‹ Chronique de la PucelleChapitre 12 sur 66 · DU MANUSCRIT UNIQUE · texte numérisé non relu

DU MANUSCRIT UNIQUE

DE LA

D. Godefroy, avons-nous dit*, possédait au moins un manuscrit ancien de cette chronique, lorsqu'il la publia en 1661. Ce manuscrit ou ces manuscrits anciens ï\e nous sont point parvenus. Seulement, Godefroy avait fait exécuter une mise au net ou transcription du texte qui lui avait servi pour préparer son édition. La transcription dont il s'agit nous a été conservée parmi les manuscrits de cet érudit, que renferme aujourd'hui la bibliothèque de rinstitut. Le volume in-folio où cette copie existe porte le n° 245 des mss. de Godefroy. Ce volume contient également diverses autres pièces imprimées par Godefroy dans son recueil de Charles 111.

La copie de la chronique qui nous occupe présente la trace de trois mains ou écritures distinctes. Le gros du travail a été exécuté par une plume remarquable au point de vue calligraphique. Cette

' Ci-dessus Notice historique et critique , § 6, page 43,

20G XOTICE DU MANUSCRIT.

transcription ou œuvre première est extrêmement nette, posée et aussi lisible que la lettre moulée, à laquelle sa perfection matérielle permet de la comparer * . Tout porte à croire en outre que cette transcription reproduit le texte original d'une manière assez exacte et littérale ^.

Mais ce premier travail a subi un remaniement. Denis Godefroy, dont on reconnaît parfaitement récriture très-négligée, a corrigé, de ligne en ligne, ce texte ainsi transcrit. Il a donné en marge quelques variantes vagues et peut-être arbitraires. Indépendamment des gloses , renvois et rubriques placés 671 manchettes, il a soumis le texte entier à un travail assidu de rajeunissement. Les formes archaïques de certains mots, comme entreprinsc pour entreprise , ou des mots hors d'usage au XVII* siècle , ont été remplacés par des formes et des mots plus nouveaux. La construction même des phrases a été, sous la main de l'éditeur, ramenée aux habitudes littéraires de son temps. Ces altérations, du reste, ont été négligemment indiquées par Godefroy, qui, en nous conservant son manuscrit, s'est borné à le rayer çà et là de ratures légères. Enfin , un personnage supérieur, comme

' Mon savant confrère, M. Ludovic Lalanne, qui a fait des papiers de Godefroy une élude particulière, pense que cette écriture est celle de Léon Godefroy, l'un des fils de Denis.

^ Cependant le mot Jeanne est toujours écrit ainsi dans le ms. 245. Au quinzième siècle , la forme la plus fréquente ^ généralement , était Jehanne. Peut-être le transcripteur avaitil d'avance reçu l'ordre de mettre toujours dans sa copie : Jeanne, celte orthographe étant celle que Denis Godefroy avait adoptée pour tous les textes de son édition.

un surintendant de l'édition (probablement le chancelier de France) , paraît avoir en troisième et dernier lieu revisé , la plume à la main , cet ouvrage destiné aux presses du Louvre.

Grâce à ces circonstances , le manuscrit n'^ 245 de rinstitut nous a fourni les éléments d'une restitution aussi aisée que nécessaire. Nous avons, par contre, à notre tour, exhumé le texte primitif, encore visible sous les corrections pour ainsi dire transparentes , dont Godefroy l'avait couvert. Nous avons, en général, omis toutes les corrections et additions de cet éditeur. Quelques-unes cependant étaient dictées par le bon sens, et nous les avons maintenues. La mise au net, conservée à la bibliothèque de l'Institut , contient à la fin quelques phrases qui ne sont point dans l'imprimé de I6G1. Nous avons ajouté à notre édition ce petit supplément de matière.

Le ms. 245 de Godefroy ne présente aucunes divisions ou rubriques de chapitres. Mais cela ne prouve pas que de telles divisions fussent absentes du ms. original. En effet, Godefroy, qui a publié dans ce même recueil de 1661 la chronique de Jean Chartier, a supprimé, de son autorité, les titres de chapitres que fournissent tous les manuscrits originaux de cette chronique officielle. Il en est de même du fragment d'Henri Baude : Eloge et portrait de Charles VII. Il en est de même enfin de chacun des auteurs que contient le recueil de 1661 *. Nous avons cru devoir restituer aussi ces utiles di-

* Godefroy supplée à ces rubriques par les manchettes.

visions, qui, d'après toutes les présomptions raisonnables, devaient au contraire se trouver dans l'original. Pour arriver à ce résultat , voici comment nous avons procédé. Nous avons d'abord emprunté à la Geste des nobles un certain nombre de rubriques qui appartenaient également à la Chronique de la Pucelle. Tel a été le cas pour tous les cbapi- Ires où le second chroniqueur a imité ou suivi pas à pas son devancier. Restaient les chapitres qui sont l'œuvre propre et distincte de Cousinot de Montreuil. Nous avons ajouté, à ces derniers, des sommaires ou rubriques nouvelles , en ayant soin de signaler, par des crochets, cette restitution.

Le style de la Chronique est beaucoup moins archaïque que celui de la Geste. Peut-être cette différence provient-elle uniquement de ce que Montreuil écrivait à une génération de distance , après son oncle le chancelier? Peut-être aussi le texte de Montreuil lui-même a-t-il été rajeuni dans une transcription, postérieure à Montreuil et antérieure à Godefroy? Afin de rendre cette comparaison littéraire plus sensible , nous avons rapproché l'un de l'autre , sur un passage commun , le chapitre 250 de la Geste, qui répond au chapitre 42 de la chronique * .

' Voyez ci-après Chronique de la Pucelle , chap. 42.

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