‹ Chronique de Mathieu d'EscouchyChapitre 67 sur 90 · Evrard de la Marck · texte numérisé non relu

Evrard de la Marck

moyen et qu'en soyez content. Au demourant d'envoyer devers Farcevesque de Coulongne, de Trêves et du duc des Als, je croy qu'il n'en fera riens amplus. que dudit fait dudit Everrat, attendu la disposicion desdiz Ligois, en laquelle j'ay dit les avoir trouvé, comme dit est; et pour Ten mieulx desgouter, luy ay ramentu le fait de Gènes, en disant que tous autres seront tailliez d'y prendre exemple^ et que à lui et audit François ne pourroit estre que reboutement de plu» envoier nulle part. Si croy que du costé dudit Jehan plus ne s'en fera. C'est merveilles du desplaisir qu'on a eu dudit fait de Gènes, et se excusent ceulx qui ont esté les ungs sur les autres. C'est ung droit personnaige, et ne a guièresque leur début en estachevé, qui a esté par plusieurs et diverses foytf d'avant ledit Jehan ou pou de gens estoyent; mais . j'ay esté à tout, j'ay de tout autant dit à Martin' et à Pierre', comme audit Jehan. Et deux jours après, ledit Jehan me envoya quérir, et me dit que je deisse à aucuns de son conseil comme lesdiz Ligois vendroient devers luy et ledit François, leur requérir amistié et aliance et pour les servir envers tous et contre tous, comme plus au long il avait chargié audit Martin et Pierre me dire, lesquelx me ordonna croyre, et fere et dire sur ce qu'ilz me diroyent. Hz m'en dirent autant que ledit Jehan, etavecques ce que les principaulx des trente-deux mestiers veinrent par diverses foiz à moy, à une fois deux, l'autre troiz, et les ungs secre- * tement, les' autrui feignant eux venir esbatre avecques moy ; et que iceulx me dirent comme ilz cognois

i . Brezé. — 2. Précigny.

3i4 CUBOMQLK ilE MATHIEU D^ESCOUCUY.

soyent bien que lesdiz seigneurs estoit tous vostra et aucuns dudit pals ; mais que pour ce n'en tenoyent compte et que la puissance et force estoit d euli. d que sans nulle faulte pour tout le moysde juillet proochain oud'aoust, aucuns d'eulx, pour tous lesdix motiers, vendroyent vers ledit Jehan et puis devers ledit Françoys, pour requérir leurdictes aoaistië et aliance, pour eulx emploier et Fere envers tous et contre tous, tout tant qu'il leur plaira ordonner et commander; cl qu'ilz se faisoient fors que de chascune ville dudil païs vendroyent avecques eulx deux ou troys pav requérir comme eulx , ainsi que dit est , et qu'ilz me prièrent le tenir secret à celle (in que leurdit seigneur ne se voulsist essayer à les en cuidier destoumer, combien qu'ilz me dirent qu*ilz n'en feroyent riens pour lui ne à ung besoing autre chose» s'il ne lui plaisoM bien. Et me dirent que quant je l'auroye dit a aucuns dudit conseil ou autres, que je leur deisse qu'ilz le teinssent secret, pour la raison dessusdicte. Et au» que je deisse qu'il n'estoit riens que les dessusdiz pins vouidroyent que d'avoir à fere contre vous, et quepir ung adveu qu ilz auroient dudit Jehan ou dudit Fiançoys j qu'ilz vous meltroyent si mal que vous ne sçauriez où vous seriez. Et après ce que maîstie Louys eust sur ce expose sa créance à monseigneur d'Orléans y monseigneur de Dunoys, de par mondil seigneur d'Orléans, la dit oudit Jehan, lequel me ordonna dire à aucuns dudit cônseil| présent mondit, seigneur de Uunoys , tout autant qœ j'eo dy audit maistre Louys, présent mondit seigneur d'Orléans; devers lequel ledit Jehan voulut que je alaase tamb que ledit maistre Louys y estoit, et que je lui

trasse les instructions où il n'y avoit que bien ; mais il fut ordonné qu'il y auroit créance, qui estoit le principal pour dire ce ad quoy on tendoit à plusieurs particuliers, ainsi que je vous dy, et fut fait en enten<« cion que ou cas qu'on ne trouveroil les choses disposées à rencontre de vous, et se de ce en aucune manière vous en plaigniez, qu'on vous monslreroit ou feroit monstrer lesdictes instructions, affm que ne vous apperceussiés, ou les vostres^ duditcas. Et ad ceste cause ont retenu la copie desdictes instructions pour* monstrer ausdiz vostres, a environ quinze jours, qu'ilz cuîdoyenl que m'en deusse aler devers ledit Françoys; mais le mal de madicte main me a tenu, pour ce que je ne vous pouvoye escripre , et aussi le meilleur est que soye demouré : car j'ay sceu que ledit Jehan, ledit Martin et autres du conseil ont dit de ce que lesd^ vostres ont proposé, où j'estoye présent, et ledit Jehan* c'est {sic) monstre assés content de ladicte proposicion, et a dit que beaucop de choses de son costé fauldra alléguer et dire à l'encontre de vous et de \0^ S^^^y^ mais que il fauldra adviser quelque manière que à "vostre requeste il vous octroyé la pluspart de ce qae demandés. Ledit Martin dit que on la trouvera l|ien, attendu les allegacions qu'on fera contre vi;^s et les vostres, et depuis^ à part^ dit que vous ne obtendriez guières chose que demaridissiés, ou il vou^ cousterait des escus plus que dix mil pour luy ; et a dit à Regnault et à son frère le chan. * qu'il fault tellement fere qu'ilz en vaillent mieulx. Hz sont demourez eux troys ensemble de tenir tous moyenSret terme# pour

i . Jean et Guilladiiie Jouvenel des Ursins.

venir à cella, s'ilz puent, avanl que faciez riens; or, eulx troys se entendent fort, combien que ledit Martin ne dit pas devant eulx qu'il en vauldroit mieulx de»diz dix mil escuz, comme dit est. Mais bien leur dit le surplus, et me a dit qu'on a failly audit Gènes, et par especial qu'on a trouvé lesdiz Ligoys ausi mal disposez qu'il vous faudra entretenir le mieuls qa*oo porra ; et me dit que celuy de vostre orde qui est cy lui avoit dit que je avoye dit à plusieurs dudît tiè^, qui m'y avoit fait dire tout le pis du monde à rencontre de vous, et comment qu'il fut que en la presenoe desdiz vostres je disse qu'il ne me avoit cbargié dire de vous autre chose que bien, et que se je le faisoye aultrement, que je me mettroye en la mer devers ledit Jehan, el que attendu ce qu'il me faisoit faindre touchant ladicte matière, comme dit est, que je povoye croyre qu'il ne seroit pas content, se aultrement le Ûsoye, et ainsi je le leur a dit. Monseigneur, je suis seur qu'il n'y a homme audit paîs ad cui je ay dit que ledit Martin fut cause de madicte alée par de là et de y dire et fcre ce que autres foiz vous ay dit; et de tout ce ne ay parlé que à vous et à mesdiz seigneurs rostre chancellier et de Crouy, desquelx me avez asseuré tie tout tant que vous diroye et escriproye, et à euli aussi, estre du tout secret. Et vrayemeut, monseigneur, y me semble qu'il vous devroit souffire d'estre advise, sans aucune chose dire pourquoy Tadviseur piort avoir à besoingner ; vous vous porriez mettre tn td point que jamès personne ne vous oseroit de riens adviser; si vous feriez dommaige et à ceuls qui en ce vous auroyent servy. Pareillement, de ladicte creanor dudit maistre Louys, il n'y a personne audit pdto qni

