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FIN DE LA GESTE

aliast à Reims se faire couronner et sacrer ; et que , combien qu'il fust roy, toutesfois ledict couronnement Iiiy estoit nécessaire. Et combien que plusieurs, et le roy mesmes, de ce feissent difficulté, vcu que ladicte cité de Reims , et toutes les villes et forteresses de Picardie, Ghampaigne, l'Isle de France, Brye, Gastinois, l'rluxerrois, Bourgongne , et tout le pays d'entre la rivière de Loire et la mer, estoit occupé par les Anglois, toutesfois le roy s'arresta au conseil de ladicte Pucelle, et délibéra de l'exécuter. Si feit son assemblée à Gyeu sur Loire ; et vindrent en sa compaignée les ducs d'Alençon, de Bourbon, le comte de Vendosmc, ladicte Pucelle, le seigneur de Laval, les sires de Lohéac, de la Trimoille , de Rays , d' Albret. Et plusieurs autres seigneurs, capitaines et gens d'armes venoient encore de toutes parts au service du roy; et plusieurs gentilshommes, non ayans de quoy eux armer et monter, y alloient comme archers et coustillers, montez sur petits chevaulx; car chascun avoit grande attente que par le moyen d'icelle Jehanne il adviendroit beaucoup de bien au royaume de France ; si désiroient et convoitoient à la servir, et congnoistre ses faits, comme une chose venue de par de Dieu,

Elle chevauchoit tousjours armée de toutes pièces, et en habillement de guerre , autant ou plus que capitaine de guerre qui y fust ; et quand on parloit de guerre , ou qu'il failloit mettre gens en ordonnance, il la faisoit bel ouyr et veoir faire les diligences ; et si on crioit aucunes fois à l'arme, elle estoit la plus diligente et première, fust à pied ou à cheval ; et estoit une très grand admiration aux capitaines et gens de guerre, de l'entendement qu'elle avoit en ces choses, veu que en autres elle estoit la plus simple villageoise que on veid oncques. Elle estoit très dévote, se confessoit souvent, et recepvoit le précieux corps de Jésus-Christ; estoit de très belle vie et honneste conversation.

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Chap. 56. [La Trimouille intrigue contre le connétable de Richemont.]

En ce temps , le seigneur de La Trimouille estoit en grand crédit auprès du roy; mais il se doubtoit tousjours d'estrc mis hors de goux^ernement , et craingnoit spécialement le conncstable et autres ses alliez et serviteurs. Par quoy, combien que ledict connestable eust bien douze cent combatants et gens de faict , et si avoit autres seigneurs, lesquels fussent volontiers venus au service du roy : ledict de La Trimouille ne le vouloit souffrir; et si n'y avoit personne qui en eust osé parler contre iceluy de La Trimouille. Audit lieu de Gycn sur Loire , fut faict un payement aux gens de guerre de trois francs pour homme d'armes, qui estoit peu de chose ; puis s'en partit la Pucelle , ayant plusieurs capitaines de gens d'armes en sa compaignée, avec leurs gens, et s'en allèrent loger à environ quatre lieues de Gyen, tirant le chemin vers Auxerre; et le roy partit le lendemain en prenant le mesme chemin. Et le jour dudict partement du roy, se trouvèrent tous ses gens ensemble , qui estoit une belle compaignée ; et vint loger avec son ost devant ladicte cité d' Auxerre, laquelle ne fîst pas plaine obéissance ; car ils vindrent devers le roy luy prier et requérir qu'il voulust passer oultrc , en demandant et requérant abstinence de guerre ; laquelle chose leur fut octroyée par le moyen et la requeste dudict de La Trimouille , qui en eut deux mille escus : dont plusieurs seigneurs et capitaines furent très mal contens d'iceluy de La Trimouille et du conseil du roy, et mesmement la Pucelle , à laquelle il sembloit qu'on i'eust eue bien aisément d'assault. Toutesfois ceux de la ville baillèrent et délivrèrent vivres aux gens de l'ost du roy, lesquels en estoient en grande nécessité.

Ladicte Pucelle avoit de coustume que aussitost qu'elle

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venoit en un village, elle s'en aJloit à l'église faire ses oraisons, et faisoit chanter aux prestres une antienne de Nostre-Dame. Si faisoit ses prières et oraisons, et puis s'en alloit en son logis, lequel estoit communément ordonné pour elle en la plus honneste maison qu'on pouvoit trouver, et où y avoit quelque femme honneste, Oncques homme ne la veid baigner ny se purger, et le faisoit tousjours secrètement, et si le cas advenoit qu'elle logeast aux champs avec les gens de guerre , jamais ne se désarmoit. Il y eut plusieurs, mesme de grans seigneurs, délibérez de sçavoir si ils pourroient avoir sa compaignéc charnelle; et pour ce, venoient devant elle gentement habillez; mais aussi tost qu'ils la voyoient, toute volonté leur cessoit, et quand on luy demandoit pourquoy elle estoit en habit d'homme, et qu'elle chevauchoit en armes , elle rcspondoit qu'aiusy luy estoit il ordonné, et que principalement c' estoit pour garder sa chasteté plus aiséement; aussi que c'cust esté trop estrange chose de la veoir chevaucher en habit de femme entre tant de gens d'armes. Et quand gens lettrcz parloieut à elle sur ces matières elle leur répondoit tellement, qu'ils cstoient très contens, disant qu'ils ne faisoient double qu'elle estoit venue de par Dieu.

Ghap. 57. [Du siège ?nis par le roy devant TrotjesK — Jeanne 7nanclée au conseil. — La ville se rend à Charles VU. ]

Après ce que le roy eut esté logé devant ladicte ville d'Auxerre trois jours , il se partit avec son ost , en tirant vers la ville de Sainct-Florentin , où ceux de la ville luy feirent plainière obéissance. Et là n'arresta guères, mais s'en vint avec son ost devant la cité dcTroycs, qui estoit grande et grosse ville. Et y avoit dedans de cinq à six

' Geste, chap. 261. Voyez ci-dessus p. 311, note 1.

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cent conibattans, Anglois et Bourguignons, lesquels saillirent vaillamment à l'arrivée du roy, et y eut dure et aspre escarmouche , où il y en eut de ruez par terre d'un costé et d'autre. Car les gens du roy les receurent très bien et furent contraints lesdits Anglois de se retirer en ladicle cité.

Les gens du roy se logèrent d'un costé et d'autre au raieulx qu'ils purent, et le roy y fut cinq ou six jours sans ce que ceux de dedans monstrassent oncqucs semblant d'avoir volonté d'eulx mettre en son obéissance; car il ne s'y pouvoit trouver appointement , combien que souvent on parleraentoit. Et pour lors y avoit en l'ost si gnuide cherté de pain et autres vivres qu'il y avoit plus de cinq à six mille personnes, qui avoient esté plus de huit jours sans manger pain et vivoient seulement d'cspics de bled froissez et de febves nouvelles , dont ils trouvèrent largement , et disait on , qu'il y avoit un cordelier, nommé frère Richard ^, qui alloit preschant par le pays, et fut en la viUe de Troyes , où preschant durant l'advent, il disoit tous les jours : n Semez des febves largement ; celui qui doibt venir viendra en bref. » Et fit tellement qu'on sema febves tant largement que ce fut merveilles, dont l'ost du roy se nourrit par aucun temps. Et toutesfois ledit prescheur ne songeoit point à la venue du roy.

