigneur de Chandenier.

La terre de Randan faisait, au débat, partie du duché d'Auvergne. La suzeraineté en avait donc appartenu au duc Jean de Bevry, puis aux ducs de Bourbon avant d'être réunie à la couronne. Depuis lors, son illustration réside eu grande partie dans le grand nom des familles qui l'ont tour à tour possédée : Château -Randan, Saligny, Chalençon, Polignac, La Rochefoucauld, Senecey, Bauffremont, Foix, Lauzun, Durfort, Choiseuil-Praslin, Adélaïde de France, Montpensier.

Elle avait dans sa mouvance les terres de Jussat, Beauraout, Pragoulin, Hauterive, Maulmont, Luguet...

Une Gruerie, tribunal spécial chargé de la police et de la conservation des bois , dépendant de la Maîtrise des eaux et forêts de Riom, fonctionnait uniquement pour les forêts du domaine.

Le manoir se composait de tours placées entre trois corps dç logis se dressant au sein d'un des plus beaux sites do la Limagne. Un vieux monastère flanquait le château féodal. De la terrasse, l'horizon se déployait avec une véritable magnificence : à gauche, le château de Busset, élevé depuis près d un siècle ; audessus, dans la vallée, Mariolles, Ris, prieuré de l'ordre de Cluny , non loin duquel coulait l'Allier ; au-delà, Chateldon et Puy-Guillaurae ; plus loin, Lavesne, Nosillat, Montpeyroux, Barante, Thiers

Malgré l'austérité de Fulvie de la Mirandole, le château était fréquenté par de nombreux gentilshom-

mes, gais, bruyants, bons drilles, joyeux viveurs, accourant en parties de cavalcade ou en rendez-vous de franche repue. Los voûtes répercutaient les éclats sonores des buveurs choquant ensemble les transparents gobelets ambrés de vin muscat, chantant Pamour, Tespérance, la gloire ou la chanson favorite de la Soxibenanço (souvenance). L*airs*épaississait sous les premiers flocons de cette plante appelée tour à toMT petum, herbe à Nicot, tabac, qui commençait à envelopper le monde d*un nuage de stupéfiante fumée.

Parfois, les chevauchées, sonnant du cor Thymne à saint Hubert, franchissaient la porte surmontée des armes do la Rochefoucauld : burelées d'argent et d'azur, à trois chevrons de gueule sur le touti s*en fonçant dans les fourrés, la meute en avant, pour courre le cerf et le sanglier.

Louis, élève de Pinatel, le célèbre écuyer italien, marchait en tête sur un de ses deux chevaux favoris, Mouton et Frontin, accompagné par son fidèle écuyer. Le Digne, seigneur de l'Epine et de Fontenay, l'ami de Beroald de Verville et d'Antoine de Laforest, soldat et poète tout à la fois, qui devait un jour chanter les hauts faits auxquels il aurait pris part.

Au nombre de ces joyeux convives se distinguaient deux jeunes seigneurs, marqués au front, comme le maître du logis, du signe des vies précocement agitées, des destinées fatales. On les appelait Yves, marquis d' Allègre et Jean Arnauld de Lamothe.

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Le premier figurait parmi les plus assidus du comte, le second parmi les plus intimes. L'amitié les avait unis» Tamour devait les diviser. Depuis Judas, dans toutes les trahisons il y a un baiser.

Yves d* Allègre, baron de Meillaud, colonel de la cavalerie légère, était le lieutenant du gouverneur de la province. On le disait brave jusqu'à la témérité, généreux jusqu'à la prodigalité. Il avait cent fois ex* posé à tous les hasards sa personne et sa fortune. Il venait de tuer en duel le meurtrier de son père, le baron de Vitaux, son cousin. Il se ruinait de débauches et s'enrichissait de batailles. Magnifique dans ses goûts, recherché dans sa personne, il aimait à parader revêtu de pourpoints tailladés de dentelles, portant la fraise à grands canons, lacasaque de velours passementée d'or, sur laquelle flottait un manteau bleu d'azur lamé de broderies. Les honneurs le flattaient autant que la gloire. Son caractère, inflexible en public, se laissait aijsément subjuguer dans la vie privée, surtout par les femmes, auxquelles il ne savait rien refuser.

