CHAPITRE XIII
Branle-bas. — Riom place forte — Une ceinture de forte. — Randan 8*étourdit. — La tour de Buesières et le vœu à saint Quintien. — > Blocus de Montferrand. ^ Diversion sur Issoire. — Les Aulteroche et Chauveton. ~ D* Allègre et Randan sur les rives de la Couze. — A qui la belle f
En AuVergne, c'était un branle-bas général, un cliquetis d'armes et de mousquets ; partout des approvisionnements de guerre, des amas d'engins et de munitions, des préparatifs de bataille.
Peu à peu les éléments de cet incohérent amalgame finissent par s'isoler ; les camps se tranchent et les indécisions disparaissent.
Sous le drapeau de la Ligue sont rangées : RioM, Billom, Issoire, Ennezat, Combronde, Beaumont, Cebazat, Lezoux, Courpière, Lempdes, Le Breuil, Ardes, Sauxillanges, Olliergues, Saint-Amant, Saint- Saturnin, Brioude, Langeac, Cusset, Ebreuil.
1 30 CHRONIQi'E DE LA UGCK
Sous la bannière rojale 8*abritent : Clermont, Montferrand, Rojat, Saint-Poarçain, Ànzon, Aigaeperse, Viole^omte, Vodable, Nohancnt et quatre des six forts châteaax du Bas Pays : Nonette, Tbois, Baron et Mercurol, majestueasement assis sur lears cônes basaltiques.
Les Religionnaires occupent Maringues, et de là rançonnent rudement les Martres-sur-Morge/ Saint- Ignat, Vinzelles, Luzilhat, Bulhon. Ils pillent et saccagent avec délices Tabbaye du Bouchet, le monastère de Manglieu, le prieuré de rAvesne, sans pitié pour la charité des moines et la pureté des recluses, qui ne leur opposent pour toutes armes que leur voile «t leur crucifix.
Thiers, Saint-Germain-Lembron, Pont-du-Château, Besse et Ariane contribuent, pour le moment, tantôt aux uns, tantôtaux autres, sans avoir de garnison flxe«
Commandent pour Sa Majesté : le sieur de Chazeron en Bourbonnais, de Lafin dans Montferrand, le baron de Grise à Saint-Pourçain, le sieur de Chaptod à Auzon, le duc de Montpensier à Aigueperse et à Vodable, de la Grange de Pons à Nonette. A.Clermont, les principaux chefs, en dehors d'Effiat, de Florat et d* Allègre, se nomment La Croix, de la Rivière et de Frédeville. Les échevins disposent de six pièces d*artillerie, de cent cinquante cuirasses,- de cent vingt arquebusiers à cheval et de quatre cents arquebusiers à pied. Tout y est en eflfervescence.
DANS LA BASSE Al" VERONE 137
A Riom> même activité, même agitation populaire.
L*aDtique cité ducale, décorée par les Etats du titre de capitale, enorgueillie d'une aussi magnifique fortune, se plaisant à rêver les plus hautes destinées, se mettait en mesure de soutenir le rang que lui imposait cette périlleuse suprématie.
Au dehors, elle avait recueilli le plus possible de sympathies. « Et parce que ce peuple» dit Vernyes, est merveilleusement avisé et craintif, il eut soin d'attirer à lui, de longue main, la plupart des villes voisines. » La précaution était bonne, car la partie engagée devait avoir pour elle de graves conséquences. Tandis que Clermont combattait pour Tacquisition de nouvelles prérogatives, en colorant sa convoitise d*un prétexte de fidélité, Riom^ restée sourde aux exhortations du roi, combattait pour son existence.
Au dedans, dans Texaltation de son zèle religieux surexcité par les prédications enfiévrées, elle prenait les mesurée les plus énergiques et les plus révolutionnaires.
Le comte de Randan dispose de trois régiments de gens à pied, de mille hommes chacun, sous le commandement du comte de Saint-Hérem, du comte de Chalus et du baron de Précol ; d'environ deux cents cuirasses, soixante cavaliers et trois cents arquebusiers. Quatre ou cinq cents paysans sont pr^ 4 accourir à son premier appel. Tous les citoyens
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Taîiies wamt ^pelês i !a garde de b cité et composent !a mlhce vrbdîae. Des capitaÎAes sont noamiés* ajmiit càacn quarante k^aines sovs leurs ordres, i U solde d*«B testoo par jo«r et d*«B teston et demi ponr la mmL Oa &briq«e de la po««ire ea tovte hâte et le salpéirier re^t rordre de a*ea £dbrîq«er qve pour U Tille. Les scellés sont appcsês s«r tovtes les muitions. Oa achète de«x pièces de caaoD aa baron de Saint- Yidal. Des commissaires partent ponr Ljon afin de se procorer dn coirre i canon et des conlenrrines. Les remparts sont réparés arec soin et on onrre des tran* cliees i la porte de la Bade.
