‹ Chronique de Mathieu d'EscouchyChapitre 37 sur 90 · Lettre de Henri YI à Charles VU · texte numérisé non relu

Lettre de Henri YI à Charles VU

A très hault et puissant prince nostre très chier oncle de France, Henry, par la grâce de Dieu^ Roy de France et d'Angleterre, cordial désir de bonne amour avec entière affection de vraye paix, union désirée et parfaicte concorde. Très hault et puissant prince nostre très chier oncle, lundi derrain, xxvin*"* jour du mois d'avril nouvelment passé, avons receu par un chevaucheur de vostre escurie, porteur de cestes, deux leltres que escriptes nous avez, données aux Montiz-les-Tours, Tune le xvii"* et l'autre le xxiii"* jour de mars. Parla première desquelles avons sceu du bon estât et prospérité de vostre personne, qui nous a esté singulière liesse et consolacion , et seroit toutes les foiz que d'i« ceulx serions acertenez en bien. Et pour ce que, maintes foiz, par plusieurs voz lettres et autrement, avons cogneu que des nostres oir vous est chose agréable, à l'escripture de cestes, nous estions eo bonne disposicion, grâces à Nostre Seigneur, qui le

semblable par son plaisir vous vueille tout temps octroier^ ainsi que de bon cuer le desirons, et que pour la personne que plus aymons mieulx souhaitier le vouldrions. Très hault et puissant prince nostre très cbier oncle, par ladicte première lettres nous avez escriptcomme, par plusieurs foiz et diverses journées, voz amba&eurs et commissaires ont convenu et assemblé avec les nostres , pour donner provision sur le fait des excezet attemptas, à ce que le povre peuple se sentist du bénéfice des trieves et peust vivre en repox et tranquilité. Esquelles convencions, combien que vosdiz commissaires, ainsi qu'ilz vous ont dit, se soient mis en tout devoir pour trouver aucun bon appointement èsdictes matières, toutes voies en icelles n*a esté prins aucune conclusion, dont à ceste cause ont esté depuis commis et souvent se commettent nouveaulx excez ; mesmement que aucuns voz ofFiciers vous ont escript que par ceulx de nostre obéissance avoient de nouvel esté prins sur la mer grant quantité de navires garnis de vivres et marchandises appartenans à plusieurs gens de la ville de Diepe, et que Jehan Peinchon, lieutenant d'Arqués, et autres gens de guerre de nostre parti, ont couru en plusieurs lieux de vostre obéissance environ ladicte ville de Diepe, y ont prins plusieurs gens de divers estatz, tant desdiz lieux que d'icelle ville, et commis plusieurs autres excez et delitz, desquelz, pour quelque sommacion et poursuite que iceulx voz officiers en aient faicte par delà, tant devers nostre beau cousin le duc de Somerset que aillieurs,ilz n'ont peu obtenir aucune provision ; dequoy se sont à vous griefment complains, ainsi que divers autres voz subgietz ont fait, à cause de plusieurs excez et

oultrages qu'ilz dient sur eulx avoir este commis, par plusieurs de nostre dit parti ou bas pals de Normandie et aillieurs, tant par mer que par terre. Desquelz ne du nouvel emparement et fortifficacion faiz à Saint- Jame de Beuvron et à Mortaing, pour quelque sommacion ou requeste qui en ait esté faicte, n'apeuestre obtenue aucune reparacion. Et de Tautre part dictes que nostre dit cousin vous a escript que ceulx de Diepe avoient prins nostre amé et féal conseitlier Simon Morbier y chevalier, et aucuns autres noz officiers ou pais de Caux; requérant estre par vous sur ce donnée tele provision qu'il appartient, selon la teneur des trieves. Lesquelles choses, d'une part et d*autre, se elles sont véritables, ne vous semblent aucunement à tolérer, mais seriez content, comme plus au long le dictes avoir escript à nostre dit cousin, que sur ce feust prins aucun bon appointement, combien que la vraye cause de ta prinse dudit Morbier et autres nosdiz officiers vous est incogneue, et ce qu'en a esté (ait a esté sans vostre sceu ou consentement. Par quoy et pour le désir que avez que soyons informé du démené des matières et de vostre bon vouloir en icelles, à œ que les choses se conduisent selon la forme des trieves et autres appointemens faiz entre nous deulx, vous estes disposé nous escripre et notifier ces choses; nous exhortant que en persévérant au bon vouloir que avons es choses dessus dictes et que bonne provision soit sur ce donnée, nous vueillons mander et faire savoir à noz gens de par delà que telement ilz entendent par efTect èsdictes matières que de nostre part toutes teles questions cessent ; en quoy de la vostre J sera telement fait, que Dieu et tout le monde oon*