Il était à cette heure au pouvoir de la marquise d'EsTRÉES, qui avait quitté Paris pour le suivre en Auvergne.

Françoise Babou de la Bourdaisière, mère de deux fils et de six filles, parmi lesquelles Gabrielle d'Estrées, n^était pas, on le sait, d'humeur vertueuse. Par sa conduite, ouvertement dissolue, elle avait justifié le pronostic de son mari, une espèce de Caton, qui

s'était écrié : « Cette femme fera un clapier de p

de toute ma maison. »

Elle était belle encore en dépit de son âge.

Après avoir livré à de nombreux amants sa tète de sphynx chargée, en guise do bandelettes» de torsades de perles, après les avoir quittés sans que son œil bleu d'acier laissât transpirer le moindre regret, elle s'était sentie domptée, — pour le moment du moins, — par ce fier et robuste gentilhomme, si différent des grêles amoureux qu'elle avait connus, beauté virile, presque sans grâce, mais superbe, grand chasseur, grand marcheur, fort à étrangler un loup. Pour lui èlleétaitdevenue ardente et lascive, s'efforçantd'étreindre, dans ses bras magnifiques encore, sa dernière passion. Nous verrons, hélas ! que la grande dame devenue courtisane, ne se piquait pas de constance, même dans l'adultère.

Jean de Lamothc, le second compagnon du comte, que nous avons signalé, sortait de cette maison des Arnauld, dont on a dit qu'elle était née pour la gloire du nom français.

Par son père, Antoine Arnauld, seigneur de LamothQ et de Villeneuve -Polerande, procureur général de Catherine de Médicis, sauvé par elle lors de la Saint- Barthélcmy, il était admirablement vu à la cour. Par ûsl mère, nièce du chancelier du Bourg, iljouissait dans la province d'une situation exceptionnelle. Il avait sept frères et quatre sœurs nés d'un second

lit, toiis pourvus d'offices considérables : Antoine d'abord, l'avocat fameux, époux de Catherine Marion dont le nom est resta célèbre, père d'Arnauld d'Andilly, grand-père d'Arnauld de Pompone ; puis un intendant des finances^ deux contrôleurs généraux des Requêtes , un général des Carabins. Il était luimême trésorier de France au Bureau des Finances de Riom', en temps de paix, quitte à. devenir soldat en tetaps de guerre.

Une étroite camaraderie existait entre lui et Ran-

dan avec lequel il avait vécu les heures de jeunesse,

les heures de chasse et les heures de rêveries. Même

âge, mêmes penchants, même ardeur au plaisir, même

manière d'être et de sentir.

Jean avait épousé la fille du baron de Saint-Georges et en avait une fille. Louis avait épousé sa cousine, Isabelle de La Rochefoucauld, et comme Arnauld, avait aussi uneiîlle, Marie-Catherine, plus tard marquise de Senecey et duchesse de Randan.

Mais les deux amis étaient de leur temps où la fidélité ne passait paâ pour une vertu de bon ton, où, oomme TaSpic de Cléopâtre, le vice s'était glissé dans la corbeille de fleurs composant la société du xvi® sîècje, société faite de beauté matérielle et de laideur ïïiorale. Du haut en bas de l'échelle sociale, la déprav-ation est à l'ordre du jour. L'abîme se trouve au Commet. La duchesse d'Etarapes, Diane de Poitiers, la belle chasseresse de Jean Ooujon, Marie Touchet,

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tontes reines de la main gauche, gouvernent successivement François I". Henri II, François II, Charles IS- Henri II! a ses mignons. Guise a M""" de Sauves, 1« Béarnais la jolie Corisande, tandis que Margot voltige de la Môle à Coconas. L'époque do la Ligue compte plus d'amazones sans scrupules que n'en comptera la Fronde.

Ainsi que d'Allègre, Jean de Lamothe et Louis de Randan réalisaient assez exactement ce type dépeint avec complaisance par Hrantôme, qui place sur le même rang la paillardise et le courage. Amateurs du guilledoQX, ils fredonnaient à tous les échos le refrain d'amour :

printemps! jeunesse do l'année, jeuneast! ! printemps de la vie.

Ils éparpillaient leur cœur aux surprises de l'occasion, aux caprices de l'aventure.

