‹ Chronique de la PucelleChapitre 11 sur 66 · COUSINOT LE CHANCELIER · texte numérisé non relu

COUSINOT LE CHANCELIER

l'église de Paris. Après lequel Jehan son frère fut Dauphin de Viennois et duc de Touraine qui es mains fut et en la garde du duc de Horlande dont la fille et espousée. Et en ce temps se tint en Normandie le conte d'Armagnac conncstable, qui la ville de Honnefleu fist fortiffier et grand appareil faisoit d'armée. Mais pour tant que peu prisoit les nobles de France , de Piquardie et Normandie, et aucuns n'en recucilloit; ainçois les desprisoit du retray de la bataille d'Azincourt ; peu trouva de nobles qui obéissance lui donnassent , fors Gascons et autres de son païs.

Gh AP. 143. La venue de l'Empereur à Paris en cellid an.

En cellui an vint à Paris l'empereur Sigeraond qui lionorcement fut rcceu , lequel pour contemplacion du roy et de la seigneurie de France emprinst d'aler par devers le roy d'Angleterre acompaigné du duc de Horlande pour trouver voye de traictié. Et les diz Empereur et duc vcnuz à Calais, vint là le roy Henry d'Angleterre par devers eulx, qui les ouy et sur leurs requestes voult, avant ouyr les seigneurs prisonniers parler, que aucune response leur donnast. Pourquoy il prinst délay de retourner parler à son conseil. Et ce conseil ouy et les seigneurs prisonniers, fut d'accort de mettre entre les mains des diz Empereur et duc la ville de Harefleii , eslargir les prisonniers en lui donnant soffîsans hostages et trêve en mer et terre jusques à trois ans. Lesquelx pcndans pourroit estre convencion tenue des deux rois et de leurs princes en espérance de paix^ pourveu que, se paix n'estoit trouvée , les diz Empereur et duc lui restitueroient Harefleu et retourneroient les princes en ses prisons.

1416 avril] GESTE DES KOBLES. 159

CiiAP. 144. De la venue du duc de Bourgoigne à Laingny , pour sa ville avoir '.

En cellui an, vint à Laingny-sur-Marne , à puissance, ou temps d'iier, le duc de Bourgoigne; et, ciiidant la ville de Paris esmoui^oir à commocion , ainsi que autresfoiz avoit cuidié, se tint là par aucuns jours. Et en la fin fist requérir que la duchesse de Guienne sa fille , qui à Marcoiissiz estoit, lui fcust rendue. Dont d'accort fut le conseil et lui fut la dame menée à Braye-conte-Robert * où la receupt, et tantost se depparti et en sa terre la mena.

Chap. 145. Traitié parlé des seigneurs.

En ce temps envoièrent les seigneurs prisonniers le sire de Gaucourt par devers le roy et les seigneurs de France pour le traitié pourparlé leur monstrer , et le louèrent. Dont de prime face furent d'accort le roy de Sécillc et le duc de Berry. Alaiz ou contemple y survint grief empeschement ; dont la chose prinst délay. Car dedens Paris furent aucuns complices des faiz du duc de Bourgoigne qui secrètement emprinsdrent faire le commun eslever à commocion au jour du grant vendredi ^ et en celle commocion occire le chancellier de France, le prévost de Paris, les plus notables du conseil du roy et généralmenttouz ceulx qui souspeçonnez estoient avoir faveur ne amitié au duc d'Orléans. Mais pourtant qu'ilz advisèrent que cellui jour trouveroient peu de gens en leurs hostelz qui es sains lieux ne alassent, leur emprinse continuèrent au jour de Pasques •'^, ou premier somme de la nuit. Et à ccste fin avoit secrètement en-

' C'est-à-dire pour avoir la ville de Paris.

2 Brie-Comte-Robert.

' Le 17 avril 1416, vendredi saint; Pâques, le 19 avril.

160 COUSiXCT LE CHAXCELIER. [1416 avril

l'oié dedens Paris le seigneur de Pois qui les murdres devoit conduire et les seaulx de France bailler au boiteux d'Orgemont doyen de Tours.

Chap. 146. Commocioji emjjrinse par ceulz de Paris en faveur du duc de Bourgoigne.

En l'an mil quatre cent seize , le jour de Pasqucs *, devers le soir, fut descouverte secrètement l'emprinse du sire de Pois et ses complices au prévost de Paris ^ qui à grant compaignie de gens de fait se mist sus, avecques lui le seigneur de Gaucourt. Si furent prins celle nuitée Robert du Belley ^ et aucuns autres qui es halles furent décapitez. Et, à leur fin, accusèrent plusieurs autres, dont le plus s'enfuirent, qui de Paris furent banniz. Entre ceulx qui banniz furent estoient Maistre Phclippe de Morvillicr, Colin du Pont et autres. Et emprisonné fut le boiteux d'Orgemont qui , tout jugié, fut mené es prisons de l'cvesque d'Orléans à Mcbung sur Loire , où il mourut.

Chap. 147. Traictié rompu.

En Angleterre retourna liastivement le seigneur de Gaucourt qui aux seigneurs rapporta que contens estoient ceulx du conseil du traitié cncommencié et que briefment seroient de ce apportées les lettres. Mais ou contemple -|- vint à Paris bastivement le conte d'Armagnac qui ou conseil exposa que à grans fraiz il avoit mis sus armée qui preste estoit, laquelle Englois par telz moyens tendoient à rompre , et que l'armée rompue ne tendroient riens du dit traitié. Si fut ceste chose fort débatue entre le roy de Sécille et le duc cardinal de Bar

• 19 avril.

2 Taagui ou Tannegui du Chàtel.

^ Marchand de drap , l'un des conjurés.

mai] GESTE DES NOBLES. 161

d'une part et le dit conte d'autre. Finablemcnt le grant conseil, la court de Parlement, l'université, le préiost des raarchans et les bourgois de Paris ensuirent ^ l'oppinion du conte d'Armagnac et fut le traitié rompu , dont se trouva le sire de Gaucourt en danger de mort à Londres.

Chap. 148. Trespas du duc de Berry.

En cellui an trespassa, ou mois de maj^ le duc Jehan de Berry et d'Auvergne , conte de Poitou , à Paris en son hostel de A'eelle, dont le corps gist en la chappelle de Bourges -. Gestui noble duc en son vivant fist moult de biens à ses officiers et les gens de son païs avança et mist en liaulz cstaz tant en prélatures et autres dignitez et bénéffices comme en offices et en dons de grant largesce. Plusieurs églises fonda et de graus possessions dopta^; de merveilleux ouvrage fist édiffier plusieurs palais , chasteaulx et maisons plaisantes ^. En grant révérence tint l'Eglise et les méuistres et sur toute rien ^ aima et honnoura le roy son nepveu et sa lignée Et à ses duchié de Berry et conté de Poitou succéda le roy de France , qui par le dit trespassement donna à Monseigneur Jehan son filz la duchié de Berry qui par avant tenoit Touraine avecques le Dauphiuiat. Si donna à Charles son maisné filz 6 conte de Ponthieu , le duchié de Touraine, et la fille du roy de Sécille ^ lui donna en mariage.

' Suivirent , se rangèrent à.

2 Sa tombe existe encore dans la cathédrale de Bourges.

3 Dota.

* Notamment le château de Mehun-sur-Yèrre , près Bourges , le palais, la Sainte-Chapelle de Bourges, etc. 5 Chose.

^ Son fils vioins né, plus jeune , qui fut Charles VII. ' Marie d'Anjou.

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Chap. 149. Bataille en mer.

En cellui an fist le comte d'Armignac partir de Hoiinefleu l'armée de mer où grant nombre avoit vaisseaulx souffisamment habillés, mais peu y ot de gens pour la défense. Si rencontrèrent Anglois sur mer qui contre eulx assemblèrent à bataille où furent François desconfiz, et le plus i des vaisseaux perduz.

Chap, 150. Seconde venue du roy Henry en Normandie.

En cellui au mil quatre cent seize descendi en Normendie sur le costé du pais d'Auge le roy Henry d'Angleterre qui sans aucune résistance receupt l'obéissance de la cité de Lisieux, du chastel de Touque et de toutes les villes et chasteaux d'Auge, et, à tous ceux qui sèrement lui vouldrent faire, laissa biens, meubles et héritages.

Chap. 151. La prinse de Caen.

En la basse Normendie vint devant Caen en cellui an le roy d'Angleterre et la ville prinst par assault. Mais dedans le chastel fut le seigneur de Montenay à grant gent , devant lequel le roy Henry mist siège et tant y fut que par composicion lui fut le dit chastel livré. Si vindrent Anglois devant la cité de Bayeux où fut Messire Pierre de Mornay atout grant gent , mais le siège n'atendi point , ains s'en parti. Si receut le roy Henry la cité en obéissance à sa venue , et ainsi ala celle saison conquérant la Normandie , où peu trouva résistence.

Chap. 152. De l'autorité quepnnst le comte d'Armignac.

Ces choses durans n'estoit en court aucun des seigneurs de France , mais en toutes manières prenoit le conte

' La plupart.

1417 avrilj GESTE DES NOBLES. 163

l'auctorité et gouvernement du royaume, dont aux nobles et citez fort desplut, car grans finances levoit et par sa grant convoitise , si comme on tint , en convertissoit le plus en ses usages. Si désirèrent ceulx du conseil que à Paris feust admené Monseigneur Jehan de France , duc de Berry et daulphin de Viennois , pour son père le roy représenter en son conseil. Et à ceste fin envoièrent en Hainau les conseilliers par devers le duc de Horlande , qui à Compiengne l'admena où longtemps fut. Mais à toutes fins prétcndi le duc de Bourgoigne venir en sa compaignie , dont le conseil du roy doubtant inconvénient ne fut point d'accort. Et tant prinst long délay ceste chose que à Compiengne trespassa Je dit Messire Jehan de maladie, le dimenche avant Pasques fleuries mil quatre cent seize *, dont le corps'gist en l'abbaye saint Gornille. Auquel succéda en tout Monseigneur Charles son mainsné frère -.

Ghap. 153. La prinse et mort de Messire Loys Bosredon ^.

En l'an mil quatre cent dix sept ^, après la Pasque , fist le conte d'Armignac le roy partir de son hostel Saint- Pol et acompaignez de Messire Tangui du Chastel , prévôt de Paris , à grant compaignie de gens d'armes , une journée après disner le menèrent à Vicennes, où fut la royne qui le Daulphin envoya au-devant du roy son père acompaigné de Messire Loys Boisredon , grant maistrc d'ostel de la dite royne. Et lui venu devers le roy, par le commendement du conte d'Armignac, fut prins le dit Bosredon par le prévost de Paris et mené au Chastellet

^ Le dauphin Jean , né le 31 août 1398 , mourut le 4 ou le 5 avril 1417 n. s. Voyez Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 4« série, t. IV, p. 480.