osast maintenir que je luy aye dit le contenu d'icelle»< Monseigneur, je vous prie qu'il vous en souvieigtie pour une autres foys; vous ne gaigneriez riens quant, pour vous avoir servy, je prendroye mort ou à tout le moins ung bien grant mal. Ledit Martin a esté embrouillis jusques à avoir congië, mais tant a fait qu'il scet (sic) replanquië,et a tant fait pour le présent qu'il est bien de Geffroy * , de par lequel avoit esté son esbranlement; et se alye le mieulx qu'il puet de tous. Mais je ne pourroye croyre que cest aschac ' qu'ij , a eu ne lui tombe en ung mat; car ledit Françoys est toujours de piz en piz mal content de luy et aussi il luy fait assés le pourquoy devers ledit Jehan. Ledit François a prins, depuis ung pou, ung train de merveilleuse prudence, et beaucoup y a cy qu'ilz le prenent à craindre plus qu'onques, mais et jugent, attendu sondit train, que tout est taillié passer par luy, mais qu'il se treuve cy, dont n'est encores nouvelles qu'il y viegne. I^dit Martin a dit que puis que il ne l'ame, aussi ne fait-il lui^ et que, tant que porra, tendra son cas, et en adviegne ce qu'il en porra advenir. Monseigneur, tout considéré, me semble queferezbien de tout entretenir, et de tachier à obtenir ce que vpsdiz gens ont requis de par vous; mais se vous m'en cre^s, il ne vous coustera riens, et ne vous entendrez que bien à point avecques ledit Martin, car son fait n'est pâ|^ ediflié de syement. J ai très bien besoigné pour vous devers ledit Jehan, comme dessus est dit ; devers ledit Françoys en f^ray autant, se je puis, et par mon serviteur pom'teur de cestes, Jii&ais qu'il soit revenu, je

'' i. Charles d'Anjou. — 2. Cet échec. 4b^^

VOUS escripray ce que je y auray trouvé et bit, etploi tost le feroye , mais je ne me oseroye descouvrir à autres des miens que à cestuy d^envoier devers vom, lequel n'est pas des plus malicieux du monde, et il cit d'un de voz pais; et cuide que pour ung certain mariaige pour moy, je envoyé devers vous. Monseigneur, de toutes autres nouvelles qui à présent cy querentet dont on puet escripre , croy que vosdiz gens ad ceste heure vous en ont escript ce qui en est; pour qiioj autre escripture ne vous en fais. L'ambaxade est piep partie pour aler en Angleterre. On ne voyt pas derqiie les Angloix tunbent à paix, sans avoir ce que tousjoun ont demandé, qu'on ne fera point pour riens; cb grant trêves vouldroyent bien tunber, et tenir ce qulb tiennent. Et se ledit Martin et Pierre puent, seroni tailliez d'ainsi le fere passer, moyennant grant sommes deniers, que eulx et lesdiz Regnault et son firère espèrent en avoir ; autresment on tumbera en guerre, et se èsdictes trêves on tumbe, ilz vous trouveront quelque chose à redire, pour avoir du vostre; et secs ladicte guerre, croy es que vous serez prié, et autrement traictié que ne avez jusques cy depuis la paix. SIod très re., etc., mandez Cro (?) etc.

Monseigneur , en alant devers vous derrenièrement que m'y trouvé, je escrips à. Paris que je y seroyei mig certain jour , auquel je failly pour ce que tant ne teintez; pour quoy j'ay eu dommaige de trois censfrans, ou jamais Dieu ne me puisse aidier. Et pour ce si scmh vent vous escripvoye qu'il vous pleust me délivrer; 01 à mesdiz seigneurs vostre chancellier et de Cra^ bien le leur dy. Si vous prie, monseigneur, qu'il vov

|>Iaise me aidier de cent escus pour me aidier à entretenir, et à mondit serviteur les fere bailler pour me aidier y et tousjours, monseigneur, mettre peine de vous bien et loyaulment servir.

Du fait de Mullain, etc., comme on a fait cy savoir qye il est.

Donné pour copie. Sîgn^ : Botuti.

Item, après ce que mondit seigneur le Daulphin et son conseil eurent esté requis de par monseigneur le lieutenant de monseigneur le bailly de Mascon , seneschal de Lion , et par ledit maistre Guillaume Becey , procureur substitut du Roy oudit Lion, de remettre ledit Mariete , mondit seigneur escripvy et fit response, par ses lettres closes, audit lieutenant de Lion, nommé maistre Pierre Buyer, licencié en loys, que sur ceste matière il avoit escript nagaires au Roy, auquel il attendoit de jour en jour avoir nouvelles ; lesquelles eues , feroit sur ce ce qu'il plairoit au Roy luy ordonner et commander , et que pour ce la chose touche grandement le Roy et mondit seigneur, et requiert célérité, que icelluy lieutenant veint audit lieu de la Coste, et amenast avecques lui ledit procureur substitut du Roy et le greffier de la court du Roy oudit Lion ; pour besoingner et faire en ladicte matière, ainsi que le cas le requiert et qu'il verroit estre à faire.

Ouquel lieu de la Coste arrivèrent le mardi douziesme jour dudit moys de mars au soir y lesdiz maistres Pierre Buyer , Guillaume Becey, procureur substitut du Roy, et maistre Estienne Coillet, notaire royal et tabellion publique, greffier de la court du Roy en la senesdbaussée de Lyon.

330 CHRONIQUE DE MATHIEU D'ESœUCHT.

Et tantost après y arrivèrent mesdiz seignewi la cbancelliery gouverneur, Guy Pape et moy Jehan Botu , notaire et secrétaire dessus nommez.

Et l'endemain qui fut mercredi tresiesme jour dodh moys de mars ou matin , alèrent ou chastel duditUeu de la Coste-Saint-Ândry y devers ledit Mariete, kadii maistres Guy Pape , Pierre Buyer, lieutenant , et Guillaume Becey, procureur substitut du Roy à Lion ; par lesquelx , après qu'ilz eurent receu dudit Mariete le serement aux saintes euvangiles de Dieu de dire, confesser , respondre et non celler la venté ; en la pr^ sence aussi de nous Estienne Coillet et Jehan Boto, dessus nommez, lui firent lire tout le contenu éfl moires par lui confessez avoir escripz, et les ponses qu'il a faictespar deux foix sur iceulx, de not à mot y ainsi que dessus est contenu, en le répétant; en lui disant que se il veult rien cbangier, adjousicr ou diminuer en sesdictes responces , qu'il le face aini qu'il lui semblera estre vray , et qu*il adviae à a conscience de non dire ne chargier ou desdiargicr aucun oultre et contre vérité, pour quelque occasioo que ce soit; et sur ce le ammonestant et enortant, par plusieurs et diverses foys et parolles notables. Lequel a respondu et dit , en très-belle manière de parler, que il scet bien qu'il a offendu envers Dieu, premièrement, le Roy^ et mondit seigneur , et que 8*il ne vient de leur grâce et miséricorde , il a bien deaserry la mort. Et que s'il leur plaisoit fere ladicte graoSi aussi bien laisseroit-il le monde, et ne feroit jamais qna prier Dieu pour le Roy et mondit seigneur. Mais il | prent sur la dampnacion de son ame qu*il n*a dit w$ dira que la venté , sans varier , et (]6e ce qu'il a dï «^

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 33i

et dira , il veult maintenir pour vray devant Dieu et tout le monde.

