‹ Chronique de la PucelleChapitre 16 sur 66 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

DE LA

Chap, I. Descente et défaite des Anglais en Bretagne. Entreprise du cofnte de Saint-Pol sur Vile de Wight. Usuriers , acheteurs de rentes à vie < .

En l'an 1403 2, quant la guerre estoit ouverte entre le roy franchoiz et le roy englois, iceulz Englois firent une armée; et le jour de la Saint-Jehan-^ en l'an dessus dit, deschendirent en Bretaigne, entre Saint-Pol du Léon et la chité de Venues, et chevauchèrent une leue sur terre, et ]\Iessire Guillaume Duchastel , chevalier et ses gens de Bretaigne le surent, et les enclorrent entre eulz et la mer, et les combatirent, et en eurent que mors et prisonniers bien 300 Englois. Et, ce fait, l'amiral de Bretaigne, dit du Ghastel, et leur allez firent une grant armée et entrèrent en mer le 8« jour de juillet en suivant en 30 vessiax d'armée, et estoient environ 1,200 hommes d'armes , et trouvèrent les Englois le juedi en sui-

' Ces rubriques ou sommaires n'existent point dans l'original. Nous les ajoutons pour l'utilité de l'édition. Ms. Colbert 9850, 3 , fol. 68 yo.

^ C'est-à-dire depuis le 15 avril, jour de Pâques, jusqu'au 29 mars 1404 n. s., qui fut le dernier jour de l'année complée 1403 suivant l'ancien style.

^ 24 juiu.

364 P. COCHOIV. [1403 juillet 12

vant IS'^jour du dit mois, qui estoient à grant quantité de vessiax, et se combatirent fort ce jour, tant que les Bretonz gaignièrent la bataille, et y desconfirent bien 2,000 Englois; et si amenèrent 40 gros de leur vessiax et une carraque avec 1,000 prisonnicz.

A la Sain Andrieu l ensuivant, le compte de Saint Pol 2 fu gagié à faire une armée à aler contre les Englois; et avoit bien 1,500 hommes d'armes, et montèrent sur mer en 29 bargez ^, et deschendirent à l'isle de Nuit *, et n'y furent que trois jours, et cuidoient avoir renchon. Mais les Englois vindrent si fors, si s'en retournèrent sanz rien faire , fors qui firent tant de mal en païs de Gaux, d'aller et de venir, que ce fu grant merveille et les maudisoit chascun. Ainsi se despcndoit l'argent du royalme et si se moquoit le peuple de lui pour le beau fait qu'il avoit fait ^.

Item. En icelui an^ coururent les amendes du royaume et en Normandie des polliciez sur usuriés '', acheteurs de rentes à vie 8, et eut l'en très grant finance.

' Saint André, 30 novembre.

2 Walerand de Luxembourg , comte de Sainl-Paul.

' Sic. De barga , barque.

< Wight.

' Voyez sur celte expédition le Religieux de Saint- Denis , liv. 24, chap. 14, édition Bellaguet, in-4» , t. III, p. 116 et suiv.

^ Pàque» , le 15 avril.

' Usuriers.

^ On voit que ce genre d'opérations ne date pas de nos jours, Le chroniqueur nous parle de ce qui se passait en Normandie. Il en était de même à Paris. La fortune du fameux Nicolas Flamel a longtemps été regardée comme le merveilleux produit du grand art. Ce grand art n'était autre chose que celui des spéculations indiquées ici par le chroniqueur. Voyez sur ce point Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t, XXIII, 1857, in-8», p. 173 et suiv.

1404 mars.] GHROXIQDE NORMANDE. 365

Chap. 2. Mariage des princes . Hostilité entre la France et l'Angleterre.

Item. Le roy de ?\avarrc i, frère de la roync Blance-, qui fist tant de mal en France , avoit une fille ^ qui fu mariée au duc de Bretaigne, celui qui désérita le compte de Pointièvre de la dicte ducéc. Et le dit compte de Pointièvrc out cspousée la fille de ]\Ionseigneur de Bourgongnc ^. Et après la mort du dit duc de Bretaigne, Henry , roy d'Engleterre , espousa sa famé , malgré SCS barons, et l'amena en sien pais, et son filz qui fu duc de Bretaigne out à mariage la fille du deuxiesme Charles ^, roy de France ; et le frère de la dicte royne d'Engleterre, roy de Xavarre, tint à Paris demander assiète de sa terre que son père avoit forfaite en Xormandic. Pour pais et amour il out argent et si out assiète de terre eu Guastinaiz, et fu à Noël ^ 1403.

/^e;«. Environ Noël en suivant, l'an 1403, la guerre fu ouverte entre les Franchois et les Englois, et out pluricx armées, perdu et gaignié d'un costé et d'autre, et la sepmaine de Pasques ' l'an 1404, M. de Crasmesnil, les deux filles ilessire Guillaume Martel, sire de Basqueville, et le filz au sénescal d'Eu, firent une armée à aler sur les Englois et montèrent en mer et arrivèrent en Engleterre et ardirent une ville ; et ne se tindrent pas à

' Charles II dit le Mauvais , ne en 1332 , mort en 1387.

* Deuxième femme de Philippe de Valois.

^ Jeanne de Navarre , mariée à Jean V de Bretagne.

4 Isabelle de Bourgogne , mariée en 1407 à Olivier de Blois, comte de Penthièvre.

5 C'est ainsi que l'auteur désigne constamment Charles VI. Jean VI de Bretagne épousa, en 1397, Jeanne de France.

^ 25 décembre.

' Le 30 mars.

366 P. COCHON. [1404 mars 30-

lant, et allèrent oultrc. Si furent pris des Englois et furent menés au roy englois, lequel enoutmout grantjoye et leur fist très bonne chère, et furent à raenchon.

Chap. 3. (Du 30 mars 1404 au 18 avril 1405.)^^^^^jrrise des Bretons contre les Anglais. Mort de Philippe le Hardi duc de Bourgogne. Démêlés de l'Uîiiversité de Paris avec Charles de Savoisij. Descente armée en Angleterre, Le roi de Navarre rend Cherbourg au roy de France. Mariage du duc de Guyenne.

Item. En ce temps, les Bretons firent une très grant armée à alcr sur les Englois ; et là cstoicnt pluricx clicvciaignez et capitaines; et cstoient 150 vessiax; ctMcssirc Guillanmc Diichastel , lequel cstoit tenu un des fors et entrcpregnant des chreptienz , faisoit l'avant garde , et estoient en deux vessax bien 200 hommes d'armes, et deschendirent en Englclerre, et fist tant de l'asscllagc d'armes comme l'en porroit dire , et cuidoit que l'autre navire les suist, et deschendist pour lui aidier, les quiex le laissièrent en la Quitrappe ; et si l'envoièrent pour ce qu'il l'avoit l'onnour de tous leurs faits; si le tuèrent les Englois et tous ses gens pris et mors,

Philippe de Vallois, filz du roy Jehan, duc de Bourguongne et compte de Flandres , trespassa en la fin d'avril en l'an 1404 i, dont ce fu grant dommage, lequel avoit trois filz : le compte d'Enncvers 2, qui fu son ainsné et tinst la terre; Aathoine, monsieur le second; et le tiers ; et furent très bonz chevaliers , et firent de beaux fais, si comme vous orrcs cy après, et très che ^ qu'il fu mort , une taille fu mise sus au royaume de 17 chent mille ^^, et lu n' avoit qu'il la débaslit; car son

' Philippe le Hardi , duc de Bourgogne , mourut le 27 avril 1 404 2 Jean Sans-peur, alors comte de Nevcrs. ^ Des ce, aussitôt que

1404-juiL 14.] CHRONIQUE NORMANDE. 30Î

filz de Bourguongne estoit encore trop nouvel venu à -terre tenir i.

Item. i\ Fa Saint Jehan 2^ l'an 1404, ou eniiron, se commencha une très grant armée pour aller aidicr au prince de Galles contre le roy Henry d'Engleterre, auquel y portoit guerre ; de laquelle armée estoit capitaine le compte de la Marche , accompaignié de grandement de grans seigneurs, nobles, grant quantité de jeunes gens, arbalestriers et archiés, et commenchèrent les unz à asembler à Harefleu, à la my-aost , et les autres à Brct^, en Bretaigne; et là vint 20 grosses nés d'Espaigne, et des Bretons grant quantité, et là rechurent leur garnisons, et eurent 100,000 ^i. et fu enchiès la Saint IMarfin d'iver *, qu'il partissent de Bret, et furent 8 jours sus mer, et arrivèrent en Engleterre, et ardirent un povre village 011 il y out fait grant quantité de chevaliers en ce beau fait, et puis s'en retournèrent sanz plus rien faire. Ainsi furent les 100,000 franz despendus. Ainsi se despendoit l'argent du povre peupple de France.

En l'an 1404*^, les clers de l'université faisoient unes processions bien notables , et aloient à Ste Catherine du Val des Escolliers deux et deux bien arrangez d'un costé et d'autre , et les pages de Messire Charles de Sauvoysi menoient leurs chevax boire et aloient parmi les clers

' Jean Sans -peur fit hommage au roi pour le duché de Bourgogne le 23 mai 1404. D. Plancher, t. III, preuves p. ccxxxix.

^ 24 juin.

3 Brest.

^11 novembre.

^ La procession dont il s'agit eut lieu le 14 juillet 1404. Ainsi le prouvent \ Histoire de l'Universilé de Paris de Du Boulai, t. V , p. 95 et suiv. ; et X Histoire de Paris de D. Félibien , t. Il , p. 732 et suiv. Monstrelet donne à tort à ce fait l'annëe 1403. Voyez l'édition de M. d'Arcq, t. I, p. 73. Notre chroniqueur ici corrige et complète avantageusement Monstrelet,

et faisoicnt leurs chevax regiber la boc sur les clers. Si en out de desmontez ^ et batuz. Si s'en plaindrent àleur mastre. Si leur commanda qu'ils fussent les plus fors; si s'armèrent et vindrent à Ste Catherine , où l'on disoit la messe pour la santé du roy qui estoit fort malade , et pour l'union de Ste Esglise , en très-grant dévotion. Lesquicx commenchèrent à traire 2 parmy le moustier et en out beaucoup de blécliicz, et convint que le prestre qui disoit la messe se muschast^ derrière l'autel, et fu la messe dite à grant painc. Et la plainte en fut faite et l'amende tauxée, et que sa maison^ seroit abatue jusques à terre.

Et si fondèrent trois chappellez perpétnellcs de 100'^ de rente amorties, et si poieroit^ pour une fois pour dépens 2,000^ et bany du royaulme tant comme il plairoit au roy. Lequel estoit riche et prist sa finance et s'en alla à Marcellez ^ au roy Loys , et là en 40 jours fîst faire deux gallées, et le roy Loys lui bailla des gens de sa terre et ses clippe en mer. Et d'avanture trouvèrent navire de Sarrasins : si en ourent victoire , et guennèrent très-grant avoir et puis xândrcnt es ysles et costières d'Engleterre , et là firent grant fait d'armes et guingnèrent, et pour l'yver se vindrent rafreschir à Rouen, en la fin d'octobre 1405, et apportèrent tant de finance et se vestirent et lessièrent bien à Rouen de 6 à 7,000 cscuz d'or, et fu rappelle et sa paix faicte '^.

lient le roy de Navarre qui tenoit le ville et chastcl de Ghérembourt^ fu rendoy o roy de France 27<^ jour

' Il y eut des pages qui furent démontés de leurs chevaux,

^ Tirer de leurs arcs.

3 Cachât.

* La maison de M. de Savoisy.

^ Payeroit.

^ Marseille.

7 Même mus. Chronique de Rouen, fol. ivij y» et xviij.

' Cherbourg.

1405 mai 15] CHRONIQUE NORMAiYDE. 369

de juillet Tan 1404, et en out ledit roy de Navarre 200,000 livres!.

Item l'ainsné filz du roy de Franche espousa la fille au duc de Bourguongiie , filz du desrain duc trespassé , en septembre en suivant l'an 1404 2.

