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CHAPITRE XVIII

Sentiers et malandrins. — I^es exploits de Canillac. — La procession des Rogations — Rapines et boucheries. — Mutineries militaires. — Le comte d*Auvergne et le duc de Nemours. — La reTancbe de Cros-Rolland.

Dans de vieilles peintures de Louis XII et de François 1*', on voit représentés des soudards habillés à la nendarde, les chausses bigarrées, découpées, déchiquetées et balafrées, aux poitrines velues et peines, aux cheveux hérissés, à la barbe effroyable .

Ce sont des espèces de brigands qui, sous les noms successifs de Routiers, de Malandrins, d* Armagnacs, de Bandes noires, Ribauds, Tard-venus t Tuchins,

Grandes compagnies, Ecorcheurs, Cottereaux

formèrent le fond des milices féodales et des bandes levées par des capitaines aventuriers pour guerroyer au profit des appétits particuliers ou des haines de partis. Ces hordes pillardes, licencieuses, vagabondes.

gens de sac et de corde, « mauvais garnimens », faisaient do la bataille leur principal élément, vivaient de butin, saccageaient le pays, en torturaient les habitants et se payaient une haute solde par des rançons et des contributions de toutes sortes.

Ce fléau, plus spécial aux guerres civiles, s'abattit sur la France, et particulièrement sur l'Auvergne, avec une singulière intensité, durant les deux ou trois années qui suivirent la bataille de Cros-Rolland. II y sema la mort et les désastres.

Sous une apparence d*absolu dévouement à la Ligue, germait, il faut bien le dire, la pensée perfide de fractionner la nation, pensée liberticide, qui, brisant l'unité française, aurait reculé de trois siècles la civilisation du monde.

Plusieurs seigneurs ambitieux, redoutables parce quils éblouissaient les populations par leur grand irom -^t leur prestige militaire, nourrissaient ces sentiments .égoïstes. Le duc du Maine était de ceux-là. De son côté, le duc de Nemours, frère utérin de Mayenne et ^e Guisé, n'aurait pas mieux demandé que de se tail- ,Ier, dans le sol national, une souveraineté indépendante, .composée du Lyonnais, du Forez, du Beaujolais et de l'Auvergne. Son frère, le marquis de Saint-Sorlin, ses .principaux officiers, d'Urfé et d'Andelot, se fassent volontiers érigés en vice-rois de ce nouveau royaume.

Pour atteindre ce but, qu'ils n'avouaient pas, les seigneurs faisaient appel au concours des gouverneurs

de places ou des chefs de Compagnies franches, qui tenaient en leur pouvoir quelque fraction du territoire. Il suffisait d*avoir cinquante lances à sa solde pour devenir un personnage avec lequel il était indispensable de compter. Aussi faisaient prime les lanciers espagnols, les estafiers du pape, les archers savoyards, les cimeterres de Bysance, les piquiers suisses, les lansquenets anglais. Les capitaines de bandes prêtaient que des condottieri ou des partisans, prêts à se vendre au plus ofifrant et à piller le lendemain ceux pour qui ils s'étaient battus la veille.

Dans le parti rojal, en plus des tiraillements existant entre les commandants Réformés et les commandants Catholiques, on pouvait constater chez les principaux chefs les mêmes menées occultes, les mêmes visées anti-unitaires, la même absence de désintéressement. Il résultait de cet imbroglio en partie double que bourgeois et manants ne pouvaient se reconnaître au milieu des 'bannières qui, tour à tour, déployaient, à l'horizon de l'Auvergne, leurs couleurs variées, et qui, généralement, n'abritaient que des soudards « oiseux, perdus, flagitieux, larrons, immiséricordieux, prateurs et violeurs de femmes, blasphémateurs et renieurs de Dieu. »

: Canillac, nous l'avons dit, avait quitté Riom, où sa présence n'était profitable ni à lui, ni à la Ligue et>

laissant en plein désarroi le quartier-général de Ion gouvernement, s*était lancé dans une série de cdÉfées et de déprédations contre les châteaux et lea ffiftces royalistes. Il allait, sillonnant la contrée, butiflltttsur des ruines, tirant les dernières pintes de leur Mlig aux bourgades déjà saignées à blanc et n*ajant pffls de la vie que quelques soubresauts convulsifs, se signalant par des expéditions de détail, par des coups de main plus dignes d'un forbaa que d*un guerrier.