La TiUe rerèt Faspect d*nn camp retranché. Le Présidial snspend ses audiences: leBorean des Rnances Tent Stire de mème« ma» des remontrances sont adressées aox Trésoriers de France ponr les contraindre i rester à lear poste. En r^ranche. on expulse les étrang«Hrs ; défense est £iite aux habitants de se rendre anx foires de Montferrani et de Clermont. On empêche la $:»rtie du sel Tenda à Maringnes. Les anberristes sont astreints à tenir na re^îistre en rèrie de tontes les personnes qai demandent à passer la nuit dans lears hôtelleries.
L>nthoasia$me des conraincas dissimule les froids calculs de ceux qai ne s>Qt qu*am>iûeax. L*amour du clocher et Torgueil du s>l natal fj^at oublier les justes alarmes domestiquas et les dangers de Tarenir. Chaque habitant prend une attitude martiale, témoigne
d'une aveugle assurance et se rend aux assemblées de ville pour jurer de rester fidèle jusqu'à la mort à l'étendard de la Sainte-Union. Les dames elles-mêmes apposent, de leurs blanches mains, leur signature sur ces délibératoires de sang.
Pour jouer jusqu'au bout son rôle d'athlète et de protecteur, pour le jouer surtout avec quelque espoir de succès, il importait à Riom de n'omettre aucun détail utile à sa défense et d'entourer le quartiergénéral de l'Union d'une ceinture de forteresses. Les royaux s'étaient en effet emparés de Saint-Beauzire à quelques pas seulement de son territoire ; ils étaient maitres de Châteaugay , énergiquement occupé par la dame de Florat, qui avait garni de vigies ses orgueilleux créneaux. Des sorties audacieuses de l'ennemi venaient inquiéter la place jusque dans ses faubourgs.
On décide alors de se couvrir du midi, point le plus exposé, par les forts de Marsat et de Mirabelle ; par la tour légendaire de Bourrassol, dans laquelle on place une garnison de vingt-un soldats, sous les ordres du capitaine Rougier-Prandier; parle fort de Blanzat, où six soldats et vingt cuirasses sont postés en éclaireurs, et par le château de Cebazat, qu'occupent, pour le service des patrouilles, quatre vingts hommes sous les ordres du capitaine Lacroix. Du côté des Religîonnaires, la ligne de défense s'étend, de l'est au nord, depuis la forte position d'Ennezat jusqu'à Sardon que commande M. de la Motte Choisy, à Saint-Bonnet^
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qu'occupe la cavalerie, et au fort de Davayat conSê à la garde du sergent Laroche. M. de Bûuzan est en observation au fort de Chatelgiiyon, dû c'itfï de l'occident, d'o' '" ' ■■; d'ailleurs aucune surprise. D'autres es çà et là, resserrent les ■mailles di iposé aux entreprises ennemies.
Le com it l'âme de toute cette orga-
nisation. . surveillant tout, dirigeant
tout sans pic s ni tn^ve, on eut dit qu'il
cherchait à s'étourdir par ta fatigue.
Il ne pouvait, en effet, s'arracher à la torture morale qui t'enveloppait comme la tunique empoisonnée le la légende païenne. Le souvenir de Colette était pour lui de ceux dont aucune impression nouvelle ne parvient à amortir le charme absorbant. Il revojait ses yeux profonds commftla mer tapissée d'algues vertes, le pli moqueur de^sa touche, sa candeur d'Agnès dont la perdition se dégageait ; et, alors, ses nerfs fouett^fli iui donnaient l'impression d'une griserie d'amour**; Puis l'écroulement de son bonheur, !a fuite inopinée de son idole, lui faisaient éprouver, du cœur au cerveau, une douleur lancinante. Il escomptait les chances d'une revanche.
En vain ta sœur du marquis d'Allègre, Ysabeau de Meillaud, qui avait tenu à protester par un dévouement sans réserve contre la défection de son frère, s'efforçait-elle d'adoucir de son mieux les cuisants
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i^^grets du jeane comte. Seuls, le mouvement, le bruissement des armes, les acclamations des soldats ^ni adoraient leur chef parvenaient à lui rendre le rayon nemenf de sa jeunesse.
