‹ Chronique de la ligue dans la Basse-AuvergneChapitre 13 sur 24 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le roi nesairpas recoudre.— Le' baiser de Plessis-les-Tours.— Face au, lorrain. — La Ouesle. — Le couteau de Jacques Clément.

Et pendant que Ton détrônait le roi à Paris, pendant que rUnion se cimentait contre lui en province, que faisait Henri III ? Il restait à Blois, inquiet et indécis, souffrant des hémorrhoïdes, ne prenant aucune des mesures d*ordre et de précaution que sa situation précaire lui commandait.

Il avait bien coupé, mais il ne savait pas recoudre.

Non seulement il n*avait pas su prévenir la révolte des villes et, par un coup d'éclat, jeter le trouble parmi les organisateurs de l'insurrection, mais il n'avait pas même su garder son trésor, c'est-à-dire ses prisonniers.

Après Anne d'Esté, Compans, Cotteblanche, tous les autres lui avaient échappé.. Le duc de Nemours,

frère utérin du duc de Guise, que nous verrons bientôt jouer un grand rôle en ÂUTergne et dans les provinces voisines, avait à son tour, déguisé en marmiton, glissé des mains de ses geôliers, au château d*Amboise. Il était allé prendre le commandement du Lyonnais, que le roi lui avait confié un mois auparavant.

Par une vraie fatalité, le duc de Mayenne, frère des deux princes assassinés, avait quitté Lyon deux heures avant l'arrivée du messager qui apportait l'ordre de son arrestation. Il s'était rendu maître, à l'aide d'une petite armée qui grossissait à chacune des étapes do sa fuite, de Màcon, de Chalon, de Dijon, de Troyes, d'Orléans et venait de faire à Paris une entrée triomphale.

La mémoire des princes lorrains était si chère au peuple, Charles de Mayenne lui-même jouissait d'une si grande estime comme capitaine et comme catholique, qu'il devenait le chef incontesté de la Ligue.

Sous le titre de lieutenant-général de l'Etat et couronne de France, il paraissait être le véritable souverain, tandis que le vrai roi n'était plus que « roi de Blois et de Beaugency ».

« Et de fait furent forgées monnaies au nom de Car oins X, rex Franciœ. »

Dans cette suprême occurence, Henri de Valois se transporta à Tours, y transféra le Parlement et, par une volte-face dont on ne l'aurait pas cru capable, se

Jeta dans les bras du Béarnais, conviant le roi de Navarre, le chefdes Réformés, à faire cause commune avec lui. Le kaléidoscope du XVI? siècle, quoique fécond en surprises et en tableaux divers, fournit néanmoins peu d'exemples d'un pareil changement à vue. C'est la féerie transportée dans le domaine de l'histoire.

Les deux beaux-frères s'embrassèrent donc dans l'inoubliable entrevue de Plessis-les-Tours, la vieille demeure de Louis XL Ce fut là, dit Chateaubriand, qui fait parfois de l'enthousiasme hors de saison, que le premier Bourbon se précipita aux pieds du dernier Valois et le baisa en l'appelant son frère.

Les Huguenots les plus méfiants se rassérénèrent peu à peu. Les Politiques les moins favorables à l*alliance pardonnèrent au roi d'avoir accolé un hérétique dont le visage était si franc et si ouvert.

Dans cet homme, dont le large front attestait le oommerce des nobles pensées, dont les cheveux drus oommençaient à se nuancer d'une neige précoce, dont l'œil aquilin reflétait la vivacité, la gaieté et la gaillardise, dont la barbe poivre et sel, à la coupe faunesque, accentuait la malice et la bonhomie, la plupart pressentaient d'instinct un maître pour l'avenir, tous reconnaissaient un loyal allié pour le présent.

Les deux Henri entrèrent donc en campagne contre la faction Caroline. Ils allaient jouer un double Henri contre un Caro/us, Ils appelaient cela courir la bêto ensemble.

-■> ".z3L >j^. £ Zk. 1.;. L^V" C

* -rV^ il-.ii:i: «2i":Li:* 'fercir ch&og^r Is &cc des -h. ■*•:•». >:- 3r^r.:«tr ris^îi: fat île forcer à la retraite >b7'=ii';. '1.=.: 1*^:» :r:^p<â araîent attaqué les faa-

L'-;::!* :--c les îcii C'>!i5:c3 manœuvrent de con- • *:r:. le m ::^^.ûe a rrtn:.aTê la valt^nr de sa glorieuse j«;a&f:«^. Il reprend l'offeosiTe et marche de soccès en sacoês. Oa dirait qa*ane s«jrte de transfusion de Mang a regaiilardi refféxiné et va lai rendre les faTearâ de la victoire.

Le fils de Pasqaier et Amable de Basmaison figurent dans les rangs de Tannée qui se sent électrisée et prête pour le triomphe. Entre les deux amis chemine, comme un rayon de soleil, la blonde image de Catherine de Murât.

Les deux rois décident d'attaquer la Ligue tout à la fois à la tête et au cœur en marchant sur Paris. Gergeau est pris, d'autres places font leur soumission ; les troupes royales s'emparent de Poissy, d'Etampes, puis de Pontoise et viennent, bientôt développer leur têto do colonne devant Saint-Cloud et Meudon. En revoyant des hauteurs ces Tuileries, ce Louvre, cet hotcl Saint-Pol, dont les] {masses se dessinent aux contours du ilcuve, des larmes montent aux yeux d*II(;iiri III, qui se rappelle les sanglants affronts <lont sa capitale Ta abreuvé.