Il était venu mettre le siège devant Tournoëlt le cita* délie aux trois enceintes, qui, debônt surdon pic, dessinait, à rhorizon le plus prochain de laeité Riomoise, tâ'grandiose silhouette. Point noir et toujours menaçant, la forteresse féodale était un obstacle à tous les élans et restreignait le champ d'opérations des troupes de rUnion.

Elle était défendue par Charles d'Apchon, guerrier cruel, cupide et redouté, et par sa femme, Lucrèce de Gadagne, encore plus ardente et plus inexorable que son mari. D'Apchon tenait pour le roi, si Ton veut, lorsque les intérêts du roi se trouvaient conformes aux siens ; mais il tenait surtout à affirmer son omnipotence et son autorité sans contrôle. En vain Canillac mit en ligne sa bataille la plus intrépide, en vain fit-il tonner ses fauconneaux et lança-t-il à des assauts réitérés ses colonnes les plus aguerries, tous ses efi'orts vinrent se briser devant les hautes tours, aussi solides que le roc qui leur servait d'assise, devant les épaisses

portes à mâchicoulis et devant Toaragan de mitraille vomi parTimposant donjon. D*assaillie, la garnison devint même assaillante et, dans une sortie furieuse, repoussa les compagnies ligueuses jusqu*à Charbonnières-les-Varennes. Un coup d'arquebuse, il est vrai, démonta Charles d*Âpchon et lui mit Ydme sur les lècres, mais Canillac n*en fut pas moins contraint de battre en retraite et d'abandonner la partie.

Grandes furent son humiliation et sa rage, d'autant pins grandes que, le «iirlendemain, il se vit encore repoildsë devant le vieux tnanoir de Pontgibaud.

Ce fut dans le sang qu'il noya le chagrin que lui causait ce double échec. Il fit pendre tous les habt tants royalistes de Marsat ; il mit le feu à la vieille forêt de Montel-de-Gelat et poussa dans le brasier ardent la population tout entière. Montaigut, Menât, tous les bourgs et villages sans défense, à dix lieues à la ronde, pâtirent de sa mauvaise humeur et de son dépit.

Cette fureur do destruction et de rapine passait pour de la virtuosité martiale et compensait la défaite. Comme Ta dit Sénèque, le meurtre commis en particulier est un crime, mais quand on le commet en masse, couvert du pa/udamenium, c'est chose glorieuse.

Le caprice, le hasard désignaient les victimes à dépouiller. C'était un titre à la dévastation que d'avoir été déjà dévasté, opprimé, pressuré.

Dans ces conditions, nulle cité ne pouvait avoir plus de titres qu*Aigueperse à subir de nouvelles exactions, elle qui, depuis le début des guerres religieuses, avait été déjà six fois prise, reprise, saccagée et mise à néant par les divers partis en armes. Canillac s'abattit donc sur Âigueperse, brûla deux villages, fit main basse sur trois cents bêtes à corne, quatre cents porcs et autant d'habitants, qu'il alla vendre et débiter sur les marchés voisins, à la plus grande gloire de l'humanité. Puis il s'en vint tenter sur Vichy un coup de force qui n'obtint qu*un succès éphémère.

Les royalistes ne demeuraient pas en reste et prenaient à tâche de démontrer que la férocité n*était pas le monopole de leurs adversaires.

De Chappes trônait à Maringues, sa ville natale, rayonnant de là sur les territoires limitrophes, et ne laissant échapper aucune occasion de terroriser ceux qui n'étaient pas de la secte.

Il apprend un jour que les catholiques deBeauregardl'Evêquc et ceux de quelques autres paroisses devaient, dès l'aube du lendemain, à Toccasion des Rogations, parcourir en longues files les campagnes avoisinantes pour demander à Dieu la conservation des biens de la. terre. Il fait aussitôt sonner le boute-selle et va, avec une compagnie de chevau-légers, s'embusquer dans la plaine de Charapgarand, entre Médagues et Culhat.