Ghap. 4. Taille de dix-sept cent mille livres. Echec du comte de Saint-Paul devant Marck. Mariages de Charles d'Orléans et de Marie d'Harcourt. Descente et course des Anglais vers La Hogiie-Saint-Vast. Descente des Français en Angleterre.

En caresme, l'an 1404 3, une grosse taille fu levée ou royalme de dix-sept cent mille livres.

Item le compte de Sainct-Pol estoit es parties de Guyncs, à grant quantité de genz d'armes, et les Eugloiz de Kallès et du pais s'asemblèrent et s'entr'encontrèrent devant Marque^, vendrcdy, IS** jour de may 1405, et fu le compte de Sainct-Pol dcsconfist et eust esté pris s'il ne se fust retrait et out bien de ses genz, que chevaliers que escuicrs , mors et pris 400 ou environ.

En ce temps et au dit mois, l'ainsné filz au duc d'Orlicnz , frère du roy, espousa la fille du dit roy, celle qui se disoit royne d'Engleterre , et famé de Ricart, roy d'Englcterre ; et furent les noches faites au Ghastel Thierry ^.

' « Ilem en l'an 140-4 le bastart de Navarre rendi au roi le chastcl et ville de Cherembourg en la main au compte de Tancarville ou nom du roy, et Monsieur de Torcby (Torcy) en fu capitaine. » [Idem, ibidem, Chronique de Rouen , M. xvij -j".)

^ Louis, duc de Guyenne, né le :22 janvier 1397, marié le 30 août 1404 à Marguerite de Bourgogne.

^ Le château de Marck « à quatre milles de Calais. » Voyez Religieux de S. Denis, in-4'', t. III , p. 259.

* Il s'agit ici du mariage de Charles d'Orléans, fils de Louis, avec Isabelle de France , fille de Charles VI. Suivant d'autres

370 P. COCHON. [1405 mai-

Et aussi jour ^ le duc de Guelles espousa l'ainsnée fille du compte de Harcourt.

Item la desraine sepmaine de juing ensuivant 1405, une armée d'Englois deschandirent à la Hogue de Sainct- Vaast et coururent le païz environ sept lieuz de lonc et quatre de lé , et pillèrent , ardirent et pristrent prisonniers, et s'en retournèrent franchement à tout leur proiez, et entrèrent en leur vessiax, et s'en râlèrent en leur pais.

Item en ce temps, le jour de la Magdeleine^ ensuivant, Messire Jehan de Hangest, Mestre des arballestriers, et le Borgne de la Heuse dit des Ventes, capitainz d'une grant armée faicte et assemblée pour aller aidier au prince de Gualles contre le roy d'Engleterre , et partirent ce jour 16 gros vessiax et deux carraques garnyes de gens d'armes et de vitalles , et passèrent la mer et là furent au pais, jusques à la Toussaint ^ ensuivant; et firent de belles besongnes et de faits d'armes et merveilles; et puis s'en revindrent.

autorités , que je crois préférables , le mariage promis par traité de 1404 eut lieu à Compiègne le 29 juin 1406. Voyez Bibliothèque de l'École des chartes, 4« série, t. IV, p. 4"". Il n'est cependant pas impossible qu'une noce Ag fiançailles ait eu lieu à Cbâteau-'Thierry entre le traité et le mariage.

* Sic. Peut-être yonf, joint, dans le même temps. — Marie d'Harcourt épousa en mai 1405 Renaud, duc de Gueldres et de Jûliers.

- 22 juillet.

3 l*"" novembre.

1405] CHROXIQUE NORMANDE. 371

CiiAP. 5. Rivalité des ducs d'Orléans et de Bourgogne. La Normandie donnée jmis retirée au duc Louis. Louis veut enlever le Daujjhin et l'emmène jusqu'à Juvisy. Le duc de Bourgogne ramène d'aU' torité le jeune prince à Paris. Louis duc de Ba~ vière destitué de la capitaijierie de la Bastille. Entrée de la reine et des priîices à Paris. Marie de France, religieuse à Poissy, refuse de rompre sa clôture pour se marier.

En ce temps, M. le duc d'Orlienz, frère du roy, pour ce que le roy n'estoit pas en son bon sens, contendoit à avoir la gouvernance de IVormendie ; et de ce en avoit lettre du roy; et parti de Paris pour venir en Normandie et mètre ses lettres à effect, et prendre la possession des chastiax et bonnes villes d'icelle, et chevaucha, et fu jusques à V^ernon; et, estant là, nouvelles lui furent apportées que le roy estoit en bon point, si ont paour que aucunz ne méissent empeschement en ses besongnes ; si retourna, comme Diex le vout, car s'il eust parsuy son fait et son voiage, il eust euez toutes les clés et obéissanches des causes i dessus dirtes , que nul ne lui eust contredit. Et cependant, le Dalphin^, ainsné filz du roy, fu introduit par aucunz de malveullans du dit duc d'Orliens que le dit duc le voulloit désériter de la ducée de Xormendie, qui est une des plus belles du royalme de France, dont le roy fu tout esbaliy et ne pensoit point qu'il conieudist à avoir la ducée. Si fist venir son frère , et lui demanda les lettres qui lui avoit faictes, si les prist le roy et les parti parmy, et en bailla à son frère une partie, en lui disant : Beaufrére^ prenez ceste moitié, cest voire part, et l'autre bailla à son

' Choseis.

2 Le Dauphin était Louis , âgé de 8 ans.

ainsnc filz l'autre moitié en disant : Tout vous clemoxirra. Ainsi chascun s'en ala son voiage.

Et ce fait, le frère du roy pensa comme il scroit réparé de cest fait. Et son cousin duc de Bourguoncjnc , qui toutes ces choses savoit , nonobstant qu'il n estoit pas à Paris, à ces fais ne dormoit pas. Ainsi chascun d'eulz pensoit à ses besougnes. Et si ne s'entre amoient pas un bouton de haye. Et si »ceut le frère du roy que son cousin de Bourguongne faisoit grauz aliauccs pour venir au roy à Paris , pour ce que sa fdlc ainsnée estoit famé au fdz ainsné du roy, et attendoit à estre royne de Fz'ancc quand il plairoit à Dieu, et aussi le fdz au duc de Bourguongne avoit espouséo la fdle du roy l'une, et le duc de Bretaygne l'autre ainsnée.

Or avint que le duc d'Orlieivs, frère du roy, scut que le duc de Bourguongne, son cousin, devoit estre à Paris à la my aost ensuivant, l'an 1405 et que il lui porroit bien mettre cmpeschemcnt en ses besongnes. Si s'avisa que s'il pouvoit avoir le Dalphin et sa famé, en sa garde, en sa terre, en une de ses forteresches, qu'il esploiterent bien ^. Si fîst tant qu'il out la litière à la royne, menée ou porîée de deux mulles, en laquelle estoit le Dalphin et sa famé , conduis du frère à la royne "2 et par le vydame-'^. Et furent eslongiés de Paris et le duc de Bourguonguc qui venoit ù Paris, si lui fist l'en asavoir ceste allée. Si se hasta tant lui et ses gens à pointe d'esperon qui vint à Paris et chevaucha parmy Paris sans deschendre lui et ses genz , et poursuivèrent le Dalphin tant qu'ils l'atéguirent et le firent retourner, mal gré que cheulz qui les menoient en eussent, et vindrent disner à Paris au Louvre, et à l'entrée de Paris chascun crioit : noely de joyc qu'il avoient qu'il estoit retourné. Et atoient paor

• Qu'il exploiterait bien; ferait ini bon exploit.

2 Louis de Bavière.

3 Jean de Montagu , vidame de fcaon.

aout-oct. 9.] CHROXIQUE NORMANDE. 37»

qu'ils ne fussent menez à Montargis , en la seigneurie du duc d'Orlienz et que les autres enfanz ne fussent menés après et le roy mort, ou eumuré, pour conlcndrc à avoir le royalme.

Et l'cndemain Autlioine, frère du duc de Bourguongne, entra à Ffiris à belle compaign'e et se logea à la Bastille de Sainct-Antlioinc et en boula bors le frère à la roync qui la gardoit, et de par M. de Bourguongne le Louvre fu cnforcliié et les rues de Paris freméez de bonnes liches et cayncs ^ et les auvenz des maisons abatus. Et n'avoit à Paris que trois portes ouvertes et que chascun se gardast sur sa garde et fu crié de par le roy que nul ne s'armast, ne pour le frère du roy, ne pour M. de Bourguongne , pour les inconvénienz qui s'en pourroient ensuir, et cliascunz gardassent leur villes et chastiax , et nul n'y entrast se n'cstoit par le commandement du roy. Et voulloit Bourguoigne que le royalme fust gouverne par les trois estas comme autrefois a esté fait , et que le duc d'Orlens rendist compte de la revenue du royalme , qu'il avoit gouverné trois anz , tant du domaine comme des aides et de deux tailles de quatre millions qu'il avoit ceulliez en ces trois anz, et que le royaume fu gouverné au profist du roy et du peuple, et que les bous laboureeus , marchanz , peussent vivre em pais par bon gouvernement.

Et dura cest contemps grant temps ; et estoit M. de Bourguongne gardien de Paris , et le duc d'Orliens estoit à i\Ieleum où il faisoit ses aliauces contre le dit de Bourguongne; et ne pouvoient estre à accort si ne gouver-noit comme devant. Si se parti de Melcum à tout sa forche, et s'en vint à Gorbeul, et après o boys de Vi» cennes ; et le 9^ jour d'octobre ensuivant fist ses monstres de ses gens d'armes entre le boys et Paris , et chevaucha pardevaut Paris ; les quiex eurent grant paour et furent

' Lisses , barrières et chatnes.

374 P. COCHON. [1405 octobre 22

les portes closes , les maisons fcrméez , les auvenz abatus et crié alarme et envoler chascim en leur gardes, et Messire Anthoyne, frère de M. de Bourguongne , yssi de Paris par la porte Sainct-Michel , à très grant quantité de gens d'armes, plus sans comparéson que les Mons^" d'Orlienz, et se mist en trois belles grosses batailles; et quant Orliens vit qu'il estoit le plus fièble, si se receully au boys lui et ses gens.

Et quant Orlienz vit que son adversaire de Bourguongne estoit à accort avec tous les autres, comme les deux roys, Loys, Xavarre , Berry et tout le conseil, il se mist à accort avec eulz au traitié qu'ilz avoient tousjours continué et le vendredi 22^ jour d'octobre , la roynr el Orlienz viendront à Paris et les autres qui estoient à Paris yssirent et alèrent en l'encontre bien et noblement.

Cy ensuit la manière de l'entrée tous ensembles:

Premier la royne et son filz le Dalpliiu tout devant ; après, les deux roys Loys et Navarre; après le duc de Berry et les deux adversaires Orliens et Bourguongne , et furent longuement à Paris que Bourguongne ne pouvoit venir à son entente et voulloient tous fors Bourguongne qu'une taille de 600,000 [livres! fust mise sus pour defiréer les gens d'armes tant d'un costé que d'autre, ceuUiez sur les bonnes villes, mais le dit de Bourguongne le dcstourba.

Et voulloient ester une fille du roy qui estoit nonnaiii à Poissy et marier à un seigneur estrangicr. Et y ala le roy en personne, et lui dit que lui et son conseil vouloient qu'elle fust mariée, si respondi à son père le roy qu'il l'avoit là mise pour Dieu proier et aussi en avoit fait le sèrement, et que là vivra jusques à la mort et ce n'estoit fors pour avoir cause d'avoir celle taille avec ce dessus dit. Cy lairon à parler de ceste matère et parlcron de Messire Jehan de Gueralville *.

* Graville.

décembre 31.] CHRONIQUE NORMANDE. 375

Chap. 6. Querelle de Graville et de Boucicaut.