Les ducs d'Alençon et de Bourbon , le comte de Vendosme, et plusieurs autres seigneurs et gens du conseil en grand nombre furent mandez parle roy, pour sçavoir ce qu'il avoit à faire. Et là fut renconstré par l'archevesque de Reims , chancellier de France , com.ment le roy cstoit li arrivé, et que lui ni son est n'y pouvoit plus longuement demeurer pour plusieurs causes ; lesquelles il remonstra grandement et notablement, c'est à sçavoir pour la grande famine qui y estoit et que vivres

* Sur ce personnage voyez Quicherat, Procès, etc., t. V, p. 559, au mot Richard (à la table).

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ne venoient en l'ost de nulle part, et qu'il n'y avoit homme qui n'eust plus d'argent. En outre, que c'estoit merveilleuse chose de prendre la ville et cité de Troyes , qui estoit forte de fossez et bonnes murailles, bien garnye de vivres et de gens de guerre et de peuple , ayant par apparence volonté de résister et de non obéyr au roy. Joint qu'il n'y avoit bombardes, canons, artillerie, ny habillemens nécessaires à battre ou rompre les murs d'icelle ville, ny à la guerroyer. Et si ny avoit ville ni forteresse françoise dont on peust avoir aide ou secours, plus près de Gien sur Loire; de laquelle ville jusques à Troyes avoit plus de trente lieues. 11 allégua encores plusieurs autres grandes et notables raisons et bien apparentes, par lesquelles il monstroit évidemment qu'il en pouvoit advenir grand inconvénient si on s'y tenoit longuement.

Après cela, le roy ordonna à son chancellier qu'il demandast les oppinions à tous les présents pour sçavoir ce qu'il estoit de faire pour le meilleur. Et le chancellier commença à demander les oppinions, en leur commandant que chascun s'acquitast loyalement, el conseillast le roy pour sçavoir ce qu'il avoit à faire sur ce que dist est. Tous les présens furent presque d'oppinion que veu et considéré les choses dessus desclairées et que le roy avoit esté reffusé à ladite ville d'Auxerre, laquelle n' estoit garnie de gens d'armes ne si forte que icelle ville de Troyes et plussieurs autres choses que ung chacun alléguoit selon son entendement et imaginacion, furent d'oppinion que ledit roy et son ost s'en retournassent et que de demeurer plus devant ladite ville de Troyes, ny d'aller plus avant, n'y sçavoient voir ou congnoistre que toute pcrdicion de son ost. Les autres furent d'oppinion que le roy passast en tirant vers Reims, d'autant que tout le pays estoit plein de biens et trouveroient assez de quoy vivre.

Et vint ledit chancellier à demander à ung ancien et

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notable conseiller du roy, nommé Messire Robert le Massou, seigneur de Trêves, qui avoit esté chanccllicr, lequel estoit sage et prudent. Si dist qu'il falloit cnvoier quérir ladite Jeanne la Pucelle, dont dessus est faite mcncion , laquelle estoit en l'ost et non pas au conseil, et que bien poioit estre qu'elle diroit quelle chose qui scroit prouffitable pour le roy et sa compaignée. Et dist oultre que quand le roy estoit party qu'il avoit entreprins ce voyage , il ne l'avoit pas fait par la grant puissance de gens d'armes qu'il eust, ne parle grant argent de quoy il fust garny pour paier ses gens d'armes, ne aussi parce que icellui voyage lui semblast bien possible, maiz seuUement avoit entreprins icellui voyage par l'admonnestement de Jeanne la Pucelle, laquelle disoit tousjours qu'il tirast avant pour aller à son couronnement à Reims, et que il ne trouveroit que bien peu de résistence, et que c' estoit le plaisir et voulenté de Dieu, et que se icelle Jeanne ne conseilloit aucune chose qui en icellui conseil n'eust esté dicte, qu'il estoit de la grant et commune oppiuion , c'est assavoir que ledit roy et son ost s'en retournassent dont ilz estoient venus.

Et ainsi comme ou débaltoit la matière, ladicte Jeanne heurta très fort à l'huis oîi estoit le conseil. Si luy fut ouvert et entra dedans. Puis fist la révérence au roy, et icelle faite , le chanceUier luy dist : n Jeanne , le roy et son conseil a eu de grandes perplécitez pour sçavoir ce qu'il avoit à faire, d Et, en effet, lui récita les choses dessus dictes le plus amplement qu'il peut, en luy requérant qu'elle dist son oppinion au roy et ce qu'il luy en sembloit. Alors elle adressa sa parolle au roy et lui demanda s' elle seroit creue de ce qu'elle lui diroit. Le roy respondit ouy, selon ce qu'elle diroit. Alors elle dist telles paroles : « Gentil roy de France, ceste cité est vostre. Et si vous voulez demeurer devant deux ou trois jours , elle sera en vostre obéyssance ou pour amour ou par force et n'en faites aucun double. " Dont luy fut

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respondu par le dict chancelier : u Jchanne , qui seroit certain de l'avoir dedans six jours, on attendroit bien! Mais je ne sçay s'il est vray ce que vous dites, n Et elle dit derechef qu'elle n'en faisoit aucun doubte. A laquelle opinion de ladite Jeanne le roy et son conseil s'arrestèrent et fut conclu qu'on demeureroit là. Et à celle heure, ladite Jeanne monta sur un coursier, un baston en son poing. Si mit en besongne chevaliers et escuyers, archers, manouvriers et autres gens de tous estats , à apporter fagots , huis , tables , feneslres et chevrons pour faire des taudis et approcheraents contre la ville pour asseoir une petite bombarde et autres canons estans en l'ost. Elle faisoii de merveilleuses diligences , aussi bien qui cust sceu faire un capitaine, lequel eust esté en guerre tout le temps de sa vie; dont plusieurs s'éraerveilloient.

Les gens de la ville sceurent et aperceurent les préparations que on faisoit; et sur ce , considérèrent que c'es^ toit leur souverain seigneur ; et aucunes simples gens disoient qu'ils avoient veu autour de l'estendart de ladicte Pucelle une intinité de papillons blancs. Et comme meus soubdainement d'une bonne volonté inspirée de Dieu, cougnoissans aussi les choses merveilleuses que ceste Pucelle avoit faictes à lever la siège d'Orléans, délibérèrent que on parlementeroit avec le roy, pour sçavoir quel traicté ils pourroient avoir. Et les gens de guerre mesraes, ennemis du roy, estans dedans la ville, le conseillèrent. Et de faict, l'évesque * et les bourgeois de la ville et des gens de guerre en bien grand nombre vindrent devers le roy, et prindrent finablement composition et traicté ; c'est à savoir que les gens de guerre s'en iroient , eux et leurs biens , et ceux de la ville demeureroient en l'obéissance du roy, et luy rendroient ladicte ville; parmy qu'ils eurent abolition générale, et au regard des gens d'église qui avoient régales et collations

' Jean Laiguisë.

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de bénéfices du roy son père , il approuva les collations ; et ceux qui les avoient du roy Henri d'Angleterre , prindrcnt lettres du roy; et voulut qu'ils eussent les bénéfices, quelques collations qu'il en eust faict à autres.

