‹ Chronique de la ligue dans la Basse-AuvergneChapitre 9 sur 24 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Etats (le Blois. — Qui %'y frotte s'y pique ! — M"« de Sauves. — La catastrophe. — Les Dépuiéu bougent, — Amable et Catherine.

Qu'étaient ces Etats ? Que voulaient-ils ?

Secourir la religion ! Mais deux armées combattaient contre Tbérésie, dont une sous le frère même de Guise. La liberté ! Mais la tolérance du roi était le principal grief que soulevaient contre lui les catholiques qui rêvaient roppression à leur profit de toute une partie (!u royaume.

Pourquoi déguiser sous un hypocrite patriotisme le desscia bien arrêté d'acculer la royauté et de mettre la couronne au niveau de la tête du prétendant ?

Sur cent quatre-vingt-onze députés du Tiers, dont moitié avocats, il y en avait plus de cent cinquante qui portaient à leur manteau et sur leur bonnet carré la double croix blanche. Dans le Clergé, composé de cent trente-quatre membres, on comptait à peine quel-

ques Royalistes. Seule, la Noblesse, forte de cent quatre-vingts députés, avait un certain nombre de Politiques.

L'assemblée donna de suite la mesure de ses intentions. Elle nomma pour présider le Clergé un furieux, le cardinal de Guise, — pour présider le Tiers, La Chapelle-Marteau, l'un des Seize, — pour présider la Noblesse, M. de Brissac, l'homme des Barricades, l'ennemi personnel de Henri IIL

Son premier acte fut de supprimer l'impôt, pour désarmer le roi. « De faict, on avait jà ostéleparisissur les épices et plusieurs aultres impositions préj udiciables au peuple, et pensait le peuple entrer en l'aaged'or. »

Se voyant en force devant l'assemblée, Guise ne garda plus de ménagements.

 lui tous les honneurs. Il avait des gardes, il logeait au palais, il soumettait à sa surveillance même les appartements intérieurs de Sa Majesté. Rien ne se faisait à la cour que sur l'ordre du grand maître.

A la Chambre, il siégeait en triomphateur sur un trône élevé, au pied des colonnes à chapiteaux sur lesquelles se détachait cependant, comme un providentiel avertissement, l'écusson des comtes de Blois, chargé d'un porc-épic avec cette devise : Qui s'y frelte, s'y pique!

De son côté, l'assemblée, enhardie par la popularité de son chef, tendait à s'attribuer un pouvoir indépendant et presque adéquat de celui de la royauté.

En vain les amis du souverain , les fidèles de la monarchie, les esprits modérés et sages, comme ceux avec lesquels nous avons déjà fait connaissance, s'efforçaient-iis de faire entendre la voix de la raison. Cette minorité infime était obligée le plus souvent de se tenir à l'écart et de dissimuler son sentiment. Elle se trouvait, comme dit Montaigne, «pelaudée à toutes mains, aux Gibelins étant Guelfes, aux Guelfes Gibelins. »

N'était-ce pas imprudent de pousser tout à l'excès, de chapitrer le monarque comme un écolier pris en faute, sans-réfléchir que la bête forcée dans ses derniers retranchements se retourne parfois contre le chasseur elr mord?

Une catastrophe seule pouvait dénouer la situation.

Elle éclata, stupéfiante comme un coup de tonnerre que n'a pas précédé Téclair.

Le 25 décembre 1588, le roi fit appeler les quarantecinq gentilshommes ordinaires. Sept à huit s'offrirent à immoler la grande victime. Scriac dit en son langage gascon : « Cap de Diou, sire, iou lou bou rendis mort ! »

Tandis que le meurtre se préparait, Guise reposait auprès de M"" de Sauves, marquise de Noirmoutiers, beauté fameuse qui avait reçu les hommages de tous les princes du temps. Charlotte, petite-fille de Samblançay, mariée d'abord au seigneur de Sauves, puis à François de la Trémoille, aussi belle que volage, allait, suiva!nt l'expression libre du Laboureur, coucher d'un parti chez l'autre.