2 Charles VIL

3 En latin de Bosco Rotundo. Monstrelet et d'autres en ont fait Louis Bourdon.

* Pâques, le 11 avril.

164 COUSINOT LE CHANCELIER. [1417 atril-

de Paris , et sans plus avant aler furent ramenez dedans Paris le roy et le Daulphin qui receu fut à grant joye. Mais une nuit fut le dit Bosredon noyé en Saine sanz déclarer la cause au peuple , et tost après fut la despense de l'ostel de la royne retranchée et ses assignacions cassées i. Si lui fîst le comte de Armignac muer officiers et serviteurs et toute l'auctorité royal oster, puis fut menée à Blois où elle fut par aucun temps et d'illec s'en ala à Tours. Mais après son partement fut sceu que en plusieurs églises du royaume elle avoit mis en garde grand trésor d'or, d'argent et de joyaulx. Si furent envoyés commissiaires par les citez aux coUiéges ^, qui au roy restituèrent tout ce que la royne avoit laissée en leur garde , dont la royne fut mal contente.

Chap. 134. De Valée du Dauffin à Angiers.

En celui an vint à Paris la royne de Sicile 3, qui tant fist que àilngiers mena le Dauphin que sa fille ot espousée et tost après s'esmut le commun de Rouen qui par nuit occistrent le bailli et le procureur avec aucuns autres officiers royaulx. Si vint d'Anjou avec grand puisance devant Rouen , Monseigneur le Daulphm , qui la cité assiégea et la fist fort bastre; et en la fin, à la prière des barons les receupt en sa merci et leur pardonna de grâce l'offense et à tant s'en retourna à Paris Monseigneur le Daulphin. Et guères ne demoura que contre Monseigneur le Daulphin se retournèrent ceux de Rouen, qui en l'obéissance du duc de Bourgoigne se misrent.

G. 155. Prinse de Pantoise et autres places.

Le duc Jehan de Bourgoigne, voiant et cognoissant que Anglois, ses alliez, en icellui temps alloient conqué-

' En termes modernes : ses crédits anmilés. 2 Chapitres des églises.

^ Yolande d'Aragon.

octobre] GESTE DES IVOBLES. 165

ranf la Normandie, pour empescher que au roy n'eussent IVormans secours, à grant puissance se mist sus et le roy prinst à guerroier. Si se mistrent en son obéissance les villes de Pontoise , Mantes , Meulent et autres villes et devant Paris mist siège à l'Ourme-Heudon au mois de septembre mil quatre cent dix sept ou longtemps fust. Lequel pendant il fit fort batre la tour de Saint-Glost et le pont assailli. Mais il ne peut le conquerre. Si envoya dei'ant Chartres Messire EÛon de Jacleville à grant gent qui l'obéissance requist de la cité. Dont ne furent pas d'accort l'évesque, le cappitaine, ne les bourgeois. Mais d'opinion contraire furent les chenoines, les prestrcs, les advocaz et procureurs, et tout le commun, qui de fait ostèrent les clefz des portes et audit de Jacleville pour le duc de Bourgoigne donnèrent obéissance. Si prinst et emprisonna Maistre Jehan le Bourrelier, lieutenant général du bailli, Maistre Robert Poingnant advocat du roy, Segnart l'aisné cappitaine de Chartres, Regnauld Segnart le jeune, Phelipe Périer et Maistre Pierre de Grouy, esluz; Pierre des Gourtilz grainetier, Maistre Jehan Périer, Adam Périer, Maistre Jehan Baudaille chancellier, Maistre Pierre de Veyrac, Maistre Guillaume Loysel, Maistre Robert Bracque, chanoine de Chartres et plusieurs autres ; tant gens d'église que nobles et bourgeois, qui de leurs biens furent pillez et en la lin banniz de leurs pais et tous leurs héritages donnez ; lesquieulx se retraïrent à Orléiens.

Chap. 156. Siège devant Paris.

De l'Ourme-Heudon fit lever son siège au mois d'octobre ; le duc de Bourgoigne qui siège mist devant Montle-Héry et le seigneur Toulongeon envoya mettre siège devant Ourssay. Si envoya le conte d'Armignac grant gent férir sur le siège de Ourssay où fut desconfit le seigneur de Toulongeon et prins. Mais en l'obéissance du

166 COUSIXOT LE CHANCELIER. [1417 nov.-

duc de Boiirgoigne furent renduz, en ce contemple y, les chasteaulx de Mont-le-Héry, Marcoussis et Estampes. Si mist siège devant Gorbeil du costc par devers Beausse et de bombardes et canons fist la ville fort batre par jour et nuit. Mais dedans furent les seigneurs de la Tour et de Barbazan ^ atout grant gent qui la ville bien deffendirent. Et le dit siège durant fut le temps tant pluieux que en ordures estoient gens et chevaulx, qui de povreté et de froidure aloient mourant; dont contraint fut ledit duc de lever son siège et à toute sa puissance se retraï à Chartres.

Chap. 157. L'alée du duc de Bourgoigne à Tours devers la royne

Au mandement de la royne ala à Tours le duc de Bourgoigne après la feste de Toussaint^ mil quatre cent dix sept qui la royne trouva en l'église de Maremoustiers ; et à ceste fin y estoit venue. Si entra avec elle en la cité où receu fut à grant joie. Si fist prendre aucuns de ses serviteurs et piller de touz leurs biens et ce fait garni la ville et le chastel ; et à Chartres mena la royne, où grant conseilz tindrent, et là assirent un siège de parlement. Si fut mandé audit duc, par aucuns de ses adhérens de Paris, que il venist secrètement à certaine heure à Paris, devant la porte Bordelle , qui ouverte lui seroit. Dont il se mist à chemin pour aler et chevaulchant toute la nuit vint devant ladite porte au point du jour. Mais à ceste heure estoit descouverte la trahison. Dont ne sorti son emprinse aucun effect, mais honteusement et hastivement s'enfuit à Chartres et en chemyn perdi gens, chevaux et charroy en bien grant nombre. Si commença tant grant mortalité de ses gens qui par les rues aloyent mourant sur les fumiers que plus ne s'osa tenir illec. Et lui séjournant audit

• Arnald Guilhem , seigneur de Barbazan , en Béarn. ■^ l^"" novembre.

décembre] GESTE DES NOBLES. 167

lieu, fut occis par Ector de Savcuses M'" Elion de Jnclcville , dont grant desplaisance prinst. Et de là parti avec la roync tenant leur voie par la Beausse et le Gastinois jusques à Joigny. Sur l'ost desquelx le conte d'Armaiguac qui les champs tint et les poursuy, féry en queue ; où moult y ot d'occis et prins. J\Iais pour ce que retraiz furent dedans Joigny s'en retourna le conte; et à Troies mena le duc de Bourgogne la royne; qui là assist ung parlement et M° Eustace de l'Estre [ou Delestre] constitua chancellier de France.

Ghap. 158. Chasteaiix réduiz au roy.

En l'obéissance du roy furent remis après le partement du duc de Bourgoigne : Estampes , Mont-le-Héry, Alarcoussiz et autres places. Mais de la partie du duc de Bourgoigne se tindrent Senliz, Pontoise, Rouen, Ghartres et Chevreuse. Si manda et fist le roy savoir à la feste de XoëH aux villes yssues de son obéissance, que si dedans le jour de la Tiphaine ^ ensuivans retournoient à son obéissance , il leur pardonneroit toute offense, dont rien jie firent. Si mena le comte d'Armaignac le roy devant Senliz qui à puissance l'assist et toutes les vignes d'entour fist couper et par longtemps y tint le siège et bâtit fort la muraille qui moult fut grevée. Adonc traitièrent ceulx de Senliz et le bastard de Thian , qui laiens '■^ fut, de rendre au roy la ville à certain jour, se du duc de Bourgoigne n'avoient secours et de ce baillèrent hostages. Mais au jour cmprins, n'obtindrent aucun secours, ainçois abandonnèrent leurs hostages lesquieuix le conte d'Armignac fist gecter dedans la vilic et à tant leva le siège le roy qui à Paris retourna.

' 25 décembre.

^ (Epiphanie) 6 janvier.

^ Là dedans , là.

168 COUSmOT LE CHArvCELIEil. [1418-

Ghap. 159. Pillerie de Chevreuse.

Devant Chevreuse ala en ce contemple -|- M. Tangui du Ghastel, prévost de Paris qui par assault prinst et pilla la ville et ce fait s'en retourna.

Ghap. 160. Murmure contre le conte d'Armignac.

Gontre le conte d'Armignac commencèrent les nobles et les habitans des cités à murmurer en ce contemple j. Gar grant finances levoit, et, de jour en jour, sans résistance aloit le roy perdant ses villes et ses chasteaux. Et grant trésor assembloit et envoioit en son pais, si comme on maintint et par grandes exactions se senti le peuple moult oppressé. Si furent aucun prélaz, barons et gens de bonne ville qui pour eschever inconvéniens , conseillèrent de trouver iraitié de paix entre le roy et le duc de Bourgoigne, affîn que seulement le roy n'eust à besongner fors aux Auglois.

Chap. 161. Conseih tenuz à la Tumhe près Montrereul.

Eu l'an mil quatre cent dix huit 1 après la Pasque assemblèrent à la Tumbe près Montereau ou Fault Yonne les conseilz du roy et du duc de Bourgoigne par plusieurs jours. Et là fut fait certain traitié qu'après fut apporté par devers le comte d'Armignac par l'évesque de Paris pour le faire sceller; mais le dit traitié veu, deffendi le comte d'Armignac le sceller; dont ceulx de Paris prinsrent desplaisance.

Chap. 162. La prhise de Paris par le seigneur de l'Isle Adam et le Viau de Bar.

En la ville de Paris , par la porte de Saint-Germain , entra le seigneur de l'Isle Adam, le dymenche 29*'jour

' Pâques , le 27 mars.

mai 29] GESTE DES NOBLES. 169

de may 1418 , à trois heures après minuit , accompaingné du Viau de Bar. La quelle porte leur lut ouverte par Regnault le Clerc du Petit-Pont. Si commencèrent à crier : Bourgoigne! La paix! courans par les rues les espées nues tenans; prenans, occians et pillans gens. Au quel cry s'esleva tout le quartier des halles et tous les gens du commun de Paris , crians et occians, comme les autres Bourguignons. En cellui jour prinstrent ceste gent le conte Bernart d'Armaignac connestable, M® Henri de Marie chancellier de France, Rairaonnet de Guerre, Morrigon et plusieurs haulx seigneurs, prélaz, barons, docteurs, chevaliers, escuiers, clers, officiers, bourgois, raarchans et généralement touz soubpeçonnez avoir faveur au duc d'Orléans et au conte d'Armaignac et touz leurs biens saisirent et leurs personnes firent emprisonner tant au palaiz comme à Saint-Éloy, es Ghastelletz*, à Saint-Magloire , à Saint-i\Iartin des Champs , au Fourl'Evesque, à Saint-Merry et en Tiron. Et au conflit de ceste prinse, se deppartirent de Paris de grands seigneurs en la compaignic de Monseigneur le Daulphin qui à Melehung se retraï et en la bastide Saint- Anthoine establi le prévost de Paris atout grant gent 2.