^our utiliser la brûlante essence de l'excitation P<^pulaire et Tempêcher de se refroidir dans Tinertie, *^ comte organisa d'abord des courses, des sorties, ^©s évolutions, puis il chercha un coup de main à ^'^iiter susceptible d'aguerrir ses troupes irrégulières ^t de leur inspirer confiance en elles-mêmes.
Ses terres patrimoniales attenaient aux terres du
^^hé de Montpensier, dont dépendait la ville d'Aiguë-
perse, distante de Riora de trois lieues à peine. Aigue-
P^i*se était demeurée quelque temps pôfplexe et indé-
^*^e, touchant la réponse à faire aux officiers do la
^^^é chaussée, qui lui demandaient son adhésion à la
^SUe; puis enfin, entraînée par l'influence d'Effiat,
^^t le château était voisin, elle avait nettement
^*Ai$é de signer le formulaire du serment. Que de
^^Xises, de larmes et de regrets sa détermination lui
^^^parail, larmes et regrets qu'une détermination
^ïx traire ne lui eût d'ailleurs pas épargnés.
l^ 15 juillet 1589, les bandes ligueuses, sorties de ^^om au point du jour, s'abattent inopinément sur les ^^^^es du duché, se ruent dans la contrée comme une
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avalanche et emportent d'assant la tour de Bossières, qui commande tonte la plaine.
Aigneperse se voit déjà à la merci des soldats de r Union. Elle est prise d*ane terreur folle et se précipite, éperdae, aux pieds des autels, implorant son patron, saint Quintien, le suppliant de lui venir en aide, lui promettant, avec une naïve confiance « de refaire sa châsse d'argent comme elle était cj-de vaut, avant qu'elle fust dépouillée, et mieux et plus richemenl si faire se peut, sitost qu'il plaira à Dieu, par Tinterces- ^sion de mondict seigneur saint Quintien, bailler les moyens, et en paix, auxdicts habitants de ce faire. »
Saint Quintien ne pouvait se montrer insensible à une aussi engageante invocation.
Les bandes, indisciplinées encore, mal équipées et qui avaient gaspillé leurs pétards avec Tincurie de rinexpérience, ne purent tenir dans la place et durent bientôt déloger. La ville en fut quitte cette fois pour une forte alerte. L'émotion qu'elle en ressentit lui fit perdre le souvenir de ses engagements envers saint Quintien.
Durant ce temps, le gros des forces riomoises, sous le commandement direct de Louis de La Rochefoucauld, était venu se masser devant les murs de Montferrand. Il ne s'agissait de rien moins que d'entreprendre le blocus de cette grosse position, qui cous-
titaait ravant-garde de la citadelle royaliste. C'était là une opération difficile et de longue haleine, car, aa premier plan, se trouvaient des remparts solides, Afauqués de tours crénelées, et baignés par de larges fosses qu*arrosait la Tiretaine. Derrière les murailles 1^ sieur de Lafin, avec ses balistes, ses cuirasses et
ses arquebuses. Derrière encore, Clermont avec ses
imposantes ressources en hommes et en mitraille. C^ plan avait du moins Tavantage, pour les affaires ^tt parti, d'immobiliser les troupes royales et de per- ^&t;tre aux garnisons disséminées dans les divers pos- ^ de rUnion d'agir partiellement, par l'intimidation ^^ par le pillage, sur les localités insoumises, désorroa.is privées du secours qui leur avait été promis.
l^ndan ouvrit donc les premières tranchées, et commença les concentrations sur la périphérie exté- Heure de la place, par une série de mouvements sorui-circulaires.
D'Allègre suivait d'un œil jaloux les opérations ^® son ancien chef, devenu son irréconciliable antagcmiste. Aiguillonné par la vindicative marquise " Estrées, il combinait les moyens de déjouer les projets de Randan, d'annihiler ses efforts et d'obscurcir **^8î réclat de sa renommée. En habile stratégiste, " "résolut d'opérer une diversion et de forcer la levée "^ Camp de Montferrand, par une attaque audacieuse ®' Soudaine contre un des principaux boulevards de
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n part pour son château de Meilland avec un
compagnie de gens d'armes et les deux FrédeTill^
( Meilland n'est qn'i nne portée d'arqnebnse d*Issoir^
n s'abonche de snite avec les Aolteroche, issoirie^
très remuants, • gens de petite étoflfe » ïnais d'à
ambition démesurée et qui portaient an consol Ch^ Teton nne aversion mortelle. En échange de la rie ce dernier, iU promettent an marquis de lui livrei^ place. D* Allègre s'avance en tapinois avec ses hca mes, la nait. suivant les chemins bas, les haies et prairies couvertes d'arbres et arrive, dès Taube, s avoir été signalé, à la porte du pont. Les Aultero- ^ sont là avec leurs affidés, prêts i tenir le mar*« convenu. Les verrous sont tirés, les portes s'ouvr^s Les soldats s'élancent et se dispersent dans toutes^ directions. Au premier cri d'alarme jeté par les s^ ^ nelles, Chaureion accourt, mais les .\ulteroche lui ^ cassent Têpaule d'an oap de pistolet et le renver* ^ sanglant sous le fer de leurs hallebardes.