Et oye la lecture desdiz mémoires et articles de mot à mot, et aussi de sesdictes responses y dit qu'il ad voue et veult persister en sesdictes responses et y persiste.

Et oultre plus dit que du contenu ou xxxv* article , mondit seigneur le seneschal lui cbargast fort d'en parler à monseigneur de Bourgoigne.

Et généralement de tous les articles parlans de monseigneur de Bourgoigne , dit que mondit seigneur le seneschal les lui fit escrire ; et depuis, eue par lui la lecture d'iceulx, demourèrent ainsi qu'ilz estoyentescripz , sans ce qu'il y feust riens changié , et le faisoit fere ledit monseigneur le seneschal, ainsi que ledit Mariete povoit entendre à son parler, à trois fins. C'est assavoir , pour sentir en quel estât estoit mondit seigneur de Bourgoigne avecques les Ângloiz , car ledit Bourgoigne avoit envoyé en Angleterre le bastart de Saint-Pol , seigneur de Hagordin. Item^ pour savoir en quel estât estoit mondit seigneur de Bourgoigne avecques mondit seigneur le Daulphin ; et pour savoir aussi en quel estât estoit le Roy d'Aragon avecques mondit seigneur de Bourgoigne.

Interrogué sur les lettres missoires , quelles choses il dist à mondit seigneur de Bourgoigne sur ce point : yous dire ce que pour riens n* eusse escripi^ dit qu'il lui dist et parla de ce qui est contenu èsdiz articles , dont ledit seneschal Tavojt chargië ; dit aussi sur les articles que lui fist escrire ledit seneschal pour dire au Roy, touchant mondit seigneur le Daulphin, que, selon ce qu'il entendit dudit seneschal , c'estoit pour {dus

332 CHRONIQUE DE MATHIEU lyESœUCHY.

tousjours esloignier du Roy mondit seigneur le Dtulphin.

Sur les noms et fictions trouvez ou coffre duditBbriete à Valence , interrogiié , sans lui en fere exhibicion, dit qu'il les trouva à Nancy, dessoubz Tare de pierre j partant de Tostel du Roy et tirant en Tostd dudit senesclial , et depuis les garda. Et après qu'il a esté exorté et amonesté plusieurs foys de dire vérité, a dit et confessé , dicté et nommé de sa bouche, les avoir escrips. Interrogué en quel lieu ne à quelle fin , dit qu'il les escripvy à Chalon lors que monseigneur k Daulphin estoit malade à Nancy, parle commandement duquel il aloit devers mondit seigneur de Bourgoigne; et lui avoit chargié audit Chalons parler à mondit seigneur le senesclial pour entresuyr la matière devant mondit seigneur de Bourgoigne, ainsi que bon hn sembleroit, touchant la requeste qu'il lui aloit fere à avoir son consentement d'avoyr certain ayde des gens du pays engagiez es mains de mondit seigneur de Bourgoigne , par le traicté de la paix ; ouquel lieu de Chalons ledit seneschal lui devisa l'instruction touchant ledit octroy, laquelle fut mise en ung blanc de mondit seigneur. Et après ce lui dist qu'il lui escriroil de sa main , comme il fit par une manière qu'il disoit se entendre aveeques lui. Et lors avecques ce lui diit que , s'il vouloit bien gaigner mondit seigneur de Boa^ goigne et par especial ceulx qui estoient en gouvera^ ment entour lui , comme messeigneurs son chancuBer et de Croy , qu'il seroit bon que ledit Mariele leurdeiit que doresenavant il serviroit mondit seigneur de Boar^ goigne et eulx^ et qu'il eust une mannière d'esqpre i mondit seigneur de Bourgoigne par certains noms ii-

terpretans les noms du Roy , de la Relue , de mondit seigneur, de feue Madame, du Roy de Cécile, et des autres seigneurs et dames de la court; et lui dit que tous les noms des dessusdiz de la court il meist par escript, et lui en nomma plusieurs. Lesquelx noms il escrivy , comme dit est, et d'iceulx en bailla une copie à mondit seigneur de Bourgoigne , à lui mesmes , quant il fut devers lui. Et depuis ledit Mariete a longtemps gardé lesdiz noms sans s*en ayder, jusques tantost après pas* ques derrenièrement passez, qu'il escripvy audit monseigneur de Bourgoigne unes lettres, par le conseil dudit seneschal, pour tousjours mieulx entretenir ledit Bourgoigne, dont il reteint la minute, laquelle, avant qu'elle feust grossée , ledit seneschal vit tout du long. Interrogué se mondit seigneur le seneschal vit ladicte fiction des noms , dit qu'il ne lui en souvient.

Item^ dit ledit Mariete que à la response des lettres escriptes à mondit seigneur de Bourgoigne , dont dessus est touchié , mondit seigneur de Bourgoigne lui escrivy , ainsi qu'il appart par ses lettres, trouvées à Lion, en la maison où il demouroit, par ledit maistre Pierre Buyer, lieutenant, dont on lui a monstre ia copie , laquelle copie il croyt bien estre semblable à l'original; toutes foys se plus ou moins y avoit, il s'eu^ rapporte audit original.

Item , quant à unes autre copie <fe letâres escriptes parJif» cliaucellier de Bourgoigne audit Mariete, dit qué^e fut resp&nse qu'il luy escrivy de Mons en Haynault, allant au Lieige; laquelle co|de croit estre semniable à l'dl^iginal comme de la dessiûklicte. Desquellp|| ensefdble de certains articles escrip2 au pié de la copie desdictes lettres ,' les teneurs s'ensuyyent :

quant j'eusse servy ung petit seigneur, que au il me heust norry et habillié.

X. Itenij que je luy apporte des peaubi qui lui seront bonnes pour son pyé, etc.

XI. Item^ lui demander ce qui veult que j'escripw à monseigneur de So., etc.

Collacion est faicte à ladicte cofne.

Signé : S. Coilleii.

BoTun.

Sur lesquelx articles a esté interroguë ledit Bbriele, lequel a dit et respondu, dicté et nommé desa propra bouche y de mot à mot, comme il s'ensuyt :

Premièrement^ sur le premier article» dit que ung jour il se trouva en la chambre de monseigneur le chancellier de France, à quelle heure et où ce ftit, ne lui souvient pour le présent ; lesquelx nommés article ensemble parlèrent que monseigneur le chai demoureroit bien, et que ce (j/c) monseigneur le Daulphin est oit par delà, par avanture pourroit-oo bien tout appoinctier ; mais il ne scet à quelle fin ne pour quoy ilz parloient, et pour ce qu'il ouyt parler de oe mot appointement j le rapporta à mondit seigoeor: Et autre chose n'ouyst. ^

Sur le II* article, dit que mondit seigneiar le aelieschal lui dit que monseigneur le chancellier avoit UA remonstré au Roy le service qu'il lui povoit fere, d qu'il estoit cause de beaucop de bonnes chosesiad^ nues au Roy, puis qu'il entra en partie en -gouverna^ ment, comme d^avoir esté cause d'avoir (ah joindié monseigneur de Bretaigne ; et plusieurs autres boniM parolles en faveur dudit seneschal. A quoy le Rflj

s^arresta fort; aussi lui deist ledit monseigneur le seneschal que monseigneur de Bleynville s'estoyt replacque avecques luy, lequel après cela Tavoit replacqué avecques monseigneur Charles d'Anjou.