^ Le grand et le petit Châtelet.

^ Les registres de l'université de Paris contiennent, sous forme de notes, quelques détails particuliers sur les massacres et troubles populaires de 1418. J'ai publié le texte latiu de ces notes dans \ Histoire de l'instruction publique, 1849, in-4**, p. 362. Ea voici la traduction :

Procurât de (ou temps pendant lequel était procureur) Maître Jean-Jean ou Zeym, de Leyde.

Nota que pendant ce procurât , le 29 mai , ce fut un dimanche , après la fête du Saint-Sacrement ou de l'Eucharistie, à 2 heures après minuit le matin, entrèrent à Paris le seigneur de l'Isle-Adam, accompagné de Gui de Bar, alors bailli d'Auxerre, avec ses amis et confédérés. Ils se présentèrent au nom delillus-

170 COUSIXOT LE CHANCELIER. [1418 juin 1-

Chap. 163. Bataille en la rue Saint-Anthoine à Paris.

Le mercredi premier jour de juing mil quatre cens dix huit, sailli le prcvost de Paris du chastel de Saint- Anthoine , qui à grant gent entra dedans la rille le long de la grant rue Saint-Anthoine et les Bourguignons fist reculer par force d'armes jusques à la porte Baudet; et bien cuidèrent par celle emprinse cculx de Paris estre destruiz et les Bourgoignons aussi ; mais les Bretoi.s qui de touz temps plus désirent et plaisance ont en pillerie que en leur honneur délaissèrent la compaingnie, se boutèrent dans les maisons d'icellc rue et des rues

frissiùie Monseigneur le duc de Bourgogne, et réduisirent sous leur obéissance la ville de Paris. Alors fut pris le comte d'Armagnac, connétable, avec beaucoup d'autres de ses complices, obstacles à la paix et perturbateurs de la concorde entre les princes du sang royal.

Nota que pendant ce procurai, il y eut émotion parmi le populaire de Paris, le 12 juin, qui fut un dimanche. Elle commença vers midi (heure de none) jusqu'à la nuit. Les émeutiers rompant les prisons royales . se jetèrent sur les prisonniers. Plus de quinze cents hommes y périrent. Du nombre furent le comte d'Armagnac, Monseigneur Henri de Marie, alors chancelier du roi , et autres chevaliers ; deux évêques : ceux de Coutances [Jean de Marie] et de Senlis et plusieurs membres de l'université , de toute faculté et de toute nation , excepté de la nation d'Allemagne. Il y en eut trois qui étaient docteurs en théologie, dont l'un. Picard, un docteur en décret, un en médecine. Quelques-uns appartenaient au collège de Navarre, de la nation de France et aussi de Normandie. Les trois docteurs en théologie furent maître Jean Dachery, natif de Laon, nation de Picardie, évêque de Senlis; Maître Benoît Jencien, de Paris, religieux de Saint- Denis; et le troisième un carme, natif de Reims. Le docteur en décret fut Maître Werner Berrey, pour lors conservateur des privilèges de l'université. Le docteur en médecine fut maître Jean Carson. Du collège de Navarre ,

août 20] GESTE DES NOBLES. 171

[d'alentour] férans ^ dessus, pillans les biens 2; et sur ceulx qui ou front furent de la bataille demoura la charge et le fez des Parisians et Bourguignons, qui tant allèrent croissant et les chargèrent que retraire les convint au castel Saint-Anthoine à perdicion de plus de trois cens hommes; et l'endemain par composicion se depparti le prévost avecques ses gens et délaissant le chastel s'en ala à Melehung ^.

il y en eut deux ou trois , dont l'un avait été recteur de l'unirersité.

Le Normand fut maîlre Jean de Lomer? (nom peu lisible) Que Dieu ait pitié de leurs âmes , ainsi que de tous les fidèles défunts! Amen!

Xota que durant ce procurât, le 20 août, jour de saint Bernard, pendant la nuit, vers dix heures, commença l'émotion du populaire dans la ville de Paris. Elle dura toute la nuit et le jour suivant. On tua les prisonniers en grand nombre et même pour la plus grande partie : à savoir les Armagnacs. Ceux qui étaient détenus comme tels furent presque tous mis à mort, tant au palais royal [palais de justice] qu'au petit et grand chàtelets. (Registre n» 7 des Archives de l'université , actuellement au ministère de l'instruction publique, fol. 86 -jf» et 88.) Ce registre contient les conclusions ou délibérations de la nation d'Allemagne. Les notes transcrites ont dû être rédigées par le procureur de cette nation, Jean de Leyde. On sent dans le récit de cet étranger, principalement dans le second alinéa, un souffle remarquable de sympathie indignée pour les victimes. Cette sympathie se fait jour sous la contrainte de Yopinion bourguignonne, qui régnait alors , moitié par la passion, moitié par la force, au sein de la capitale. Il semble que maître Jean n'ait pas osé nommer en toutes lettres l'évêque de Coutances, frère du chancelier. Nous avons restitué son nom ci-dessus entre crochets.

' Frappant.

'' C'est-à-dire : pendant que les Bretons se débandaient pour piller, les soldats restés en colonne au front de la bataille portèrent tout le faix de l'émeute , etc.

3 Melun.

172 COUSIXOT LE CHAXCELIER. [1418 juin 12-

Chap, 164. De la prinse de l'évesque de Clèretnont.

De Paris s'eschappèrent en ce conflit plusieurs notables personnes et entre autres Messire Martin Gouge ^ adonc évesque de Glèremont, conseillier du Roy qui à Jargueau vint ; et là fut le sire de Sulli 2, lequel le prinst et détint prisonnier, ne à Monseigneur le Daulpliin ne le voult rendre ; dont il prinst desplaisance.

Chap. 165. De l'alée du Daulphin à Bourges.

En la cité de Bourges s'en ala Monseigneur le Daulphin après son partir de Melhun. Où^ lui vindrent les nobles de plusieurs contrées qui toute obéissance lui firent. Si séjourna illec par aucuns jours et au partir prinst sa voye droit en Poitou, en Touraine, et vint devant Azay-sur-Aindre , dont ou chastcl se furent les habitans rctraiz avec aucuns gentilz hommes de la contrée, qui obéissance lui refusèrent, et de sa personne lui disrent parolles villaines. Dont par courroux et desplaizsance il fist assaillir et prendre le chastel, qui en sa présence fut tout démoli et touz hommes , femmes et enfans qui dedans furent fist morir.

Chap. 166. La première occision de Paris.

Le dimanche ^ après la feste Saint Barnabe ^ mil quatre cens dix huit, devers le soir, par l'induccion du sire de Chasteau-Villain , du seigneur de l'Isle-Adam, du Veau de Bar et M. Charles de Lens, s'esmut la commune de

* Voyez ce nom dans la nouvelle biographie de MM. Didot. ^ Georges de la Trimouille.

^ A Bourges.

* Le 12 juin. Voyez ci-dessus la relation de Jean de Leyde, p. 110, note.

5 La Saint-Barnabe le 11 juin.

août 20] GESTE DES XOBLES. 173

Paris en telle manière que en toutes les prisons alèrent murtrir tous les prisonniers qui dedans furent et là furent mors le connestable , le chancellier de France et autres grans seigneurs et maintint-on que cette occision cruelle mandèrent faire la Royne et le duc de Bourgoigne qui autrement n'osoient entrer à Paris, lesquels après le murdre commis y vindrent tost.

En cellui an conquist le roi Anglois Faloise qui par composicion lui fut rendu et autres places.

Chap. 167. Second murtre des Parisîans.

En la fin du mois de jaing amena le duc de Bourgoigne à Paris la rojTic de France; après la venue des quieulx furent prins plusieurs personnes souspeçonnées tenir la partie du conte d'Armignac et le samedi après la feste de mi-aoust ^ cellui an fut recommencé le second murdre. Et saichent tous que en ces deux murdres furent occis plus de trois mille cinq cents hommes, tant prélaz, seigneurs et barons, comme autres gens d'estat de Paris et d'autres contrées. Laquelle chose fut aucunement desplaisante à plusieurs nobles de la partie du duc de Bourgoigne qui , pour ces maulx faire cesser et mettre hors de Paris les gens de vil mestier qui à ces murtres faire estoient enclins , ordonnèrent de ceste gent envoier assiéger Mont-le-Héry, et à ceste fin leur furent délivrés vivres, argent et abillemens soubz le gouvernement de Gaucher de Ruppes et Gaucher Raillart qui audit lieu de Mont-le-Héry les conduisirent. Et de bombardes et canons bâtirent fort le chastel , dedans lequel fut le sire de Roquecerf qui fort le chastel deffendi. Si fîst Monseigneur le Daulphin atout grant gent partir le prévost de Paris pour le siège lever. Mais lui venu à Estampes le

' Le 20 août, d'après les registres de l'Université. Voyez ci-dessus p. 171, note.

174 COUSmOT LE CHAACELIER. [1418 sept. -

10*^ jour de septembre à heure de prisme s'arresia illec pour soy raffreschir; pour la vernie duquel Bourguignons celle nuitée levèrent le siège et leurs abillemens ardisrent et misrent en abandon. Si Guidèrent entrer à Paris; mais par quatre journées entières les laissèrent ceulx de Paris en abandon dudit prévost qui oneques n'en passa Estampes, mais à temps s'en retourna*.

Chap. 168. La paix criée à Charanton.

En septembre mil quatre cent dix huit furent trêves accordées entre le Roy et le duc de Bourgoigne et Monseigneur le Daulphin soubz espérance de paix. Pour laquelle paix traictier vint à Paris le duc de Bretaigne et à Charanton assembla les messages de tous les seigneurs, sans le consentement des quelz messages, ne aucune chose appointier en leur présence, fut iliec la paix criée et à Paris, et de la dite paix faire jurer par Monseigneur le Daulphin et par ses alicz se chargea le duc de Bretaigne. Pour lequel mieulx contenter il lui amena Madame la Daulphine sa femme et tout son estât. Mais oneques ne voult la paix jurer en la manière contenue en leur traitié. Dont malconlent fut le duc, qui en son païs s'en ala et d' illec en avant ne fist à j\Ionseigneur le Daulphin aucun secours.

Ch.^p. 169. Siège à Sulli.

Après les trêves faillies , vint Monseigneur le Daulphin mettre siège devant Sulli, où fut le sire de la Trémoille, qui l'évesquc de Glèremont y tint en ses prisons. Et fort fist batre ville et chastcl; mais au siège vint le conte de Vertuz qui tant traicta que à Monseigneur le Daulphin

' La chronique de Jean Raoulet , que j'ai publiée dans la Bibliothèque ehévirienne, à la suite de Jean Cbartier, contient des développements ti'ès-instructifs sur les troubles de 1418.

décembre] GESTE DES NOBLES. 175

fut restitué l'évesque de Clèremoiit et au sire de SuUi quitta et pardonna son maltalent.