Ceux de la ville feirent grand feste et grand joyc, et ceux de l'ost eurent vivres à leur plaisir. Et le malin s'en partirent presque toute la garnison , tant Anglois que Bourguignons, tirans là où ils voulurent aller. Et combien que, par le traicté, ils maintinssent qu'ils pouvoicnt cnmener leurs prisomiiers, et de faict les enmenoienl , mais icelle Jeanne se tint à la porte en disant que, en nom Dieu, ils ne les enmèneroient pas, et de faict les en garda. Et le roy contenta aucunement lesdicts Anglois et Bourguignons des finances auxquelles lesdicts prisonneirs cstoient mis ; puis y entra le roy environ neuf heures du matin. Mais premièrement y estoit entrée ladicte Jeanne, et avoit ordonné des gens de traict à pied au long des rues. Et avec le roy entrèrent à clieial les seigneurs et capitaines, bien habillez et montez, et les iaisoit très beau voir. Si mist en ladicte ville capitaines et officiers, et fut ordonné par le roy que le seigneur de Loré demeureroit aux champs avec les gens de guerre de l'ost. Et le lendemain tous passèrent par ladicte cite en belle ordoimance : dont ceux de la ville estoient bien joyeux ; et feirent serment au roy d'estre bons et loyaux et tels se sont ils toujours monstrez depuis.

Ghap. 58. [La Piicelle entraiiie le roy à Reims. — Châlons se rend. — Sacre. ]

La Pucelle hastoit le roy, le plus diligemment qu'elle pouvoit, d'aller à Reims, et ne faisoit doubte qu'ily seroit sacré. Pour ce le roy se partit de sa cité de Troyes, et print son chemin à Châlons en Champaigne , avec tout son ost, la Pucelle toujours devant, armée de toutes pièces , et chevaucha tant qu'il vint devant ladite ville de

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Châlons. Et qiiaud ceux de la ville sceurent sav^nue, l'évesque^ avec grande multitude de peuple de ladicte cité , vinrent au devant du roy et lui firent pleine obéissance. Il logea la nuict avec son ost en ladite ville, en laquelle il establit capitaine et autres officiers de par luy et tout ny plus ny moins comme à ceux de Troyes.

De ladite cité de Ghâlons , le roy prit son chemin pour aller à Rheims, et vint à un chastel qui est à l'archcvesque de Rheims, nommé Sepesaulx^, qui est à quatre lieues de Rheims; eu laquelle cité esloient les seigneurs de Ghastillon sur Marne et de Saveuses , tenans le party des Anglois et Bourguignons , devers lesquels ceux de la ville vinrent par leur ordonnance et commandement, et s'en disoit ledit de Ghastillon capitaine. Ils demandèrent auxdicts habitans s'ils avoieat bonne volonté d'culx tenir et défendi'c.Etles habitans leur demandèrent s'ils estoient assez pour leur ayder à garder. Et ils respondirent que non , mais s'ils pouvoicnt tenir six semaines , ils leur amèneroient un grand secours , tant du duc de Betfott que de Bourgongne ; et sur ce , s'en partirent par la volonté des habitants de la ville, dedans lat^uelle il y avoit lors aucuns de bonne volonté, lesquels commencèrent à dire qu'il falloit aller vers le roy, et le peuple dit lors qu'on y envoyast, et y envoya-t-on des notables gens de la ville, tant d'éghse qu'autres; et après plusieurs requestcs qu'ils faisoient, lesquelles on trouva expédiens , déhbérèrent et conclurent de laisser entrer le roy et l'archevesque d'icelle ville et leur compaignée dedans.

Et est iTay que l'archevesque ^ n' avoit point encore fait son entrée , et la fît le samedi matin ; et après disner, sur le soir, entra le roy, lui et ses gens, dedans la ville où

' Jean de Sarrebruck.

2 Aujourd'hui Sept-Saulx , cantou de l'erzy, arrondissement de Reims (Marne).

2 Regnauld de Chartres.

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Jeaaue lu Pucelle estoit fort regardée ; et là vinrent les ducs de Bar et de Lorraine et le seigneur de Cominercy, bien accorapaignez de gens de guerre eulx offrans à son service.

Le lendemain, qui fut le dimanche^, on ordonna que le roy prendroit et recevroit son digne sacre, et toute la nuit fict-on diligence que tout fust prest au matin , et fut un cas bien merveilleux , car on trouva en ladite cité toutes les choses nécessaires qui sont grandes , et si ne pouvoiton avoir celles de Sainct-Denys en France ^. Et pour ce que l'abbé de Sainct-Remy n'a pas accoustunié de bailler la saincte Ampoulle , sinon en certaine forme et manière, le roy y envoya le seigneur de Rais 3, mareschal de France , le seigneur de Boussac et de Saincte-Sévère , aussi mareschal de France , le seigneur de Graville , maistre des arbalestriers , et le seigneur de Culant , admirai de France , lesquels firent les serments accoutumez, c'est à sçavoir de la conduire seurement et aussi raconduire jusques en l'abbaye, et ledist abbé l'apporta, revestu d'habillements ecclésiastiques, bien solemnellement et dévotement dessous unpoille jusques à la porte de devant Sainct-Denys.

• Le roi était le 1" et le 2 juillet à Auxerre ; 6 et 1 1 , Troyes ; 14, Saint-Phal et Châlons; 16, Sept-Saulx et Reims; 17, sacré à Reims ; 20 , Saint-Marcou ; 22, Vailly ; 25 , Soissons ; 28 à 31 Château-Thierry. [Itinéraire. )

' Le ms. du roi 6356 français de la Bibliothèque impériale contient l'inventaire des joyaux de Charles V et Charles VI , rois de France. On y trouve au feuillet 294 un chapitre intitulé : « Parties des nouveaulx habiz royauli ordoniiez pour le fait du sacre des rois de France , baillez en garde aux religieux, abbé et couvent de M. S. Denys, par le roy Charlesquint , le 7^ jour de may 1380, oultre et pardessus ceux qu'ils ont eu en garde par le temps passé. »

' Il s'agit ici du fameux Gilles de Retz , et mieux Rais. Le roi, à ce qu'il paraît, l'avait fait maréchal ce jour même, 17 juillet 1429, à l'occasion du sacre. Maj. Charles Vil et ses conseillers, 1858, in-8*>, y. 35, note 5,

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Là, l'archevesque revestu, accompaigné de chanoines, l'alla quérir et l'apporta dedans la grande église, et la mit sur le grand autel. Lors vint le roy au lieu qui îuy avoit esté ordonné, vestu et habillé de vcstements à ce propices, et l'archex^esque lui fit faire les serments accoustumez, et fut fait chevalier par le duc d'Alençon. Puis l'archevesque procéda à la consécration , gardant tout au long les cérémonies et solennitcz contenues au Pontifical ^.