L'aventure du moment se nommait Colette. Mais à l'impression qu'elle avait produite , à l'importance qu'elle prenait dans l'existence des deux raffinés, on voyait bien qu'il ne s'agissait plus d'un de ces sentiments vite éclos, vite fanés, qui s'épanouissent et meurent avec la rapidité de l'éphémère.

Le hasard les avait mis en présence dans un sentier

perdu, au fond des grands bois qui entourent le château, au mois où reverdit la nature, où la sève monte aux branches et aux cœurs.

Colette avait été pour eux une troublante apparition. Impossible de rencontrer une créature plus capiteuse, aux amorces plus sensuelles. Tout était éclatant en elle, le rire, la bouche, les yeux, — un coup de soleil. C'était une sorte de petite bohémienne qui avait de la gazelle, de l'hyène et de la bacchante. On voyait dans son attitude je "ne sais quelle rébellion sauvage qui effrayait et, en même temps, un abandon espiègle qui attirait involontairement. Monstre charmant qui cachait la femme et qui répandait des séductions violentes par ses cheveux tordus en serpents, par ses regards allumés, par les charbons ardents de Ses lèvres s'ouvrant sur de petites dents aiguës de l>éte féroce.

On disait bien qu'elle était née d'un certain de LafVDrce, d'origine inconnue, bas officier dans la compagnie de cavalerie du marquis d'ÂlIègre, mais en x^ëalité, elle était fille du vent de la mer, des rayons ciu soleil et du parfum des orangers.

Plusieurs fois depuis la première rencontre, sans qu'un aveu formel eût été échangé, sans qu'un rendez- ^""ous eût été donné, ils s'étaient retrouvés sous la futaie ombreuse , respirant ensemble les fraîches effluves printanières parfumées de Todeur des aubépines et des églantiers. Assis sur la pelouse naissante

semée de primevères bleues et de pimprenelles jaunes, ils s'étaient surpris à écouter ensemble bourdonner Tabeille autour des bourgeons entr'ouvcrts et à regarder le bouvreuil faire en chantant son nid dans le buisson.

Puis ils s'étaient lassés de cette églogue classique. Ils franchissaient alors à une rapide allure la distance qui les séparait de Riom pour entretenir un moment la jeune femme, dans son boudoir où voltigeait une odeur capiteuse comme celle des mousses rousses et d'où ils emportaient les pénétrants parfums do la volupté.

Ils l'aimaient ! Mais les aimait elle? Et dans ce cas, lequel des deux aimait cette fascinante sirène ?

Cependant la marquise d'Estrées, la Phryné aux ardeurs toujours inassouvies, était hantée d'un nouveau caprice. Adultéra veni/ica était l'antique devise à laquelle elle ne devait pas faillir. Elle n'avait pu voir sans le désirer le jeune, beau et brave comte de Randan, d'autant plus désirable à ses yeux qu'il poursuivait de ses vœux une autre femme et qu'il était l'ami de son amant.

Un jour ou plutôt une nuit, chez un baigneur étuviste à la mode, autour d'une table où l'or étincelait par poignées, croisant sa lumière fauve aux rayonnements des girandoles, elle avait cyniquement jeté comme epjou devant Louis de La Rochefoucauld la clef de son boudoir. Elle avait payé rubis sur l'ongle,

bien que son gagnant lui eût fait crédit sans trop de peine.

Mais cette nuit n'eut pas de lendemain. Le comte s'arracha à ses baisers empoisonnés comme on s'arrache à un mauvais rêve. La marquise, brutalement dédaignée, humiliée dans son orgueil, déçue dans son espoir, jura de se venger d'une façon cruelle. Son cœur dépravé s'ouvrit à la haine comme il s'était ouvert à l'amour. Elle se plaignit à d'Allègre des poursuites dont elle était l'objet de la part du comte, elle aiguillonna son amour-propre, surexcita son ambition, nargua son attachement et n'eut pas de répit avant d'avoir semé la discorde entre le gouverneur et son lieutenant. D'Allègre, aussi léger que présomptueux, oublia ses anciens serments et se disposa à traverser les desseins de Randan qu'il jalousait et qu'il appelait V enfant fortuné.