Ghap. 170, Siège devant Tours et la prinse.

En décembre ensuivant, mist Monseigneur le Daulphin siège devant Tours, qui pour le duc de Bourgoigne se tint. Si fut tant la cité batue que plus ne pouvoient résister. Adoncques à leur prière pourchaça tant le conte de Vertuz que en l'obéissance du Roy se misrent et leur pardonna toute hayne et maltalent , mais en la ville ne daigna entrer en celle foiz.

Chap. 171. Régence du royaume.

A Poitiers ala Monseigneur le Daulphin après la prinse de Tours et par déliberacion de ses princes et prélaz print la régence du royaume et fit faire seaulx nouveaulx : ung siège de parlement prist à Poitiers, l'autre à Thoulouse et la chambre des comptes à Bourges.

Chap, 172. Bédicion de Faloise.

Ccllui an furent renduz au Roy d'Angleterre la ville et le cliastcl de Faloise et tout le pais de la basse Normandie fors Gherbourc et le I\Iont Saint-Michel.

Ghap. 173. Siège à Rouen.

Eu ccllui an mist siège le Roy d'Angleterre devant Rouen oii longtemps fut. Lequel pendant les bourgois envoièrent plusieurs messagers par devers le duc de Bourgoigne requérir secours qui promis leur avoit les garder et deffendre contre touz pour et ou nom le roy de France. Dont à la derrenière le sommèrent moult instamment disant que se à celle foiz ne leur donnoit secours, ilz crieroient contre lui à trois foiz le grant

116 COUSmOT LE CHANCELIER. [1419 janv.-

harou de Normendie. Mais oncques ne leur tint promesse; ainçois les laissa en abandon et en la fin par grant destresse de faim furent contrains d'eulx rendre au roy Henry d'Angleterre, qui tost après conquist V^ernon, Gisors et le païs de Vulquessin l.

Chap. 174. Siège de Parthenay.

En l'an mil quatre cent dix neuf^ envoya le régent Charles, Monseigneur le conte de Vertuz à grant chevalerie devant Partenay ; et là mist siège , où longtemps fat; et en la fin ramena le soigneur avecques toutes ses villes et chastcaulx à l'obéissance du roy et du régent.

Chap. 175. Convencion à Poilli le Fort.

Trêves furent accordées ou mois de may en celle année en espérance de paix entre le régent Daulphin et Jehan le duc de Bourgoigne qui assemblèrent à Poilli le Fort près de Corbueil et jour en prinsdrent ou mois d'aoust à Monteraul oii Fault- Yonne pour la perfection du traitié en commcncié. Mais pendant celle journée fist le dit duc de Bourgoigne mener le roy, la royne et madame Katherine de France leur fille à Pontoise. Si lint en ce contemple -j- à Meurlant le roy d'Angleterre , qui , par le duc Jehan de Bourgoigne , faisoit son mariage traitier à la dite madame Katherine. Et lors fist tant ledit duc que entre Pontoise et Meurlant convindrent la royne avec sa fille et le roy Henry , qui après ce qu'il ot la dame veue , fut désirant de l'avoir en mariage. Et à tant à celle foiz se deppartirent ; mais tost après fist le duc de Bourgoigne mener le roy, la royne et îJadarae Katherine à Troies , et par les seigneurs de

' Vexin. Henri V entra dans Rouen le 20 janvier 1419, n, s. 2 Pâques , le 16 avril.

1420 mai] GESTE DES NOBLES. 117

risle Adam fist livrer et mettre es mains du roy d'Angleterre la ville et le chastel de Pontoise.

Chap. 176. Convencion et mort du duc de Bourgoigne à Montereul.

Pour la perfection du traicté encommencé , ala le régent Daulphin à Montereul, au jour emprins. Auquel ne vint ne envoya le duc de Bourgoigne , lequel se tint à Troye, avec le roy et la royne. Si envoya le régent plusieurs messages à Troies, pardevers lui, qui tant firent que à Prouvins vint ledit duc , qui là se tint longuement et ses conseils envoya par devers ledit régent. Et finablement après ce que tant de l'une partie comme de l'autre furent les matières trailiées, vint ledit duc de Bourgoigne à Montereul et lui venu en la présence du régent, qui en estât royal fut encloz en unes lices, entra icellui duc armé dedans la lice et la main mist à son espée. Laquelle manière xoians, le prévost de Paris, Messire Guillaume de Bataille , et aultres chevaliers de nom coururent sus audit duc de Bourgoigne et dedans les lices l'occistrent, à ung dimenche 10^ jour de septembre 1419.

Ghap. 177. Aliances du duc de Bourgoigne et mariage d'Angleterre. 1420 i.

Après la mort du duc de Bourgoigne , succéda à sa seigneurie Pheiippe, son fîlz, conte de Gharoloiz, qui avec Anglois fist aliances et tant fist que à Troyes vint le Roy Henry d'Angleterre, qui Madame Katherine de France espousa le ... jour de ... l'an mil quatre cent ...^

' Catherine de France, née le 27 octobre 1401, fut accordëe par traité du 21 mai 1420, et mariée à Troyes le 2 juin suivant. Ces dates laissées en blanc (voyez ci-dessus chap. 124,

178 COUSINOT LE CHANCELIER. [1420 mai-

Par le traitié de ce mariage , le roy Charles de France, qui sanz, entendement estoit , fut conseillé et contraint par le duc de Bourgoignc et ceulx de Paris, de priver du tout en tout du droit de son royaume, Charles son seul filz et héritier, Daulphin de Viennois. Et ledit Henry en hérita après sa mort. Et sur ce lui donna lettres-patentes à la relacion de son conseil où furent Charles de Savoisi, Renier Pot , Pierre de Fontenoi , chevaliers ; Maistre Phelippe de Morviliers président ou parlement, Guillaume le Clerc, maistre des comptes; Micheau de Lalier; Guillaume Sanguin; Jehan le Gouais et autres bourgois marchans, bouchiers, cscorcheurs et plusieurs murtriers de Paris.

Chap. 178. Voiage en Languedoc.

Cellui an ala Monseignem* le Daulphin régent visiter son païs du Languedoc et receupt les féaultez des "prélaz, nobles, barons, et des citez de la contrée; où receu fut à grant joie.

Chap. 179. Siège et perdicion de Monstereul oùfault Yonne.

En l'an mil quatre cent vingt, mist Henry le roy d'Angleterre siège devant Montereul où fault Yonne, dont fut cappitaiue et garde G. de Chaumont, chevalier, sire de Quictry, qui , ses biens et sa vie saufs et par composicion , livra audit roy Henry ville et chastel.

p. 143, note 3) , marquent la précipitation avec laquelle fut écrit ou expédié cet ouvrage. Nous acons apprécié l'ensemble des circonstances aux 'quelles il faut joindre ce nouveau signe , dans la Notice historique et critique placée en tête de ce volume , § 5, p. 38.

décembre] GESTE DES KOBLES. 170

Chap. 180. Siège et perte de Mellnin.

Devant Melhun mist siège le roy Aiiglois après la prinsc de Montereul. Là fut le sire de Barbazan qui la ville et le chastel fort deffendi, mais tant le tindrent Anglois et Bourgoignons à grant destrèce que secours ne peut avoir de vixTcs, ne d'autres choses, ainçoins convint que ceulx de la ville, en deffault de vivres, mangeassent chevaulx , chaz , et autre vermine et en la fin furent contraints de traitier et composer. Par laquelle composition furent rendu z ville et chastel. Et es mains du roy Anglois demourèrent prisonniers les nobles hommes qui dedans furent. Tous les habitans de la ville qui Anglais se voultrent faire demourèrent sur leurs lieux avec leurs biens , et ceulx qui le serment ne vouldrent faire perdirent meubles et terres et s'en peurent aler oii bon leur sembla. En ce contemple \ se rendi au roi d'Angleterre la cité de Sens.

Chap. 181. Lit de justice tenu ou parlement par le roy Anglois.

Après la prinse de Melun , vint à Paris Henry le roy d'Angleterre en grant pompe ; avec lui la royne sa femme et plusieurs grans seigneurs de France et d'Angleterre. Et par la rivière de Saine fist le sire de Barbazan et ses autres prisonniers mener devant Paris, oii receu fust honorément; et les fist mettre en prisons diverses. Si tint illec sa feste de Noël ^ en grant haultèce. Après laquelle, une journée il vint au Palais royal, et comme héritier de France après le trespas du roy, tint le lit de justice. Où fut présent le duc de Bourgoigne qui assez fust au dessoubz- de tous les princes d'Angleterre;

• '25 décembre.

^ Dans le rang de la préséance.

180 COUSIKOT LE CHANCELIER. [1421 mars -

dont fort despliit aux barons de Bourgoigne. Et ce fait, parti de France le roy Henry, qui avec lui mena sa femme à Londres; avec lui aucuns de ses princes et barons , et deçà mer laissa le duc de Glarance son frère et autres grans seigneurs. Cestui duc de Glarance, au pourchas de ceulx de Chartres qui ennemis furent au Daulphin régent, à grant puissance entra en Beausse et tout le pais couru, boutant feux jusques à la forêt d'Orléans puis se retira en Normandie.

Chap. 182. Bataille de Baugé.

En Anjou entra le duc de Glarance au dit an à grant puissance et tant ala qu'il vint à Beauffort en Valée , oii lui furent nouvelles dictes que à Baugé estoient venuz à tout grant gent le conte de Boquam , le conte de Vigton, le conte de Ventadour, le seigneur de la Faiète mareschal de France et autres grands seigneurs de France et d'Escoce. Si leur manda bataille duc de Glarance. Laquelle ils lui octroieront, et le samedi de Pasques flories 1420 i, se assemblèrent à bataille au viez Baugé les dits François et Anglois, dont François obtindrent la victoire. En ceste bataille fut le duc de Glarance occis avec plusieurs chevaliers et escuiers d'Angleterre , dont fut la mortalité nombrée au champ 1054 chevaliers et escuiers et autres gens. Et en vie furent là prins les contes de Somerset et de Hotiton^ et autres grans seigneurs d'Angleterre, jusques au nombre d'enidron600 hommes et moult y en ot d'occis de chaude chace. De la partie des François furent occis M. Gharles le Boutillier sur le duc de Glarance, qu'il cuidoit garder d'occire , soubz espérance de recouvrer ou lieu de lui le duc d'Orléans, qui prisonnier estoit en Angleterre , dont dolens furent les seigneurs ; car moult

' 16 mars 1421 (n. s.).