Le roy y fit le seigneur de Laval comte , et il y eut plusieurs chevaliers faits par les ducs d'Alençon et de Bourbon. Et là estoit présente Jeanne la Pucelle, tenant son estendart en sa main , laquelle , en effet , estoit cause dudit sacre et couronnement et de toute l'assemblée. Si fut rapportée et conduite ladicte saincte Ampoulle par les dessus dits jusques en ladicte abbaye. Et qui eut veu ladicte Pucelle accoler le roy à genoulx par les jambes et baiser le pied , pleurant à chaudes larmes , en eust eu pitié; et elle provoquoit plusieurs à pleurer en disant : tt Gentil roy, or es est exécuté le plaisir de Dieu , qui vou-

' Le ms. latin 1246, ancien fonds du roi, es,iwn. Pontifical du sacre. Ce manuscrit, sur parchemin véliu , parait avoir été exécuté sous le règne de saint Louis ou de Philippe le Hardi. Il est orné de miniatures contemporaines. Le texte liturgique, en latin , est accompagné de rubriques en français. Fol. 1 : Cy commence h corunement des roys de France. Les rubriques et les chapitres de l'Ordo se succèdent avec les miniatures, qui peignent aux yeux chaque phase ou chacun des actes de la cérémonie. Fol. xcxijv : Ici finist le corunement des rois de France. Fol. xcxiij : Mémoire de ce qui se doibt faire au coroncment de la royne de France quand elle n'est coronée avec le roy, et appartient à l'archevêque de Reims. Cette addition parait avoir été introduite à la fin du manuscrit primitif, vers 1600. Enfin une main du quinzième siècle a écrit à la dernière page de ce volume : « L'an de grâce mil quatre cent soixante et ung , le mercredi vingt deuxiesme jour de juillet, trespassa le roy

juillet 17-20] CHRONIQUE DE LA PUCELLE. 323

loit que vinssiez à Rheims recevoir vostre digue sacre , en monstrant que vous estes vray roy, et celuy auquel le royaume doit appairtenir ! s

Chap, 59. [Le roy touche les écî'ouelles à Saint- Marconi. — Il se dirige par la Picardie vers l'Ile de France.']

Le roy séjourna en ladite cité par trois jours. Or est vray que de tous temps les roys de France , après leurs sacres , avoient accousturaé d'aller en un prieuré qui est de l'église Sainct-Remy, nommé Gorbigny, assis et situé à environ six lieues de Rheims, auquel est un glorieux sainct qui est du sang de France , nommé sainct Marcoui , auquel tous les ans a grande affluence de peuple pour la maladie des écrouelles , par le mérite duquel on dit que les roys en guarissent. Et pour ce s'en alla audit lieu de Sainct-Marcoul et y lit bien et dévotement ses oraisons et offrandes. Et de ladite église il print son chemin à aller en une petite ville fermée , appartenant à l'archevesque de Rheims , nommée Vailly, qui est à quatre lieues de Soissons et aussi à quatre lieues de Laon. Et les habitans de ladite ville luy fisrent pleine obéyssance et le

Charles sepliesme. » — Voici le texte, traduit en français, du serment que prêtaient les rois de France à leur couronnement , et que dut jurer Charles VII à Reims, le 17 juillet 1429 : « Au nom du Christ, je promets au peuple chrétien qui m'est soumis ces trois choses ; 1° de conserver en tout temps, selon mon pouvoir, en vraie paix l'Eglise de Dieu et tout le peuple chrétien ; 2° d'interdire les exactions et toute iniquité aux différents degrés de l'État ; 3" de prescrire dans tous les jugements l'équité ainsi que la miséricorde , afin d'obtenir pour moi et pour vou» la miséricorde du Dieu clément et miséricordieux , qui vit et qui règne, etc. » — « Le texte latin qui précède est extrait d'un Potitijical àe l'abbaye de Saint-Denis en France, qui paroitêtre du quatorzième siècle , et que l'on porte au sacre de nos roys. d (Lévesque de la Ravallière , Collection de Champagne , volume 126, intitulé Sacre des rois, folio 86.)

receurent graudement bien selon leur pouvoir, et se logea pour le jour, luy et son ost , audist pays et de là envoya à Laon, qui est une notable et forte cité, les sommer qu'ils se missent en son obéyssance, ce qu'ils firent très-bien et volontiers. Et pareillement fîsrent ceux de la cite de Soissons , en laquelle il alla droict de Vailly et y fut receu à grande joye. Il y séjourna trois jours et sou ost, tant en la ville comme es environs. Et pendant qu'il y estoit, luy vint nouvelles que Chasteau- Tliierry, Provins, Goulommiers , Grécy eu Brye et plusieurs autres se rendirent françoises et en son obéyssance; dans ce temps y mit officiers, et les habitants y laissoient entrer sans aucune contradiction ses gens et serviteurs.

Quand le roy sceut que Chasteau-Thierry estoit en son obéissance, et qu'il eut séjourné par aucun temps en la ville et cité de Soissons , il se mit à chemin et alla audit lieu de Chasteau-Thierry, et dudit lieu s'en alla à Provins et y séjourna deux ou trois jours. Lesquelles choses vinrent à Paris en la congnoissance du duc de Betfort, qui se disoit régent du royaume de France pour le roy d'Angleterre , et dit qu'il viendroit combattre le roy. Si assembla gens de toutes parts à bien grande puissance et vint à Gorbeil et à Melun , et assembla bien dix mille corabatans qui estoit grande chose.

Quand le roy sceut que le duc de Betfort le vouloit combatre , luy et les gens de son ost en furent bien joyeux , et se partit de ladicte ville de Provins et tint les champs , et rassembla son ost près d'un chasteau nommé La Motte de Naugis , qui est en Brye , et là les batailles furent ordonnées bien notablement et prudemment. Et c'estoit gente chose de voir le maintien de Jeanne la Pucelle et les diligences qu'elle faisoit. Et tousjours venoient nouvelles que le duc de Betfort venoit pour combattre. Et pour ce, le roy se tinst tout le jour en son ost emniy les champs , cuidant que ledit duc de Bet-

août 1 à 14] CHRONIQUE DE LA PUCELLE. 325

fort deust venir; mais il mua conseil et s'en retourna à Paris, combien qu'il eût bien en sa compaignée dix ou douze mille combattans comme dit est, et le roy en avoit bien autant, et la Pucelle et les seigneurs et gens de guerre eslans avec elle, y avoient grand désir et volonté de combattre.

Il y avoit aucuns en la compaignée du roy qui avoient grand désir qu'il retournast vers la rivière de Loire et luy conseillèrent fort, auquel conseil il adhéra fort, et estoit de leur opinion et conclud qu'il s'en iroit , et luy fît-on sçavoir qu'il passeroit la rivière de Seine , par une ville nommé Bray, dans le pays de Champaigne, où il y avoit bon pontl et luy fut promis obéyssance et passage par les habitants d'icelle.

Mais la nuict dont il devoit passer le matin, y arriva certaine quantité d'Anglois auxquels on ouvrit la porte et entrèrent dedans , et y eut des gens du roy lesquels s'avancèrent pour cuider passer des premiers dont les aucuns furent prins et les autres destroussez, et par ce moyen ce passage fut rompu et empesché , dont les ducs d'Alençon , de Bourbon et de Bar, et les comtes de Vendosme et de Laval et tous les capitaines furent bien joyeux et contents, pour ce que ladite conclusion de passer fut contre leur gré et volonté; et estoient d'opinion que le roy devoit passer oultre pour tousjours conquester, veue la puissance qu'il avoit et que ses ennemis ne l'avoient osé combatre.

' On s'explique la valeur de ce trait , si l'on se reporte au portrait moral que Georges Chasfelain nous fait de Charles VII ••

N'étoit nulle part sûr, nulle part fort; craignoit toujours

raorir par le glaive par jugement de Dieu, parce que présent fut en la mort du duc Jehan. Ne s'osoit loger sur un plancher (voyez ci -dessus Geste des nobles, p. 187, chap. 196, ni passer un pont de bois à cheval, tant fût bon. » (Fragments publiés par M. Quicherat dans la Bibliothèque de fEcole des chartes, V> série, t. IV, p. 78.)