En ce temps , en la première sepmaine de décembre en suivant, 1405, le filz ainsné d'un chevalier du pais de Caux, de très-noble lingné , nommé M. de Grartville, fu villané en la court de la royne , le duc d'Orlienz présent, d'un des mignons de ladicte court, nommé le petit Boursicaut, pour le faict d'une des demoiselles de la cour de la royne , nommée Gharlote , et voulloit que le dit filz de Grartville la preist à famé; si ne vont et sy n'estoit pas à son pareil ^

Si y out parolles et desmenteys, si lui courut le dit Boursicaut sus, et l'autre monta sur sa robe en reculant; si chay à terre, et ledit Boursicaut le preist par les cheveulx et traina aval la salle et le vitupéra villainement. Et Orlenz et la royne ne s'en faisoient que moquier. Si se leva quant il put et se parti d'illec, mais sachez que au partir dit au dit Boursicaut qui se gardast et enchiez que l'en fust passé il s'en vengèrent 2, et l'autre lui en fist la figue ^ par sonorgeul; et le dit Gueratville ne dormy pas et veigela (veilla) en ses besongnes.

Si avint que la végille du jour de l'an^ en suivant, le dit Boursicaut soupoit en la ville , si s'en vint après souper monté sur sa muUe , son page après qui portoit son espée , et un vallet à pié qui portoit une torche et commanda à Dieu^ chelx oîi il avoit souppé, en disant : 4 Or voit Gueratville ^ chier ; s'il ne m' encontre en ceste

' La fille n'était point de son rang.

' Ainçois , avant que l'an fut passé il s'en vengerait. ^ Geste dérisoire qui consistait à se presser le nez. ^ !«'' janvier. On voit que dans le langage usuel l'année finissait au 31 décembre, et non à la veille de Pâques. 5 Souhaita le bon soir à ceux.

^ Aujourd'hui (maintenant) Graville va échouer.

3,16 P. COCHON. [1405 décembre 31.-

nuit, je le tiens pour parjure et que ses convenanz* ne sont pas de gentille homme. t> Si ne savoit que à venir lui estoit! Si encontra son adversaire plus tost qu'il ne cuidoit au carrefourt d'une rue, et là fu assailly, et dit : K Ribaud , dcffent-toy ! » et fu rué jus de dessus sa mulle, et batu et rebatu, trayné par le millieu de la boe du regnel -, et ont deux horions d'espée sur sa teste; encore y part 3; et le talion coupé et une main afollée^. Or se venge quant il pourra! Ainsi orguclliex sunt aucune fois punis par leur orgeul. A tant lairay à parler de cest endroit, mais je puis bien dire que au moinz mist-il plus de quatre unz enchiès que la re venge fust prise , et si ne soy si elle sera jamèz ^. Or, rctourneron à parler de notre matère de devant de nos seigneurs.

Chap. 7. Campagne du duc d'Orléans à Bourg et du duc de Bourgogne à Calais. Equipage ou équipement du seigneur de Graville. Démêlés entre l Université et le précôt de Paris. Le grand hiver.

Entre la Sî Michel ^ et la Toussaint ^ l'an 1406, se forma une très-grant armée à aler en Guyenne, dont estoit chevetaigne M. d'Orlienz; et une autre à aler à Karllès''^, dont estoit chevetaigne M. de Bourguongne, laquelle armée fu la plus belle que l'on eust piéçàveue. Et estoientbien de Brctaigne et de Normandie 3,000hom-

* Convenances, promesses.

^ Ruisseau.

* Il y paraît encore.

^ Foulée.

5 Et ainsi je ne sais si elle le sera jamais. Il paraîtrait, d'après la manière dont s'énonce le chroniqueur, qu'il écrivait ce mémorial en suivant à peu d'intervalle le cours des événements.

^ 29 septembre.

'1" novembre.

8 Calais.

1407 Icvr. 2.1 CHRONIQUE NORMANDE. 377

mes d'amies de estofle, et là ne furent que 15 jours; et, sanz rien faire , retournèrent par les lettres du roy qui leur escripsoit qui s'en revenissent, et estoit par la pétition d'Orlienz, qui ne voulloit pas que tel honnour avenist à M. de Bourguongne. Et le duc d'Orlienz s'en alla en son voyage en Guyenne , aussi à (rès-grant et belle compaignée de gens d'armes , et y fu tout l'iver devant Bourcli, et s'en retourna à grant honte sanz rien faire, fors qu'il perdi grant quantité de ses gens, les unz mors de fain et de mésaise et les autres pris des Englois , et s'en revint à la Candeleur ^ en suivant, et pour ces deuz voyages fu levée une très grande taille ou royaume mal emploie , et en out le duc d'Orlienz à sa part 800,000 [livres] , desquiex ses gens d'armes n'en urent que six vingt milles 2.

Et mémoire que Messire Jehan de Guerartville , après ce qu'il se estoit vengié de Boursicaut , fut en l'armée devant dicte de Kallès , et se partit de Rouen en la manière qui ensuit en belle compaignée de charries, somraage et de genz d'armes soubs lui. Et pour son corps avoit quatre chevaus enharnesquiés de quatre harnois de cuir couvers d'escarlate et de blanchet fin , et la cloueurc d'argent souroré^ de fin or, et les fers des quatre chevax de cuivre sourorés d'or, et pour son abit ouquel avoit en chascune manche atachiez client escus d'or*^, somme «^ pour les manches 200 escus ; item en la patc de son chapperon chinquante nobles d'Engleterre atachez en manière de treffles; itetn en son housel'^ senestre 50 escus, et en son estandart chent escus. Ainsi se parti de Rouen , voiant tous cbeux qui le povoient voir ,

' 2 février 1407 n. s.

2 120 mille.

^ Superauratum.

^ On appelait ces ornemenls de \ orfèvrerie branlante.

5 Total.

^ Espèce de guêtres de cavalier.

378 P. COCHON. [1407 novemb. 23-

et moy qui cy escripz le vy. Somme toute, 350 escuz avec les 50 nobles. Or lairon à parler de ceste matère et parleron de la mort de j\I. d'Orlienz *,

Merqucdi devant la Toussainz ^ l'an 1407, un escolier breton et un de Rouen, fdz de Jeham Mouchiel, maistres en ars , pour leur désertez le prévost de Paris les fist pendre au gybot, et les clers de l'université les porchassièrent au fors tant que ledit prévost les fist despendre et apporter enterrer as Maturyns le 16* jour de may 1408 , à très-grant solempnité , et pour ce le dit prévost fut déposé de sa prcvosté et y fu sire Jehan des Essarts 3.

En l'an 1407, quinze jours devant NoeH commenchèrent unes gellées que puis l'an 1363 ne furent si grandez , et le lendemain de Noël la rivière de Saine fu si gellée que le dimence après la Thiphagne ^ en suivant , les gens aloient ribler^», chouller", en traversant la rivière de costé en autre , tant qu'il fu dcffendu de par le roy que plus n'y alast. Et estoit la terre as chanz gellée de deux pieds en la terre. Et après ce, en la myjenvier commcncha sur celle gellée unez nrgcz si grans qu'il n'estoit nul mémoire d'homme qui si grans les cust venez en son temps, el pour ce qu'il gelloit tousjours et que la terre qui soustenoit la noif^ estoit si fort gellée, la noif poudroit comme la poudre à la sainct Jehan d'esté.

' Voyez ci -après chap. 8. Ce qui suit est tiré de la Chronique de Rouen.

^ l«r novembre. Le mercredi auparavant : 26 octobre.

^ Chronique de Rouen, fol. xviij. y". Voyez Cousinot, Geste, cbap. 96.

"* Noël , 25 décembre. Par conséquent les gelées commencèrent d'après lui le 10 décembre.

^ Epiphanie, 6 janvier. Ce dimanche fut le lendemain 7.

^ Se divertir,

^ Courir comme à la choule ou au mail.

® Neige.

1408 févr. I] CHROXIQUE NORMANDE. 379

Si avilit que In veiidredy, 27"^ jour du mois de jenvier après disner, commencha à desgeller, et le samedy en suivant si fort et si soudeinement que la terre estoit si fort plombée de gellée que l'eauc ne povoit entrer ens, et convenoit que l'eaue trouvast son cours. Si vint si grant ravines es vallées et rivières par toute Frencc et iVormendie qu'il n' estoit plus de pitié de jour en jour ^ oïrt les plaintez de par touz pais que Icsditcs eauez faisoient, tant de moulins, maisons, chaussiez, pons, bestes, hommes, enfauz , tout aloit aval l'eaue; et fu enchu la végille de la Gandeleur ^ que la glace fu démoni. Et furent les trois ponz de Paris et les moulins dépéchiez, et s'en aloient aval l'eaue , et n'est nul qui peust proisicr le dommage qu'il firent, ni n'est trouvé en nuUz croniques que oncques que les eaues faissent si grant dommage ou royalme de France. Xouobstant les eauez qui furent en l'an 1296 ne chellez qui furent l'an 1373, lesquelles furent plus hautcz que icellez sans comparaison^.

Chap. 8. Meurtre de Louis, duc d Orléans. Entrevue d'Amiens. Jean Sans-j)eur se fait excuser par Jean Petit.

En ce temps, M. Jehan de Bourguongnc, filz au duc de Bourguongne, frère du premier roy nommé Karlles "* de V^allois , et le duc d'Orlienz, frère au roy Charles ^, 2« de Vallois, les quiex chascun de soy désiroit de fait

' Que , de jour en jour, il n'y avait rien de plus pitoyable.

^ 2 février. — e Et il arriva la veille de la Chandeleur que la glace fondit, »

^ Ibid., Chronique de Boiien, fol. 18 y". Tous les historiens du quinzième siècle portent leurs témoignages sur ce grand hiver, qui suivit le meurtre de Louis, duc d'Orléans. Le présent paragraphe doit prendre place chronologiquement après ce meurtre , raconté dans la première partie du chap, 8.

^ Charles V.

5 Charles VL

380 P. COCHON. [1407 nov. du 23

la mort l'un de l'autre, et le dit d'Orlieus ne savoit comme il peust faire mourir son cousin de Bourguongiie , pour ce qu'il désiroit à avoir tailles et à destruire le royaume , et en avoir pardevers lui toute la finance , et Bourguongne lui contredisoit en son povoir et aussi que à la mort de son père, duc de Bourguongne, lui fit cncovenancher que à son pouvoir, il feroit abatre tous les aidfes, subventions qui en son temps avoient este aliénez ou royalme de France, et en sentoit son amc bien carchié. Lequel ûh lui accorda, mais il avoit à trop forte partie affaire.

Si avoit Orlicns un serviteur nommé Kaolin d'Auquetonville, IVormant, lequel avoit esté nourry avec M. de Bourguongne le viel; si fist tant le dit duc d'Orlienz , par dons et promesses, qu'il s'accorda à tuer M. de Bourguongne le jane , et quant il ont la finance il s'en alla pardevers le dit duc de Bourguongne et lui conta son affaire , et comme il avoit eu la financlie , et comme il lui avoit juré et affirmé la mort du dit de Bourguongne. Sy lui dit : « Sire, je suy votre serviteur, et votre père m'a nourry et m'at fait tel comme je suy, et Orlienz oncques ne me fist fors dcstruière ^, si aime micx à moy parjurer que de faire ce que je lui ay enconvcnanchié. »

Si fu le duc de Bourguongne tout en malèse et esbahy; si lui demanda si vouldroit entreprendre l'opposite et qui le satisfacent à son povoir; et lui respondi qui le feroit très volontiers. Ainsi fu ceste alliance faicte et provision sur ce faicte. Si avint que merquedi jour de Saint Clément^ 1407, au vespre, à huit ores devant minuit, si comme alloit souper chez la royne, Loys de Vallois , frère du roy fol , fu gaitié du dit Raolct d' Anquetevillc et de sa brigade, emprès les Blanz Mantiax de

' Détruire.

2 23 novembre.

au -27] CHROXIQUE NORMANDE. 381

Paris, lequel Raolet sache heaufanchonfiert mr bonne teste *, et le duc jeta son bras au devant, si cliay le horyon sur le bras et le coupa tout oultre et descheudi sur la teste et fu fendue jusques aus denz , tout d'un coup; ainsi chay à terre tout mort.