Sur le m'' article, dit qu'il trouva ung des gens de messire Jaques de Chabannes à Lion, lequel lui dist que ledit messire Jaques, son maistre, estoit tout ung avecques mondit seigneur le seneschal.

Sur le iiii" article, dit que ledit seneschal lui dist que le Roy entretient Anlhoine de Chabannes pour cause que mondit seigneur le hait, et que ce ledit seneschal conseilla au Roy, disant que ledit Chabannes mettroit plus grant peyne à le bien loyaulment servir, doublant de tumber es mains de mondit seigneur.

Sur le v^ article, dit que ledit seneschal luy dist que le Roy cognoissoit bien qu'il n'avoit point encor homme de qui il se peust mieulx servir ou lieu où il estoit, et qu'il pansoit bien que, s'il eust eu autre pour bouter en son lieu à le povoir servir aussi bien que il le savoit et povoit faire, que par aventure il eust esté esloiguié, mais que cela seroit cause de le bouter plus avanty pour ce que le Roy avoit esté bien informé de ce qu'il luy povoit servir comme dit est.

Sur le vf article, dit que à Mehun-sur-Evre il entendit du barbier du Roy, grenetier de Paris, qu'il avoit senty qu'il y avoit patouilliz entre monseigneur le seneschal et monseigneur de Bleynville, sans autre chose lui declairer ne dire. Et depuis, à une autre foiz, ledit Mariete lui entra en lengaige que ce povoit estre dudit patouilliz, lequel lui dist en celte manière : oc Je ne sçay , il me semble qu'ilz ressont bien arrière ensemble; je n'entens point leur fait. »

338 CHRONIQUE D£ MATHIEU D'ESCOUCHT.

Sur le vil* article, dit qa'il ne lin souvient présent de la matière pour qooy il eacripvy.

Sur les Tiii*, ix% x^ el zf articles, dit qneoaaant» cunes choses touchans son fait^ deagiidi U pvh i mondit seigneur le Daulphin.

Et aussi toutes les choses contenues èadiM «m» ticles il mist par escript, et lescuide avilir ifialtti mondit seigneur le Daulphin.

Ausquelx articles et autres choses dessusdidoii A ledit Mariete avoir dépose comme dit est, et ainsa fK en sa conscience lui puet souvenir poar la toutesfois pour la indisposicion et auctine quil dit avoir eu en sa personne, ne kii puet souvenir de tout, mais ce qu*il adit est vray et lepiatf sur sa conscience et dampnacion de son ame, rtk veult dire et maintenir devant tout le mondes et An* il ou lieu et article de la mort; protestant que sed'i cune chose lui souvient plus avant, de le dira, rer et y adjouster, sans toutes voyes y riens ne muer eu la substance et eflect des matîèras, que, lui venu à convalescence, luy viendra mémoire.

Ainsi comme dessus est contenu, a dit, eooSèmié persévéré ledit Mariete, répété et recoLé oonuasdH j est, en présence de moy Estienne CoiUet, notaiitli' | i>ellion et greffier royal dessus nomme, et de métn I Jehan Botu^ tabellion royal et secrétaire ttsiplwri avecques lequel j'ay ce signé de mon seing manes^ A la licence de mesdis seigneurs le chancellier da DêêI^ phiné et lieutenant de Lion.

Signé : S. Ccmuan.

Ainsi est. Sign^:Etmm.

PIÈCES JI}fiTlFIC4Tl¥Bi. 3i9

L'an de graoe rail quatre een^ quarante hvit et le samedi après le dimencbe de quasimodo, sixiesme d'avril, ou lieu de Saint-Esiienne ou Daulphiné, ledit maistre Guillaume Mariete, répété et recolé sur ses respoDseS) confessions et autres choses dessusdictes par mondit seigneur le chancellier du Daulphin^, en la présence de niesseigneurs messire Guillaume de CoFsillion, chevalier, bailli du pays bas du Daulph\né; de noble Geoffroy Eschauçon, maistre 4*ostel de mpu» dit seigneur le Daulphin; de maistre Pierre QMyer, liœiicié en loys, lieutenant de monseigneur le bailli de Lion; de maistre Guillauipe Becey, licentié en loys, proeureur substitut du Roy nostre sire en la senes*» diaucëe de Lion ; et de moy Estienne Coillet, notaire et labellion royal, ^ussi greffier de la court du Roy Dostre dit seigneur à Lion, icellui maistre Guillaume Mariete, après ce que ledit procès lui a este levi de mol à mot et qu'il a esté par mesdiz seigneurs par plusieurs foys, et par belles et douces paroUes, sommé, requise! amoneste et enorté dire en ceste matière la pure vérité ; et que s'il avoit dit sur ce aucune chose qui ne feust véritable, qu'il epiendast et corrigast tout ce qui seroit a emender et corriger, sans chargier ou deSf chargier personne contre verit^ et forme de raison, a dit et respondu que voyrement qu'il a esté et est tousjours de propos dire, et a dit et dira en oe^te ma-* tière la pure vérité; disant qu'il ne gaigneroit riens accuser personne contre vérité pour ce, ear, cela faisant, il ne seroy t de riens justiffié ne acquicté en ceste matière, et pour ce a juré par son serement touchant les sains euvangiles de Dieu, dire sur cela pure vérité, sans niesler en son fait aucune fauketé. Et ce fait.

a esté procédé avecques ledit Mariete comme il s misait :

Et premièrement, sur le premier article de certains interrogatoires, insérés oudit procès, commençau premièrement : Sur certaine rasure^ etc., ledit maistit Guillaume Mariete, répété et recelé, dit qu'il est vra; ce qu'il a autre foys dit; et adjouste après ces mos: Et porroit bien besoi^tier tout seul^ etc.^ ce qui s*en« suyt : attendu que ladicte commission porte : appeUtz les officiers du Roy.

Sur le second article desdiz interrogatoires, repelr et recolé, dit et adjouste après ces mos : ji ce quUû dity etc. , ce qui s*ensuy t : car seulement déposa hdicte rasure avoir faicte pour ce que monseigneur ^a^ genlier lui promist qu*il ne seroyt point mys en prison ; mais au regart de ladicte rasure, il dil comme il a dit au premier et précèdent articles.

Sur les autres articles desdiz interrogatoires, rcpelê et recolé, persévère.

Sur sa response faicte sur les memoriauU trouvet en ses boetez, insérés oudit procès, dès le dimeocfac troysiesme de mars derrenier passé, lundi et mard? ensuyvans, jusques le mercredi sixiesme dudit moysy répété, persévère ; adjoustant au derrenier iuterrogitoire de sadicte response, après ces mos : environ a ung anj etc., qu'il escripvy et dist au Roy environ li Saint-Jelian derrenier passée.

Sur sa response faicte sur lesdiz memoriauU le mercredi sixiesme dudit moys de mars jusques an huictiesme d'icellui moys, répété, persévère; adjou^ tant après ces mos: de lostelde rnondit seigneur ^€iz.^ ce qui s ensuyt : et aussi la plus part des choses psr-

tent d'aucunes gens qui sont d'entour luy qui lui mettent la folie en la teste^ pour quoy à la fin ne vous en sauroit que bon gré quant il le sauroit. Âdjoustant en oultre sur ce qu'il a dit qiiil a bien desseruy la mortj etc. y qu'il entend que s'il estoit ou lit de la mort, qu'il prend sur sa conscience que ce qui là est aprèsle mot conscience est vray.