Liée jadis avec le duc d'Alençon et le roi de Navarre, les secrets qu'elle dérobait au plaisir, elle les redisait maintenant au duc de Guise. Depuis quelques jours, elle était inquiète et perplexe. Elle devinait un danger et suppliait son amant de fuir. Guise crut moins à ses conseils qu'à ses caresses.

Pendant ce temps, avec son christianisme frelaté, le roi faisait dire une messe pour la réussite d'un projet duquel dépendait le salut de la France. Contraste étrange de cruauté, de bigoterie et de libertinage ! Contraste compris par Meyerbeer qui fait succéder les farouches accents de la bénédiction des poignards au chœur des baigneurs, aux chants harmonieux de Chenonceaux.

Guise passa soudainement des bras d'une femme aux bras de la mort. Il entrait sans intervalle dans une nuit plus longue où il aurait le temps de se reposer des voluptés.

Le roi poussa du pied le cadavre pantelant de son cousin, comme seize ans auparavant. Guise avait poussé du pied qn autre grand cadavre, celui de Coligny.

On jeta sur le mort un tapis de pied ; on plaça audessus une croix de paille, — et Henri de Valois put aller dire à sa mère : « Madame, cette fois je suis roi ! — C'est bien, répliqua l'astucieuse Catherine, c'est bien de couper, mais il faut savoir recoudre ! »

Le cardinal de Guise est arrêté et massacré ; le car-

DANS LA BASSE Al" VERONE 7l

diual de Bourbon, rarchevêque de Lyon sont emprisonnés. Tous les membres de la maison de Lorraine sont appréhendés au corps : Anne d*Este, rnère des Guises, petite-fille de Louis XII, le duc de Nemours, leur frère utérin, le jeune prince de Joinville, fils aîné du duc Henri, le duc d'Elbeuf, son cousin. Depuis huit joxirs, Catherine de Clèves, femme du Balafré, aujourd'hui sa veuve, avait quitté le château avec sa bellesœur, la duchesse de Montpcnsier, pour aller faire ses couches à Paris.

La terreur régnait aux Etats. Une menace de mort planait sur quiconque oserait élever la voix. Bien que le roi eût défendu aux députés de boug^ir de Blois avant la résolution des cahiers, la plupart, les plus compromis surtout, se retirèrent sans dire adieu et la clôture do rassemblée mutilée fut prononcée.

Jean de Basmaison, Jean de Murât, Claude Binet s'apprêtèrent à regagner Riom.

Mais le cénacle avait ressenti le contre-coup des événements. Binet et Pasquier, sans être ébranlés dans leur fidélité au roi, dissimulaient mal une profonde tristesse. Montaigne, caustique et frondeur, murmurait : « Qui sait ? » DeTliou et Jean de Murât, Thomme jeune et le vieillard, approuvaient hautement le coup de poignard qui venait de donner le signal de la lutte.

Seul, Basmaison, apôtre de la modération, temporisateur obstiné, croyait encore à la possibilité de la

concorde. Il n'admettait pas que Ton pût résoudre les questions pendantes par d'autres armes que celles de la raison. Aussi s'ingénîait-il à tempérer reffervescence dont son fils donnait des témoignages croissants, son fils qu'il destinait à la paisible carrière du Barreau. « Nihilhoc adediclwnprœtoris,n lui répétait-il, selon la doctrine de son maître Cujas, en matière de controverses religieuses, Cela ne regarde pas redit du préteur!

Catherine de Murât était aussi ardente que son père. Elle ne voulait pas plus que lui d'un royalisme platonique et, comme ses frères, elle pensait que la Ligue n'était qu'une révolte contre la majesté du trône, révolte qu'ilimportaitdecomprimerles armes à lamain.

Amable de Basmaison était trop amoureux pour ne pas partager ces sentiments belliqueux. L'éloquence de cette douce voîx le rendit fanatique. Il résista ouvertement aux instances de son père, déchira par avance sa robe d'avocat et s'enrôla dans l'armée royale en même temps que les frères de sa bien-aimée, en, même temps que le fils de Pasquier, confident de sa passion.

Cette résolution lui valut la malédiction de son père. Mais, si elle rendit impossible pour le moment l'union des deux jeuues gens, elle augmenta l'amour au cœur de Catherine, sa fiancée.

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