Au loin sooDent les cloches des hameaux ; des cantiques se font entendre ; des voix confiantes lancent vers le ciel des hymnes d'espérance et implorent <ielui qui dirige le soleil, qui dispose des vents et des tièdes ondées. Bientôt apparaît la sainte cohorte, précédée de la croix du Christ. Voici les enfants de chœur auxi tuniques blanches, les bannières des confréries, les diacres aux brillantes dalmatiquos, les navetiers et les thuriféraires aux encensoirs fumants. Les fidèles égrènent le chapelet, récitent des litanies et psalmodient pieusement rantienne liturgique : Les collines bondiront et vous entendront avec joie, La procession s'est arrêtée. Le prêtre s'apprête à bénir. Il appelle une dernière fois la miséricorde du Créateur sur les champs et sur les moissons, quand, soudain, les cavaliers huguenots s'élancent au milieu d'un tourbillon de poussière, se ruent avec des cris farouches sur les chrétiens inoffeiisifs et stupéfaits, massacrent sans pitié hommes, femmes et enfants qui se trouvent à la portée de leurs bras et se retirent triomphants, laissant le sol jonché de cadavres.

Chaque boucherie militaire faite par les troupes de Canillac était à Riom le signal de nouvelles proscriptions, en signe de joie et de force. Chaque revers, par lui éprouvé, amenait également des proscriptions nouvelles, en manière de représailles.

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Le gâchis était à son comble. Lorsque, en effet, la direction n'existe plus, que les pouvoirs sont confondus, que la liberté des citoyens et la sûreté des propriétés sont méconnues, alors les passions des hommes ne peuvent enfanter que le désordre, c*est-àdire le renversement de toutes les garanties d^une société régulière. Et, à peine enfanté, le désordre étend son empire sur le pays et le pousse fatalement sur la pente horrible du chaos.

L'anarchie à l'intérieur amena — c'était inévitable — la mutinerie des camps.

La Commission était trop préoccupée du soin de pourchasser les suspects pour s'enquérir des besoins des garnisons détachées ou pour y pourvoir.

Le sergent Laroche, qui commandait le fort der Davayat, ayant demandé, pour s'y maintenir, des vivres, des mousquets, des cordes à mèche et des balles, le Conseil fit la sourde oreille, puis, de guerre lasse, décida qu'il préférait rendre le fort aux habitants. Il envoya à Davayat M. Daniel, prévôt des maréchaux, pour notifier cette résolution. Laroche, furieux, refusa d'obéir et, pour nourrir ses hommes, fit main basse sur tous les bestiaux de Charbonnièresles-Varennes. Lorsque les pauvres paysans dépouillés vinrent se plaindre et demander justice, on les engagea à atte dre le retour du gouverneur.

Marsat réclame à son tour des secours et des

armes. On lui envoie l'adresse des maisons où il y

a des arquebuses à vendre.

L'ennemi reprend presque sans coup férir les forts de Sardon et de Persignat, que les troupes abandonnent de dépit de n'avoir pas été ravitaillées.

M de Bouzan annonce qu'il va se retirer du fort de Chatelguyon.

La dame de Blanzat demande, d'un ton comminatoire, un renfort de douze soldats.

Le château de Sain t-Ger vais, où commande M. des Noyers, se» soutient en prélevant des droits sur les convois de sel. Quant au fort de Mozac, que dirige le capitaine Saint-Biard, il commet des déprédations inouïes et n'est au pouvoir de Riom que verbalement.

Il y a quatre mois que la garnison de Bourrassol n'a pas été payée, malgré l'importance de la place. Elle déclare qu'elle va plier bagages. La Commission lai fait parvenir un mois de solde, et le capitaine Rougier-Prandier s'entremet pour calmer les impatiences et arrêter les murmures. Ses efforts sont impuissants Les Consuls expédient alors douze cents écus sur l'arriéré, mais il est trop tard. La troupe quitte ses casemates et ramène ses canons à l'Hôtel-de-Ville, laissant entr ouverte derrière elle, par sa défection, une des issues les plus enviables pour l'ennemi. La discipline n'était pas mieux observée dans les

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rangs do la milice urbaine. Pour se dispenser d'obéir aux ordres de leurâ chefs, les soldats de garde objec* talent leurs affairés privées qui périclitaient, quand toutefois ils consentaient à objecter quelque chose. On convenait bien qu*il était urgent de faire appel à la troupe régulière, mais, comme il aurait fallu la payer, on restait dans un imprudent statu çuo.