Sur la response et repeticion faicte surlesdiz mémoriaulx le samedi ix" dudit moys de mars, répété, persévère, sauf que en l'article commençant : Et en réparant^ etc., a erreur sur le mot lxii", car il y doit avoir lxi*.

Sur la repeticion faicte le mercredi xui* dudit moys de mars, répété et recolé, persévère.

Interrogué s'il a faicte la protestacion estant au bot dudit procès en la forme là contenue, dit que véritablement il Ta faicte, dictée, ordonnée et nommée de mot à mot de sa propre bouche, comme là est contenu.

Ainsi est. Signe : S. Coilleti.

(Original, Ms. Saint-Germain français, vol. 2044.)

Lettre sur la bataille de Kossoça.

Coppye de certaines lettres escriptes en Constantinoble , le VII* jour de décembre. Tan xlviii*

Primes le jour de Sainte Croys, xim** de septembre, l'an dessusdit^ le très victorieux chevallier nommé le

34i CHRONIQUE DE MATHIEU lyESOOUCHY.

Blanc, lequel est vaivode de Hongrye, qui vault an tant à dire comme mareschal, aocompaingna H mA ensemble jiisqiies au nombre de quarante mile hommes, tant de piet comme de cheval, tant de HoDf[m comme de Poulenne, de la Valacquie et d'aultrtt pays ; et avec sadicte armée amena de sept k Tni* du» rioS) lyés de chaînes de fer Tun à l'autre^ eos èiqueh charios, touttes les nuis, ledit Blanc et non Ml ertoit logyé et achainté, et s'appellent lesdis charios vaghembours, et sur lesdis diarios a grant fimoa ^coglaires et coulouvrînes. Et en chesie manière ledit Blanc et sa puissance passèrent la rivière de la Dmioe.

Le Grant Turc incontinent fut au vray adirertr ^ le Blanc, accompagniet comme dit est, estok piaé la Dunoe en espérant de venir combatre ledh Ttec, et {K)ur cheste nouvelle hastivement en^roju par toutte son obéissance, tant eu la Grene en son pays de Turquie, plus grant et phn eapKi mandement que oncques n'avoit fait en son WÊÊfL Et tant assembla gens que viex que jôuenesi que u puissance au vray fu nommée et nombnèe à nn * ode hommes.

Itenij incontinent que le Blanc fut adverty au vnt par certaines espyes et bon chevaucheurs que ledit Turc estoit aux champs atout sa grant puissance, ledit Blanc se desloga en moult belle ordonnance cC tousjours atout son charoy, et Umt 'dieoûna ledit Blanc que il approcha à une journée près de son an^* miz. Et la place où ledit Blanc se loga estoit k dfeoi journées près d'une bonne ville qui s'appelle ScaRje, en une champaigne nommée Prirtene ; el là flo la taille entre ledit Blanc et le Grant Tutfc le i

Iaic, xvui* jour d'octobre audit an ; et à chely jour et audit lieu \e Grant Turc assailli nos gens^ accompai- §Diet de im'' mille hommes ; et dura la bataille depuis ▼ni eures au matin jusques entre quatre et ▼ eures apprès mydy ; et tant se combatirent que, pour la nuit quy vint, noz gens se retrairent en leurs charyos. Bl loutte la journée nos gens ne perdirent point plus de xnii^ à xV hommes ; et desdis Turs en chelle jour« née y monit mi" mille Turs.

Item^ quant les Turs eurent advisë la manière que Doz gens eurent, chest assavoir qu'il/, s'estoient tous logyës dedenslesdis charrois, l'une partye desdis Turs •asaillirent noz gens toutte la nuit, lesquelx y cooquestèrent bien po, car nos gens se deffendoient mer«- ▼eilleusemeot de canons, de couleuvrines, tant qo*ilz firent très grant dommage aulx Turs et pour chaste miit ne firent riens.

ffemj quant vint à l'endemain droit à l'aube du jour, et que le Grant Turc eult advisé la manière que tenoyent noz crestyens, luy, atout sa grosse bataille et lOQs ses aultrez gens qu'il avoit , s'en vint de très grant oirre pour venir enclorre et assegier nos gens, et loy pooit sembler que se une foys les pooit avoir enclos oudit charroy, que il les anoit tantost aflamés.

/if/ra, incontinent que le Blanc percliut venir le Tore, il s'appensa et advisa que, s'il estoit assegiés là dedens, que cbe luy porroit tourner à très grant damage. £t prestement party hors de son charroy, atout ses batailles, en très belle ordonnance, et vint aasamblertrès baudement aux Turs. Et dura la bataille d» pois le matin jinques entre deux et trois eures apprès mydy« Lequel jour, par droit comptai y norut un"

344 CHRONIQUE DE BIATHIEU D'ESOOUCHT.

XVIII mille Turs, et en la compaignie dudit Blanc esr toyent cheulx de la Yalacquie, lesquelx estoient eimron X ""y eulx veans que le Blanc estoit au deseure de ses anemisy par une malvaise traison et envye, ycbeulx de la Valac(|uie s'enfouirent et abandonnèrent k Blanc. Et quant ledit Blanc vey et apperchut la fiuuseté et malvaisté desdis Valacques, lui seaiblant que très fort estoit sa puissance amenrye, et ossy que gens estoyent las et traveilliés, il se retrait en charyosy car à Teure n*avoit point plus de xxx mille hommes avoec ledit Blanc. Et ossy pareillement les Turs se retrairent en lor tentes, esperans de Tendemain de ravoir de rechief la bataille à Tencontre des nostres.

Item y le lendemain devant le jour, de deux ou trois heures, ledit Blanc fist recoellier et trousser toalte son artillerye et ses charrois, et se party et mist à diemin, et vint à une ville qui s'appelle Bellegrade, qm est à lu y, laquelle est à un journées de là où avoiteslJ la bataille.

Item^ che dit jour matin, le Turc se |>arty de ses tentes et ordonna ses batailles, et vint tout droit oq champ de la bataille, ouquel lieu cuida trouver nos gens; et bien furent esbahis, et ne firent point de poursuite ; mais ilz trouvèrent les charetons des Valaoqaes qui s*en estoient fuis, et les taillèrent tous en piècbes. Et chertainement, se les Valacques ne s'en fussent fuvs. le (irant Turc estoit desconfis sans nulle remède. Et |)eidY ledit Blanc en touttes les deux journées de VI à vil mille hommes, que mors que prins ; desquek prisonniers s*en sont eschappé de la main des Tuis environ quarante, et sont venu en ConstauitiDoUe ; d

s'en voDt à Venise sur uue nef qui les y maine pour l'amour de Dieu, pour retourner en leur pays.

Item^ environ de xx jours apprès la bataille^ le Grant Turc bailla à Tun de ses amiraux^ lequel estoit filz au seigneur de la Valacquie, et est crestien malvaisy environ xxx mille Turs ^ aflin que ledit Blz du Valacque se tirast vers le pays de la Valacquie, pour à forche le conquérir et s'en feist seigneur, et le mettre en l'obéissance du Turc.

Item, ycelles nouvelles vindrent à la congnoissance dudit Blanc. Prestement et très hastivement assamble gens tant comme il pot finer, et tira vers le pays de la Valacquie, et trouva le filz du Valacque atout ses Turs. Hz se mirent en ordonnance de l'un cousté et de l'autre ; et y eult très grosse bataille. En la fin furent les urs desconfis ; et y en morut en la plache xx mille Turs, et le filz du Valacque pris ; et incontinent qu'il fu pris le Blanc luifist crever les deux iex, et puis lui fist trenchier la teste. Et maintenant le Blanc est seigneur de toutte la Valacquie, qui est ung très grant pays.