2 Huntingdon.

juin] GESTE DES NOBLES. 181

fut ce chevalier preu, hardi et aoumé de toutes bonnes

mœurs

Chap. 183. Sollempnelle feste à Tours.

En l'an mil quatre cent vingt et ung 2 après la Pasques vinst en la cité de Tours Monseigneur le Daulphin régent. Où vindrent les seigneurs qui à la bataille avoient esté à Baugé et leurs prisonniers menèrent. Si tint iilec le dit régent grant court où les diz seigneurs receupt honourablement et tint plusieurs conseilz. Là bailla le régent au conte de Boquan l'espée, le retint en connestable de France et à autres donna terres et grans seigneuries en son royaume 3. Si se mist sus en cellui an le régent et à puissance tint les champs; après ceste victoire et sa puissance adreçant par le païs de Vendômois, Dunois, le Perche et le Chartrain, prinst d'assault le Roilleis ^ qui fut de Bourgoignons garni et là furent touz occis et la place mise en feu. Devant Montmirail vint, qui sans arrester lui fust livré et tantost le fist razer et autres places; puis passa par devant Chartres et n'y voulut asseoir siège pour révérence de Dieu et de sa benoiste mère. Mais vint devant la ville de Galardon qu'il prinst d'assault. En cest assault fut occiz le fds du seigneur de Monfort en Bretaingne dont tant furent Bretons dolens que touz ceux qui en l'église de Galardon s'estoient retraiz, à la prinse de la ville, occisrent; combien que renduz se fussent prisonniers. Et après l'occision minè-

* Voyez sur la bataille de Baugé , la Chronique d'Anjou , par Ch. Bourdigné, édition Quatrebarbes, t. II, p. 141; voyez aussi Registre des comptes royaux, KK 50, fol. 2 t/O; comptes de l'écurie du Daupbin, reproduits à la suite de Jean Chartier. 1858, in-16, t. III, p. 314. 315.

^ Pâques, le 23 mars.

^ Voyez KK 50, fol. 2 v", loc. cit.

* Le Bouillis, canton de Morée, arrondissement de Vendôme.

182 COUSIIVOT LE CHANCELIER. [1421 mars-

rent François la tour dans laquelle se furent retraiz Maistre Giles Cousin adi ocat de Chartres et un batellier de Paris nommé Rousselet, lesquieulx furent décapitez et penduz et fut la ville pillée qui plaine fut de grans richesses et les portes avec partie de la muraille abbatuz. Ef ce fait s'en retourna à Bourges le Daulphin régent qui son armée départi •.

CflAP. 184. L'alée de la duchesse de Hollande.

Cellui an passa la mer la duchesse de Hollande femme du duc de Braibant ; laquelle M. Umfray, duc de Glocestre mainsné frère du roy d'Angleterre , prinst à femme , dont malcontens furent Flamens , Hennuiers , Braibançons , et au derrain la laissa ledit duc de Glocestre.

Chap. 185. Siège et perdicion de Dreux .

Henry le roy d'Angleterre, en cellui an, retourna deçà mer, qui à puissance mist le siège devant Dreux et tant que en son obéissance receupt ville et chastel ; et ce fait

' C'est-à-dire : Le Dauphin congédia son armée et se rendit à Bourges. — Le 23 mars 1421 le Dauphin était à Poitiers; le 24 à Mirabeau; le V^ avril à Tours; le 8 à Chinon ; le 18 à Saumur ; le 30 à Durtal (Maine-et-Loire, arrondissement de Baugé) ; le 4 mai à Sablé; le 15 au Mans; le 27 à la Ferté- Bernard ; le 7 juin devant Galardon ; le 10 devant Montmirail ; le 14 au siège devant le château de Beaumont -le- Vicomte ; du 23 au 28 devant Galardon; le 30 juin et le V juillet au gué de Longroy, près Galardon, commune de Saint-Cheron (Eure-et- Loir) ; le 6 à Brou; 8, 9, Vendôme; 10, Château - Renaud ; 14-19, Amboise; 22-24, Tours; 26-31, Chinon; août 1-10, Chinon; 12-18, Loches; du 20 août au 17 septembre, Amboise; 18 à 22, Tours; et le reste de l'année, c'est-à-dire jusqu'au 22 décembre, à Bourges. {Itinéraire de Charles VII, inédit.)

déc.-août] GESTE DES KOBLES. 183

vint à Chartres où receu fust à grant joye, de l'évesque, du clergié et autres qui dedans furent.

Chap. 186. Venue du rotj Anglais devant Baiigency, Meung et Orléans.

En la ville de Vendosme assemblèrent au mois d'aoust mil quatre cent vingt et ung, à grant puissance, les contes de Boquan et de Vigton , M. Tanguy du Ghastel , le viconte de Narbonne et autres seigneurs et barons. Dont nouvelles ouy le roy Henry, qui de Chartres se parti et espérant avoir bataille vint à la Ferté de Villenueil et d'illec à la Bruière près Baugency. Là fist tendre ses trefs 1 sur une montaigne et par aucuns jours y demoura faisant ses gens courir devant Baugency, Mehung et autres places. Où exploictièrent Englois, qui ung jour passèrent Loire près Saint-Dié et coururent la Saloingne; le prévost de Paris estant à grant gent à Saint- Dié, qui Anglois en sa présence vit rapasser Loire, doubtablement, à peu de gent ; et sur eux n'osa férir. Dont contre luy se prinsrent plusieurs à murmurer. Et ou mois de septembre, en cellui an, fut le dit roy d'Angleterre contraint, par faulie de vivres et que ses gens aloient mourant chacun jour, de soy partir. Si fist ses tantes lever et tout son host passa dexant Orléans et à Meleun s'en alla à très grant perte de gens.

Chap. 187. Siège devant Saint-Riquier'^ .

Siège mist le duc de Bourgoigne en cellui an devant Saint-Riquier; sur lequel siège féri à puissance M. Loys

' Pavillons , tentes.

- Voyez sur cette affaire les chapilres inédits de Jean Chartier, dans la Bibliothèque elzévirienne , t. I, p. 19, et la chronique de Jean Raoulet , ibid. , t. III, p. 175 et suiv.

184 COUSIi\"OT LE CHANCELIER. [1420 février-

d'Offémont qui le dit duc de Bourgoigne chaça jusques aux portes de Abbeville et là perdi le duc grant gent.

Ghap. 188. Prinse du duc de Bretaigne.

Celui an^ prinst le conte de Painthèvre le duc de Bretaigne et le transporta en l'un de ses chasteaulx en Limosin. Mais tant se humilia le duc envers le conte que après le délivra; et s'excusa que ce lui avoit fait faire le Daulphin régent. Mais ledit duc, venu en son pais, nonobstant la paix jurée entr'eulx, saisi toutes les villes et chasteaulx du conte , le banni de son pais et ses forteresses fist abatre, et depuis celle heure en avant fut en touz cas contraire aux faiz du régent. .

Chap. 189. Meurlanc.

Gellui an prinst Loys Patiot le pont de Meurlanc où tantost vinst à puissance le conte de Salcebery, qui de toutes pars l'assiéga, si que de nulle part ne peut avoir secours; si rendi aux Anglois la place et s'en parti avec ses biens.

Chap. 190. Mariage de Mademoiselle d'Orléans.

En cellui an donna le régent en mariage à Richart de Bretaigne Mademoiselle Marguerite , seule sœur le duc d'Orléans qui ^ n'en fut pas content et par le dit mariage donna le conté d'Estampes audit duc Richart.

Chap. 191. Siège et la perdicion de Meaulx.

En l'an mil quatre cent vingt deux 2 fust la cité de Meaulx conquise par le roy Henry d'Angleterre qui

' Cette actioa eut lieu le 12 février 1420, n. s. (Voyez D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. I, p. 473.) 2 Pâques , le 12 avril.

longtemps y tint siège et par destresse de fain convint la forteresse du marché rendre. Où furent l'évesque et grant chevalerie qui en la mercy dudit Henry se rendirent et tous les fist mener à Londres. Si conquist de grans richesses à ceste prinse *.

Chap. 192. Conqueste de La Charité.

En l'obéissance du Daulphin régent fut mis en cellui an La Charité sur Loire par le vicomte de Narbonne et le prévost de Paris "2, qui devant la ville de Conne ^ misrent le siège. Aux quieulx les ilnglois et Bourguignons qui dedans furent baillèrent hostages de la ville leur rendre au douziesme jour d'aoust en cellui an, se audit jour n'estoient puissants de les combattre. Et ces choses mandèrent au roy Henry et au duc de Bourgoigne qui à puissance se misrent sus pour assembler '■* à Aucerrc. Pliais ou contemple -j- accoucha de maladie le roy Henry à Gorbueil qui à Vinciennes fut porté et ses gens bailla au conte de Salceberiq qui à Auxerre ala où fut venu le duc de Bourgoigne. Si assemblèrent leur puissance et un jour emprins vindrent devant Conne en bataille ordonnée de l'une part, et de l'autre part, sur les grèves de Loire, vindrent François en^bataille ordonnée. Et combien que tant feust basse la rivière que bien eussent peu les puissances passer pour assembler à bataille , nientmoins oncques ne s'assemblèrent; ainçois déliirèrent les François les hostages. En ceste manière se maintindrent les deux hostz deux jours entiers et au troisième envoya le

' Sur le siège de Meaux, voyez la chronique de Jean Raoulet, p. 170, et le fragment inédit d'une version française des grandes Chroniques de Saint-Denis, à la suite de Jean Chartier, édition de la Bibliothèque elzévirienne , t. III, p. 247 et suiv.

^ Tanguy du Chatel.

^ Cosne ou Cône.

^ Se léiinir.

186 COUSINOT LE CHANCELIER. [U22aoùt29.

duc de Boiirgoigne deus mille Anglois et Bourguignons déliant La Charité courir, Adonc passèrent Loire François qui là vindrent hastivement. Mais la fuite prindrent Anglois et Bourgoignons qui en leur host retournèrent et tantost se deppartirent les Anglois et Bourgoignons.

Chap. 193. Trespaz du roy d'Angleterre *.

Le dimenche vint neuvième d'aoust mil quatre cent vint deux, environ heure de minuit, trespassa le roy Henry d' /Angleterre dedens le chastel du bois de Vincennes, délaissant sa femme cnçainte en son royaume d'Angleterre, et à Londres fut porté par les princes de son royaume. Après le trespas duquel la royne se deschargea d'un filz qui nommé fut Henry- à son baptesme duquel et du royaume d'Angleterre fut baillée la régence au duc d'Occestre^ oncle du feu roy Henry et au duc Jehan de Betfort* fut baillée la régence de France.

Chap. 194. Bataille à Bernay et près Mortaingne ou Perche.