Cependant le nouveau gouverneur nommé par le roi, Charles de Valoir, apanage par Catherine de Médicis du comté d'Auvergne, venait d'arriver à Clermont. C'était un grand nom, un grand seigneur qui s'était déjà couvert de gloire aux journées d'Arqués et d'Ivry. Devant lui les susceptibilités des capitaines antagonistes s'effaceraient sans doute, et sa valeur, en faisant pencher la balance du côté du Béarnais, allait changer la face des choses.

La Ligue joua aussitôt la contre-partie et appela, en toute hâte, le duc de Nemours pour venir prendre en mains les intérêts de la Sainte -Union. Opposer Nemours à Valois, le frère de Mayenne au bâtard de France, Tun à l'autre deux généraux de même envergure, c'était une habile tactique et le moyen de rendre les chances égales. Trop occupé dans le Lyonnais, Nemours ne put se rendre tout de suite aux instances réitérées des Riomois, mais il expédia en avant-garde son frère, Saint-Sorlin , et le marquis d'Urfé, pour retremper les esprits et mettre un peu d'ordre dans les affaires. A leur arrivée, il n'y avait plus sur les

courtines que de pauvres laboureurs sans armes ou armés de bâtons, quelques rares hallebardes et beau* coup de découragement.

D'Urfé et Saint-Sorlin introduisirent dans le service les réformes indispensables, établirent un conseil de guerre, mirent un frein à la licence et destituèreutles consuls et les capitaines de quartier. On refit à neuf le pont-levis de la Bade; on barricada les portes do Mozac et de IHôpital et on fit changer les serrures. Un canonnier arriva de Lyon pour réparer l'artillerie des remparts et pour l'approvisionner de poudre, au prix de 45 livres le quintal. Enfin on remit garnison à Bourrassol et, comme les soldats qui la composaient se plaignaient d'être en butte aux mêmes négligences que par le passé, il fut donné contrainte au sieur Plastrier, receveur des tailles, pour fournir régulièrement aux besoins de cette troupe.

Certes, durant les intervalles de cette reconstitution, le comte d'Auvergne eût pu aisément, avec un peu de détermination et de vigueur, en finir d'un seul coup avec la Ligue, en concentrant ses forces autour de Riom et en ne lui laissant pas le temps de reprendre haleine. Mais Charles avait, entr'autres, deux défauts : l'âpreté au gain et l'amour des femmes. C'était un cupide et un voluptueux.

Il était entré dans la province la torche à la main ; il avait rapine à force sur son passage ; il avait livré Aigneperse, naturellement, au pillage de ses routiers

qui, en guiso de dépouilles opimes, s'étaient partagé les bourgeois et les avaient vendus à la foire comme un bétail humain. Puis il avait annoncé à grand fracas qu'il allait mettre le siège devant Cebazat, véritable boulevard de Riom, pour attaquer ensuite dans son antre Thydre du fanatisme.

Devant de pareilles menaces» et pendant qu'à Cebazat le brave capitaine Lacroix fourbissait bes arquebuses à croc, ses pics, ses pioches et ses engins de retranchements, Riom dépêchait des députés spéciaux au duc de Nemours pour presser sa venue, lui promettant de remettre à son argentier, s*il se hâtait, un présent de douze à quinze cents écus, et le nommant libérateur du territoire.

Heureusement Charles de Valois avait été arrêté à Clermont par les yeux fascinants de la dame de Florat, l'intrépide Madeleine de Pierre-Bufflères, et le siège de la jeune femme l'occupait plus que le siège de Çebazat.