Item, delà apprès ledit Blanc, atoutte sa puissance, s'est tret ou pays Servye, pour ce que le dispot du pays avoit promis audit Blanc, quant ledit Blanc ala cornbatre le Grant Turc, que il luy envoyeroit xx millecombatans de son pays pour luy aydier; de laquelle chose il ne fist riens. Et pour tant le Blanc a livré et fait sy aspre guerre audit dispot qu'il a tout conquis son pays de Servye et mis en son obéissance, et le dispot pris, et luy a fait crever les ieux et copper les deux mains ; et par ainsy est le Blanc seigneur du pays de Servye; et dist-on qu'il assemble gens pour encore une foys combatre le Turc.

3(i6 CHRONIQUE DE MATHIEU D*E8G0UCHT.

Item y ossy est vray que TEmpereur de CoiMtaiilinoble est mort, et trespassa la nait de la Tamitiitn Et est partye une nef de (^ndye qui vient en la Mûm pour quérir le dispot frère de rEmpereur, pour amener en Constantinoble. Et dist-oû pour (seitaÎD cjne le Turc fi^est délibéré de faire guerre du tout aux Graei, à oeulx qui ne sont en son obeîasanoe.

O^ lit au dos : Dm bnuillOT du Blftne à l'cAeenitt ém Itei. (Copie du temps, Ms. fr. 1278, f. ISB.)

Assassinat de Guillaume de Flayy.

9 Bian IM9.

Du jeudi derrenier jour de juillet mil nu' xlix.

En la cause d^entre Blanche d*Ourebrec, vioonteofe dTAcj, vefve de feu Guillaume de Flayy».., d'une part; etlepia- <nireuT gênerai du Roy nostre sire et nnsaiie iShariv de Flavy, firère dndit feuGuillamae da fla^..., d^aolra paie

Plaidoirie de Poignant.

Dit que Flavy estoit notable eaciner, c/ak s'estoit bien et grandement gouverne en toua avoit bien servy le Roy ou fait de ses guerm^ 4 mement à la garde de Compiègne dont «voit màà capitaine ; et estoit yssu de bien grande et uobk fign^t parent des seigneurs de Heugea, de fiar, deSnMt*Fal« de LuxembourgydeHarreoourtet aotna^ OQBamennto^ fois a esté dit eu la cause pendent eeanaeam Mil It

fili du feu Tnare8cbal de Rieux^ qu*ii employé quant à oe. Dit que feu messire Robert d*Ovrebreuc^ père de ladicte Btancbe^ esloit natif du pays de Bouiennoys ; ne scet s*il estoit gentilhomme ou non. Mais une fois Flavy y estant de par le Roy ôudit pays de Boulemioyi , s'en énquist, et trouva que ses paréos eatoient cordouaoniers, cousturiers, et autres gens de bas estât. Et fiit niarié deux fois, et estoit sa première femme fille d*un vigneron, et la seconde, c'est assavoir Anne de Francières, mère de ladicte Blanche, estoit geMil femme. Laquelle demouroiten Tostel de Sainct* Venant, et illec seaccointa d'un prestre, et à une fois, ledit messire Robert estaf^t oudit hostel de Sainct-Venant) on lui demanda s'il se vouloit marier; et après soupper^ lui fist^on fiancer ladicte Anne de Francières ; et environ deux jours après furent mariez ensemble. Et s'en allèrent demourer en une uestairie près Reims^ apparte^ nant aux religieux de Saincl^Denys en France, et illec faisoient le charbon et le portoient vendre à Reims. Dit que après Guy la Personne, vioonte d'Acy, ala de vie à trépas^ et vint sa succession ausdit messire Robert et sa femme, qui firent tant que Flavy leapousa ladicte Blanche leur fille; et s'i accorda Flavy p«r ce que ung angloiz nommé Jacotki, qui se tenoit avec feu tneteire Jehan de Lucemboorg, k vouloit ^[9oit en mariage, et doubtoit Flavy que inconvénient en adven^ si^ se les places d'icelle Blanche tomboieM es Mains dudit angloit. Et estoit icelle Blanche hieo jeune quant Flavy Tespousa, et la cuida instruire en bornes meura, mais ne pot; et estoient ses terres endebtées de plus de troys cens mille esooi, et, entre autres, messire JehM âe Cbevery y domande bien dnqmnie mil esoM «t le

348 CHRONIQUE DE MATHIEU lyESGOUCBT.

cliastel de ^eele ; et sy y a plusieurs autres creandm et rentiers, dont Flavy a acquitté partie. Dit que hdicte Blanche, durant le temps qu*elle a esté mariée avec Flavy 9 excepté de sa personne , s'est gouvernée bieo petitement , car estoit fort sur sa bouche, et mesmement au regart de boire ; et souvent, elle estant à table, (|uant avoit bien beu, elle retenoit du vin en sa boudie et le gectoit es visaiges de ceulxqui estoient presens, et après aloit pisser comme ung homme contre ung mur, toute debouty sans aucune vergoigne. Et, à la vérité, ledit Flavy la traictoit doulcement. Et pour la cuider aucunement réprimer et réduire à sobriété, parce qu'elle estoit fort sur sa bouche , comme dit est , lui avoit baillé 9 puis troys ans en ça, le gouvernement du vm, et lui faisoit faire la despence de son hostel. Et si lui bailla plusieurs damoiselles pour la servir et aooiiipaigner , mais elle ne les vouloit souffrir et les batoit ; et mesmement bâtit une foiz la femme de Jehan Varlet, qui estoit avec elle.

Au regard de la mort dudit feu Flavy, dit que, quelque chose que portent lesdictes lettres de remission, n'y a excuscicion pour ladicte Blanche, et à h venté elle y le bastard d' Aurbandas et le barbier avoîent machiné en sa mort plus d'un am avant qu*ila le tuassent. Et, par conspiracion faicte entre eulx, ledit barbier, qui avoit accoustumé mettre ou nez de Flavy, oà il avoit mal, tentes oinctes d'oignemens appropriei à ladicte maladie, oigny lesdictes tentes, environ deux ou troys jours avant la mort, d'oignemens contraires à icelle maladie, et tantost après le visage lui enfla et en fut très fort malade. Dit que le neufiesme jour de man derrenier passé après disner, Flavy, qui icellui jouravoit

compte à ses gens, s*en ala dormir en sa chambre, en laquelle avoit ung huis yssant sur les murs, qui estoil scellé ; et incontinent qu'il fut couché, elle faigny qu'elle vouloit dormir avec luy , et en feist aler de ladicte chambre ung nommé Bascoigne, qui y avoit acoustumé coucher; et quant Flavy fut endormy, elle ouvry ledit huis, et par icellui fist venir en la chambre ledit bastard, qui avoit ung gros baston fendu, et elle print ung origlier et le mist sur le visage dudit Flavy, qui dormoit, et ledit bastard monta sur icellui Flavy pour Testouffer et lui donna dudit baston sur la teste. Et lors Flavy s'escria, et au cry ledit Bascoigne, qui estoit auprès de ladicte chambre, vint, et lui ouvrit icelle Blanche l'uis d'icelle chambre, et incontinent qu*il fut entré , ledit bastard le voult tuer, et convint qu il s en saillist. Et après icellui bastard frappa d'un couteau Flavy

parmy le coul tellement qu'il le tua. Et dit que ceulx qui entrèrent en ladicte chambre le trouvèrent à terre auprès du lit, et aussi y trouvèrent icelle Blanche qui avoit sa robe soubz ledit de Flavy, tellement qu'elle ne la povoit avoir; laquelle robe et aussi les couvre chepz et mains de ladicte Blanche estoient tous plains de sang.