Or en fu la guerre finée , et quant il fu seu , chascun de Paris et d'ailleurs disoient ; Bonéet soit qui tel coup y rua, car s'il eust plus vesqui il eust destruit tout le royaume, car il m oit ordené qiie ù la Caudeleur, en suivant une taille de 1,700,000 seroit mise sus; or en a sa part, et fu enterré en Cellestinz à Paris. Et ce fait, l'endemain n'en ne savoit qui ce peust avoir fait; et M. de Bourguongne, cousin du trépassé, bien accompaignié i'cndemain, vint devant le conseil en général 2 et dit que nnl ne fust mescreu de sa mort que lui, « et qui le voudra vengier si le venge et à Dieu vous commant! » Et ses chevax et son fait apresté, monte sus et s'en va en son pais et cnmcna avec lui Raolet d'Auquetonville, et chevaucha bien ce jour 20 leuez 3.

' Ces paroles, qui remplacent, sous la plume de l'écrivain, l'énoucé du meurtre, me paraissent être une espèce de sentence d'argot, ou le refrain de quelque chanson de sondart :

(Saqoe beau , fanchon , Fiers snr bonne teste.

Frappe bean , garçon.

Frappe sor bonne teste).

« ... Ainsi que à ung soir du vespre le duc d'Orléans retournoit de l'hostel S. Pol (erreur) fu rencontrés soudainement A'nn mauvais vent,... dont yl fu rué jus de son cheral, et luy vola un piaiig en le caiich , du premier cop. » Tels sont les ternies dans lesquels le même fait est rapporté par une autre chronique bourgv.ignonne fort analogue à celle de P. Cochon et nouvellement découverte. Voyez Bulletin de la société de l'Histoire de France, 1857, feuille 12, p. 182.

2 Assemblé.

3 Et autant environ la nuit. Il se coucha le lendemain matin à Bapaumes , cà 38 lieues de Paris.

Et après * , quant il fu receulli eu son pais , certainz journéez furent prises asembler à Amienz et la my jeuvier eu suivant, et là out très grant asemblée et y fu le roy Loys duc d'Aniou, M. de Berry, et grant quantité de nobles pour oyr les excusations au duc de Bourguongne, et n'y furent gaires de temps, et ce qu'il firent nul ne le sut que le roy Loys , Berry et Bourguongne , et journée prise asembler à Paris au 20^ jour de février en suivant.

I']t ù celle journée il vint le duc de Bretaigne à grant quantité de gens d'armes, le roy Loys, Berry, dux, comptes et barons et M. de Bourgongne, bien accompaignié pour estre le plus fort se mestier estoit. Et entra à Saint Denis, samedi 25^ de février, et là alèrent à luy, le roy Loys et le duc de Berry, et disnèrent ensemble et firent très bonne cbère, et parlèrent ensemble de ce qu'il voudrent, et le mardi en suivant , jour de caresme pregnant, entra à Paris à 9 horez, fort acompaignié de gens d'armes à armes découvertes, archiers et arbalestriers, et entour lui avoit 12 hommes armés, à pié, fors et bardiz , qui le costioient. Et ala tout droit au Louvre voir le Dalphin, mari de sa fille, lequel lui fist très grant feste et si n avoit point de paour du commun de Paris qui lui faissent nul mal, et de là traversa Saine et ala disner avec M. de Berry.

Et lui estant à Paris, il'emprist une grant hardiesse de faire prononchier en la grant salle de Saint Pol ses excusations de la mort du ditd'Orlienz, si comme vous horrés cy après la teneur du preschement, en la présence de l'ainsné filz du roy , duc de Guyeune et Dalphin de Vyane , du roy Loys, duc d'Aniou, le roy de Navarre, le duc de Berry , le duc de Bretaigne , le conte de Clermont , le

' Sur le grand hiver qui suivit le meurtre de Louis, duc d'Orléans , voyez ci-dessus la fin du chapitre 7. Voyez antérieurement la chronique de Cousinot le chancelier, chap. 92.

janr.-raars.] CHRONIQUE NORMANDE. 383

grant mestre d'ostel, le chansselier, chevaliers, escuiers et bourgois de la ville de Paris, tant et si grant nombre que à peine se povoit l'en contourner en la dite salle, prononchié en manière de prédication joedi , S*' jour de mars l'an 1408, par la bouche d'un maistre en théologie nommé Maistre Jehan Petit, natif du païz de Caux en Xormandie , dont ce fu grant hardièce à enprcndre tel chose à preschier pubhquement devant tous nos seigneurs de Franche et la grant multitude de gens qui là estoient, tant nobles que non nobles.

Et là estoit M. de Bourguongne et ses frères en personne, en disant et affirmant que tout ce que le dit Petit dira, c'est de par nous et lui faison dire et prononchier pour nous et en notre nom , et que nul ne lui en sache mal gré. Et ce jour, le roy estoit malade. Si lairon là première partie et vendrons à la seconde qui touche le fait.

Ch AP . 9 . apologie du duc de Bourgogne par Jean Petit * .

Cy ensuit la copie du dit preschement.

Je aferrac à la seconde partie de mon propos, tonchant au fait de la matère, que feu Loys, nagaires duc d'Orlienz, embrasé de maie convoitise d'onnour et de richesse mondaine de tollir à son frère le roy son royalme et de le faire mourir et détruire sa personne, ses enfanz et génération, et tant qu'il fu si espris de convoitize, de tyrannie et temptation de l'anemy d'enfer, qu'il y commistcrismc de lèse maiesté divine et humaine, c'est assavoir la divine appartient à Dieu, et crisme de lèse majesté humaine en quatre manières :

La première se dévise en deux manières : lai" d'yma-

' Le discours ou mémoire de Jean Petit se trouve tout au long dans Monstrelet. P. Cochon n'en donne ici que la mineure ou deuxième partie. Son texte offre avec celui de Monstrelet quelque variété. Voyez le Monstrelet publié par M. d'Arcq pour la Société de l'histoire de France, 1857, in-S», 1. 1, p. 223 à 242.

chiner la mort de son souverain prince; la seconde est quant l'en fait considérations * et alianches à l'cnnemy mortel contre son dit seigneur. La première se peut diviser par pluriex especces, mais quant à présent je la diviseray en trois. La l^e est d'ymachiner la mort de son prince par sortilliègcs et superstitions ; la seconde par poizons venimeux et intoxcitations. La tierche occhir ou faire ochire par armes ou autres violences criminelz.

Quant à la 1'"^ jg \q preuve qui vouloit faire mourir le roy, son frère, en langour, et par sutille manière que nul ne s'en peust aperchevoir. Il fist tant par sa forclic et finanche d'argent, qu'il fina de 4 hommes : un mongue apostat, un chevalier, un escuier et un vallet ans quicx il bailla sa propre espéc , un badelare et un anel par le conseil du dit mongne apostat, pour consacrer au nom des dyablcs. Et pour ce que tiex maléfices ne se povoicnt faire fors en liex solitaires qui fussent loing de toute gcnt, il portèrent ces choses en la tour de Montgay, vers Laigny sur Marne, et là se logèrent et y furent par l'espace de plusieurs jours, et le dit mongne, maistrc de celle ouvre dyaboliquc , fist plusieurs invocationz do dpblcs par pluriex fois et par pluriex jours, dont il en fist deux entre Pasques et l'Ascention, à un dimence soleil levant, en une montaigne près de la tour de Alon^gay, et là fist un cerne avec plnriex caractères et superstitions requises à faire telles invocations de dyables, et fu cmprès un buyssun ; et en faisant les dictes invocations , il se despoulla tout nu en sa chemise et ficha les dictes espée et badelare par les pointes en terre es extrémitez du dit cherne , et le dit anel il mist parmy le dit cherne, et puis se mist à genouz et dit pluriex croisons en invocant et appellant les dyables.

Et tantost vindrent à lui deux dyables en forme

* Sic pour Confédérations.

mars 8] CHRONIQUE NORMANDE. 385

d'homme, vcstus comme de brun, dont l'un avoit nom Hynars et l'autre Astramen, et lors leur fist révérence si grant comme il put faire ; et ce fait , il se trahy derrière un buisson près d'ileuc et icelui dyable qui estoit venu pour l'anel, le prist et l'emporta, et celui qui estoit venu pour l'espée et badelare, prist le dit badelare et le manya en faisant plusieurs choses, et puis le coucha au dit cherne, et autant fist de l'espée et puis se esvennuy ^,

Et tantost le mongne vint après au dit cherne et trouva iceulz espée et badelare couchiez à terre de plat et les prist et trouva que l'espée avoit la pointe rompue, en signe que c'estoit fait, et trouva la pointe en la poudre où celui dyable l'avoit mise, et après ce, il attendy l'autre dyable bien demie bore qui avoit aporté l'anel , lequel retourna et lui bailla le dit anel qui estoit devenu rouge comme rose (se sembloit), et lui dit: « ch' est fait, il ne faut maiz que tu le mettes en la bouche d'un homme mort despendu, et l'espée et le badelare dedenz le corps d'icelui mort en la manière que tu ses. »

Et lors le dyable s'esvennuy, et pour ce faire iceluy mongne, l'escuier et le vallet s'en vindrent au gibet de Montfaucon jouxte Paris, par nuit, et là despendirent Je plus nouvel pendu et le carchèrent sus un cheval pour le porter à la tour de Mongay, et pour ce qu'il leur sembla que la nuist estoit trop courte et que le jour approchoit et qu'il ne pourroient parvenir à la dicte tour de nuit, si le portèrent à Paris chez le chevalier de leur compaignye et le mistrent en une estable et lui mistrent le dit anel en la bouche et l'espée et le badelare lui fichèrent au corps par le fundement jusques à la poiterine , et là demourèrent par plusieurs jours , comme le dyable leur avoit ordené.

Et puis après iceulz espée et badelare et anel ainsi

• Evanouit.

dédyés et consacrez furent baillez au dit ducd'Orlienz pour en faire et parfaire les diz maléfices en la personne du roy, pour parienir à sa malvèse intention et dampnable, et avec ce lui baillèrent un des os de l'espauUe du dit mort despendu, ouquel le dit mongne avoit escript du sanc du dit mort certainz parolles , lequel os envollepé en un drapel, le dit duc d'Orlienz le portoit atachié à la manche de sa chemise à une aguillète ^. Encore l'eust plus porté ne fust un de ses chevaliers d'onnour, parent du roy et de luy et si estoit son principal conseillier, lequel lui osta et le porta au roy en la présence de Mes-

• Les griefs diaboliques et magiques , amassés par Jean Petit contre le malheureux duc . sont vraisemblablement autant de calomnies. La vérité est que le prince Louis, dès son jeune âge, avait coutume de porter sur lui diverses reliques , Agniis Dei et autres objets consacrés. Les comptes royaux de Charles VI qui nous sont restés nous fournissent plus d'une notion de ce genre. Je citerai le passage suivant à titre de spécimen : « A Katerine la bourcière demourant à Paris,... pour une petite bourse de veluyau vermeil en graine , garnye par dedens et estoffée de boutons d'or de Chippre et de pendans de soye , achattées de lui (elle) le 6^ jour de septembre 1387; pour mettre dedens une petite croix en laquelle il a dedens de la vraye croix; pour porter à la poitrine de Monseigneur de Thouraine ; pour ce, pour façon et estoffes, 8 sous parisis. » {Argenterie du roi, KK 18, fol. 178 y°.) Nous trouvons dans la Chronique de P. Cochon un fait de sorcellerie dont le récit nous paraît digne d'être rapporté ; voici ce passage : a Item en aoust (1398) Maistre Jean de Bar, natif de Champaigne, lequel estoit mestre fîzicien du roy Karllez de Vallois deusiesme (Charles VI), fu trouvé en certains boiz embrie (en Brie), oii il faisoit certainz caraux (sortilèges). C'est assavoir ung autçl; le prestre avec tous les parements qui à ce appartenoit; et à deux cornes de l'austel deulz louz, tous vis (vifs), à ce contrains par art; ang vont (veau) de cuivre et deux de chire (cire). Et là le prestre disoit la messe , et faisoient leurz caraux. Les quex furent amenés à Corbeul. Et là furent envoyés de Paris quatre mestrez de parlement; huit clers de l'université, des qoex fu

mars 8] CHRONIQUE NORMANDE. 387

sire Pierre de Xavarre, Messirc Heury Dubar ^, le chauscillier de France et plusieurs autres; et pour ce que che chevalier avoit ce fait et révélé aucunes choses secrèies , icelui duc d'Orlienz le prist en si grant hayne qui le persécuta et destruit en honnour et en chevance et le fist banir du royalme, nonobstant qu'il fust cousin germain des fleurs de Lys , et quant les autres mendres serviteurs virent qu'il avoit ainsi cheii de haut homme 2, n'en osèrent puis parler et lui iessièrent faire toutes ses malvestiez , mais bien par derrière en murmuroient.