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gnoistroDt le bon vouloir que avez en ceste partie^ et que n'aurons cause de nous douloir. Nous avez aussi escrîpt par la seconde lettre que, depuis la rescripcion de ladicte première, nostre dit cousin de Somerset a envoie devers vous Thomas Louraille, l'un des maislres de la chambre de noz comptes à Rouen , et maistre Jehan Cousin , clerc de nosdiz comptes, pour vous dire et exposer aucunes choses touchant le fait desdiz excez et attemptas, et que pour icelle matière avez envoie devers nostre dit cousin aucuns des gens de vostre grant conseil, garnis de povoir soudisant, pour besongnier es chozes dessus dictes, en nous signifiant que se de nostre part ou de celle de nostre dit cousin, qui par delà représente nostre personne, y est entendu par effect et autrement qu'il n'a esté fait le temps passé, l'en vous y trouvera en termes si raisonnables et convenables que chascun cougnoistra le bon vouloir que avez à Tentretenement desdictes matières et ce qui y sera fait nous ferez tousj ours savoir.

Très hault et puissant prince nostre très chier oncle, au regart de ce que vous dictes que par plusieurs foiz et diverses journées voz ambaxeurs et commissaires ont convenu et assemblé avec les nostres pour donner provision en la matière desdiz attemptaz , en quoy n'a esté prins aucune conclusion , combien que iceulx voz commissaires , comme ilz vous ont dit , se soient mis eu tout devoir pour y trouver aucun bon appointement, par defîault duquel se sont commis et commettent chascun jour nouveaulx excez , tant d'une partie que d'autre , dont aucune provision n'a peu estre obtenue, nous vous certifiions que semblable relacion nous ont fait les nostres , et que pour la provision de-

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vaut dicte et reparacion desdiz excez » ilz se sont , à toutes les conveiicions qui à ceste cause ont esté tenues , mis en tout devoir y ainsi que de ce faire avoient de nous charge especiale, et à pressupposer que pour aucunes difficultez entrevenues en traictant desdicles matières , conclusion ou appoinctement ne s'y estpeu encores trouver selon l'exigence des cas, pour quoy plusieurs excez et oultrages pevent avoir esté commis d'un costé et d'autre; et véritablement de jour en jour nous viennent nouvelles plaintes de divers murdres et oultrages commis sur noz subgietz indifleramment par mer et par terre, desquelz, pour ce que deue reparacion n'est faicte y est assez vraysemblable que autres attemptaz ont esté commis sur les vostres; lesquelzoïr^ tant d'une part que d'autre, ne nous est aucun plaisir, ainçois avons au cuer très amere des* plaisance toutes les foiz que par faulte de provision convenable ou autrement les congnoissons avoir esté commis ou préjudice des trieves et autres appointemens faiz entre nous et vous. Pour laquelle provision y donner denostre part, avons plusieurs foiz escript à nostre dit cousin, et de rechief lui en escrirons très voulentiers et ailleurs ou il appartendra, car singulièrement nous desirons l'avancement des matières encommencées et le repox et transquilité du povre peuple, qui tant longuement , à l'occasion delà guerre, a esté afïlicé et travaillié , comme nous croions fermement que de vostre part estes en semblable deûr. Et pour tousjours de plus en plus monstrer eiTectudnient le vouloir entier que nous avons au bien de paix et à la reparacion des excez et attemptaz dessus to» cliiez , commis tant par ceulx de vostre parti que du