Monsieur de Nemours répond enfin qu'il va venir, car il a achevé de pacifier le Puy. La joie éclate sur tous les visages et Ton fait de grands préparatifs en blé, vin, foin^ paille, avoine, bois, chandelle pour le recevoir. On délibère sur le cérémonial de son entrée: MM. de Justice marcheront les premiers ; les Consuls prendront le duc à la porte de la ville et lui on offriront la clef on argent ; les rues seront tapissées. Il arrive. Hélas ! l'argent promis ne se trouve pas !

On députe des envoyés pour dire le manque de ressources, pour exposer la stérilité du sol, la misère de la population et pour demander que les corvées et impôts se portent de préférence sur les villages voisins. Mais maintenant M. de Nemours exige ce qu'on lui avait offert, et comment refuser à un chef suivi de vingt mille routiers? Le duc s'empare du château de Montpensier, prélève sur Aigueperse une réquisition de six mille livres, et vient s'installer, dans les maisons de la pauvre ville en détresse, comme un garnisaire impitoyable. Riom est réduit aux plus misérables expédients pour se procurer l'indemnité promise. Des perquisitions armées sont faites dans les greniers et dans les caves. Les plus riches habitants sont imposés d'office ; on rafle toutes les farines. On saisit les blés et vins du prieuré de Cœur sous prétexte que le prieuré est sous la dépendance de l'église cathédrale de Clermont. L'hôtel des Monnaies frappe des liards doubles et des deniers.

Canillac rejoignit au quartier général celui qui était

considéré comme l'âme du parti et lui exposa la

mésaventure qui lui était survenue naguère devant

Tournoël, mésaventure qui avait fait à son amour-

propro une blessure non encore cicatrisée. La Ligue

ne pouvait vraiment avoir l'air de reculer devant une

femme. Nemours, sans perdre de temps, envoya un

- héraut d'armes à la châtelaine pour la sommer de se

rendre. Lucrèce de Gadagne répondit en faisant pré-

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cipiter le messager sur la roche abrupte qui senrait d'assise à la citadelle. L*assaut commença. Chacune des enceintes fut successsivement ébrëchée par la mitraille. On se battit daus la cour, dans Tescalier, dans le vestibule. Ne reculant que pas à pas^ la garnison se réfugia en définitive dans le donjon, d*où Ton ne put la déloger qu*au bout de trois jours, à Taide de couleuvrines établies sur la montagne de la Bannière.

Du jour au lendemain la forteresse royaliste devint un repaire de Ligueurs.

Cependant, une armée aussi considérable que celle de M. de Nemours n*avait pu fouler le sol arverne sans faire trembler toute la partie de la province ralliée au trône. Une pareille invasion d'hommes d'armes constituait pour ses conquêtes, pour son influence un danger imminent, que pouvait seule conjurer l'arrivée des bataillons royaux que Ton avait mandés en toute hâte. Tout à coup circula la nouvelle que le maréchal d'Âumont, à la veille d'entrer dans le Lyonnais, avait fait volte-face du côté de l'Auvergne et venait avec ses troupes d'investir Saint- Pourçain.

La noblesse ligueuse releva le gant. Elle n'attendait qu'une provocation et brûlait de prendre sa revanche de Cros-RoUand. Nemours se précipite sous les remparts de la ville assiégée. Canillac, d'Urfé, d'Estaing, St-Hérem, de Lastic accourent sous sa tente; et là, au. confluent de la Sioule et duLimon, au pied du coteau qui

domine la petite ville, dans le vignoble réputé qui Ten-

lace d'une ceinture de pampres, le choc se produisit

furieux» ardent, acharné. Un moment le destm som-

Ha se prononcer contre l'armée de TUnion. Sous le

feu des serpentins et des fauconneaux ses lignes

avaient faibli et son front s'était ouvert. Mais bientôt

la fortune trahit le vieux maréchal. Une caque ayant

sauté par la faute d'un artilleur, l'épouvante se mit

parmi les Royalistes qui se débandèrent, jetèrent

leurs armes et battirent précipitamment en retraite.

A la suite de ce combat, l'Union revit les beaux jours de sa puissance. Nemours put regagner Lyon en laissant à sa place dans Riom ses deux lieutenants d'Ândelot et Montespan.

Avant de partir, il avait imposé une trêve que Charles de Valois avait dû accepter.

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