(Uitto marche rapide avait déconcerté Mayenne, dutit Tosprit manquait de décision. Paris était abattu

découragé. Il frémissait d'épouvante en voyant se dérouler les longues files des armées coalisées. En Tain trois femmes, la mère, la veuve et la sœur de Guise, attisaient-elles, au sein de la population parisienne, le feu de la vengeance et de l'ardeur guerrière ; on commençait à accoler le mot de trahison au nom des Lorrains. Lies Politiques reprenaient la parole. On eut dit que le trône allait se relever.

Mais Dieu qui tient dans ses mains puissantes le destin des empires et des rois, en avait autrement ordonné. Les jours de Valois étaient comptés et celui que le prince avait fixé pour châtier la capitale révoltée devait être celui de sa mort. En quittant Paris, après les Barricades, Henri III avait juré de n'y rentrer que par la brèche et il devait n'y rentrer jamais.

Le* doctrines régicides prêchées par l'Université, les anathèmes de la Sorbonne, les arrêts du Parlement, les monitoires de Rome allaient enfin porter leurs fruits.

Le l^ août 1589, un moine de Tordre de Saint- Dominique, sorti de chez les pères Jacobins de la rue Saint-Jacques, ivre de fanatisme et peut-être d'amour charnel, franchit les portes delà capitale, se présente au camp des Royaux et demande à parler au roi. Il était jeune, avait une face décharnée, hâve, des cheveux ras, des yeux stupides et l'air béat. Il était, disait-il, porteur de dépêches de la plus haute importance pour Sa Majesté.

132 chroniqt;e de la lïgcb^

Jacques do La Guesle était là, — Jacqaes de La Guesie, d*une famille issue de Vic-le-Comte, car, dans tous les grands événements de la Ligue, TÂuvergnese trouve toujours en cause par elle ou par an de ses enfants. — C/était le fils de Jean de La Gaesle, mort Tannée précédente, laissant la réputation d*uD des plus illustres magistrats du siècle. Procureur général au Parlement de Paris, comme Tavait été son père, il en remplissait les fonctions avec beaucoup de zèle et de fermeté, quand survint la grande journée des Barricades. Il voulut fuir une ville où Tautorité souveraine n*était plus respectée ; mais, reconnu à Tune des barrières, malgré son déguisement, il fut arrêté et conduit à la Bastille. Durant plusieurs mois il avait langui, désolé de ne pouvoir être utile à son maître tandis que ses quatre frères, Tun sur son siège archiépiscopal, les autres dans le régiment dé Champagne rendaient à la cause royale de signalés services. Aussi, dès qu'il put échapper aux regards de ses geôliers, s'était-il empressé d'aller rejoindre Henri III au château de Saint-Ctoud. C'est à lui qu'était confiée la justice du camp.

Sans défiance, La Guesle introduit dans le cabinet du roi le Jacobin, porteur des prétendus messages secrets. Le moine fait au monarque une profonde révérence et soudain, tirant de sa manche un large couteau, la lame nue, « lui en donne droict dans le petit ventre, au-dessous du nombril, si avant qu'il

DANS LA BASSE AUVERGNE l\]3

laisse le couteau au trou pour y servir de faulcet. »

Deux cris retentissent à la fois, le cri d*agonie du roi et le râle de Jacques Clément, à qui La Guesle venait inconsidérément de plonger son épée dans la poitrine, tuant du même coup le meurtrier et le procès qui eût révélé les véritables fauteurs du régicide.

 la même heure, Henri de Béarn était au couvent de Montmartre, égayant, selon son habitude, les intermèdes de batailles auprès de Marie de Beauvil- 1ers.

Ce coup de couteau coupait une branche de Tarbre de saint Louis et laissait pousser un autre rameau royal. Il tranchait une race de princes magnifiques, libéraux et artistes, belliqueux, mais ^[énéralement peu heureux à la guerre.

Après quinze ans de règne, à Tâge de trente-huit ans, s*éteignait le prince du caractère le plus bizarre et le plus curieux à étudier que présente Thistoire : puéril, superstitieux, sceptique, dévot et débauché, Qonchalantet frivole, prodigue et aimable, bon ami, excellent maitre, mais, comme roi, presque toujours au-dessous de la tâche qu*il avait à remplir. Il allait retrouver Coligny et Guise.

Et déjà dans les rues de Paris, au milieu des hoquets d'une joie folle, cyniquement manifestée par la duchesse de Montpensier, on célébrait « le saint martyr de Jésus-Christ, le nouvel Eléazar, les entrailles

l34 CHkoNiQUE bE LA LlGlÊ

qui rayaient porté et les mamelles qui Tavaient nourri. » On délibérait en Sorbonne de demander à Rome sa canonisation ; on plaçait le portrait de Clément sur les autels et Ton entonnait Thymne saiiite :

Un jeune Jacobin, nommé Jacques Clément, Dans le bourg de Saint-Cloud, une lettre présente A Henri de Valois ; et, vertueusement, Un couteau fort pointu dans Testomac lui plante !

Ou encore le récitatif suivant :

L'ioi mil cinq cent quati*e-Yingt-neuf, Fut mis à mort, d*un couteau neuf, Henri de Valois, roi de France, Par un Jacobin qui exprès, Fut à Saint-Cloud pour, de bien près, Lui tirer ce coup dans la panse.

On comparait, sur le mode biblique, la délivrance de Paris à celle de Béthulie.

Page 1