32)5 COUSmOT DE MONTREUIL. [1429-

La vigille de la Nostre-Dame my-aoust , le roy, par le conseil desdits seigneurs et capitaines, s'en retourna à Chasteau-Thierry et passa outre avec sou tout ost vers Crespy en Valois, et se vint loger aux champs, assez près de Dampmartin; et le pauvre peuple du pays crioit : Noël! et pleuroient de joie et de liesse. Laquelle chose ia PuceUe considérant, et qu'ils venoient au-devant du roy en chantant Te Deum laudamtis , et aucuns respons et antiennes, dit audit ^ chancelier de France et au comte de Dunois : « En nom Dieu, voicy un hon peuple et ï dévot, et quand je devray mourir, je voudrois bien t que ce fût en ce pays. » Et lors ledit comte de Dunois luy demanda : « Jeanne , sçavez-vous quand vous mour- ■» rez et en quel lieu? -n Et elle respondit qu'elle ne sçavoit et qu'elle en estoit à la volonté de Dieu. Et si dit oultre auxdits seigneurs : a J'ay accomply ce que Mes- » sire m'a commandé de lever le siège d'Orléans et faire a sacrer le gentil roy; je voudrois bien qu'il voulût me 3 faire ramener auprès mes père et mère, et garder ï leurs brebis et bestail, et faire ce que je soulois^ » faire, s Et quand lesdits seigneurs ouyrent ladite Jeanne ainsi parler, et que les yeux au ciel remercioit Dieu, ils creurent mieulx que c' estoit chose venue de par Dieu qu'autrement.

Chap . 60. {Le duc de Bedford rejoint le roy vers Mitry. — Beauvais se rend français . — Soumission de Compiègne. — Rencontre des deux armées près Sentis.^

Le duc de Betfort estoit à Paris avec grande quantité d'Anglois et autres gens ennemis et adversaires du roy.

1 Ce mot dit semble indiquer quelque trouble dans le ms. , car le chancelier est ici mentionné pour la première fois dans ce chapitre. Voy. ci-après page 338, note 1.

' Ce que j'avais habitude de faire.

août 14 et s.] CHRONIQUE DE LA PUCELLE. 327

Si vint à sa connoissance que le roy estoit sur les champs vers Dampmartin, et partit de Paris à bien grande et grosse compaignée et s'achemina vers Mitry en France , soubs ledit lieu de Dampmartin , et prit une place bien advantageusc où il ordonna ses batailles.

Le roy fist pareillement mettre ses gens en belle ordonnance prests d'attendre la bataille si l'autre le venoit assaillir, voire d'aller à luy si ils se trouvoient en pareil champ. Et pour sçavoir de leur estât et commune , il fut conclu qu'on y envoyeroit des gens par manière de coureurs; spécialement y fut envoyé Estienne de Vi gnôles, dit la Hire, vaillant homme d'armes, comme les autres, et y eut de grandes escarmouches qui durèrent presque tout le jour, et n'y eut comme point de perte ou dommage de costé et d'autre. Si fut rapporté au roy par gens eulx congnoissans bien en faict de guerre , comme ledict duc de Betfort estoit en place advantageusc et que les Anglois s'estoient fortifiez, et pour ce le roy ne fut pas conseillé d'aller plus avant assailUr ses ennemis, et le lendemain ledict duc deBeaufort, avec tout son est, s'en retourna à Paris, et le roy tira vers Crespy en Valois.

Le roy envoya certains hérauts à ceux de Gompiègno les sommer qu'ils se missent en son obéyssance, lesquels respondirent qu'ils estoient prests et appareillez de le recevoir et luy obéir comme à leur souverain seigneur. Pareillement aussi allèrent des hauts seigneurs en la ville et cité de Beauvais , dont estoit évesque et seigneur un nommé Maistre Pierre Gauchonl extrême Anglois, combien qu'il fut de la nation emprès Rheims, et aussitost qu'ils virent des hérauts qui avoient les armes de France, ils crièrent : Vive Charles y roy de France, et se mirent en son obéyssance ; et , ceux qui ne voulurent aller en ladite obéyssance, les laissèrent aller avec leurs biens.

Le roy délibéra de venir en la ville de Gompiègne,

' Juge de la Pucelle.

328 COUSINOT DE MOXTREUIL. [1429-

laquelle luy avoit fait obéyssance. Si tira vers Senlis et se logea en un village à deux lieues de Senlis, nommé Barron, laquelle ville de Senlis estoit en l' obéyssance des Anglois et Bourguignons. Et au matin vinrent nouvelles au roy que le duc de Belfort partoit de Paris à tout son est pour venir à Senlis, et que luy estoient venus de nouveau quatre mille Anglois que le cardinal d'Angleterre, son oncle, avoit admenez, et ledict cardinal les devoit mener contre les Bohesmes hérétiques en la foy; mais il les fist descendre pour guerroyer les vrais catholiques françois, et estoient souldoyez, comme on disoit, de l'argent du Pape , et en intention que il allast contre Icsdits Boesmes.

Lesquelles choses vinrent à la connoissance du roy, et il fut ordonné que Messire Ambroise de Loré et le seigneur de Sainte -Traille i, monteraient à cheval et iroient vers Paris et ailleurs, où bon leur sembleroit, et ainsi qu'ils adviseroient , pour sçavoir véritablement le fait du duc de Betfort et de son ost; lesquels montèrent diligemment à cheval , et prirent seulement vingt de leurs gens des mieux montez. Puis partirent et chevauchèrent tant qu'ils approchèrent l'ost des Anglois ; si virent et aperceurent sur le grand chemin de Senlis grandes pouldres qui venoient et procédoient de la compaignée du duc, et dihgemment envoyèrent un chcvaucheur devers le roy pour luy faire sçavoir^ : si approchèrent encore plus près tant qu'ils veirent ledict ost des Anglois qui tiroit vers Senlis, et derechef, envoyèrent un autre chevaucheur vers le roy luy signifier ce que dit est.

Alors le roy, avec son ost, se tirèrent très diligemment emmy les champs; si furent ordonnées les batailles et commencèrent à chevaucher entre la rivière qui passe à Barron et Montespillouer, en tirant droit à Senlis. Et

• Poton de Saintrailles.

^ Pour le lui faire savoir.

août] CHRONIQUE DE LA PUGELLE. 329

le duc de Betfort et son ost arriva environ l'heure de de vcspres ^ près de Scnlis. Et se mit à passer une petite rivière qui vient de ladicte ville de Sentis , au susdit village nommé Barron; et estoit le passage si csîroit qu'ils ne pouvoient passer que deux chevaux à la fois. Et aussi tost que lesdits de Loré et Sainte- Traille virent que lesdicts Anglois commencèrent à passer, ils s'en retournèrent hâtivement devers le roy et luy acertainèrcnt que ledit de Betfort et son ost passoient au susdict passage; et celle heure ^ le roy fît tirer les batailles audict lieu tout droit, cuidant les combatre audict passage ; mais la plus part , et comme tous estoient desjà passez, et les deux osts s'entreveirent; aussi n'estoient-ils qu'a une bien petite lieue l'un de l'autre; et y eut de grandes escarmouches entre lesdites compaignées, et de belles armes faites.