Du jeudi xx!!!*" jour de février cccc lxiii.

Entre messire Raoul de Flavy, chevallier, frère de feu messire Charles de Flavy, et héritier de Chariot de Flavy et dudit messire Charles de Flavj', demandeurs, d'une part; et messire Pierre Louvain, chevallier, et dame Blanche d'Auvrebruech, défendeurs, d'autre part.

Plaidoirie d'Oudrac.

L'an cccc xliiii , le feu Boy bailla à Lx)UYain charge de cent lances , et leur ordonna pour leur logis le pals

330 CHRONIQUE DE MATHIEU D*ESCX>UCBT.

de Soîasonnoiz et de Laonnoiz. L^u^ b se \û§k à Noion y près duquel lieu demouraient feu GuiUaaoM de Flavy et sa femme. Louvain voult trouver moin d*avoir accointance en Fostel de feu Guillaume de Flavy ; fil tant qu'il y eusl , par un receveur de faa Guillaume de Flavy. Lui promist faire des biens s'fl povoit avoir en mariage Blanche , femiœ de feu Guili laume de Flavy. Dès lors y Louvain et Blanche s'eaeri* voient plusieurs lettres y dont furent nouvdles par b païs« Ung sergent nomme Nycaise en parla , par ee Louvain le fit batre. S'absenta (Louvain) de No]KMIi et s'en ala à Soissons. lUec s'accointa de Jehan Be« quillon, barbier, et du bastart, qui firent le muidia de feu Guillaume de Flavy. PareulK furent faictes phn sieurs promesses de mariage et portées plusieurs lettm Louvain et Blanche par Tun l'autre. Louvain fit laal que le barbier demoura avec lui. Après aucun tempi que le barbier eust demourë avec Louvain , fil wem* blant d'estre mal content de lui y et revint deouHiiw avec feu Guillaume de Flavy , où ( Flavy ) a'appemHl des lettres que Louvain et Blanche s'envoyoieiit Tue à l'autre; et se mettoient dcssoubz la ricine d*un gm arbre près Prenant, où le barbier (le b&tard?) la porloit et Bosquillon les venoit quérir en abreuvaal ses chevaux. Eu ung jour , Louvain trouva Guillauioe de Flavy en Tegiise de Soissons; lui dit s'il avoit à$ riens à faire, que le Roy lui avoit cliargé de lui aidCTf et qu'il estoit sien. Et lors le reçeut à bornage de RPit iianty tenu de lui en fié à cause de Verry. Ce pendanli Blanche devint grosse ; par ce y la mort de GuillaïUK de Flavy fut diiïerée. Dont parlèrent l'official et b doien de Soissons, par quoy lofficial fut batii il h

PIÈCES JUSTIFICATIVES. d^i

doy«D meinacé. \ ung jour , Louvain ÊMgny d'aller chasser entour Preoaiit} envoya de la venaison, et manda à Blanche aier parler à lui ou lîeo qu*il nomme, cil Ten conamença à machiner la mort de feu Guillaume de Flavy . Aucun tem[>8 après , Blanche eut enfant. Durant sa gesine, la vindrent veoir le seigneur de Cennes et sa femme , auxqueb Guillaume de Flavy prit k parler de Louvain , de ce qu*il quersoit en ung hosiel de Soîssons , et que s^estoit mal Osiit. Ce qui fut dit par ledk seigneur à Louvain , qui en fut mal con*-* tent. Après la gesine, Guillaume envoya Blanche sa femme à Neesle , et lui bailla pour compaignie lesdiz basiarl et barbier, ung nommé Jacotin le Paige, et une damoiselle nommée Jehaone. Blanche Blanche (xôr, pour : Quant Blanche) sceut qu'elle devcst aler à Nesle, elle faigny d'envoyer le barbier à Soissons pour lui apporter à disner, mais lui charga dire à Louvain que s'il vouloit aler entre Prenant et Ne&le, il la trou* veroît là. En faisant le voyage et en approucfaant des bois de Neesie, Blanche fit la malade , et envoya Jaco» tin à Nesie faire du feu. Vit au travers des bois des chevaucheux ; si faigny estre fort malade, descendy de cheval , et envoya le paige à Nesle. Louvain ar«* rivé y lui et Blanche se misdrent derrière uag buisson, et machinèrent la mort de Guillaume da Fkvy ; èl lors Louvain bailla à Blanche cent mailles d*or. Aua Brandons Tan cccc xi.vni , Guillaume arriva à Kesle , où Blanche, le barbier et le b^start machinèrent sa mort; entreprindrent le tuer quant dormiroU après disner, et restoufieroîent d*an orilher. Et ainsi le vou* lut l'en faire et exécuter : car Blanche, woyanl que GtyUaume de Flavy ealoîl endormy , appeb lasdiibar«-

bier et bastart, et apporta rorillier. Lors le bastart lui demanda s'elle auroit bon ceur , et elle respondit que ne se souciassent que d'eulx mesmes , et qu elk feroit sou personnaige. Quant le bastart commença à entrer en Tuysde la chambre de Guillaume de Flavy, Blancbe lui dit ces motz : a Tu as peur. Il faut faire oe qui a esté conclut, d Mais pour lors le cas ue fut oommis. Depuis , ilz advisèrent de faire mourir Guilkume de Flavy par poissons ; eu misdrent en sou potaige, et l'en servirent en son disner. Lequel coDunença à les sentir , et trouva son potaige fort salé , et dis! au bastart qu'il en tatast. Qui n'osa y contredire, et dit au baibier qui s'estoit cuidé empoisonner lui mesmes; lequel lui dist qu'il mangast d'aucune chose qa*fl nomme , et qu'il seroit garanti. En après ilz condu* rent , Blanche présente , pour ce que Guillaume âYoit mal au nez, de lui bailler oignement courosist, et y mettre des poisons. Et ainsi que fut divisé , fut fiùt : et en lieu de lui bailler oignement d'uille et de cire j lui baillèrent oingnement apostolonun , et y oùsp drent des poissons. Et incontinent tout le nez de Guillaume de Flavy se enfla et leva. Kou contenSi après Blanche et le bastart machinèrent de tuer et estouffer Guillaume de Flavy par la manière preo^ dente. Â ung jour après disner, Guillaume de Flavy se mist à dormir; en ce faisant, avoit acoustumé avoir près dejui ung sien serviteur, nommé Bastenr. Quant il fut monté pour dormir , Blanche lui couimança à froter les mains; mais, quant il fut endcmnji elle dit audit serviteur qu'il s en alast, et qu'elle se vouloit re{>oser. Et après qu'il s'en fut allé^ elle aUa quérir lesdiz bastail et barbier et ung orillier , se mist