Jehan de Harrccourt, conte d'Aubmarle et le viconte de Narbonne oudit an mil quatre cent vingt deux entrèrent en Normendie à grant gent, pillèrent Bernai qui fut plaine de grans richesse ; et là vindrent hastivement Anglois férir siu* François, mais desconfîz furent Anglois,

1 Indépendamment de Monstrelet , on trouvera des dévelop- ,J pements étendus sur les derniers moments d'Henri V, roi d'Angleterre : l" dans le Religieux de Saint-Denis, historien de Charles VI, et 2o dans son continuateur Jean Chartier, chapitres inédits (édition elzévirienne, t. I, p. 5 à 8).

2 Henri VI.

3 Glocester.

*> Voyez ce nom Bedford dans la Biographie générale de

MM. Didot.

octobre 21] GESTE DES KOBLES. 187

dont bien en furent occis environ 200 hommes et plusieurs prisonniers prins.

En grant puissance s'assemblèrent Anglois des garnisons de la contrée qui sur le conte d'Aubmarle férirent près Mortaingne en son retour et là ot dure bataille. Mais desconfiz furent Anglois ; dont fut l'occision nombrée à plus de huit cents et plusieurs prisonniers prins.

Chap. 195. Trayson du duc de Bretaigne.

Le duc Jehan de Bretaigne, en cellui an, failli de faire prandre en trayson la ville et le port de la Rochelle et Bretons fist entrer au païs de Poitou, qui près de Montagu orent bataille contre les gens du Daulphin régent et là furent Bretons desconfiz, dont fut grande l'occision.

Chap. 196. Aventure ou co?iseil tenu par le roy à la Rochelle.

En la ville de la Rochelle ala le Daulphin régent en cellui an , et tenant illec conseil en une salle le onzième jour d'octobre, fondi tout le bas estage et chai en en celier, fors seulement au droit dudit régent qui en sa chaière demoura tout assis. Là fut mort Monseigneur Jaques de Bourbon, sire de Préaux et plusieurs y ot bleciez.

Chap. 197. Le trespassemeîit du roy Charles de France^.

En l'ostel de saint Pol à Paris trespassale roy Charles de France le vingt et unième jour d'octobre, l'an mil quatre cent vint deux qui à peu de solempnité fut porté à Saint-Denis en sépulture 2.

' Voyez ci-après Chronique de la Pucelle , chap. 1.

"^ On trouvera des développements étendus sur les funérailles de Charles VI dans la Chronique du religieux de Saint-Denis , et dans la chronique de Jean Chartier, etc. , édition de 1858, in-16 , t. I , p. 3 à 28, et t. III , p. 172 , 289-292 , 335.

188 COUSmOT LE CHANCELIER. [1422 oct.-

Chap. 198. Perte du Crotay.

En ce temps traita Monseigneur Jaques de Harecourt avec le conte de Salseberi qui devant le Grotoy tint siège et à certain jour lui promist le chastel bailler, se du Daulphin régent n'avoit secours, et de ce bailla hostages audit conte qui son siège leva. Mais au jour cmprins, ne lui fut donné aucun secours, pourquoi il acquicta ses hostages et vint par devers le Daulpliin régent et guaires ne demoura que à Partenay ala ledit de Harecourt veoir le seigneur, qui oncle fut de sa femme, qui lionoréement le recuilli. Mais une journée advint que lui et ses gens s'efforcièrent d'avoir la seigneurie du chastel. Adonques appellèrent les gens du seigneur en leur aide les bourgois et bonnes gens de Partenay qui à puissance et main armée vindrent en l'aide de leur seigneur. Si^ fut là occis ledit Messire Jaques et tous ses gens et guères ne demoura que ledit seigneur de Partenay trespassa; dont fist le régent Daulphin saisir tous ses chasteaulx.

novembre] GESTE DES NOBLES. 189

RÈGNE DE CHARLES Vin.

Le roy cinquante et uniesme. ,

Après le trespas du roy de France priiist nom de roy Charles son seul filz qui à Bourges tint sa feste au jour de Toussains - mil quatre cent vint deux et au commencier de son règne abati ^ ses monnoies qui trop faibles estoient. Si fit ouvrer nouvel pié de plus forte monnoye.

Chap. 199. Prinse de Meuvlanc.

Yonnet de Garencière en ce contemple -|- prinst Meurlanc et la garde en bailla à Loys Paviot qui de gens garni la place qui peu fut avitaillée. Si vint devant le duc de Bedfort à puissance mettre siège accompaigné du conte de Salseberi et autres cappitaines. Et tant pour la place avitailler comme la garnison secourir, bailla grant chevalerie de France et d'Ecoce à M, Tangui du Chastcl prévost de Paris '* avec grant finance. Lequel venu à Orléans fist grant semblant de vouloir secourir Loys Paviot qui de tout le pays d'Orléans fut amé et tenu chier. Et pour ce requist ledit prévost à ceulx d'Orléans aide et finance pour la compaingnic contenter, auquel il/ donnèrent deux mille francs. Si fist premier partir les Escoz, qui à Galardon l'alèrent attendre. ]\Iais, sans la compaingnic paicr, emploia devant Orléans la finance qu'il ot eu, en ses usages, tant en achat de vaisselle comme de

' Suite et fin du chapitre 198.

2 ler novembre. Voyez Jean Chartier, 1838, t. III, p. 311. ^ Abolit, annula. Voyez ihid., p. 382, au mot monnoie. ' Il était en même temps ou avait été maréchal des guerres du Dauphin régent. (Voyez Charles VII et ses conseillers, p. 35.)

190 COUSIIVOT LE CHANCELIER. [1423-

joyaulx etpierrerie. Et lui venu à Yenville abandonna la compaingnie et à Sully retourna dont l'armée fut du tout cassée. Kientmoins Loys Paviot deffendi la place où il fut mort de canon et après son trespaz par composicion fut la place rendue. De ceste honteuse faulte fust moult le prévost de Paris blasmé qui du tout se gouvernoit par le président de Prouvencc * et Maistre Guillaume de Champ eaulx évesque de Laon qui ne fut mie bien sages. Et par ces trois hommes qui tous furent renommés de lie honteuse et deshonneste fust à ce temps le roy gourerné et ses finances, dont lui et ses subjectz souffrirent moult d'oppressions 2.

Chap. 200. Uetrait des Anglois.

En cellui an entra le conte de Salseberic en Vendosmois dont François et Escotz le chacièrent et hastivement se retraï en Normendie.

Chap. 201. Aliances renouvellées avec Anglois par Bourgoingnons et Bretons.

En l'an mil quatre cent vingt trois ^ assemblèrent à Amiens les ducs de Bourgoigne, de Bretaigne et Bethfort qui aliances renouvellèrent. Là espousa le duc Jehan

' Jean Louvet , président des aides en Provence. Il fut disgracié en 1-425. (Voyez Charles VII et ses conseillers , Paris, 1858, in-80, p. 6, et à la table.) Ce personnage, ainsi que le prévôt de Paris , T. du Chatel et Guillaume de Champeaux , mériteraient une notice historique , trop étendue pour trouver place ici d'une manière incidente.

^ Ce jugement sévère a un grand poids dans ce mémorial, écrit pour un prince du sang, par un homme aussi grave, aussi respectable que Guillaume Cousinot , chancelier d'Orléans , partisan et conseiller de Charles VIL

3 Pâques , le 4 avril.

octobre] GESTE DES NOBLES. 191

de Bethfort l'une des seurs ^ du duc Jehan de Bourgoigne et au comte du Richemont , frère du duc de Bretaigne , fut donnée en mariage la seur ainsnée -, du duc de Bourgoigne qui veufve fut du feu duc de Loys de Guienne.

Chap. 202. Bataille à Gravent^.

Cellui au mist siège devant Gravant Messire Jehau Estuart, chevalier,conuestabIe d'Escoce atout grant gent et dedans furent pour le duc de Bourgoigne Renier Pot, Lourdin de Saligni , Pierre de Fontenay et autres chevaliers, qui eu leurs secours mandèrent Anglois et Bourguignons qui à puissance y allèrent. Si envoya le roy de France le seigneur de Séverac son raareschal à tout grant gent pour le siège renforcier et à la venue du conte de Salseberic et du seigneur de Toulongon, le samedi derrenier jour d'aoust l'an mil quatre cent vint trois, assembla ledit connestable à bataille contre Anglois et Bourgoignons, et Anglois orent victoire. En ceste bataille furent prins le connestable d'Escoce qui ung œil y ot crevé, le conte de Ventandour ■*, les seigneurs de Gamaches et de Balloy, et quarante quatre autres gentilz hommes de nom et d'armes, et plusieurs y ot d'occis. Si tint prison ledit connestable d'Escoce ; après la déhvrance duquel le roy lui donna la conté d'Evreux et la ville et le chastel de Goncressault^.

* Erreur ^ovlt filles. Jean, duc de Bedford, épousa en 1423 Anne de Bourgogne, fille de Jean Sans-peur et sœur de Philippe le Bon, morte à Paris, le 14 nocembre 1432, âgée de vingt-hait ans. (Voyez le P. Anselme.)

"^ Marguerite de Bourgogne , née avant 1396 , fille de Jean Sans-peur, veuve de Louis le 18 décembre 1415, remariée le 10 octobre 1423 avec Artus de Richemont, qui devint peu après connétable ; morte à Paris , le 2 février 1442 (n. s.), (xlnselme).

3 Voyez ci-après Chronique de la Pucelle, chap. 4.

* Jacques, comte de Ventadour.

* En Berry, canton de Vailly, arrondissement de Sancerre ,

192 COUSIKOT LE CHANCELIER. [1423-

Chap. 203. Bataille à La Buissière en Masconnois ^ .

En septembre ensuyvant mil quatre cent vingt trois furent prins et desconfîz les Bourgoingnons qui siège tindrent devant La Buissière - dont estoit chief le sire de Toulongon mareschal de Bourgoigne, par le bailli de Lionnois 3 et le Borgne de Gaqueran ^ qui là prinstrent ledit mareschal avec environ cent soixante chevaliers et escuiers de nom^.

département du Cher. Cette terre fut donnée plus tard par le roi Charles VII à un autre Ecossais, nommé Many-Penny ; voyez Jean Chartier, 1858, à la table , Concressault et Many-Penny.

' Chroniqtie de la Piicelle , chap. 7.

^ Aujourd'hui Bussière, arrondissement et canton de Mâcon.

^ Imbert de Groslée.

^ Capitaine ou auxiliaire lombard.

5 D'après un poète contemporain que nous allons citer, le château de Bussière aurait été rasé par les Bourguignons , en 1424. Le couplet ou chronogramme suivant a été écrit par le greffier de la ville de Màcon sur son registre des délibérations municipales, qui s'étend de 1419 à 1428. Je dois la communication de cette pièce à l'obligeance de mon confrère et ami M. E. de Stadler, inspecteur général des archives de France.

L'an mil inic ix iiij

En septembre le xxiiij

S'en vindreut Borgnignons cmbatre

A rencontre de la Buyssire ;

La firent ardoir et abalre ,

Tellement que l'on peal bien dire •

Jadis fu cy la Buyssire !