A ceste heure il estoit comme le soleil couchant, et lesdicts Anglois se logèrent sur le bord et au bout de ladicte rivière, et les François se campèrent à Montespillotier. L'endemain au matin, le roy et son ost se misrent sur les champs, et fist ordonner ses batailles, de la plus grande desquelles le duc d'Alençon et le comte de Vendosme avoicnt le gouvernement. De la seconde , les ducs de Bar et de Lorraine avoient la charge. De la tierce, qui estoit en manière d'une aille, les seigneurs de Rais et de Boussac , mareschaux de France , avoient aussi la charge. Et d'une autre bataille qui souvent se délaissoit pour escarmoucher et guerroyer lesdits Anglois, avoient le gouvernement le seigneur d'Albret, le bastard d'Orléans 3, Jeanne la Pucelle, la Hire et plusieurs autres capitaines. Et à la conduite et gouvernement des archers

' C'est-à-dire vers 6 heures après midi.

2 Heure de vêpres.

3 Le comte de Dunois est appelé ici par Cousinot de Montreuil le Bastard d'Orléans. Voyez sur ce point Notice historique, etc., ci-dessus, § 6, p. 46, 47.

âa« cousmoT de montreuil. [1429-

estoit le seigneur de Graville, maistre des arbalestriers de France et un chevalier de Limosin, nommé Maistre Jean Foucault.

Et se tenoit le roy assez près de ses batailles , et avoit pour sa personne et en sa compaignée le duc de Bourbon, le seigneur de la Trémouille , et grand foison de chevaliers et escuyers ; et plusieurs fois chevaucha le roy par devant la bataille d'iceliiy duc deBetfort, en la compaignée duquel estoit le bastard de Sainct-Pol, et plusieurs Bourguignons, et estoient en bataille près d'un village et avoient au dos un grand estang et ladicte rivière ; et ne cessèrent toute la nuit de se fortifier très diligemment de pieux, de taudis .et de fossez. Et le roy et les seigneurs estant avec luy avoient prins conclusion et estoient tous délibérez de combatre le duc de Betfort, et les Anglois et les Bourguignons.

Quand les capitaines estans avec le roy curent veu et considéré la place que tenoient lesdicts Anglois et leur fortification, ils apperceurent et cogneurcnt qu'il n'y avoit aucune apparence de combatre ledict duc de Betfort en ladicte place. Toutefois les batailles des François s'approchèrent à deux traicis d'arbaleste desdits Anglois ou environ; et leur firent sçavoir que s'ils vouloient saillir hors de leur parc qu'on les combatroit, mais ils ne voulurent oncques saillir et desloger de leur parc.

Il y eut grandes et merveilleuses escarmouches, tellement que les François alloient souvent à pied et à cheval jusques à la fortification des Anglois; et aucunes fois les Anglois sailloient à puissance et reboutoient les François; Cl y en eut d'un costé et d'autre de tuez et de prins, et tout le jour se passa en faisant lesdites escarmouches, jusques à environ le soleil couchant. Le seigneur de la Trimouille , qui estoit bien joly, et monté sur un grand coursier, voulut venir aux escarmouches, et de fait print sa lance et vint jusques au frapper; mais son cheval cheut, et s'il n'eut eu bien tost secours il eut esté prins ou tué.

août] CHRONIQUE DE LA PUCELLE. 331

et fut remonté à grand'peine * et y eut à cestc heure une grande escarmouche, et environ ladite heure de soleil couchant se joingnirent ensemble grand nombre de François et vinrent vaillamment jusqnes près du parc des Anglois combatre main à main et escarmoucher, et à cette heure saillirent grand foison d'Anglois à pied et à cheval, et aussi les François se renforcèrent et à cette fois y eut plus grande et rude escarmouche qu'il n'y avoit eu tout le jour, et y avoit tant de pouldrc qu'on ne cognoissoit ny François ny Anglois ; tellement que combien que les batailles fussent bien près les unes des autres, toutefois ne s'entre pouvoient-ils voir.

Ladicte escarmouche dura tant qu'il fut nuict serrée et obscure, et les Anglois se retirèrent tous ensemble et serrèrent en leur parc; et aussi les François se retirèrent à leurs batailles. Lesdicls Anglois se logèrent en leur parc et les François se logèrent là oîi ils avoient logé la nuict de devant, environ demie lieue desdicts Anglois, emprès Montcspillouer; et les Anglois se deslogèrent le lendemain bien matin et s'en retournèrent à Paris ; et le roy et ses gens s'en allèrent à Grespy en Valois.

Ghap. 61. [Le roy se rend à Compiègne , puis se dirige vers Paris. — La Piicelle à la porte Saint-Honoré.]

Le lendemain le roy se partit de Grespy et print son chemin vers Gompiègne, où il fut receu grandement et honorablement, et se remirent en son obéyssance; puis y commit officiers et ordonna capitaine un gentilhomme du pays de Picardie, bien allié de parens et amis, nommé Guillaume de Flavy^ ; et là, les manans et habitans de la ville de Béarnais envoyèrent devers luy et mirent eulx et la ville en son obéyssance. Semblablement ceux de Scnlis se mirent en l'obéyssance du roy, en laquelle ville le roy vint se loger.

* La Trimouille était très-obèse.

^ Voyez ce nom dans la Biographie Didot.

Eii la fin du mois d'aoust, le duc de Betfort doubtant que le roy ne tirast eu Normandie , partit de Paris avec son ost, pour y aller, et départit son armée en plusieurs et divers lieux et les mist en garnison es pays où il avoit obéyssauce , pour garder les places, et laissa à Paris Messire Louys de Luxembourg , évcsque de Thérouenne, soy disant chancelier de France pour les Anglois , et un cbcvalier anglois nommé Ulessire Jean Rathelet, et un chevalier François nommé Messire Simon Morbier, qui se disoit lors estre prévost de Paris , lesquels avoient en leur compaignée environ deux mille Anglois pour la garde et défense de ladicte ville, ainsi qu'on disoit.

Environ la fin dudict mois d'aoust le roy se deslogea de Senlis et s'envint à Saiuct-Denys , oîi ceux de la ville luy firent ouverture et pleine obéyssancc et avec luy tout sou ost se tint et logea en ladicte ville. Alors se commencèrent grand courses et escarmouches entre les gens du roy, estans à Sainct-Denys et les Anglois, et autres estans lors dans Paris. Et quand ils eurent esté par aucun temps à Saiuct-Denys, comme trois ou quatre jours, le duc d'Alençon, le duc de Bourbon, le comte de Vendosme, le comte de Laval, Jeanne la Pucelle, les seigneurs de Rais et de Boussac, et autres en leur compaignée se vinrent loger en un village qui est comme en my-cbemin de Paris et de Saiuct-Denys, nommé la Chapelle; et le lendemain commencèrent plus grands escarmouches et plus aspres que devant, aussi estoientils plus près un de l'autre; et vinrent lesdicts seigneurs aux champs vers la porte Sainct-Honoré sur une manière de butte ou de montaigne, que on nommoit le Marché aux pourceaux , et fisrent assortir plusieurs canons et coulevrines pour jester dedans la ville de Paris et en eut plusieurs coups de jectez.

