‹ Chronique de la ligue dans la Basse-AuvergneChapitre 6 sur 24 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Maotoue et Crémone.— Rivalité séculaire de Riom et de Clermont. — Etablissements judiciaires. — > Riom ligueur ; Clermont royaliste. — Montferrand. — Appel aux armes.

La division des partis en Auvergne était entretenue et augmentée par celle qui existait entre les deux principales villes : Riom et Clermont.

La rivalité des deux cités voisines était immémoriale, leur inimitié séculaire.

Entre Riom et Clermont il y avait antagonisme social, antagonisme politique, antagonisme religieux, d'ordre à ordre, de corporation à corporation, de bourdon à corde, de reliques à reliques, de saint à saint. Elles se contestaient Torigine de leurs patronf>, elles se disputaient la gloire d'avoir été le tombeau de saint Amable ou le berceau de saint Grégoire de Tours. Il n'était pas jusqu'à la supériorité de leurs vins qui ne fut invoquée à la louange de Tune, au dénigrement de l'autre. Aussi la fable prétendait-elle

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qne Rl'iCtt avait été f>Ddée par an Troren. tandis que Clernioat était bâtie par an Grec^ à répoqoeda fameox siège de Troie et qa'ain^i s'expli'ioait nne animosite contemporaine de leur histoire.

FalIait-il se dispater qaelqae prérogatire^ s'enlerer quelque établissement, tout entrait en effenrescence. Intrignes, cabales, dépatations secrètes, mémoires sans fin rojaient le jonr. On aiguisait des armes franches on foarbes. On ent dit qoe da résnltat final dépendait la destruction de Fane des deax et qoe, dans rincertitade de Farrét qoi les attendait^ chacone déployait ses efforts pour rejeter le malheor sur sa rivale. Jamais de trêve à cette vieille qnerelle que plosieors arrêts de parlement, de nombreuses lettres patentes et même un traité solennel n'avaient po terminer.

Le vœu du poignard n'avait pas cependant été formulé entre Clermont et Riom comme entre Rome et Carthage ; le delmda Carthago ne figurait pas dans le serment de Téchevinage, mais on y est découvert au moins la jalousie hostile de Carthage et dXtique.

Clermontois et Riomois étaient fanatiques de leur ville, ils s*en faisaient les défenseurs aveugles. Sa- Taron prenait Clermont pour cliente comme Riom deviendrait plus tard la cliente de Chabrol. Lie premier faisait de son livre une apologie lyrique comme le second devait faire du sien une apologie historique.

Sur les fonts baptismaux de Saint Genest ou de

Saint-Jean, les enfants à la mamelle suçaient avec le lait le chauvinisme local. Les tours de la cathédrale étaient pour le Clermontois ce que Jérusalem et le mont Sinaï furent pour le peuple de Dieu ; le Riomois, comme le grand poète de l'antiquité, restait jusqu'à la mort Adèle à son clocher : « Quoi qu'il fasse, il pense toujours à Argos où s'écoula sa jeunesse : El dulces moriens reminisciittr Argos. » Trop étroite semblait la plaine de Limagne pour laisser une suffisante extension aux ambitions diamétralement contraires des deux sœurs ennemies.

Clermont et Riom étaient deux capitales, l'une de l'Auvergne, l'autre du duché qui en comprenait la plus grande portion. Clermont l'emportait par son importance physique, Riom par son rayonnement intellectuel. Leur voisinage fut leur malheur, comme celui de Crémone fut le malheur de Mantoue :

A/aniua vœ misera, nimium vicina Cremonœ !

De tous temps, dans toutes les luttes intestines qui avaient bouleversé le ro/aume, les habitants de Riom, soit par force, soit par inclination, avaient adopté un parti opposé à celui de Clermont. L'histoire provinciale en a conservé plusieurs témoignages.

En 1440, à l'occasion de la guerre civile dite la Praguerie, Clermont resta fidèle à Charles VII qui y passa quinze jours et y assembla aux Cordelicrs les Etats de la province. Riom au contraire s'enrôla dans le parti des princes conjurés, à la tête desquels se

trouvait le dauphin Louis, plus tard Louis XI, et ne fit sa soumission qu*après la défection du célèbre Dunois.