Randan était sans défiance. Colette absorbait sa pensée. Il cherchait dans son visage mobile, dans son langage vibrant, dans son geste nerveux l'impression produite, pénôtré du charme onduleux des jours de séduction, mordu par les acuités jalouses des jours de révolte. Colette était pour lui une énigme : sa beauté étrange offrait les mêmes contrastes que son caractère. Harmonieuse et mélancolique aux heures de calme, elle était farouche et tragique aux heures de crise. Ses yeux, un moment voilés d'une humide langueur, dardaient soudain des traits de feu quand la

passion se ravivait et quand l'émotion intérieure nuançait d'incarnat son teint d'ivoire.

Lamothe-Arnauld n'accompagnait plus Randan dans ses visites. Il venait seul et parfois en sortant son œil ravonnait.

Au milieu de cet écheveau d'intrigues et de passions, la situation politique s'était aggravée et conviait les hommes de guerre à des soucis plus virils.

Louis de la Rochefoucauld avait connu Henri de Guise et avait même été son compagnon d'armes au siège d'Issoire, en 1577.

Guise l'attira à son parti au moment psychologique. Los lettres du prince lorrain lui exposaient le danger couru par la religion, danger que la faii)lesse du monarque et la hardiesse des Réformés rendaient imminent. Le duc lui remontrait avec force qu'ils devaient l'un et l'autre suivre les traces glorieuses de leurs pères, dont l'un avait péri devant Orléans^ l'autre au siège de Rouen, pour la défense de la foi catholique. Tout cela était bien de nature à agir sur l'esprit d'un chrétien fervent et d'un soldat intrépide.

Les frères de Randan pesaient de tout leur poids sur une détermination conforme aux intérêts de la religion.

De son côté enfin, Fulvie de la Mirandole, sa mère, ne ménageait ni son influence ni ses instigations

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pressantes pour parvenir au même but. Elle avait été dame d'honneur de Louise de Vaudemont, il est vrai, mais Louise de Vaudemont, la femme de Henri III, était de la maison de Lorraine. Fulvie était devenue une ligueuse passionnée, ardente dans son enthousiasme. La foi lavait transformée. Elle devenait mondaine ; elle faisait bénir en secret les armes du comte, cachait des amulettes dans ses vêtements. Pour un peu, si elle avait eu Tespoir de mieux aboutir, eût-elle supplié Collette de joindre ses efforts aux siens pour combattre l'hérésie. — Ce sont bien là les héroïnes de la Ligue à la ceinture desquelles on voit appendus tout à la fois la lyre, le chapelet et le poignard. Elles ont d'ailleurs un attrait exceptionnel. Chrétiennes fanatiques, elles restent païennes par certains côtés ; elles amalgament TEvangilc et la Mythologie, sortent de l'église pour aller consulter le devin et les astrologues. Telles quelles, jeunes ou mûres, brunes ou blondes, ligueuses ou hugucnotc^s, elle» conservent des séductions d'Armide.

Certes, en se laissant persuader, Louis de La Rochefoucauld s'arrêtait à une décision ostensiblement contraire à ses devoirs. Il se servait d'un poste de confiance, à lui confié par le monarque, comme d'une forteresse contre le roi lui-même.

Mais jamais temps ne fut plus fertile en compromissions de conscience. N'était-ce pas servir le roi, disaiton, que d'attaquer les Réformés auxquels il ne s'alliait

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que par faiblesse. Et pais, le roi ne s'êtait-îl pas déclaré chef Je la IjCTre ?

Q'j >i "ji'il ea soit. Randan accepta le rôle de chef <!a m>arc-!xie3C dans le bas pars, comme Jean de Lasti *. aatre ami da monarque, accepta le même rôle dans la Haute Àavcrene.

Le clergé. la noblesse étaient dans ses mains, le pouvoir anssi par ses fonctions. Tannée par ses charges et sa vaillance. A lai de conquérir le peuple.

Il chercha aussitôt à s*assurer le concours des gens de tous états et des principales villes pour renforcer le parti de l'Union. Sa première pensée fut pour Riom, où il établit sa place d'armes.

Ce choix était habile: Riom. en effet, autrement importante qu'aujourd'hui, était, en réalité, la seule ville qui put conq^rir à la Ligue une grande partie de la province.

Mais on se doute bien qu'un autre sentiment que celui do la p^Iiti^ao ne fut pas étranger â cette prise de possession. L'esprit humain est ainsi fait que Ton est plas frappé des avantages d'une détermination, quand elle se trouve conforme aux aspirations de notre cœur.

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