Item iceluy duc d'Orlienz fist faire à iceluy mongne un autre sortilliège d'une verge de bost de cornollier ^ c du sanc d'un rouge cochet et d'une poullète blance ; laquelle verge ainsi sortilogié par art dyabolique , car quant la toucheroit à une famé , il en feroit toute sa volentc, laquelle fu bayllié au dit duc, et en usoit, et lui fu bayUiée la sepmaine peneuse * pour plus faire plaisir au diable.

Item que les diz sortillièges ayent sorti leur effect en la personne du roy, je le monstre par trois moyenz : le premier est des deux grièves maladies qu'il a euez tan-

l'un Maistre Gylles Des Chanz , né de Rouen ; et là furent examinez et amenez à Paris en la cour de l'évesque et furent ars en grève, etc. » (fol. Ixvi.) Gilles des Champs était fils d'Eustache des Champs , le poëte. 11 fut le maître de Jean Gerson et s'acquit une très-grande autorité parmi les docteurs de son temps. (Voyez Biographie Didot, au mot Deschamps.) Jean Gerson, disciple de Gilles , s'éleva à son tour contre la sorcellerie. On trouvera des renseignements historiques très-curieux snr ces matières dans les œuvres de Gerson ; notamment sur les figures d'airain , de cire , et sur les pratiques dont il s'agit ici , édition Dupin , t. I , p. 210 , sous la date 1398.

1 De Bar.

2 Qu'il avait réduit au silence ixn homme haut placé. ^ Bois de cornouiller.

* Semaine sainte.

388 P. COCHOM. [1408

tost après les choses devant desclairiez. La première fii à Beauvez qui fu si engoisseuze qu'il en perdi les ongles et la greigaeur partie de ses chevez i. La seconde fu 0 Manz^, greigneur sauz comparaison que la premirre, en tant qu'il n'estoit créateure humaine, si le veist, qu'il ne n'eust grant pitié et grant douleur et fu un grant temps qu'il ne parloit à homme ne à famé, ainsz apparoit miex mort que vif.

Le cecond moyen fu par les paroUes qu'il prist à dire quant il pout parler, c'est asavoir : « pour Dieu ostez moi ceste espée qui me tresperche le corps^, ce me fait beau frère d'Orlienz, r et ces meismes parollês a-yl plusieurs fois répliquéez en santé et en maladie , en adjoustant ceste paroUe : « il faut que je le tue , d aussi comme si vousist dire : u se je ne le tue ; il me fera mourir sanz nul remède, v Hailas ! qui le povoit mouvoir iceluy duc d'Orlienz à ceste exterminée* et dampnable malvestié en la personne de son dit seigneur et frère, qui oncques ne lui avoit fait nul mal fors tout plaisir?

Item il est tout cler que autre chose ne lui faisoit faire ne maiz ^ la grant malvestié dont il estoit espris et embrasé pour avoir et parvenir à la couronne et très grant hautesche de la seigneurie du royaume de Franche.

Le tiers moyen est que par une parolle qu'il dist une fois, le sire de Milieu, père de la ducesse d'Orliens <>, à un mésagier qui lui portoit lettres de par le roy, auquel il demanda en quel point le roy estoit, et le messagier lui répondi : « il est , la raercy-de-Dieu , en bon

' Cette première atteinte paraît avoir eu lieu en 1389. Voyez, sur ce snjet, Archives de l'art français, 1858, p. 342. 2 En 1392.

^ Charles VI , dans sa démence , disait que ses armoiries étaient un lion percé d'un trait.

^ Hors des termes ; extrême.

Si ce n'est.

Galéas Visconti.

mars 8] CHRONIQUE NORMANDE. 389

point. — Il est le dyable , » dit le sire de Millcn , et par grant admiration dit : « comment peut-ce estre qu'il soit en bon poinct. » C'est bien évident signe qu'il estoit consentant avec son gendre d'Orlienz à mettre le roy en tel point. Lequel sire de Millen désiroit bien à avoir haute seigneurie pour lui et pour sa lignyée, comme il apparut espécialement en la personne de Messire Bernasbot^, son oncle, qu'il prist malicieusement, déceptiveraent et par manière de traïson soubz ombre de sainte vie, et pour avoir sa seigneurie, le fist mourir malicieusement.

Ainsi apparut-il pour ce qu'il convoita mervellèsement que sa fille fust royne de France et pour quidier à parvenir à ce, fist tant qu'il treita le mariage d'elle et du duc d'Orlienz , adonc duc de Tourayne seul firère du roy, considérant que le roy n'avoit encore nul enfant et que il n'y avoit qu'une bouce à clorre, ainsi ne failloit qu'une bougie 2 bien asize pour parvenir en son entente. Kt qu'il appert qu'il eust celle volenté, la commune renommée est que quant sa dicte fille se parti de lui pour venir en France, il lui dist : a adieu belle fille, je ne vous quier jamès voir jusques à tant que vous soyez royne de France, n Et pour parvenir à ce, les dessus diz, sire de Millen et le dit duc d'Orlienz, par diverses voyes et manières, ont depuis continuellement machinié à la mort du roy et de sa génération.

Desquelles choses fu moyen entr'eulz comme faux ypocritre nommé Phifippe de Mésières, chevalier, qui estoit maistre et le père de faire traïsonz ; lequel fu chancellier du roy de Gipre et d'Ytallie , faussement et maUcieusement, et puis s' en vint demeurer avecBernasbot et là demeura avec lui et aida au sire de Milieu à traire et destruire le dit Bernasbot, son seigneur et maistre et

' Barnabe ou Bernabon Visconti.

' Boucle : ce mot est pris au figuré.

après fist serment et familiarité et amy du sire de Millen et avisèrent eulz deux aucunz instructions que apporta icelui au duc d'Orlienz.

Et pour faire la chose plus subtillement et couvertement, icelui chancelier de Mésières s'en vint à Paris et se rendi aux Célestinz par ypocrisie et ainsi comme il fègnoit sainte vie pour déchevoir le royet parcelle couleur alloit le duc d'Orlienz aux Célestinz tous les jours et là ooit 1 chascun jour cinq ou six messes par très grant dévotion , se sembloit, mais ce n'estoit que fausse ypocrisie. Car soubz ombre de ce , il faisoient en une oratoire leurs conjurations et délibérations de la manière à parvenir à leurs fausse et malvèze intentionz.

Et nonobstant que icelui duc se monstrast ainsi dévot par jour, il menoit par nuit dissolue vie, car presque toutes les nuis il s'enyvroit et gésoit avec les ribaudes ^ et finablement sa dissolution qu'il avoit menée par nuit et secrètement par lonc temps , il explèta tellement et tant le continua que ses fait fu tout notoire.

Or avon nous deux choses , la première que le duc d'Orliens fu acteur des diz invocations des dyables , conjurations, excercitations , sortillièges et maléfices. La seconde que les dictes mvocations, conjurations, opérations, sortillièges et maléfices sortisoient leur effect en la personne du roy. Desquelles choses s'ensuit expressément que le dit duc d'Orliens fust cryminiex de lèsemajesté humaine, pour ce que les diz malléfices sont ydollatoires et falsères^ et corruption de la foy catholique, si comme il appert pour ce que j'ai desclairé par devant.

Item lèse maiesté humaine du premier degré et en

' Entendait.

^ Couchait [jacehat). Les griefs articulés ici sont parfaitement fondés. Voyez Louis et Charles d'Orléans , par A. Cliampollion, 1844, in-S", p. 82 eK passùiu

^ On/alsetez (faussetés).

mars 8] CHROIWIQCE NORMANDE. 391

première espoisse, parceque en faisant les diz maléfice, il machinoit à la mort et destruction de son souverain seigneur.

Àprez, je veul raonstrer qu'il a commis crisme de lèse maiesté de la première matère du premier degré, car lui voiant que les diz maléfices n'avoicnt pas encore esté obtenuez de toute la dampnable intention de la mort du roy, la seconde vertu à le faire empoisonner par choses venimeuses , pour ce faire il vont faire marchié avec plusieurs gens, desqiiiex il en out deux auquielz il promist à l'un 4,000 escus d'or et à l'autre 50,000; desquiex 25,000 lui seroient baillés avant les mainz , mais qui bonz et loialz les refusèrent.

Mais aucunz des autres ne les refusèrent pas et le marchié fait et les poisons ordenéez , ilz ne sortirent pas tout leur effect par la grâce de Dieu et d' aucunz bien voulans du roy qui aperchurent les choses. Et pour plus monstrer évidamraent qui fust attenu des dessus diz sortillièges , charaux ^ et maléfices et aussi des empoisonnemens dont j'ay parlé , il est vray que plusieurs des diz malefecteurs et des plus prochainz après le dit duc d'Orliens furent mis en prison en plusieurs lieux , et contre eulz procès formés et d' aucunz ordenés de par le roy de quelle mort il devroient mourir, il par sa forche et subtilité délivra les unz et les autres , empescha l'exécution de justice affin que sa traïson et malvestié ne fust aperclieue et descouverte.

Item je veut monstrer qu'il a commis crisme de lèse majesté à l'espouze du roy. Car il est vray que quatre anz a ou environ , à un certain jour que le roy estoit rencheu en sa maladie et le dit criminel duc ne cessoit de jour en jour de machiner comme il peust parvenir à sa malvèse intention , pensant que se il povoit tenir la royne et ses enfanz hors du royalme de France , il ven-

' Carreaux, enchantements.

392 P. COCHOX. [1408

droit de léger en son entente. Si fist entendant à la royne faulsement et contre vérité, que le roy estoit indigné contre elle mervelleusement; et pour ce, lui conséloit, si chèrement comme elle s'amoit, elle et ses enfanz se meissenthors de la voye du roy en tel lieu qu'ils fussent hors de sa poissance, tendant de les faire mener elle et ses enfanz en la ducée de Lucembourc, afin que quant il les eust tenuz là, il eust fait sa xolenté, et promettoit faintement à la dicte royne que là la tentroit l bien et seurement et ses enfanz aussi, en disant que se il voiet le roy en santé et qu'elle peust retourner seurement, qui les ramesroit bien et seurement et s'il ne \ oiet qui lui peust mètre remède, ne la oster de son indignation, il la garderoit là en son noble et riche estât et à ses despenz qui que le voudroit voir fust le roy ou aultre ; et afin de coulour de sa fausse traïson et malvestié, faisoit entendant à la royne qu'il falloit que la chose fust chaudement faite et tellement que au chemin elle ne ses enfanz ne peussent avoir empeschement ; et pour ce faire avoit avisé que la royne et ses enfanz iroient en pèlerinage à Sainct-Fiacre et d'illeuc à JVotre-Dame de Lucembourc et lui feroit baillier Testât d'elle et de ses enfanz honorablement comme à leur estât appartient et de ces choses aucunes en furent apercheues pourquoy le voyage ne fu nul et de ce faiUy en son entente comme Dieu le vont.