Virgile avait dit :

Fuit Iliuni

Campos ubi Troja fuit!

Voyez en ce qui concerne les hostilités contre Bussière , dom Plancher, Histoire de Bourgogne , in-folio, t. IV, p. 78 et 92. En ce qui concerne les vers , voyez Revtie des sociétés savantes, 1857, t. III, p. 709, etc.

sept. 26] GESTE DES NOBLES. 193

Chap, 204. Bataille près la Gravelle^,

En celle armée le vingt sixiesme jour 2 de septembre livrèrent Lataille contre Anglois près de la Gravelle 3 ou Maine le conte d' Aubmarle , le viconte de NarLonne , et fureôt Anglois desconfiz es landes de Bourgon ; dont sur le champ fut l'occision nombrée à neuf cent trente trois Anglois natifs d'Angleterre , qui tous furent mis en une fosse; et en la poursuite des fuians en furent plusieurs occis. En ceste bataille furent prius Jehan la Poule, frère du conte de Suffort et presque tous les cappitaines anglois des villes et des chasteaulx de la Basse-Xormendie ; dont moidt furent Anglois affeibloiez ^,

* Chronique de la Pttcelle, chap. 5.

^ Jean Chartier, historiographe officiel, ne donne pas cette date on termes exprés comme le fait ici Cousinot. Chartier dit seulement qu'elle eut lieu un dimanche {édit. ehévirienne , t. I , p. 35). Cousinot et Chartier s'accordent parfaitement avec un document authentique dont je vais parler dans ime note suivante.

^ Canton de Loiron. arrondissement de Laval, département de la Mayenne. Cette affaire est parfois désignée sous le nom de bataille de la Broussinière.

* Pendant que cette bataille se livrait , Charles VII , qui alors " n'avoit mie chier la guerre, s'il eût pu s'en passer » (Chron. dite de Féuin), résidait au château de Loches (Indreet-Loire). J'ai acquis à la vente Monteil , vers 1S53, une lettre originale écrite sur parchemin , signature autographe et adressée par le roi aux autorités de Lyon , au sujet de cette bataille. La lettre est scellée du sceau de secret en cire rouge et en placard sur des Icmnisques empruntées au parchemin de la pièce. En voici le contenu.

« De par le Roy,

» Nos amez et féaulx, pour vous signifier au vray de noz nouvelles , ainsi que savons que sur toutes choses estes désirans d'en oïr en bien, vous envoyons encloux en ces présentes la

194 COUSIXOT LE CHANCELIER. [1423-

Chap. 205. Le 7nariage dit duc d'Alançon et de Madamoyselle d'Orléans.

Par la loulenté du roy en celle année espousa le duc d'Alençon Madamoiselle Jehanne seulle fille le duc d'Orléans i.

Chap. 206. La prinse de Compieîigne et desconjîture des Parisians.

Compiengne en cellui an fut prinse sur les Bourguignons Anglois par les François et là vint le sire de l'Islc Adam qui y mist siège ou furent ceulx de Paris. Si firent François une saillie sur ceulx du siège, dont plus de cinq cent hommes y ot occis et honteusement s'enfuy à Paris le sire de l'Isle-Adam qui leur chief fut, et moult y ot prins de prisonniers. Adonq courrirent ceulx de Com-

coppie de certaines lettres originales, qui, le jour d'ui, nous ont esté apportées , faisans mencion , comme par icelles verrez , de certaine journée que a eue bien nouvellement beau cousin d'Aubmarle à l'encontre des Angloys , noz ennemis; et hersoir (hier au soir) veismes autres lettres consonans à cesles (conformes à celles-ci), lesquelles nouvelles pourrez notiffier là et ainsi que verrez à faire, en nous aussi certiffiant de celles de par delà, s'aucunes en y a qui facent à escrire (a). Donné à Loiches, le xxix* jourde septembre (1423). CHARLES. — Picart. •

Sur le repli: — « A nos amez et féaulx conseillers et chambellans le sire de Culan , admirai de France, le séneschal de Lyon et le borne Caqueran , et aux bourgeois et habitans de nostre dite ville de Lyon. "

' Monstrelet et S. Remy placent ce mariage en 1421 ; Anselme « en 1421 et non 1424 "; Cousinot , comme on voit, en 1423, et Parceval de Cagny, chap. 10, en 1424.

(a) S'il y en a qui soient à mander par écrit.

piengne chacun jour jusques aux portes de Paris, et Creeil prinstrcnt et pillèrent Gourvillc et autres places.

Chap. 207, Siège devant Montagidllon.

Devant Montaguillon mist siège cellui an le conte de Salceberic, qui longtemps tint, et tant par mine comme par faulte de vivres et de secours lui convint le chastel rendre.

Chap. 208. Délivrance du roy d'Escoce.

En cellui an fut délivré de la prison des Anglois le roy d'Escoce, qui par traitic de sa racnçon espousa la fille de feu ^I. Jehan de Beaufort conte de Somerset. Si retourna en son royaume où rcceu fut à grant joye.

Chap. 209. Armée d'Escoce.

En cellui an envoya le roi de France par devers le roy d'Escoce le conte de Boquan^, son connestable, quérir secours. Lequel envoya deçà la mer à grant puissance le conte de Douglas et advint que ccste ambassade durant avoit le roy envoyé messages par devers le duc de Bretaigne pour trouver aucun traitié de paix entr'eulx, et les messages cstans par devers le duc lui vindrent nouvelles que au port de Saint-Mahé de Fine Posterne estoit descendue l'armée d'Escoce. Si fut en doubtc d'avoir en son pais la guerre , adonq accorda aux messages du roy tout ce qu'ils requisrent et hastivement les renvoya.

Chap. 210. Siège à Sédamie.

Siège mist en cellui an devant Sédanne le conte de Salsebery, par puissance fist abatre la closture et en plu-

' Connétable de France.

196 COUSIKOT LE CHANCELIER. [1424 avril-

siéiffs lieux fust misnée. Adonq le conte de Salcebery leur fist offrir les recevoir à coraposicion. Mais Anglois ne vouldrent cstrc ^. Si fist lors la mine ouvrir et en abandon mist ceux de la lille qui plus 2 voulant mourir que estre en leur obéissance , saillirent sur Anglois et Bourgoignons dont moût firent grant occîsion. Et en la fin furent ceulx de la ville presque tous mors et fut la ville conquise que fist ledit conte raser.

Chap. 211. La venue du conte de Douglas duc de Touraine^.

L'an mil quatre cent vingt quatre '* vint le conte de Douglas par devers le roy de France qui à sa venue lui donna la duchié de Touraiue et autres graus seigneuries.

Chap. 212. Conqueste de Guyse et autres places.

^lessire Jehan de Luxembourg et le sire de Tlsle Adam^ en ccllui an conquisfreut Aeeles et Guyse.

Chap. 213. Siège à Yvry^. Bataille à VerneuiP.

Gérault de la PaiUière^ ceilui an conquist Yvry par aguct, que tenoit le conte de Richemont. Devant lequel misrent siège les Anglois à grant pidssance et tant bâtirent le chastel et minèrent, que, jour emprinst^lc dit

' Mais ils ne voulurent pas se faire Anglais. 2 Plutôt.

^ Chronique de la Pucelle , chap. 8.

' Pâques , le 23 avril.

^ Jean de Villiexs (aojourd'kui VilIiers-le-Bel), seigneur de risle-Adam.

^ Chronique de la Pucelle , chap. 9.

7 Ibid., cJiap. 2Q,

^ Ou Giraud de la Pallière , gentilhomme gascon.

^ Giraud s'obligea de rendre à jour dit le cbâteau, si, etc.

aoûi] GESTE DES NOBLES. 197

(iirault du chastel rendre, se du roy n'avoit secours, et leur en bailla, pour seurté, hostages. Si fist savoir au roy le jour emprins. Lequel, pour Anglois combatre, fist grant mandement ; et en conseil fut délibéré de les combatre sanz journée leur faire savoir, et à merveille assembla grant chevalerie qui sur les marches de Verneuil s'adrecièrent et bien cuidièrent Anglois estre combatus devant Vvry au jour emprins. Dont prindrcnt place et attendant illec bataille doubtablement fisrent la place béneistre ^ et ou milieu drecier une croix. Mais au jour emprins ne vint pas le secours, ainçois s'arrestèrent les seigneurs qui de par le roy venoient à Verneuil. Qui en l'obéissance du dnc d'Alençon se misrent qui là estoît. Pourquoi le dit Girault rendi la place et ses hostages recouvra et à tant s'en depparti.

Si fisrent Anglois abatre le chastel; et, les nouvelles par eulx ouyes de la prinse de Verneuil, se tirèrent en ces parties et xindrent près de Verneuil ,, où furent François rctraiz, qui, pour les Anglois combatre , yssirent aux champs et leurs batailles ordonnèrent. Là furent de la partie du roy de France : le duc Jehan d'Alançon, Guillaume, duc de Touraine conte de Douglaz , Jehan de Harecourt conte d'Aubmarle, le conte de Boquan connestable de France, le viconte de Xarbonne et autres grans seigneurs. Et bien fut la compaignie nombrée à vint mil hommes tant de France comme d'Escoce, de Lombardie et d'autres contrées. Et de la partie du roy d'Angleterre furent le duc de Bettefort, les contes de Vanic, de Suffark, de Salseberic, et tous les chiefs de guerre tenans la partie du roy d'Angleterre et du duc de Bourgoigne avecques les gens du commun de Paris , Rouen , Chartres , Senliz , Normandie ,

' Ils firent bénir la place. En d'autres termes, ils préparèrent un cimetière, afin que les inhumations pussent y avoir lieu en terre sainte.

lî)8 COUSINOT LE CHANCELIER. [1424 août 17-

Picardie et de plusieurs autres contrées du royaume de France.

Si assemblèrent à bataille devant Verncuil le jeudi xvii^ jour d'aoust mil quatre cent vint quatre. Et souffri Dieu que sur François tourna la desconfiture , par la défaulte des Lombards de cheval qui sans assembler ^ prindrent la fuite laide et honteuse. En ceste bataille fust prins le duc d'Alençon, avec lui de grans seigneurs, et furent occis le duc de Touraine, James de Douglaz son fils, le conte de Boquan son gendre, connestable de France, le comte d'Aumarle, le conte de Tonnerre, le conte de Ventadour, le viconte de Narbonne et la noble chevalerie de France dont moult affèbloièrent les nobles.

Chap. 214. Perte de Marchesnoir.

En cellui an fut livré en trahison le chastel du Marchesnoir aux Bourgoignons Anglois par un escuier de Bausse nommé Geffroy d'Alainne dont les terres d'Orléans , Blois et Dunois furent durement grevez.

Chap. 215. Du conte de Richemont rendu François.