Estoieut les Anglois autour des murs circulant et tournoyant à tout esteudarts, et entre les autres y en avoit un blanc à une croix vermeille, et alloient et venoient

lin aoûl] CHRONIQUE DE LA PUCELLE. 333

par ladictc muraille. Aucuns seigneurs cslans là devant, voulurent aller jusques à la porte Sainct-Honoré, et entre les autres spécialement un chevalier nommé le seigneur de Sainct-Vallier et ses gens allèrent jusques au boulevart et boutèrent le feu aux barrières; et combien qu'il y eust foison d'Anglois et de ceux de Paris qui le défendoient, toutesfois ledit boulevart fut pris par les François d'assaut, et les ennemis se retirèrent par la porte dedans la ville.

Les François avoicnt imagination que les Anglois vinssent par la porte Sainct-Denys frapper sur eux; parquoy les ducs d'Alençon et de Bourbon avoient assemblé leurs gens et s'estoient mis comme par manière d'embusche derrière laditte butte ou montaigne et ne pouvoient bonnement approcher de plus près pour double des canons, vuglaires et coulevrines qui venoient de la dite ville et qu'on tiroit sans cesse. Ladite Jeanne dist qu'elle vouloit assaillir la ville ; mais elle n'esioit pas bien informée de la grande eaue qui estoit ez fossez, et si en avoit aucuns audict lieu qui le sçavoient bien; et selon ce qu'on pouvoit considérer, eussent bien voulu par envie, qu'il fut mescheu à ladicte Jeanne. Néantmoins elle vint à grant puissance de gens d'armes , entre lesquels estoit le seigneur de Rais, mareschal de France, et descendirent en l'arrière-fossé avec grand foison de gens de guerre, puis atout (avec) une lance monta jusques sur le dos-d'asne, et tenta l'eaue qui estoit bien profonde; quoy faisant elle eut d'un traict les deux cuisses percées, ou au moins l'une.

Ce nonobstant, elle ne vouloit partir et faisoit toute diligence de faire apporter et jecter fagots et bois en l'autre fossé , pour cuider passer jusques au mur, laquelle chose n' estoit pas possible, veue la grande eaue qui y estoit. Et depuis qu'il fut nuict, fut envoyée quérir par plusieurs fois , mais elle ne vouloit partir, ny se retirer en aucune manière ; et fallut que ledict duc d'Alençon

334 COUSIIVOT DE MONTREUIL. [1429-

l'allast quérir, et la ramenast ; et toute la siisdictc compaigDée se retira audict lieu de la Chapelle Sainct-Denys, où ils avoieut logé la nuict devant, et lesdicts ducs d'Alençon et de Bourbon, s'en retournèrent le lendemain en la ville Sainct-Denys, où estoit le roy et son ost. Et disoit-on qu'il ne vint oncques de lasclie courage de vouloir prendre la ville de Paris d'assault, et que s'ils y eussent esté jusques au matin , il en eut eu qui se fussent advisez. Il y eut plusieurs de blessez et comme nuls morts.

Ghap. 62, [Aînhroîse de Loré s'enferme dans Saint- Célerin. — Le roy campe devant Paris , décampe et retourne en Berr\j.\

Audict mois d'aoust mille quatre cent vingt neuf, un capitaine du pays de Bretaigne, nommé Ferbourg, fist adviscr comme il pourroit avoir la place de Bonsmolins , laquelle les Anglois tenoient, et de fait trouva moyen d'y entrer et de bouter les Anglois dehors; et le duc d'Alençon lui donna la capitainerie. En ce temps avoit un gentilhomme au pays , nommé Jean Armangc , de la compaignée de Messire Ambroise de Loré , lequel se bouta dedans la place de Sainct-Gélerin , qui avoit esté abbatue; et avec luy avoit un gentilhomme de Bretaigne nommé Henri de Ville-Blanche, et emparèrent icelle place. Et au tiers jours qu'ils furent entrez en icelle place, les Anglois de la garnison d'Alençon, et auhrcs en leur compaignée, s'assemblèrent et vinrent devant ladite place , garnis de canons , vuglaires , coulevrines et arbalestes; et après ce qu'ils y eurent esté aucun temps la Guidèrent prendre d'assault et de faict l'assaillireni fort et merveilleusement. Mais lesdicts capitaines et leurs gens se défendirent si vaillamment et tellement qu'ils demeurèrent en ladicte place et lesdits Anglois s'en retournèrent à Alençon.

août29-sept.l2] CHRONIQUE DE LA PUCELLE. 335

Le vingt-neufiesmc jour dudict mois, le prieur de l'abbaye de Laigny et un nommé Artus de Sainct-Mcrry, avec plusieurs autres , vinrent devers le roy audit lieu de Sainct-Denys pour mettre ladicte ville de Laigny en son obéyssance, lequel les receut très-bénignement et doucement, et ordonna au duc d'Alençon qu'il y pourvcut et y envoya Messire Ambroise de Loré , lequel fut receu par les habitans à grand joye, et quand il y eut eu plainière obéyssance il fit faire aux habitans le serment en tel cas accoustumé.

Le douziesme jour de septembre , le roy assembla son conseil pour sçavoir qu'il avoit à faire , veu que ceux de Paris ne monstroient quelque semblant d'eulx vouloir réduire, et aussi n'eussent-ils osé parler ensemble veue la puissance des Anglois et Bourguignons, et si n'y avoit denier de quoy il eut peu entretenir son ost. Si fat délibéré par le conseil qu'il laissast grosses garnisons de par deçà 1, avec aucuns chefs de son sang et qu'il s'en allast vers et outre la rivière de Loire. Et en exécutant cette déhbération du conseil , il laissa le duc de Bourbon , le comte de Vendosme, Messire Louys de Gulant, admirai de France , et autres capitaines , et ordonna que ledit duc seroit son lieutenant , et laissa dans Sainct-Denys le comte de Vendosme et le seigneur de Culant , a grande compaignée de gens d'armes. Puis le roy s'en partit avec son ost, et s'en alla au giste à Laingny-sur-Marne ; et le lendemain se partit et ordonna à Messire Ambroise de Loré qu'il demeurast audict lieu de Laingny, et luy fut baillé en sa compaignée un vaillant chevalier de Limosin, nommé Messire Jean Foucault, avec plusieurs gens

' Ici se trouve dans Godefroy l'astérisque, dont il a été parlé ci-dessus Notice historique , etc., p. 48, note 1. Au même point Godefroy, dans une note, s'exprime ainsi . « L'autheur de cette histoire fait voir icy que sa patrie estoit en deçà de la Loire ou du moins qu'il y estoit , lorsqu'il l'écrivoit, « (Edition du Louvre, p. 529.)

de guerre. Et quand les Anglois et Bourguignons sccurent que le roy cstoit ainsi pariy, ils assemblèrent de toutes parts de leurs gens en grand nombre , et ceux qui estoient à Sainct-Dcnys , considérant que la ville cstoit foible, s'en partirent, c'est à sçavoir ledict comte de Vendosme et autres délaissèrent ladictc ville et s'en vinrent à Senlis.

Environ ledict mois de septembre, audit an, vinrent les Anglois et aussi leurs alliez de la langue françoise, nommez Bourguignons, et se misrent à grand puissance sur les champs, en iniention, comme on disoit, devenir mettre le siège devant Laingny , laquelle estoit ville mal fermée et habillée des choses pertinens à défense de guerre. Ils vinrent devant la ville et faisoient les manières d'y arrester, et quand lesdits Messire Ambroise de Loré et Foucaidt les veirent, considérans ladicte ville estre foible et qu'ils n'auroicnt aucuns secours, saillirent aux champs eulx et leurs gens en belle ordoHnance contre lesdits Anglois et Bourguignons, et leur tinrent si grandes et fortes escarmouches, par trois jours et trois nuicts, que lesdicts Anglois et Bourguignons n'approchèrent oncques des barrières plus près que du trait d'une arbaleste ; et quand ils apperceurent si grande résistance et qu'ils virent avec lesdits chevaliers, tant de gens de guerre et si vaillans, ils se retirèrent et s'en retournèrent à Paris sans faire autre chose. Et auxdites escarmouches y en eut plusieurs de tuez, tant d'un costé que d'autre.