Après che , il ymagina une manière de faire , il fist empoisonner une pomme et la cuida faire mengier à l'ainsné filz du roy qui mort est 2 et la fist bailler à un enfant, en lui disant : « va, porte ceste belle pomme à icelui fis du roy et garde que tu ne la bailles à nul fors à lui. j Si avint , par la grâce de Dieu , que , comme il passoit par les gradinz 3 de Sainct-Pol , il encontra la

' Tiendrait.

2 Charles, Daupliin, né en 139", mort en 1401.

' Jardins.

mars 8] CHRONIQUE NORMANDE. 393

nourriche d'un des enfanz au dit duc d'OrlIenz qui tenoit son enfant entre ses bras, et pour ce que la pomme sembla belle à la dicte nourriche , lui dist : « balle clià celle ^ pomme pour mon enfant, d II lui répondi : « non fcray, il m'est deffendu que je ne la baille fors au filz du roy. •> Elle fu la plus forte : si lui hosta et la fist mengier à son fdz et quant il out mengié , il chay en une grant maladie et en mourut. Ainsi avint qu'il quida empoisonner son nepveu et il empoysonna son fil ^; si fu bien employé.

Item ledit duc d'Orliens, courchié qu'il ne povoit venir à son entente, par la grâce de Dieu, il est vray que en persévérant à sa malvèse malvestié et dampnable malice, a, par plusieurs fois, envoie par devers le pappe Bénédic , tendant à fin de priver le roy son frère de sa. poste et seigneurie, et dignité de son royaume. Et pour venir en son entention faussement proposa plusieurs cas et crismes détestables contre la personne du roy, les quiex il donna à entendre au dit pappe en lui requérant qu'il le vousist tenir inhabille à tenir telle dignité comme le royaume de France, lui et ses enfanz et qu'il vousist absouldre lui et les nobles du royaume du serment de fidélité en quoy il estoient astrains par sermens vers le roy et tenir le dit duc d'Orlienz le plus prochain d'avoir, venir, et subcéder ^ au dit royaume et pour miex conduire son fait et plus tost incliner le pappe et condescendre à sa malvestié et comme il a tousjours soustenu par plusieurs fois, comme de cession,

' Donne (baille) ça cette pomme.

^ Louis , duc d'Orléans , avait eu , en effet , deux fils qu'il perdit tous deux jeunes , mais l'un et l'autre n'avaient pas plus d'un an lorsqu'ils moururent, et ne pouvaient, à ce qu'il semble, par conséquent, manger des pommes. (Voyez le P. Anselme). On peut juger par ce spécimen de la vraisemblance et de la bonne foi qui distinguaient les arguments de Jean Petit.

•* Succéder.

de la sustration et de l'épistre de Toulouze, lequel duc a tousjours esté pour le dit pappe encontre toute l'Eglise de France i.

Après ce, je veut monstrer et desclairier le quart et et desrenier article, c'est à savoir que le criminex duc d'Orliens a commis crisme de lèse-majesté ou quart degré. Car combien que en cy appère assés par les cas dessus desclairiez, des aliances qu'il avoit avec les anemis du royaume, qui est expressément estre traistre et desloyal de la chose puulicquc , touteffois je le veut desclairier à avoir commis le dit crisme de lèse-majesté en deux manières. La première , en ce qu'il a tenu gcnz d'armes sur le païs du royaume de France par l'espasse de 14 anz ou de 15 , qui ne fsiisoient autre chose que niengier et essillicr le povre peuple, pillier, rober, renchonner, murdrir et prendre famés à force, et mettoit capitaines es chastiax, forteresches , pons et passages du royaume de France, pour parvenir à sa malvèse, fauce et dampnable intention, c'est assavoir usurper la seigneurie du royaume.

La seconde manière est en ce qu'il a fait mettre sus tailles intolérables sur le peuple du royaume, en fègnant que c'estoit pour mener la guerre du royaume; et après ce qu'il ont esté ceulliez, levéez et mises au trésor du roy, les a embléez, prises et ravies par forche -, c'est assavoir : 400,000 qui estoient en la tour du paies de Paris et 100,000 qui estoient àMeleum; et en donnoit d'icelles péccunes ans anemis du royaume , adversaires et mal veullanz du roy et de son royaume , pour apovrir

' Ce trait de Jean Petit, qui tonchait aux opinions et aux passions du moment , était un des plus envenimes et un des plus propres à enflammer les esprits, des clercs surtout, contre le duc.

2 Tous ces griefs, sauf les détails qui suivent, étaient parfaitement fondés. Ils furent le principal motif de l'impopularité et le prétexte de l'exécration générale qui entouraient le nom de Louis , duc d'Orléans.

mars 8] CHRONIQUE NORMANDE. 395

le roy et soy rendant plus fort et poissant pour obtenir sa maîvèse et dampnée entreprise pour parvenir à la couronne et seigneurie du dit royaume. Ainsi appert déclarié comme il a commis au quart degré crismc de lèse maiesté en plusieurs manières.

Item plusieurs autres crismes de lèse majesté très grants et très horribles , non pas tant seullement en quart degré, mais en tiers , second et premier, en plusieurs manières et diverses espèces, le dit duc a commis et perpétrez pour parvenir à sa malvèse et dampnable intention, c'est assavoir à la couronne et haultc seigneurie de France et la tollir et substraire au roy et à sa génération. Les quiex autres crismes mon dit seigneur de Bourgongne réserve à desclairier et dire en temps et en lieu toutefois que mestier en sera.

Et avec ce , ma dite minor desclarié jointe avec ma major * , si ensuit clairement en bonne conséquence que mon dit seigneur de Bourguongne ne doit en rienz estre blasmé ne repris du cas qui est avenu en la personne du dit duc d'Orlienz et que le roy en doit avoir mon dit seigneur de Bourguongne du fait aggréable et lui autorisier en tant que mestier seroit et avec ce l'en doit guerredonner et rémunérer en troiz choses , c'est asavoir : en amour, honnour et ricesse , à l'exemple de la rémunération qui furent faictes à M, Sainct-]\Iichel l'angle 2. Et m'est avis en mon gros entendement que le roy le doit plus amer que il ne faisoit pardevant et sa loialté et bonne renommée faire prescher et publier par tout son royaume et hors de son royaume , par lettres patentes, prières ou aultrement. Icelui Dieu veulle que ainsi soit, amen !

Suppliant très humblement et requiert, les choses

' Majeure, mineure, termes à' arts ou d'école. C'étaient les parties du syllogisme.

^ Ange , et mieux archange.

396 P. COGHO\^ [1408

dessus dictes considérécz, attendu que ce que mon dit seigneur de Bourguongne a fait faire en ce présent cas dont j'ay parlé , che a esté pour l'amour qu'il avait au roy et à sa génération et au bien de royaume et pour nulle autre cause , il lui plaise à estre de ce content , qu'il a fait faire et ordené , qu'il et ses successeurs en dcmourent à tousjours maiz paisibles et mander à tous chex à qui il appartient que, pour occasion du dit fait, ne les molestent, ne empeschent en quelcomcques manière que ce soit.

Chy fine le preschement de Maistre Jehan Petit et retourneron à parler d'autre matère.

Chap. 10. Suites du meurtre. Victoire du duc de ■ Bourgogne sur les Liégeois.

Item après le dit preschement, le vendredi ensuivant^ 1408, le roy fa gary si cou sy2 jusques au samedi nonne ^ ensuivant , et cependant le duc de Bourgongne se vint excuser au roy des choses dessus dictes , et lui pardonna tout et out son fait à agréable et fu journée prise à asembler tout le grant conseil de France à Meleum, au dimcnce 18*^ jour ensuivant, et là alèrent la royne , le Dalphin , le roy Loys ^, Berry, le duc de Bretaigne , le compte de Tanquarville et Montagu avec plusieurs autres. Et n'y ala point M. de Bourgongne. Ainz demoura à Paris, car il avoit en ladicte asemblée plus de ses anemis que de ses amis. Si leur manda qu'il ramenassent le Dalphin, ou il lui ^ yrroit querre. Si n'en firent

' 9 mars 1408 n. s.

^ Ainsi comme ainsi : coucy, coucy. La santé du roi se rétablit médiocrement.

^ Le 10, environ trois heures après midi. * Louis II , duc d'Anjou , roi de Sicile. 5 Le.

mars 8-aoùf 26J CHROXIQUE NORMANDE. 397

rien pour son mandement, et là furent jusques au SG'' jour d'aost ensuivant, et essillèrent* bien le païs.

Et entrèrent à Paris ce jour tout le barnage ^ à grant quantité de genz d'armes, à armes descouvertes et fuie duc de Bretaigne gardien de Paris, et n'y avoit que quatre portes ouvertes, et les gardoient les genz du duc de Bretaigne, qui avoit espousée la seur du Dalpbin, Et au devant de celle entrée , M. de Bourgongne s'estoit parti de Paris pour alcr secourre l'évesque du Liège, et si savoient bien que à ce cstoit enbesongnié. Et toutes voiez chex de Paris furent en très grant mésèze et meschief et en doubte que les diz Bretons ne vousissent faire aucun mal à la ville , vcu que la royne ne les amoit point, ne encore ne fait''. Mistrent remède en leur fait et boutèrent les Bretonz hors de la garde des portes et de la ville, tant que les clers de l'Université s'esmurent et armèrent et furent les Bretonz très bien batus et [il y en eut] de tuez et cachiez (chassés) hors de la ville mescheax, povres et truanz^, etxendirent leur chevax à grant meschief et à grant marchié, et s'en alèrent en leur païz à pié, for ce que purent pillier en chemin. Or lairon à parler de ceste matière, et retourneron à parler le desconfiture des Lyégois.

En ce temps, M. de Bourgongne estoit en son païz de Flandres et faisoit ses grants alianches pour aidicr à son parent , évesque du Liège , que les Lyégois avoient aségyé au Tret^ laquelle ville est moitié à l'évesque et l'autre moitié au duc Brcban. Si avoit ledit de Bourgongne

* De exilis, affaiblirent, ruinèrent par l'occupation.

^ Baronnage.

^ Ce trait remarquable montre l'impopularité notoire d'Isabelle de Bavière parmi les Parisiens. On voit que l'auteur écrivait avant la fin d'Isabelle , qui mourut en septembre 1435.

^ Mal chaussés , pauvres et gueux.

5 A Utrecht [Trajectum). ■

très grant et noble asemblée de très nobles et grant seigneur, c'est assavoir : Beurbenchons , Hennuyers, Alraanz, Flamcns, Holandois, BouUenois, Artoiz, Picars et Bourguegnonz , tous nobles et gens d'eslite. Si axant, par la grâce de Dieu, qui se mistrent sus chanz et approchèrent du siège et il le surent.

Leur capitaine qui les gouvernoit nommé M. de Perne *, chevalier, duquel il avoient son filz fait évesque du Liège et débouté l'autre, fist sonner la cloche de la commune du Liège et crier que tout homme qui pourroit porter armes tantost s'armast. Et yssirent tant de la ville -comme du siège bien 40,000 hommes , et viudrent courre sus à M. de Bourgongne et à ses genz , et faire si grant brairye que n'en eust pas oy Dieu tonner^, et quidèrent avoir tout gaignè , mais de ce que fol pense , souvent remaint ^ si trouvèrent si forte encontre, et y ont si forte bataille que passé centanz l'en n'en avoit oy parler de si forte ne de se périleuse, et, par la grâce de Dieu , les Liégois furent desconfiz, et mis en subjection si grande n'en comme vous orrez après. Et mourut bien des Lyégeiz en canp de 28 à 30,000, et les autres s'enfuyrent , et fu la bataille devant Tongre le 21*^ jour de septembre Fan 1408. Et refu l'évesque mis en sa première possession du Liège et de tout le païs.

Le 24^ jour ensuivant, sentence fu donnée par M. de Bourgongne en la ville de Lylle contre eulz en la manière qui ensuit :

Premièrement la forteresche de la ville de Liège de-* mourra entière , mais toutes leurs lettres , franchises et libertés sont abolies et abatucz, et sont tenus de porter icelles lettres et tiltres de leurs loys et franchises au palais du Liège , et là seront arses et mises en feu.