Un quart de siècle après, pendant la guerre du Bien public, où les grands vassaux se soulevèrent à leur tour contre Louis XI, Riom se joignit encore aux révoltés. Le roi vint faire le siège de la ville à la tête de vingt-quatre mille hommes. Les ducs de Bourbon, de Nemours , d'Armagnac , d'Albret et autres la défendaient. Elle fut prise et les princes signèrent avec le roi le Traité de Riom, qui n'était sincère ni d'un côté, ni de l'autre, qui fut trahi par chacun à peine signé, comme devait l'être quelques jours après celui de Conilans, et où d'ailleurs il ne fut pas dit un mot du bien public. — La loyauté des Clermontois, qui ne prirent aucune part à la révolte, leur valut les faveurs royales.

Il est curieux de remarquer , en passant , que Clermont, mieux inspirée, sut toujours se ranger du côté du pouvoir, — du côté du manche, — qu'elle fut immuablement fidèle à celui qui disposait des faveurs ; et que Riom ne se départit, en aucune circonstance, de l'esprit parlementaire et frondeur qui la porta constamment dans le camp de roppo?ition. Cette dernière y perdit on prospérité, sans doute, mais elle se consola en songeant qu'elle ne s'était jamais trouvée du même avis que son ennemie intime.

Depuis cette époque, l'aigreur n'avait fait que s'en-

venimer. On avait lutté pour la tenue des Etats, pour la tenue des Grands-Jours, pour une prérogative, pour un mot. Tout fournissait matière à compétition.

La principale pierre d*achoppement de toutes les discordes, l'endroit sensible, était plus spécialement l'ensemble des institutions de judicature, objet d'envie et de constante convoitise des deux côtés.

Une Sénéchaussée des plus importantes, un Présidial, un Hôtel des Monnaies, un Bureau des Finances, une Maîtrise des Eaux et Forêts, une Recette générale, un Grenier à sel, une Juridiction consulaire, faisaient à Tanciénne ville ducale une couronne de gloire. Clermont s'efforçait d*égrener une à une les perles de cette couronne.

Ses tentatives furent favorisées par la toute-puissaute intervention d'une femme, de Catherine de Médicis, à laquelle elle doit.beaucoup, mais pour qui, il faut le reconnaître, elle s-'est toujours montrée de la plus noire ingratitude. Rien n*a été fait à Clermont pour perpétuer le souvenir des bienfaits dont la reinemère Ta comblée.

S'étant emparée, au préjudice de l'évêque, du comté de Clermon t^ , Catherine avait, dès 1552, accorde aux habitants des lettres de consulat, puis donné aux consuls le titre d'échevins. Elle érigea ensuite à Clermont une Sénéchaussée qui devint bientôt une juridiction royale, dont les séances se tenaient en sou palais de Boulogne, dont elle avait fai(;

4*i CHRONIQUE DE LA UGUE

don à sa nouvelle capitale. La Prévôté de Riom, qui avait dans son arrondissement la ville de Clermont, fut supprimée et réunie à la Sénéchaussée. Enfin, après avoir forcé la main aux Riomois pour la signature d'un traité qui leur était défavorable, Catherine créa à Clermont un siège présidial de dix membres.

Si la moindre immunité concédée à Tune des deux rivales était déjà considérée comme un passe-droit, combien, à plus forte raison, le froissement devait-il être plus profond quand une des deux villes s'enrichissait des dépouilles de Tautre. Aussi Riom ne dissimula plus sa désaffection pour les souverains dont la mère s'était faite son adversaire.

Son attitude devint si hostile à la personne des princes que Charles IX, lors de son passage en Auvergne, séjourna à Clermont et à Montferrand, mais franchit Riom sans s'y arrêter, préférant aller diner à Saint-Bonnet.

