‹ Chronique de la ligue dans la Basse-AuvergneChapitre 22 sur 24 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

urprise de Lezoux. — Meurtre du capitaine de Chappes. — Mort héroïque d*Arnauld de Lamothe. — Mozac, Tournoél et Montpensier. — ChAtimeot de Lyron et des Aulteroche. •- Le parti de* fatiguée. — Derniers sursauts — Le moment psychologique.

Le succès obtenu par la Sainte-Union sous les murs de Saint-Pourçain grisa les Ligueurs, qui crurent un moment leur cause triomphante. La bruyante allégresse qu*ils manifestèrent servit, pour un jour, d*écran au désarroi dans lequel se fondait insensiblement leur parti.

Deux de leurs principaux adversaires, le capitaine de Chappes et Jean de Lamothe-Arnauld, venaient de rentrer dans Lezoux qu'ils avaient récemment conquise par escalade. On les avait vus porter des coups désespérés aux côtés du maréchal d*Aumont, et ce n*avait pas été leur faute si les Royalistes débandés laissèrent ternir leur draoeau.

Canillac leur en conservait rancune et guettait roccasion de les molester.

Apprenant que le comte d* Auvergne, qui avait fini par se débarrasser à Maringues, entre les mains de marchands forains, et à chers deniers, des bourgeois (fAigueperse qui lui étaient échus en partage, retirait une partie de la garnison de Lczoux afin d*aller combattre dans le haut pays, il se résolut à tenter une attaque contre les deux vaillants capitaines.

Il se mit secrètement en rapport avec le Chapitre de la Collégiale de Saint-Pierre. Un des chanoines possédait une cave qui correspondait au fossé et qui permettait, à l'aide d'un soupirail, d'accéder jusque dans l'intérieur des remparts. Ce point était justement dégarni de défenseurs. Des instructions précises furent données aux chefs des compagnies qui, à la tombée de la nuit du 8 avril 1592, s'approchèrent silencieusement et firent escalader les courtines par leurs troupes. Lezoux fut envahi comme par enchantement. La faible garnison fut aux deux tiers massacrée, sans avoir pu même se rendre compte de la stupéfiante occupation qui venait de s'opérer par la puissance d'une sorte de baguette magique.

De Chappes, commandant la place, était au lit, malade. Soudain la porte de sa chambre s'ouvre. « L'on le tua et fust jeté à la voirie. » Tel est le bref panégyrique que les chroniqueurs du temps conb^acrent à l'un des guerriers les plus fameux de cette

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singlantc époque. Le mépris de la vie humaine est si rand que Ton ne songe pas à s*émouvoir. La mort 5t un simple incident et Ton sait que chaque jour la arque se triera un convoi parmi les plus jeunes et s plus valeureux.

Ârnauld faisait une ronde du côté des remparts avec

eux de ses frères. Il s'aperçoit tout- à-coup que les

îgueurs sont maitres de la ville. Il rallie quelques

ommes et se-barricade dans une tour des fortifica-

ions. La tour est investie. Ârnauld se défend jusqu*à

' e que ses munitions soient épuisées. Déjà l'ennemi

ommonce à saper et à miner la position. Plus d*es-

oir de salut.

Il veut bien mourir, lui, qu'importe ! Mais il ne veut

as voir mourir sous ses yeux, par sa faute, ses deux

Frères et les soldats qui lui restent. Il capitule alors

^t obtient la vie sauve pour tous les siens.

A peine les braves dont il avait le commandement Qont-ils en sûreté, que le noble chef déboutonne son 'pourpoint et s'élance, l'arme haute, au plus épais des assaillants, en s'écrfant qu'il ne veut pas devoir la vie aux ennemis du roi. Il renverse à ses pieds les premiers combattants qu'il rencontre. Un pareil héroïsme étonne et paralyse un moment les bras levés sur sa poitrine ; mais il y a là des anciens amis de Randan, dont le cœur saigne encore de regrets. Ils sont en présence de son meurtrier. La haine et la colère les aveuglent. Arnauld tombe percé de vingt coups d'épée.

elle fut ébahie de se trouver en présence d*ane troupe victorieuse, clémente pour la première fois.