Item toutes les portes , murailles et forteresches de

' Ou Perve (le seigneur de Perweiss en Hainaut).

2 Si graud braire que l'on n'eût pas entendu Dieu tonner.

sept. 21-24] CHROMQUE NORMANDE. 399

Dignain (Dinan) seront démolies et abatus et les fossés remplis, sanz jamès y avoir forteresclies , et leurs loys et franchises abolies de touz poins.

Item semblablement de la ville de Hiiy.

Item la porte de Tongre , du costé de devers la ville du Trait ^ sera démolie et abatuc , et les murs d'un costé et d'autre jouxte celle porte , abatus jusques à 60 toises et les fossés emplis ; sanz jamès y aïoir forteresches, et les franchises abolies.

Item il seront tenus de faire au chastel de l'évesqué emprez le Liège une grande et notable forteresche et icelle soustenir et la nouvelle par eulz faicte depuis poy de temps sera abatue.

Item il seront tenus de faire fonder une chappèle au lieu où la bataille fu, de quatre chappellains , chascun de 40 lirres de rente, et quatre clers chascun de 10 livres de rente et des ornements à ce appartenant, et d'aller chascun an à tel jour comme la bataille fu , deux eschevinz de chascunes d'icelles villes tenanz deux banières des armes de France et de Bourgongue et de Holande, et prier pour les âmes des trespassés du costé des diz Bourgongne et Holande.

Item il seront tenus de faire tout ce que dessus est dit, et en cas qu'il défendront ou jTont en l'encontre, pour chascune désobéissance il poieront au roy de France 40,000 livres em l'epereeur^ autant, et au dit de Bourgongne 40,000 , et autant au duc de Holande.

Item tous les biens des décapitez sont forfais et conûchiez à M. de Bourgongne ; et item poier à M. de Bourgongne pour soi differéer et desdommager, pour une fois 1,200,000 livres.

Or lairon à parler de ceste confusion du Liège, et retoumourons à parler de la royne et de ees alliez estant à Paris.

' Utrecht.

' Sic dans !e manuscrit : à l'emperenr.

400 P. COCHOIV. [1408-

Chap. 11. Leduc victorieux revient à Paris. Charles VI enlevé ou éloigné de la capitale. Paix fourrée de Chartres. Elections de prélats. Mort de Valentine. Ses enfants.

Quant la roync de France ^ et ses allez sut que si belle et noble victoire estoit venue à M. de Bourgongne, si le dobtoient par devant, encore fu-yl plus doubté après, car aucunz quidoicnt que la bactaille fust contre luy et en y out de bien courchiés. Si estoit encore ladicte asemblée à Paris quant la desconfiture fu. Si avisèrent qu'il feroient et ourent paor que ne venist à Paris. Si firent tant que la royne, le Dalphin, le duc de Berry, le duc de Bretaigne, le duc de Bourbon , le compte de Glermont , le grant mestre d'ostel 2 et la ducesse d'Orlienz , les quiex avoient fait grants alianchcs contre M. de Bourgongne et ne quidoient pas que la chose alast telle voye, firent tant que le samedi , Z^ jour de novembre l'an 1408 , firent partir le roy de St-Pol estant en sa maladie et le firent entrer en un batel en Saine couvert et fort esclipé •^, que la ville de Paris ne s'esmeust, et quant il furent hors de la subjection de Paris, le firent monter à cheval acompaigné de bien de six ou sept chenz hommes d'armes , et le menèrent à Montargis, et de là le menèrent à la chité de Tours en Touraine.

Et le merquedy 27^ jour de novembre ensuivant, M. de Bourgongne entra à Paris et n'y trouva fors chex de la ville , et fu recheu à très grant joye et réconforta très grandement chex de Paris , et là fu bien un mois et puis s'en râla en Flandres.

Après ce , retourna à Paris le 26^ jour de février ensuivant, acompaignyé de ses frères et de si grant mulli-

1 Isabeau de Bavière.

^ Jean de Montaigu.

^ Esclipier ou esclipsé, mot abrégé, d'une lecture douteuse.

iiov. 3-(lëc.3J CHRONIQUE NORMANDE. 401

tude de gens d'armes que c'estoit merveilles , et manda à ceiiz qui estoient ù Tours qui s'en revenissent et amenassent le roy ou il les iroit querre à leur honte. Si curent paor et firent apoinlement qu'il vendroient à Chartres et là feroient leur apointement. Et là l'acort et apointement, à la grant honnour de M. de Bourgongiie, fu fait et passé et tout entièrement pardonné.

Mais je me doute que ce ne fust pais fourrée *, ou par crainte. Et cela fait , tous ensembles , par bon acort , s'en vindrent à Paris le dimence 27« jour de mars l'an 1408 2 de'i^ant Pasques 3, et quant le peuple de Paris sourent que l'acort estoit fait et que le roy et touz nos seigneurs de Frence venoient , crièrent Noël et les feulz comme à la Sainct Jehan, et démenèrent grant joye.

Item en ce temps, l'évesqué de Baieuz vaca et fu donné par ellection de capitre^, et l'évesqué de Constances^ par semblable, l'aljbé de Sainct-Oueyn de Rouen et celui de Saincte-Katherine et n'estoit pas de souvenue d'homme que l'on eust veu que les capitres eussent esleus leurs prélats, par la défaute de union 6.

Item la ducesse d'Orlienz, fdle au sire de Milieu et famé M. d'Orlienz frère du roy Charles 2*^ trespassa S^"^ jour décembre l'an 1408, laquelle quidoit en son temps estre royne de France. Mais, par la grâce de

' Sur l'emploi de cette expression, voyez ci-après cliap. 57.

3 Pâques, 1409, le 7 avril.

^ Jean de Boisset devint évêque de Bayeuile 27 novembre 1408.

^ Gilles Deschamps (fils du poëte) , évêque de Goutances le 27 septembre 1408.

^ Gette question, en effet, était, comme on sait, un des points principaux de la controverse ou des dissensions qui divisaient l'Église , et qui furent réglés par la pragmatique sanction de 1438.

' Ou le 4. Voy. ci-dessos chronique de Gousinot ( Geste des nobles), p. 124, notô 2.

402 P. COCHON. [ 1409 sept. 13-

Dieu, elle failli à son entente; laquelle out du dit duc son mari trois filz dont l'ainsné out nom Charles, lequel après la mort de son père fu duc d'Orlienz et de Valloys , compte de Blays et de Beaumont et seigneur de Coucy. Le second filz out nom Philippe et fu compte de Vertus , et le tiers out nom Jehan et fu compte d'Angoulesme.

Lequel Charles ainsné , par le conseil des barons de France , out à mariage la lille ainsnée de son oncle Charles 2^ r^y de France i, laquelle au devant avoit esté mariée au roy Richart, adoncroy d'Engleterre, laquelle trespassa le 13*^ jour de septembre l'an 1409, et n'ut omcques nul enfant, et le pleuppe , clers et lays , s'en tenoient mal contenz pour ce qu'ilz estoient cousinz frareux, l'une fille dudit roy et l'autre filz de son frère -.

Chap. 12. Concile de Pise. Meurtre de t archevêque de Reims. Jean de Montaigu. Sa mort. Assemblée des princes à Paris. Descente des Anglais à Fécamp.

Et en ce temps toute l'asemblée des clers estoit à Pise , et là estoient doucement en pais sans noise et des vivres à planté à boa marchié, mais à celle alée emprist mal à l'archevesque de Rainz "^ qui y alloit , si conme aucunz disoient, pour retarder ladite union. Si avint que se loga en une ville dont je ne soy le nom , et son marescal ala chiez un marécal de la ville pour faire ordener ses clievax , si y out noise , et fu le mareschal de la ville tué, lequel avoit de beax enfanz, si s'asemblèrent euz et leurs amiz , si vindrent à l'ostel de l'archevesque,

> Isabelle de France , fille de Charles VI et d'Isabelle de Bavière.

^ Allusion aux empêchements canoniques , fondés sur le lien de parenté.

3 Guy de Roye, mort le 8 juin 1409. Voyez Monstrelet, édition de M. d'Arcq, 1858, in-S", t. II, p. 7.

1410 mai 3] CHROXIQUE NORMANDE. 403

lequel fu tué, son mareschal et trois autres de ses gens, dont il avint as diz amis moût de malz ; car un homme d'armes nommé Boursicaut qui gardoit pour le roy le pais pour l'asemblée de l'union, le sut, si vint en la ville , et fist mettre à mort tant des amis du mareschal de la ville, que ce fu grant pitié. Ainsi va de follement aller par pais estrange et de folle entreprise entreprendre. En icelui temps règnoit en Franche un chevalier nommé Messire Jehan Montagu , grant mestre d'ostel du roy, lequel gouverna le royaume par l'espasse de 20 anz et de plus. Il fist en son temps un chastel nommé j\Iarcoussi , lequel cousta à faire plus de chine chenz milles livres et si fist deux frères qu'il avoit , l'un archevesquc de Senz en Bourgogne et l'austre évesque de Paris ou temps du bon pappe Alexandre Sixte , lequel pappe ne vesqui que 9 mois pappe et trespassa en moy l l'an 1410, et fu celui de cui l'union fu en l'église du cisme qui avoit duré 38 anz. Et fist le dit mestre d'ostel à son frère évesque de Paris faire la plus noble et plentureuse feste qui eusté- faite à Paris puiz lonc temps et ont en la dicte feste le roy et tout le noble estât de France. Et y out plus de 1,800 plas de viande à ladicte feste, laquelle lui fu trop grevable et voult le conseil du roy qui rendist compte du gouvernement de tout son temps , et Fortune lui couru sus. Si fu prins et emprisonné, et examiné que le 17*5 jour d'octobre l'an 1409 out le col tranché et mené le corps au gibet. Ainsi fu poié de ses gages ^.

* Alexandre V mourut le 3 mai 1410.

2 Eust été.

' L'administration de Montaigu ne fut point certainement exempte d'irrégularité, ni de reproches. Mais il suffît d'avoir lu ce qui précède pour sentir la faiblesse et la mauvaise foi de ce prétexte. Montaigu fut une victime de Jean Sans-peur. Il fut immolé pour l'honnêteté même de sa conduite ou de ses résistances, par l'auteur du meurtre de la rue Vieille-du- Temple.

404 P. COCHON. [1409 juillet-

[La desraine sepmaine de jullct 1409 , les Anglois descheudirent à Fecamp et oiirent grant quantité de prisonniers et de pillage , et si ardirent tout le Hable *, ou nombre de plus de 200 maisons, et puis s'en râlèrent sans perdre 2].

Chap. 13. Les princes d'Orléans se retirent à Gyen. Recommencement des hostilités. Appointement ou trêves momentanés.

Item après ce fait 3, tous les nobles du royaume , au mois décembre en suivant, furent assemblez à Paris pour le gouvernement du royaume , c'est assavoir le roy, son filz ainsné , la royne , le roy de Gésille , le roy de Navarre, sept dux, vingt- quatre comptes, sanz l'autre noble chevalerie et escuirie. Et Gst le roy à iceulz, le 1"' jour de l'an en suivant, en son pallès*, feste planière , en laquelle feste la deuxième guerre recommcncha si comme vous orrez; car après icelle feste le roy, son filz, la royne, M. de Bourgongne demourèrent à Paris, et tout l'autre partie^ se partirent et s'en alèrent à Gyen sur Loire.

Or sont les enfanz d'Orlienz et leurs aliés à Gyen recommenchanz la seconde guerre et eulz à ralier ensemble et escripvirent au roy, eulz complègnans qu'il ne leur faisoit pas droit ne justice de la mort de leur père , es quelles lettres avoit pluriex articles qui seroient longues à escripre et lesquelles furent envoiéez à Rouen et es bonnes villes de France et de Normendie pour donner coullour d'avoir bon droit. Et le roy et son con-

1 Havre , rivage habite.

2 Chronique de Rouen, fol. 19.

3 Après r exécution de Montaigu. Le paragraphe qui précède est intercalé.

^ Appelé aujourd'hui palais de Justice.