nostre, nagaires par Valoiz le herault vous avons escript que avons ordonné envoier au Pont-de-1'Ârche , dedens le xv""' jour de ce présent mois de may , notables ambaxeurs, bien à plain instruiz de nostre voulentéy et qui de par nous auront bon et ample povoir pour besongnier avec les vostres , tant sur le fait desdiz attemptas et des fruiz et revenues des églises, que en la matière pricipale de paix y esperans que de vostre part semblablement le ferez. Et si avons depuis ce y pour aucunes choses touchans lesdictes matières , envoie devers vous et aucuns de vostre grant conseil nostre bien amé Edward Grymeston , escuier , nostre serviteur et famillier domestique , lequel nous espérons j à avoir esté devers vous.

En tant que touche le fait des navires et marchandises que dictes avoir esté prinscs sur la mer, appartenans à ceulx de Dieppe : vray est que certaine plainte nous a esté faicte de la part de Charles de Marez , capitaine de ladicte ville de Dieppe , à cause d'une nef et aucunes marchandises estans en icelle , qu'il disoit à lui appartenir , et par aucuns nos subgielz avoit esté prinse sur la mer. Laquelle chose venue à nostre congnoissance , avons , en toute diligence, envoie sur le lieu où l'en disoit ladicte nef avoir esté menée, et mandé très expressément que d'icelle nef et desdictes marchandises délivrance et restitucion feust faicte audit des Marez ou à son certain commandement, ainsi que selon la teneur desdictes trieves faire se devoit ; et telement y a esté procédé de par nous , que par nostre ordonnance le tout sera restitué et délivré audit des Marez, ou autre qu'il appartendra, toutes les foiz que requérir et avoir le

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vouidra. A quoy et à lareparacioD de lelz et semblables attemptas avons fait et ferons tousjoun tenir la mab par effect, quant le cas escheira, si avant que faire le devrons, en manière que les complaignans par raison devront estre contens. Et quant au dernier point , faisant mencion que avez envoie devers nostre dit cousin de Somerset aucuns de vostre dit conseil , garnis de povoir souffisant, pour besongnier sur le fait desdiz attemptas , de ce avons esté et sommes très joyeui » car en attendant ladicte prouchaine convencion, ilz pourront tousjours aucunes choses expédier , pour la reparacion d'iceulx , à Tavancement desdictes matières, èsquelles pour tousjours nous mettre en tout devoir, ferons, sans dissimulacion, tenir de nostre part moyens et termes si honnourables et raisonnables que toutes gens de bon entendement congnoistront clerement le cordial vouloir et entière affection que nous avons au bien d'icelles y à ce que elles puissent estre conduites, moyennant la grâce divine , en toute perfection de vraye et désirée paix ; vous priant que en persévérant au saint propox et bon vouloir que dictes y avoir, vucillez le semblable faire de vostre part. Et, très liault et puissant prince nostre très chier oncle , se chose vous est agréable (|ue pour vous faire puisions, vueilliez la nous signifier , pour nous y emploier de joyeux couraige , très voulentiers et de bon cuer , à Taide du Tout Puissant, qui par son plaisir vous ait et tiengne en sa très digne et cspeciale garde. Donné en nostre chastel de Wyjodesore le tiers jour de may.

Signé: Henrt.

Et plus bas : Paris.

Au dos: A très hault et puissant prince nostretrès chier oncle de France.

Receues à Chinon, par Perrinet le cheyaucheur, le xtui<! jour de may cccc xux.

(Original, Ms. fr. 4054, f. 77.)

13 mai.

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