Chap. 63. [Laval est pris par les Anglois. — Le comte de Clermont, lievtenant du roy en Picardie. — Entreprise sur Rouen.]

Le seigneur de Talbot, vaillant chevalier anglois, print d'eschèle par faute de guet et de garde la ville de Laval, avant le siège mis à Orléans, comme cy-dessus a esté

septembre] CHRONIQUE DE LA PUCELLE. 331

touché, et y gaingna de moult fort grandes richesses et chevaulx. Estoit pour lors dedans Messire André de Laval, seigneur de Lohéac, lequel estoit au chastcau dudit lieu de Laval , et fist composition pour luy et autres dudict chasteau, à vingt mille escus d'or, comme dessus est dit ; et demeura prisonnier jusques à ce qu'il eust payé ladite somme ou baillé piège. Et audit mois de septembre fut faite une entreprinse par les seigneurs Du Hommet , Messire Raoul du Bouchet et Bertrant de la Ferrière, sçavoir comme ils pourroient recouvrer ladite ville de Laval; et par le moyen d'un meusnier, homme de bien, qui avoient desplaisance que les Anglois fussent seigneurs et maistres en ladicte ville , fisrent bien secrètement une cmbuschc de gens d'armes à pied eu un moulin, dont ledit meusnier avoit le gouvernement, estant sur la rivière de Mayne qui passe au dessoubs et joingnant ladite ville , et joingnant aussi au bout du pont et du costé de ladite ville dont les barrières sont par iceluy pont. Et un matin, à l'ouverture d'icelle porte, saillirent lesdits gens de guerre à pied, ainsi que les portiers estoicnt allez ouvrir les barrières estant sur iceluy pont et entrèrent en ladite ville de Laval crians : Nostre-Dame ! Sainct- Denijs! En laquelle aïoit de deux à trois cent Anglois, et les François u'estoient pas plus de deux cent, combien qu'il y en avoit plus de six cent qui les suivirent. Il y eut plusieurs Anglois de tuez et prins , les autres saillirent par dessus la muraille de cette ville là pour culx sauver. Et par ce moyen, ladite lille fut remise en l'obéyssance du roy.

Environ ladicte saison , le duc de Bourbon * , lequel estoit demeuré lieutenant du roy es pays de nouveau réduits en son obéyssance , dont dessus est faite mention, se tenoit à Scnlis, Laon, Beauvais, et autres villes pour toujours k's garder , et y mettre provision , ordre ,

• Voyez ci-dessus p. 250, note 2, et p. 266, note 5.

338 COUSmOT DE MONTREUIL. [1429-

et gouvernement; car en plusieurs lieux il ne trouvoit pas bonne obéyssance, combien qu'il menoit grand peine à bien conduire le faict du roy, et d'exécuter quelque chose sur les Auglois, lesquels estoient bien diligens, et mettoient peine à grever les François. Or advint que le dict Messire Ambroise de Loré et Messire Jean Foucault, estans à Laigny, avoient en mesme temps fait certaine entreprise sur la ville de Rouen, par le moyen d'un nommé le Grand Pierre; et pour ce qu'au temps que l'exécution se devoit faire, il n'estoit point clair de lune, pour chevaucher par nuict, ils prolongèrent et remirent un autre jour audict Grand Pierre; car il leur sembloit qu'ils n'estoit pas possible de mener si grosse compaignée par le pays, où il falloit passer, sans s' entreperdre, si c'estoit en une nuit obscure. Et s'en alla le dict Grand Pierre par Senlis , oiî il trouva le duc de Bourbon, le comte de Vandosme et l'archevesque de Rheims *, chancelier de France 2. Et pour ce que les dicts de Loré et Foucault avoient aucunement ouvert la matière aux dicts seigneurs, mais non mie la manière que le dict Grand Pierre disoit, ils contraignirent le dict Grand Pierre à leur déclarer dont il venoit et la forme de la dicte entreprinse. Les quels, icelle ouye , ne tindrent compte de l'opinion et de la difficulté que les dicts Messires Ambroise et Foucault faisoient et mandèrent très diligemment gens de toutes parts pour exécuter la dicte entreprinse. Et de faict se mirent à chemin, et en

> Regnauld de Chartres , à la fois archevêque de Reims et chancelier de France, Une lecture attentive de cette chronique montre que le texte ou manuscrit de Cousinot de Montreuil a été par intervalles remanié et interpolé. Ce système d'additions explique le mot dit que nous avons signalé ci- dessus p. 326, note 1.

2 Ici s'arrêtent les éditions de la chronique, dite de la Pucelle , imprimées jusqu'à ce jour. Ce qui suit nous est fourni par le ms. 245 de Godefroy. Voyez ci-dessus Notice, p, 207.

septembre] CHRONIQUE DE LA PUCELLE. 339

allant perdirent l'un l'autre et ne se trouvèrent pas tous ensemble , et y en eut qui furent jusques aux portes de Rouen; et quand ilsveirentque leur cntreprinse esloit faillie, retournèrent. Et eux retournans, trouvèrent environ quatre-vingts Anglois, les quels, quand ils veirent les François , descendirent à pied au fond d'une haye et fichèrent des paulx devant eulx. Si furent assaillis par diverses escarmouches par des gens de guerre françois , qui estoient une bien grosse compagnie. Mais les Anglois se défendirent si vaillamment, qu'ils demeurèrent en leur place sans rien perdre. Or supposé que les dicts de Loré et Foucault sçeussent la dicte entrcprinse, si n'avoient-ils pas intencion de l'exécuter sans le faire savoir et déclarer tout au long aux dicts seigneurs. Et ainsy, en effet, la dicte entreprinse fut perdue et faillie par faulte de ce que les dicts seigneurs n'avoient creu le conseil des dicts deux chevaliers , qui estoit bon et raisonnable 1.

' Ici finit le ms. 245 de Godefroy. Ces quelques lignes nouvelles se rapportent à un épisode fort intéressant. Pierre de Cleuville , dit Grand-Perrin ou Grand-Pierre , était l'agent ou l'exécuteur d'une conspiration ourdie par Ricard Mite, bourgeois de Rouen, pour délivrer son pays de la domination anglaise. La conspiration fut découverte par les Anglais et Ricard Mite paya de sa vie cette tentative. Des lettres authentiques du bailli de Rouen pour les Anglais, en date du 28 février 1428/9, nous apprennent qu'à cette date Pierre de Cleuville , dit Grand-Perrin, avait été saisi à Montlhéry, oti il était détenu prisonnier. De là, d'après le même document, il fut amené à Rouen , « en laquelle ville ledit Grand-Perrin a esté condampné et exécuté pour ses démérites comme traître, larron et brigant. » Voyez Cheruel, Histoire de Rouen sous la domination anglaise, Rouen, 1840, in-S", p. 84, et Pièces Jtutificatives, p. 92.

BT

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