Il n'est donc pas surprenant qu'au moment de la Ligue, soit par attachement à la religion, soit par suite des tribulations qu'il avait eu à subir, soit enfin par inclination personnelle, le peuple do Riom se montra disposé à quitter ostensiblement le parti du roi pour adhérer à la Sainte-Union.

Chabrol a dit que « Riom libre ne fut jamais ligueur, et que des factieux de la lie du peuple eurent seuls l'audace de se substituer à la volonté municipale. » Cette assertion est certainement inexacte. Riom ne

fut pas amenée aux résolutions qu'elle prit par les entraînements subits et irréfléchis qui soulèvent les masses. Elle sut ce qu'elle faisait, ce qu'elle voulait. Hoc erat in votis. Ses susceptibilités froissées, son intérêt lésé, sa jalousie séculaire, son tempérament dictèrent sa conduite. Plusieurs, et de bons esprits, refusèrent, il est vrai^ de suivre l'impulsion, mais ils durent dissimuler. Ils formèrent plus tard le noyau du salut. — Chabrol écrivait à une époque où c'était à qui n'aurait pas été ligueur, et où il eût été de mauvais goût de poser Riom on révoltée contre la monarchie légitime. Cela seul explique son erreur. Du moins a-t-il pu faire ressortir avec à propos que Riora n'accepta jamais d'admettre dans ses murs un prêche pour la religion réformée.

Quoi qu'il en soit, Riom s'étant prononcée pour la Ligue, il devenait évident que Clermont opterait pour le parti contraire. En agissant de la sorte, elle continuait sa tradition de fidélité au trône, qui lui avait valu de si nombreux avantages et devait lui en attirer bien d'autres. Et puis, l'arc était trop tendu entre les deux villes.

A l'époque de la réunion des Etats de 1576, la haine avait pris des proportions épiques. L'acharnement itait monté à un tel diapason qu'il n'y avait plus aucun espoir de pacifier les esprits.

Riom et Clermont envisageaient sans déplaisir la perspective d'une rupture franche et définitive. Elles

^attendaient presque mfec impatience qim sonnât rheure où la parole serait au canon. Assez de grimoires poudreux, assez de rancunes platoniques, de mauvaises humeurs concentrées. Mieux valait désormais une arquebusade pour calmer la bile et avoir raison des griefs accumulés.

Aux armes ! Qui m*aime me suive ! clamèrent-elles toutes les deux aux bonnes villes de la province, en brandissant comme une torche incendiaire, Tune le drapeau fleurdelysé, l'autre l'étendard à la croix de Lorraine.

On conçoit que dans un pareil conflit la décision que prendrait Montferrand fût d'une importance capitale. Située entre les deux villes, Montferrand, autrefois royale, à laquelle plusieurs souverains avaient octroyé de grands privilèges, spécialement un des seize Grands-Baillages de France, avait été successivement dépouillée de ses immunités par ses entreprenantes voisines.

Il ne lui restait plus que la Cour des Aides, dont le ressort s'étendait aux provinces du Lyonnais, Forez, Beaujolais, Bourbonnais, Auvergne, Limousin, Franc- Alleu et Combraille.

Le peuple de cette ville voulait se joindre à celui de Riom, moins peut-être par amour pour la Ligue que par antipathie contre ceux de Glermont, avec lesquels. ils étaient souvent en chamailleries. Mais il en fut détourné par les officiers de la Cour des Aides,

qui tenaient pour la plupart tfh parti des Politiques et qui manœuvrèrent avec tant d*habileté, que le président de Vernyos, homme tout dévoué à la royauté, fut commis par Montferrand pour conclure avec Clermont une alliance offensive et défensive.

Riom prit en brave son parti de cette alliance et ne 8*effraya pas de compter un ennemi de plus.

Au milieu dece fourmillementd*intérêts, dépassions, de compétitions de toute sorte, dans cette levée de boucliers calvinistes, ligueurs et royalistes, TAuvergne entière fut convulsée du cœur jusqu'aux extrémités. Tout le territoire prit feu. 11 Jie resta de neutre et de tranquille que de toits petits brins de pays.

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