Canillac avait espéré reconquérir par la ruse la ville d*Issoire, ce qui eût été une magnifique compensation à ses déboires et un merveilleux dictame sur les blessures de la Sainte-Union. Pour cela, il s*était entendu avec Lyron et les Aulteroche, les rois de l'émeute, auxquels il promettait non seulement l'impunité, mais sa faveur. Ils l'avaient débarrassé de d'Allègre, c'était bien, ils avaient droit à ses éloges ; mais leur livrer la place, ce serait mieux, et ils pourraient compter dès lors sur son i!:nmuable reconnaissance.

Malheureusement, ces projets furent éventés, et le Conseil royal en déjoua la trame, même en dehors du comte d'Auvergne, dont les relations avec le duc de Savoie et avec l'Espagne devenaient décidément suspectes.

Il chargea le comte de Rieux, qui remplissait l'intérim du gouvernement de la ville d'Issoire, en attendant Tarrivée du nouveau titulaire, de survoilier les conjurés d'assez près pour empêcher l'exécution de leur dessein. Celui-ci garda une froide réserve qui ne souleva aucune défiance de -la part des conspirateurs et endormit leur prudence habituelle. Puis, après s'être assuré de l'assentiment des nouveaux consuls et du concours de troupes sûres, il se résolut à couper le mal dans sa racine.

Il choisit pour punir les traîtres et pour leur faire

subir tout à la fois le châtiment de leur félonie et de leurs forfaits le jour même de Tinstallation de M. de la Chaux, nommé par Henri IV.

Lyron se présenta chez le gouverneur pour lui faire sa visite de bienvenue. Il était on tenue de parada, plume au chapeau, jabot de dentelles au pourpoint, épée en verrouil. Un des anciens officiers, qui avait connu et aimé d*Allègre, se promenait, comme par hasard, dans la galerie d'attente. Il s'approcha et dit :

— Lyron, où as-tu trouvé cette belle épée dorée que tu portes au côté ?

— Monsieur, répond-il en s'inclinant, Thommo et répée sont à votre service. Et la tirant, il la lui présente pour la faire admirer.

L'officier la prend et aussitôt, d'un ton irrité :

— L'avais-tu pas chez le marquis, dit-il ? C'est répée d'un traître.

Et il la lui plonge dans le cœur jusqu'à la garde.

Au même moment s'opérait l'exécution des autres assassins do d'Allègre. Un ancien gendarme de la compagnie du gouverneur abattait, sur la promenade, Vital Aulteroche d'un coup de pistolet. Jean Aulteroche, sorti de sa maison armé d'une pertuisane et une brigandine sur le dos, était frappé à bout portant. Etienne était pendu sur la grande place, à la mémo potence où avait péri d'Espagnon. Quelques autres s'échappèrent en franchissant les murailles et furent exécutés en effigie.

Canillac vit ainsi s*évanouir sa suprême espérance. II eut cependant la consolation, à quelque temps de là, dans une rencontre avec les troupes royales, de tuer de sa main le comte de Uieux qui lui avait valu cette déception.

Il était désormais impossible de pallier les symptômes d*agonie.

D'Andelot faisait de vains efforts pour secouer ce corps pesant de la Ligue. Son influence, celle même du gouverneur et de Je vêque allaient déclinant.

Le duc de Nemours propose de revenir à Riora. Moins enthousiaste, -Riom le fait prier t de rompre son voyage à cause de la pénurie du pays. »

Le duc vint néanmoins, mais par Ambert qu'il emporta après un siège meurtrier et qu'il dévasta, chassant Basset et les Royalistes avec -un rare bonheur. La victoire lui restait fidèle en Auvergne. Par malheur pour lui, il avait trop à faire ailleurs et de graves complications siirgies dans le Lyonnais nécessitaient sa présence.

Il envoya à Riom son. frère, Saint-Sorlin, et son lieutenant, M. de Montespan,. qui furent accueillis de Tair le plus revêche. On les engagea « à se remiser en aultre lieu et à aller har,celler chrétiens moins opprimés déjà. » Le" marquis dut user de rigueur. Il s'installa chez If . '.Moreau, un des trésoriers de France expulsés de la ville. Il fut obligé un jour de retarder son dîner de trois heures, faute dejinge de

table que les habitants ne voulurent pas^ lui fournir. Les Consuls durent l'imposer à tour de rôle.

La désorganisation était à son comble. La torpeur était générale. L^engourdissement gagnait les articulations. La ville s'était tout-à-coup affaissée sous Tator nie que produisent les révolutions, léthargie qui prépare la servitude.

