‹ Chronique de la ligue dans la Basse-AuvergneChapitre 7 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Terra incognita. — EmaDcipatton de la Presse. — Mort du duc d*Aajou. — Qui sera roi f -* Les ambilions du Balafré. — ConvocatioD des Etats-Généraux. -^ L^assemblée des Carmes à Clermont. — Députés de 1* Au vergue.

Cet éraietteinent géûéral transformait le royaume en une véritable tour de Babel en fait d'opinions. C'était la cacophonie, Tirabroglio, un dédale de questions, un réseau de difficultés.

Le présent offre un enchovêlreraent inextricable, Tavenir un horizon nébuleux au bout duquel s'entrevoitîndécise Xditerra incognita des anciens géographes. La boussole humaine semble affolée. On vit sous l'empire des sens. Eu morale, en religion, plus de points de repère; on a changé de décaloguo. Un dieu blafard, à masque blême, trône à la place du Dieu vivant, dit Michelet : la Politique. Il semble que l'humanité,' au lieu de s'agenouiller devant le Christ, se trompe de croix et adore le mauvais larron. L'abîme

est partout. La femme elle-même se dépoétise. Ses idées se pervertissent comme ses mœurs. Il lui faut de rimprévu, des incidents de drame^ des péripéties romanesques, une sorte de frénésie dans le plaisir. Le jeu des passions complique étrangement celui de Tadministratiou. Les hommes changent d*opinion comme les femmes changent d'amant. On dirait une partie d'échecs double, où il faut observer et la tête et le cœur de son partner, pour savoir si à l'occasion l'un ne démentira pas l'autre.

L'imprimerie versa des flots d'encre sans parvenir à éclaircir la situation, au contraire. De cette époque date rémaneipation de la Presse. Les écrits et les libelles commencent à déborder. Chiverny, Villeroy, Nevers, publient leurs mémoires ; Pasquier, Duperron, d'Ossat, leur correspondance; de Serres, de Thou, Palma Cayet, le président Fauchet, le greffier du Tillet, Mathieu, Scévole de Sainte-Marthe, Davila, Pithou, se font historiographes ; d'Aubigné se révèle comme un pamphlétaire admirable. Les in-folios répondent aux brochures ; c'est un feu croisé dans les trois camps.

Malgré ce gâchis, deux sentiments principaux paraissent cependant prédominer dans la multitude : la colère contre certains actes du monarque, le respect de sa personne et de la monarchie.

Mais déjà les femmes, plus ardentes, dépassent la pote. Leurs Sympathies se déclarent en masse pour

les Guisards au grand manteau de serge brune, au chapeau pointu, aux bottes de cuir jaune, portant le chapelet autour du cou et la croix blanche sur Tépaule. Les paroissiennes de Saint-Germain ou de Saint- Enstache traitent leurs maris de poules mouillées et narguent leurs scrupules.

N'osant plus dire ouvertement qu'il ne voulait pas de Ligue dans ses Etals, Henri de Valois usa de politique, et, sous la suggestion de Morvillers, garde des sceaux, il se déclara chef de la Sainte-Ligue, dans l'espo'r « de détrôner son cousin de Guise. »

Cet expédient fournit un moment de répit.

Mais il était écrit que tout servirait la Sainte-Union.

Soudain, on apprend la mort de Monsieur, duc d'Anjou, frère du roi. — Anjou après François II et Charles IX ! — Pauvre maison sur laquelle passait et repassait incessamment la faux de la mort ! Catherine avait eu dix enfants et sa race allait périr. Elle se terminé tristement pur trois frères, comme celle des Capétiens.

Aussitôt se pose la question : Qui sera maintenant l'héritier du roi ?

Henri III était encore d'âge à avoir des enfants, (34 ans), mais, depuis dix ans, il était allé bien des fois, lui et sa jeune épouse, pieds nus et le sac de pénitence sur le dos, à Notre-Dame de Chartres, qui était restée sourde à sa demande ; — et Marc Miron disait que tous les pèlerinages du monde n'y pourraient rien.

ÔO CHROXIQIE DE LA LIGCE

A dêfiat d*hêriUer direct, la coiiro&iie appartenait à Henri de Navarre, premier prince da sang.

Un roi Huguenot ! La Réforme snr le tr6ne !

Pas assez d*anatliomes contre Talliê de la Jézabel anglaise, de la lonve qai avait signé le warrant fatal à Marie Stiiart. On se répète o qnll est looable de se choisir on roi à son appétit et que. plntôt qoe de r.xvoir hognenot, il faut aller chercher on &pagnol, nn Scvthe on un Moscove. *•

Sixre-Qnint écrit à Gaise de veiller an salut de la Religion, et le compara à ces généreux Macchabées qui combattaient si vaillamment p>nr la défense du temple et de la loi d^Israél.