L'occupation d'Issoire, prise à la nasse près 4 sans s'en douter, était un coup des plus cruels po la LijTue. car sans elle les communications étaîe.:: interrompues avec Brioude et toute la partie sup rienre de la province : sans elle encore, la levée d^ impôts devenait difficile. Randan s'v montra trS^ sensible.
Une autre personne avec lui fut vivement molestée par cette prise de possession, et l'on se raconta
bientôt de bouche en bouche, avec de singuliers commentaires, la mystérieuse aventure survenue au mar- Qiiis d*ÀIlègre et qui avait failli, transformer son triomphe en une lamentable agonie.
Sa sœur, Ysabeau, lui avait envoyé une boîte contenant, disaît-elle, un rare artifice, Yves l'ayant ouverte avec curiosité, trente-six canons de pistolets, chargés chacun de deux balles, firent à la fois explo- ^lon par l'effet d'un ressort détendu. Le marquis ne ^ut que légèremônt atteint. Il quitta néanmoins, à Quelques jours de là, une ville qui, tôt ou tard, devait ^^i devenir funeste.. Il y laissa un des Frédeville en Qualité de gouverneur.
H^ndan leva immédiatement le blocus de Montfer-
T^nd, et se disposa à reprendre à d'Allègre sa récente
conquête avant que son lieutenant n'eût eu le temps
de s'y fortifier. Ce qu'avaient fait les Aulteroche, le
consul Chauveton s'employa à le défaire. Laissé pour
xiaort sur le terrain, il avait pu cepejidant reprendre
Bes sens. Epuisé par l'âge et par la souffrance, il
"^îv^t encore par le cœur et ne voulait pas mourir
^vant d'avoir arraché sa ville à la domination de ses
farouches oppresseurs. Et puis après, il chanterait le
^^ntique de Siméon et rendrait à Dieu son âme tran-
^l'^ille et consolée.
Il informe Randan des combinaisons maladroites Ï^^^Bes par le nouveau gouverneur, et lui dépêche un ^^dividu nommé Pitance, muni des renseignements les
plus précis, pour indiquer au chef ligueur les moyens (le ressaisir l'avantage.
Le comte part aussitôt avec neuf cents cheyaux et un régiment d'infanterie. Il arrive à marche forcée, en suivant le cours de TÂUier, et engage aussitôt la bataille. Lacroix, le brave capitaine qui n*a jamais connu la peur et qui se ferait tuer plutôt que délaisser subir un échec à son général, Lacroix fait jouer son artillerie. Randan et ses compagnons s*élancent par la brèche, le casque au fronts Tépieu en mains, audacieux et braves comme des héros d*Homère. Après avoir affronté mille morts, ils emportent la position de haute lutte. Frédeville fait sa soumission. LesÂul*
teroche s'échappent déguisés en paysans et Chauveton s'évanouit de bonheur entre les bras de La Rochefoucauld.
L'occupation d'Issoire par les Royalistes avait duré du 2 au 13 juillet.
Il avait suffi de onze jours pour jouer les deux premières manches de cette partie sanglante qui menaçait de se terminer par la rume de la cité qui lui servait d'enjeu. Deux fois en onze jours, les partners implacables avaient semé la désolation et le carnage sur les riantes rives de la Couze^ faisant résonner tour à tour leur cri de triomphe ou leur cri de mort, se promettant une prompte et définitive revanche.
La reprise d'Issoire fut un magnifique fait d'armes qui humilia d'Allègre, fit pâlir sous son fard sa vieille
^ANS îs\ BASSE ArVERGNR
concubine, augmenta la réputation guerrière du comte de Randan et grandit le parti de la Ligue.
Ce fut dans ces conjonctures que parvint en Auvergne la nouvelle de la mort du roi.