Souvenirs de deuil dans le passé , ruines et angoisses dans le présent, perspectives orageuses pour l'avenir ! Paix, fortune, honneur, existence douce et tranquille, ces biens perdus n'apparaissaient plus que comme de lointains mirages. On avait assez de ces luttes intestines qui brisent les Etats et les provinces, qui font se battre les partis sur des opinions et forcent les citoyens à se regarder constamment avec des yeux flambloyants, la main sur la garde de leur épée.

L'armée des Ligueurs devenait l'arméêiies fatigués. Le repos avait rendu plus longues les rondes, dégénérées en promenades buissonnières-; plus rares les exercices, jadis permanents. Une détente d'activité, un relâchement de rigueur, une recrudescence d'atonie corrompaient irrésistiblement le sentiment martial. On avait substitué une innocente halte de braconniers énervés, étendus à l'ombre, le fusil au râtelier, à l'ancien campement fiévreux el laborieux comme une fourmilière.

Profitant de cette situation des esprits, les moior

dres garnisons royalistes se ruèrent jusque dans les faubourgs et enserrèrent les habitants dans Tétroite enceinte des remparts. La cavalerie ennemie de Cellule, d'Aîgueperse, rôdait autour de la ville et se logeait audacieusement à l'auberge de Notre-Dame et et à rhôtellerie du Cerf-Volant.

Si Clermont ne frappait pas un coup décisif, c'est qu*il se croyait un peu abandonné. Il ne comprenait pas qu'Henri IV ne ralentissait les batailles que parce qu'il employait son temps en négociations plus profitables à sa cause. Et puis l'Espagne et ses intrigues ajoutaient do singulières complications à TécheTeau embrouillé de la politique. '

La Commission expirante chercha par de nouvelles mesures de rigueur et d'arbitraire, à réveiller le fanatisme et à ranimer la foi antique.

Elle pourchassa sans merci les partisans du roi de Navarre ; elle emprisonna tous ceux que l'on soupçonnait d'intelligence avec l'ennemi. Deux des membres •du conseil de guerre, Gabriel Imbert et Gilbert Blanc, furent incarcérés comme hostiles. Mais les murmures devinrent bientôt rumeurs, puis les rumeurs devinrent menaces. Les prisonniers eux-mêmes annoncèrent la ruine prochaine de TUnion ; ils proclamaient que l'heure de la revanche était proche* et que bientôt les tyrans gémiraient à leur tour sous les tortures et les supplices. On ne parvint à les réduire au silence que par la famine et en les mettant, l'un dans la grosse

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tour, Taulre dans un cachot de la Conciergerie.

Ces remèdes violents n'endormirent pas le mal et ne rerapêchèrent pas d*être incurable. Ils en accentuèrent seulement la dernière convulsion.

Plusieurs bourgeois influents par leur nom, par leurs titres, leur famille, leurs places ou leur argent, qui avaient protesté silencieusement d'abord, ens'éloi-^ gnant, contre les manifestations ligueuses, échangèrent adroitement ce rôle passif en une intervention accidentelle dans les affaires. Peu à peu, ils reprirent leur importance, relevèrent la tête, et la faction se désespéra do ne pouvoir triompher de leur mâle résisr tance. On contrôlait ouvertement les actes de l'autorité consulaire ; on tenait des assemblées particulières. Des rixes violentes se produisaient même entre les habitants et la garnison.

Des revers successifs vinrent encore éprouver les derniers fidèles.

M. d'Ândelot , revenant de Durtol , où était sa femme, fut pris parles Royaux et conduit à Maringues.

M. de Nemours, lui-même, avait été arrêté à Lyon et incarcéré à Pierre-Encize. Son frère, M. do Saint- Sorlin, était parti en toute hâte pour lui porter secours.

Ces coups divers étaient terribles pour l'unité provinciale, et, insensiblement, les chefs, écoutant la voix séduisante do l'égoïsme, jetèrent un œil d'envie du côté où la fortune se montrait moins aventureuse.

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La oornette blanche avait des reflets dé force» d'avenir et, qui 'sait f... de générosité et d'oublL

La Commission abdiqua..

Des conférences furent immédiatement ouvertes» en vue d*une suspension d'armes» entre le comte d'Auvergne» Canillac, VBvèqne et les Députés des Etats de la province.

Soudain» un messager arrive de Paris» annonçant une nouvelle plus retentissante que le bruit des trom* pettes : Le Béarnais venait d'abjurer !

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