En qv^Iques semaines la Ligue devint plus ardente.

Le vrai rvM était le Balafré, dédaignant désormais de fain^ la chatte-miue. W b>n a^>tre. parlant et agissant en maiciv. avec Torgri^il vie sa prétendue »>actie cari >vîagieane s>aïevée ontn? la race usurpamc^' des Oapets.

L>s^:îrd*a:çeiairv^ la c^aroaae n'avaiî certes pas écé. i^ la part de$ i»Jiî<e. le n*saI:jLî Tua pUn préméviiîé. Lt's cîrc-.-asraii.vs dr:?a: Wir aïiac*. Les deux cariiaaix <: tes i,^ax KjlIji:Vv> se îr.virèn»î être fxa::r« astx^i^itx. upèrteors à t*,^<t$ les Poliù^nes qui

ti)uK?& ^alî e& 5oiî. ca pccî* Heari à? Gnîse ea pr^

. Li» ita;5 a'asjirtiîtîaç i ki d-.-aBwr W trv-ne Li 3i«:ct tx r:c : i'4*:r^s. :axas pacieats.

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voulaient le couronner tout de suite ; d'autres, enfin, désiraient que le sceptre passftt d* abord aux mains du vieux cardinal de Bourbon, qui reconnaîtrait Guise pour son héritier.

Dans cette délicate occurcnce, Henri III convoqua à Blois les Etats-Généraux, mettant entre leurs mains les destinées de la monarchie.

Le tiers-parti , épouvanté , ne savait qu'augurer d'une pareille résolution.

D'autant que, dans toute la France, l'élection aux Etats était travaillée avec une furie extraordinaire. Le mot d'ordre était partout le même. Il ne fallait plus de Ligueurs modérés mais seulement les emportés, les casse-cou de la faction.

Les lettres du roi, du 30 mai 1588, donnaient mandement aux gens des trois ordres de la province d'Auvergne de se réunir à Riom pour nommer les députés.

Comme on le pense bien, Clermont ne l'entendait pas ainsi. Elle revendique, par publications et par affiches, son titre de capitale et déclare que l'assemblée n'aura pas lieu ou qu'elle aura lieu dans ses murs. Elle refuse même d y appeler les délégués de Riom, ville, dit elle, atteinte de la contagion. Trois consuls assistés d'un notaire , se transportent aussitôt à Clermont pour protester et signifier que les habitants de Riom sont en bonne santé.

Qu'importe !

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Henri III, par de nouvelles lettres patentes, déclare alors qu'attendu la réclamation du titre de capitale par chacune des deux villes principales, les Etats de la province seront tenus à Maringues, sous la présidence dn Sénéchal d'Auvergne.

Néanmoins, le Sénéchal de Clermont, Julien d*Oradour, convD querassemblée à Clermont pour le 25 août.

C'était illégal, il le savait, mais il espérait ainsi créer un précédent.

Le Lieutenant général Binet, défend aux treize bonnes villes d'obtempérer à cette injonction, et de son côté, il convoque l'assemblée pour le 23 dans le monastère des Carmes de Clermont, malgré le «refus du sous-prieur d'ouvrir les portes du couvent.

L'émotion est indicible.

Au milieu de ces prétentions contraires, les délégués des bonnes villes se divisent. Les partisans de Clermont réclament le démembrement de la Sénéchaussée d'Auvergne et la création à Clermont d'un Parlement pour la province. Ceux du plat pays s'indignent et rendent des ordonnances de nullité. Les premiers nomment des députés : l'évêque de la Rochefoucauld et son frère Alexandre pour le Clergé , MM. de Montmorin et d'Auteyras pour la Noblesse ; Jean de Basmaison, Pierre Urion, Guillaume Costel et un échevin de Clermont pour le Tiers-Etat.

Les seconds nomment également les leurs : Claude 6inetjJeandeMurat, le conseiller Pothier, l'avocat Faydit.

En 1576, déjà, il en avait ëté de même, et, chose remarquable, tout en validant les élections de Clermont, les Etats avaient aussi admis à siéger If s députés de Riom.

Furieuse d'une pareille résistance, la populace de Clermont s'attroupe. On injurie Claude Binet, on le menace, on veut le faire prisonnier, ainsi que les membres de la Sénéchaussée d'Auvergne II n'est question de rien moins que de faire une Saint-Barthélémy.

Pour cette fois encore, néanmoins, il n'y eut qu'un carnage de mots.

En 1576, l'Auvergne n'avait envoyé à Blois, pour représenter le Tiers-Etat, que des hommes appartenant au parti des Politiques. En 1588, seul de la députation, Basmaison n'était pas dévoué aux Guises.

La vie publique se résumait maintenant dans l'assemblée nationale ; Blois allait devenir l'abrégé de toute la France.

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