En l'an mil quatre cent vint cinq '^ se rendi et se fist François le conte Arthur de Richemont auquel le roy donna la seigneurie de Partenay et le retint en connestable. Adonc amena sa femme , seur du duc de Bourgoigue, avec luy.

Chap. 216. Du conte de Foix qui vint à Orléans 3,

En cellui an vint à puissance le conte de Foix à Orléans qui contre Anglois emprinst aler qui à puissance

* Sans se joindre à l'ennemi.

^ Pâques , le 8 avril.

^ Voyez Charles VII et ses conseillers, Paris, 1858, in-8°, p. 10 et 11. Le trésor des chartes , J 333 , n»» 39 et 40, J 334,

cstoient entour Chartres et Bonneval, mais riens n'y fist (îui à honneur lui tournast , ainçois manga ^ païs et en hrief retourna en sa contrée.

Chap. 217. Du duc de Bretaigne-,

En celle année vint à Saumur devers le roy le duc de Rretaingne qui en toute humilité se alia de lui et son royaume.

Chap. 218. Mutations de conseillers 3.

En cellui an mist le roy hors d' entour lui ^ et de sa court Tangui du Ghastel, le président de Prouvencc et Alaistre Jehan Cadart ^ qui lors gouvernoient du tout le roy.

Chap. 219. Siège à Saint-James de Beucron ^.

En cellui an mist siège le conte de Richemont conncs- (able devant Saint-Jame de Buvron à grant chevalerie de Bretaigne et dedans furent Anglois, Mais par la malice et traïson de l'évesque de Nantes ', désemparèrent Bre-

n"» 45, 46 et autres , contient des documents très-curieux et très-importants sur les seigneurs de la maison de Fois et sur leurs rapports avec Charles VIL

' Mangea pays , expression fidèle et remarquable.

2 Chronique de la Pucelle , chap. 18.

3 Chronique de la Pucelle, chap. 13.

^ Voyez Charles VU et ses conseillers, p. 10 et 11.

5 Médecin. Voyez J. Chartier. édition 1858, Cadart, à la table.

^ Chronique de la Pucelle, chap. 20.

"^ .Jean de Malétroit. Il fut aussi chancelier de Bretagne. L'histoire de ses démêlés avec le duc d'Alençon forme un épisode très-curieux. (Voyez la Chronique de Parceval de Cagny, chap. 117 et 118; et mon édition de Jean Chartier, 1858, t. I, p. 157 et suiv. , chap. 87. )

200 COUSIXOT LE CHANCELIER. [1426-

tons et se partirent du siège, délaissant le connestablc contre lequel ceulx du chastcl saillirent et le chacièrent.

Chap. 220, Du sire de Giac^.

L'an mil quatre cent vînt six 2 liut à court par devers le roy le conte de Ricliemont, connestable de France, qui ou chaste] d'Issodun, le roy estant illec, à ung matin entra et le seigneur de Giac qui plus ot auctorité que nul autre entour le roy, fist prendre et noïer à son de trompe , dont le roy fut malcontent. Après la mort duquel le sire de la Trimoille et de Sulli espousa sa femme qui par avant fut femme au conte de Tonnerre ^.

Chap. 221. Du Camus de Beaulieu occis ^.

Cellui an fist le seigneur de Sainte-Sevèrc occire en l'ostel du roy le Camus de Beaulieu ^ qui en grant auctorité estoit à court ; dont à grant paine se rapaisa le roy, qui depuis fist le dit sire de Sainte-Scrère mareschal de France ; et moult fut chevalereux.

Chap. 222. Perte de Moynîer.

En cellui an conquist le conte de Salcebcriq le cbastel de Moynier et le plus du pais de Cbampaigne, Si parti dudit pais et vint es contrées du Maine où tant fist que il conquist la Ferté Bernart, le Mans, Nogent le Rotrou et autres villes et cbasteaulx.

^ Chronique de la Pucelle , chap. 19.

^ Pâques , le 31 mars.

3 On peut consulter sur ce personnage la Biographie Didot, au mot Giac, et Jean Chartier, in-16, à la table. ^

'' Chronique de la Pucelle, chap. 24.

* Sur Beaulieu voyez les sources indiquées pour Giac. Sainte- Sévère fut maréchal de France le 17 juillet 1426. (Charles l'II et SCS conseillers, p. 35.)

Chap. 223. Du sire de la Trimoille qui le roy prinst à gouverner^.

En mil quatre cent vînt sept 2, entra en court le sire de la Trimoille et de SuUi, qui en tous cas et devant touz prinst auctorité ef gouvernement ; qui à plusieurs tourna à grant desplaisance pour tant que entour le duc de Bourgoigne furent tous ceulx de son parenté avecques ce que luimesme avoit le roi guerroyé et par son moyen, avoit esté rais es mains du seigneur de Rochefort, son prouchain parent , qui le parti tint des Anglois , le chastel d'Estampes avec Penthviers et autres places dont il faisoit au roi guerre. IVéantmoins nul ne fut qui contredire l'osast-^.

Chap. 224. Retour du conte de Salceberic,

En celle année s'en ala en Angleterre le conte de Salceberic en moult grans pompes garni de grans richèccs.

Chap. 225. Bataille à Montargis^.

En celiui an mistrent siège devant Montargis les contes de Varvic et de Sufforc, et, pour François secourir et avitailler, vindrent à Jargueau le conte de Richemont et autres grans seigneurs qui conseil tindrent; et, fînablcmenf , fut clmrgié de soy là traire le bastard d'Orléans, conte de

^ Chronique de la Pucelle , chap. 19.

^ Pâques , le 20 avril.

' La Trimouille était en pleine faveur lorsque le chancelier d'Orléans écrivait ces lignes véridiques. Il semble assez naturel que l'auteur, en les écrivant, ait jugé à propos de ne point s'y nommer. Cette raison suffirait pour expliquer comment la Geste des nobles est demeurée anonyme. Voyez ci-dessus AWre historique, etc., § 5, p. 39.

^ Chronique de la Pucelle, chap. 23.

202 COUSIjVOT LE CHAXCELIER. [1427

Porcian et de Mortaing et à Jargueau dcmoura ledit conte de Richemont. Si se parti à tout grant gent le bastard d'Orléans qui sur le siège féri et Anglois mist en dezconfiture. Dont y ot grant occision et plusieurs en y ot prins. Furent arses toutes leurs tantes et leur charroi et du siège s'en partirent hastivement les contes de Warvic et de Suffort.

Chap. 226. Recouvrement de Marchesnoir.

Cellui an fut le chastel de Marchesnoir recouvré par prisonniers qui dedens furent qui la tour tindrent et ardirent la basse cour.

Chap. 227. Recouvronerit de la Ferté Bernart.

Guillaume d'Avaugour ou dit an mil quatre cent vingt sept prinst sur Anglois la Ferté Bernard,

En cellui an prinst le seigneur d'IUiers sur Anglois \ogent le Rotrou.

Chap. 228. Nogent le Rotrou recouvré.

Girault de la Paillière cellui an prinst Xogent le Roy, Rochefort, Ghasteauneuf en Timerois, Béthencourt et autres places.

Chap. 229. Recouvrement et perte du Mans^.

En l'an mil quatre cent vint huit es festes de Penlhecouste^ entrèrent à grant puissance dans la cité du Mans M. Guillaume de la Bret, sire d'Orval, le connestable d'Escoce et autres cappitaiues de France par le consentement de l'évcsque"^ et des bourgois ; mais la

* Chronique de la Ptuelle, chap. 27.

2 Pâques , le 4 avril ; la Pentecôte , 23 mai.

' Adam Châtelain,

1428 juillet] GESTE DES AOBLES. 203

nuit de leur entrée se désarmèrent François qui travailliez * cstoient. Si vindrent Anglois de toutes pars qui par la saillie des champs entrth'cnt en la forteresse et environ le souleil levant plusieurs y ot occis, mais le plus se sauvèrent qui la cité laissièrent et perdirent le plus de leurs clievaulx.

Chap. 230. Comment le conte de Salceberic retourna en France -.

Thomas de Montagu, chevalier, conte de Salceberic, en l'an mil quatre cent vint huit à grant puissance passa la mer et vint en France. Si vint premier devant Nogent le Roy dont lui fut l'obéissance baillée par ceulx de la garnison, qui, sans aucun assault, livrer se rendirent en sa merci; et en briefz jours par composicion vuidièrent François les places de Chasteauneuf, Rambouillet, de Berthencourt et Rochefort.

Chap. 231. Prinse du Puisât^.

En juillet cellui an vint au Puisât le conte de Salceberic qui d' assault prinst la forteresse et par sa cruaulté fist pendre touz ceulx qui dans furent prins.

Chap. 232. Reddicion de Thory^.

Girault de la Paillière qui tint Thory pour la venue du conte de Salceberic s'enfuy hastivement; après le partir duquel ses compaignons qui dedcns furent rendirent par composicion la place au conte qui dedens fist bouter le feu et devant Yenville mist siège de toutes pars. Si fist la ville fort battu de bombardes et canons qui moult fut

' Fatigues.

2 Chronique de la Pucelle , chap. 30.

3 Chronique de la Pucelle, chap. 31.

^ Toury près Janville. — Chronique de la Pucelle, chap. 31.

204 COUSIKOT LE CHANCELIER. [1428 août.]

foible et dedens furent pour la deffendre peu de gens de fait.

Chap. 233. Prinse d'Yenville^.

Le jour saint Jehan décolace, xxix^ 2 d'aoust, en celTni an, devers le soir, fist le conte de Saîceberic assaillir ïa ville d'Yenville. En icellui assault, qui fier fut et merveillenx, furent tant bîcciez ceulx de la ville que par force furent conquis, dont aucuns se retraïrent en la tour, mais en la fin les convint rendre avec le chasteL Là furent prins le Gallois de Villiers, Prégent et autres nobles avec les bourgois de la ville.

Cbap. 234. Reddition de Mehung sur Loire ^.

En la ville d'Yenville séjourna le conte de Saîceberic après la prinse, par aucuns jours, pendans lesquclx envolèrent ceulx de Meung par devers luy, qui là traita avec leurs messages y qui à ung jour de samedi ou mois de septembre mistrent les Anglois dedens et tant fircut que icellui jour leur livrèrent le pont de Mehung lequel les Anglois fortifièrent.

Chap. 235. Pillerie de l'église de Cléry.

(Voyez chronique de la Pucelle ci-après, chapitre 33.) A'ota. A partir de ce point, le texte entier de la Geste se trouve copié et reproduit dans la Chronique. Pour éviter un double emploi qui n'olTriraît aucune utilité , nous ne pousserons pas plus loin la transcription des chapitres de la Geste, et nous prions le lecteur de se reporter, pour le reste, au texte qui va suivre.

* Chronique de la Pucelle , chap. 31 , ^ Pécollation de saint Jean , 29 août.

^ Clironique de la Pucelle , chap. 32.

NOTICE

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