5 C'est-à-dire les princes opposés à Jean Sans-peur.

1412 avril 3] CHROXIQUE NORMANDE. 405

seil leur respondoit que au trahie , pais et accort et tout pardonné par certainz ordenancbes sur ce faictes , fust tenu de point en point ^ ; Jequcl avoit esté fait à Chartres comme cy devant est dit et déclairé.

Et pom* ce que le roy savoit bien qu'il faisoient grautes alianches contre les choses dessus dictes, le moys d'aoust en suivant 1410 se mut si grants guerres les unz contre les autres que les enfanz d'Orlienz essilloient tout vers Chartres, et es parties d'environ et les gens du roy, d'autre part, en leurs terres de Clermont en Beauvoisin et es parties, que c'estoit grant pitié. Mes toutefois les adversaires^ avoient tousjours dupuis parti, comme à Dreeu?, et en pluriex autres lieus , et pour che qu'il véoient qu'il n'estoient pas assés fors, firent à la Sainct-]\Iartin d'iver^ en suivant certainz apointemens en manière de trêves pour enforcher leurs fors , tant en Beauvoisin comme allieurs, et fu l'apointcment tel que chascun se départiroient et s'en yroient en leurs terres sanz rienz entreprendre l'un sur l'autre; Bourgongne s'en yroit en sa terre et les autres en la leur et ne vendroient à Paris et ne se armeroient l'un vers l'autre de Pasques procliainnes venantes 1411 ^ jusques à Pasques en suivant 1412 ^, se n'estoit par le mandement du roy. Et à cet apointement, tout fu pardonné l'un vers l'autre, et toutes prises de fieu^ faictes de par le roy, remises en leur premier estât.

' Le roi répondit que l'on adhérât de point en point aux pardon , traité et accord de Cliartres.

2 Bourguignons. . . avaient. . . des partisans.

^11 novembre.

'' 12 avril.

* 3 avril,

^ Reprises de terres ou de fiefs.

406 P. COCHO\^ [1411 mai-

Chap. 14. Le comte de Clermont embrasse la querelle d'Orléans. Incursion des princes ou de leurs troupes sur le pays de Chartres. Trois chefs de ces routiers pris et pendus au gibet de Paris. Jean Sans-peur se retire en Flandre.

Ainsi se départirent tous les seigneurs chascun oii il vouldrent, le duc de Berry, les enfanz d'Orliens et leur bende à Gyen sur Loire , et le duc de Bourgongne en Flandres, et toute fois ce fu une pais fourrée ; que * tous les adversaires [de] Bourgongne ne pensoient fors de faire alianches contre Bourgongne, et que le roy n'estoit pas justicier et qu'il ne leur voulloit faire justice et pour ce que leurs terres de Beauvoisin n'estoient pas assez fournies de gens d'armes , M. de Clermont ^ chevaucha le vendredi et samedi de devant Pasques^40 lieuez par une quide^filz Messire Hectore de Chartres, adonc mestre des eauez et des forez. Et passèrent au port de Muyez ^, le jour de Pasques, bien 800 hommes d'armes, l'an 1411 , à mener à Clermont son chastel. Et quant il out ce fait, s'en retourna en guise de marchaant en Normandie à AI. d'Orliens, et là refirent grante alianches et repassa Saine au port de Gourvai ^, à bien 1,500 clievax premier jour de juillet ensuivant 1411.

* C'est-à-dire que.

' Charles I", comte de Clermont, en 1411, venait de naître (s'il était déjà né). L'auteur désigne sans doute le duc Jean, son père, qui venait de succéder à Louis II (mort le 19 août 1410); lequel Jean s'appelait naguère le comte de Clermont.

•' 12 avril.

* Un guide, qui était fils de Messire, etc. Hector de Chartres, massacré en 1418, comme armagnac , fut père de Regnauld de Chartres , chancelier de Charles VII.

5 Mouy-sur-Seine, canton de Bray, arrondissement de Provins (Seine-et-Marne).

^ Ou Courvend? abordage situé près Vernon, entre Orgeval

juillet] CHRONIQUE NORMANDE. 407

En icel temps M. de Berry, le duc d'Orlienz et ses aliés estoient lers Chartres et destruièrent le pais , et voulloient faire forche à cheux de Chartres. Si le mandèrent ' au roy et il leur envoia le compte de Sainct-Pol et Messire Pierre des Essars, adonc préiost de Paris, à grant quantité de gens d'armes et en pristrent d'iceulx bien un chent et amenèrent à Paris et les autres s'enfuirent, es quiex avoit trois grants routiers dont l'un avoit nomPoUifer, l'autre Radigot et le tiers ne seyconmient, fors que les trois furent pendus au gibet de Paris , desquiex leurs mestres en furent bien courchiés , maiz plus ne povoient faire. Et fu ce fait en moy 1411 ^. Or retourneron à parler de Bourgongne.

Quant le duc de Bourgongne fu parti de Paris par l'apointcment devant dit, s'en ala à sa terre de Flandres, lequel savoit bien que ses adversaires machinoient alianche contre lui. Lequel de Bourgongne semblablement refaisoit ses alianches en l'encontre et pensoit bien qui seroit defûé. Or retourneron à parler des enfanz d' Orliens.

Chap. 15. Le duc d'Orléans écrit au roi et aux bonnes villes. Lettres de défi adressées au duc de Bourgogne.

Et quant les diz enfanz d'Orliens et leurs alliés surent que Bourgongne s'en estoit allé en sa terre de Flan-

et Giverny, proche l'embouchure de l'Epte. Voyez le Cours de la Seine , ouvrage ms. de l'abbé de la Grive, 1737, in-folio, aux Cartes et plans de la Bibliothèque impériale.

* Les Charfrains le mandèrent.

^ Mai 1411. Sur les querelles des Armagnacs et des Bourguignons à Chartres pendant cette période , voyez Bibliothèque de l'Ecole des chartes , 17« année , p. 590 à 502 , et l'Histoire de Chartres, de M. de l'Espinois, Paris. 1858, in-S".

408 P. COCHON. [1411 juillet 14-

dres , peusoient bien qu'il faisoit grants aliancbes contre eulz, escriprent au roy unes lettre de complaintes, contenant une grant peau ^ de parchemin qu'il ne leur faisoit pas justice de ce fort traiste , larron , murdrier , qui faussement avoit fait murdrir leur seigneur de père et aussi fist faussement mourir le grant mestre d'ostel nommé Montaga, Es quelles lettres avoit tant de laides choses que ce seroit trop longue chose à escripre. Lesquelles lettres furent envolez à Rouen et es bonnes villes de France et de Normendie , comme autrefois avoit fait; et pour l'instruction du dit de Bourgongne le roy ne leur voulloit faire droit ne justice, et pour mettre le roy en indignation vers le dit de Bourgongne, lui escripsoient icelles lettres, escriptes à Gergau sur Loire le 14« jour de juillet l'an 1411.

Item. Tant 2 après, les dis enfans deffièrent le dit de Bourgongne par lettres-patentes des quelles la copie s'ensuit : « Charles, etc. •^... Donné à Jargueau sur Loire 1g 12« jour de juillet l'an 1411. » La quelle lui fut prononchié à Lisle en Flandres joedi 13^ jour d'aost ensuivant.

' Celle peau subsiste dans les Archives royales, cartons des rois de France , K n° 56, pièce 18 ; à la direction générale des Archives.

2 Tôt.

^ Le texte de ces lettres se trouve dans Monslrelet, édition d'Arcq, 1858, t. II, p. 152. Elles se trouvent également dans la chronique des Cousinot. Voyez ci-dessus p. 134, chap. 112. Le texte de Cousinot offre quek]ues variantes , quant au corps de la pièce et quant à la date. Batthcney ( V archiviste françois, 1775, in-4o, pi. 47, n» 2) a reproduit le fac-similé d'un troisième exemplaire, daté du 24 juillet. Voyez aussi la Vie de Jean, comte d'Angoulême , par Du Port, édition Castaigne , 1852, mS", p. 19. Les bonnes villes reçurent des circulaires analogues. Celle qui fut adressée aux gens de Tours, sous la date du 18 juillet 1411, subsiste en original dans les archives de cette ville.

août 13] CHRONIQUE NORMANDE. 409

Chap. 16. Réponse de Jeaîi Sans-peur. Le duc de Guyenne, régent. La reine à Melun. Les Orléannais en Beauvaisis.

Or se voit le duc de Bourgongne deffié et ce propre jour envoia à diz enfanz response sur ce dont la teneur suit.

a Jehan, duc de Bourgongne, compte de Flandres, d'Artoys et de Bourgongne, palatin, seigneur de Salinz et de Malignes; à toy Charles qui te dis duc d'Orléanz, à (oy Philippe qui te dis conte de Vertus , et à toy Jehan qui te diz compte d'Angoulesme, qui nagaires nous avez envoie lettres de deffiances, vous faisons savoir et vouUonz que chascun sache que, pour abatre les très horribles traisons par très grants malvestées appenséez, conspiréez et machinéez et fais fellonnement à l'encontre de Mgr le roy, notre très redoubté et souverain seigneur et le vostre, et contre sa noble génération , par feu Loys votre père, en plusieurs et diverses manières, et pour garder le dit votre père faulz et desloial traistre, de parvenir à la final exécuption détestable à laquelle il contendoit contre dit très redoubté et souverain seigneur et le sien et aussi contre sa noble génération, si faussement et noctoirement que nul prudhomme ne le devoit plus lessier vivre sus terre , meisraement nouz qui sommes cousin de notre dit seigneur et doyen des pers et deulz fois per et plus astrainz à lui et à sa dicte génération que nul autre quelconques de ses parens et subgès, ne devionz un si faulz, desloial, cruel et félon traitre laissier sur terre plus longuement vi\Te, que ce ne fust à notre très graut carche ^, avons, pour nous acquittier et loialment faire notre devoir envers notre très redoupté et souverain seigneur et sa noble génération, fait ainsi qu'il

* Charge , opprobre , grief.

410 P. COCHORÎ. [Ull août

devoit, le dit faulz et desloial traître *, et en ce avons fait plaisir à Dieu et service loial à notre très redoupté et souverain seigneur, exécuté raison; et pour ce que toy et tes diz frères ensuiez la trache falce et desloial et félonnie de votre dit père, cuidanz venir aux dampnables et desloiaulz faitz à quoy il contendoit , avonz très grant léesche au cuer des dites deffîanches, mais du sourplus contenu en icelles, toy et tes diz frères avés menti et mentez faussement et desloialement , comme faulz, malvez et desloialz traitres que vous estes.

tt Donc à l'aide de Dieu, notre sire , qui soit^ et congnoit la très entière etparfaicte loialté, amour et vroye entcntion que tousjours avonz eue, avonz et auronz tant comme nous vivronz à mon dit seigneur le roy et à sa dicte génération , au bien de son peuple et de tout son royaume , vous feronz venir à la (in et punition telle que tiex faulx, malvez et desloiaulz traitres, rebelles, désobéissanz et félonz comme toy et tez diz frères estes , doyvent venir par raison. En tesmoing de ce, nous avons fait sceler ces lettres de notre propre scel. Donné à notre ville de Douay le 13*^ jour d'aost l'an 1411. »

Or lairon à parler de ceste matère et retourneron à palier des adversaires au duc de Bourgongne.

En celui temps, tous iceulz adversaires estoient aParis et firent tant au roy que son fdz duc de Guyane soit régent le royaume et fu esleu 3 le dimenche 23^ jour d'aost ensuivant 14H . Et le lundi ensuivant, chevaucha par Paris en guise de roy. Et voulloient les dessus diz adversaires avoir les pluz beax logeys et les plus fors, comme le Louvre et la Bastille Saint- Antoine, pour miex

• [Mourir]?... Mais ce mot manque dans le texte. Voyez, sur ce point, ci -dessus. Nous le restituons d'après Monstrelet, édition d'Arcq , t. II , p. 154.

2 Sait.

- Ils firent tant , que le duc fut élu , etc.

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