sur le lit de Guillaume de Flavy, et le bastart estant sur son corps le frappa d'un baston potir l'assoumer. Dont Guillaume de Flavy commença se remuer et escrier. Lequel cry ledit Basteur oyt^^ et vint ei^fer en la chambre de son maistre. Mais les dessusdiz rai vouldrent courir suz ; qui par ce s^enfouyt. Ledit bastart frapa d'un Cousteau Guillaume de Flavy par la gorge, le (et) lui et Blanche Testoufèrent. Ce fait, le bastart et le barbier s'enfouirent. A la clameur de Basteur , les autres serviteurs vindrent, et trouvèrent Blanche aîant son c assiz sur le visaige de Guillaume de Flavy, et sa robe entortillée entour le corps de Guillaume de Flavy. Le bastart s'enfouyt es bois près de Nesle; vers la nuyt, se retrahy vers le chastel de Nesle, et envoya une femme à Blanche , qui lui envoya vi mailles d'or et lui manda s'en aler à Verry vers Louvain , et il sauroit quMl auroit à faire. Si s*y en ala. Combien que entre v et vi heures le cas eust esté commis, toutes foiz le lendemain au matin les gens de I^ouvain furent dedans le chastel de Nesle. Le bastart confessa à Henry et Penol David qu'il avoit fait le-murtre, et que Louvain lui avoit fait faire* Quant Blanche fut relevée , Louvain lui envoya une verge d'or esmaillée, où avoit esoript une h et cop^ et ung* iirbres figuré et deux g^ qu'on dit estre entendu : à ce cop abrégez. Après ledit cas, le bastart fut mené à Verry. Quant y arriva, le chastel estoit fermé; 6n frapa pour ouvrir. Fut demandé se s'estoit le bastart. Qui dit que oy. Fut demandé se s'estoit fait. Qui respondit queoy. On fit reculer celui qui conduisoit le bastart, et lui ouvry l'en le chastel, et entra dedans.

(Archites, Registres du Parlement ^ Criminel, X 885S et 8865.) m 23

SS/i CHRONIQUE DE MATHIEU D'ESOOUCH)

Déposition itOsburn Mundeford sur la prise

de Pont'Audemer.

Le T%^ jour d*aoust Tan mil cccc ilo, ou chastd de Cbasteaudun, fut par monseigneur le chanoellier, monseigneur le mareschal de la Fayete, messire TbeauUe de Valpergue, bailli de Lyon, et nuûstre Jehan de Xaincoins, conseillier et receveur gênerai des finaooei du Roy nostre sire, fut examiné noble homaie Odierae de Mondefort, anglois, prisonnier oudit chastd, air la manière de la prinse du Ponteau-de-mer, fiûde par les gens du Roy sur lui et Hetton, et plusieurs autres Aaglois. Dit, après le serement par lui fait de dire taritr, que le dimanche x* de cedil mois, environ enite joase et douze heures de nuit, lui estant couché ou lit, 3 oj bruit en la ville, et que on cryoit alarme. Auquel bnit il se leva et vesty seulement sa chemise, et mist ses brigandines dessus, et sailli hors de l'osteUeiîa ou i est oit couché pour savoir que c'estoit; et quant il fbt en la rue, enlendi que on disoit que les François estait dedens la ville, et incontinent ala à l'endroit où i*cn disoit qu'ilz estoient, et trouva qu'ils avoieot ja rompa dix ou douze paliz de la closture de ladide ville et vouloicnt entrer dedens. Lequel, et trois ou quatre aatrès Anglois (]ui se trouvèrent avec lui, les rdboulëreal tellement que lesdiz François se retirairent; et, povce soir ne le lendemain qui estoit lundi, ne firait riens, et jusques au mardi ensuivant, environ trois ou quatit heures après midi, il qui parle oy bruit en la ville^oà

il envoia savoir que c'estoit; et Hetton lui manda que le feu estoit en la ville et avoit jà brûlé beaucop de maisons; et aussi sceut que les François assailloient la ville du cousté çlont ledit Hetton avoit la garde. Et pour ce que ledit Hetton estoit foible, lui manda qu'il lui envoiast des gens, lequel lui envoia douze hofnmes d'armes. Dit oultre il qui parle, que de rechef ledit Hetton lui fist savoir qu'il lui envoiast des gens, et autres que ceulx qu'il lui avoit envolez^ et que lousjours les François a^ailloient. Et lors il qui parle y alsf en personne,^ y fut assez longtemps, et jusques à ce qu'il se doubta que on ne assaillist du cousté de sa garde, qu'il s'en retourna devers ses gens qu'il y avoil faissez^' Mais il ne y arresta guères que ledit Hetton une autre foiz luy fist savoir qu'il retournast devers lui. Et incontinent s'en retourna devers ledit Hetton, et n'y fut pas plus tost que le feu avoit jà brûlé presque toute la ville et les paliz d'une porte à autre. Et quant il vit ainsi le feu partout, et d'autre part que les François s'efforçoient d'entrer dedens derrière et devant,et qu'il lui sembla qu'il n'y avoit point de remède, se retrahi, et le plus de ses gens qu'il peut, en ung fort qui est en iadicte ville, où ils se deffendirent au mieulx qu'ilz peurent, et il qui parle estant oudit fort, trois ou quatre de ceulx de son parti lui disdrent (et mesmement Jehan de l'Eau, lieutenant de Iadicte ville), ces motz ou semblables : « Mondefort, monseigneur de Dunoyz vous appelle, venez parler à lui, vous aurez bon appoinctement. » Et il qui parle respondi audit l'Eau, en alant àla basse porte drecer une aix pour le trait, teiz motz : (c Je ne veulx point parler à lui. » Et lors ledit l'Eau et autres disdrent : a Nous voulons sauver nostre

3SC CHRONIQUE DE MATHIEU D'ESCOL'CIIT.

vie. » Kl saillirent en la rivière et se alèrenl rendre à mondit seigneur de Danois. Dit plus il qui |>arle, que mondit seigneur de Dunois le (ist de reclief appeller, et lors il qui parle se monstra à mondit seigneur de Dunoisy lequel lui distqu*il descendis! a basetserendist à lui, et il lui feroit bonne con[i|:iagi]ie ; à quov il c|ui parle respondi que ce ne seroit pas son honnear de descendre. Et lors mondit seigneur de Dunois lui dist qu'il lui envoieroit son héraut, et il qui parie dist ({u'il ne feroit jà appoinctement avecques faerault, et c|ue s*il faisoit appoinctement, il le feroit avecques lui et pour tous. Et lors mondit seigneur de Dunois parla à il qui parle, et lui demanda s'il pourroit aler seur^ ment parler à lui ; lequel lui respondi que oy^ et quH fist cesser de tirer et faire guerre de sa part, et qo'il feroit pareillement cesser de son couslé, et qu*il veoist seurement, et a|)poinctast oui ou non, il yroit et veo^ droit seurement. Et incontinent tout cessa d'unepvt et d'autre.

Et mondit seigneur de Dunois mist devant lui uiç lierault, et fist drecer une esclielle; par laquelle ledh herault, mondit seigneur de Dunois, et ung autre qu'il ne cognust, montèrent ou bas dudjt fort sur un; mur qui avoit esté nouvellement fait; et U qui parie les fist descendre et mettre à cousté pour le dangieret noises qui pourroient sourdre. Et tost après mondit seigneur de Dunois retourna sur le mur et apprih monseigneur le seneschal, et lui dist qu*il fist cesser de de tous coustez^ et lui (ist defFendre que ou ne tins! plus, et qu'il appoincteroit bien tout; et oultre lui diii ces motz : « Vous et moy à butin. » Et après mondit seigneur de Dunois et il qui parie alèrent devers le

hault du fort ou estoit Hetton, et fist abatre le pont et entrèrent dedens; et en montant ungs degrez, Hetton dist à mondit seigneur deDunois, entre autres choses, que s'il le vouloit qt3|cter pour mille escuz et les marcs, qu'il se rehdoit à lui, et ses gens, par homme d'armes, pour XXXVI escuz, et archier pour xii. Et încontinant mondit seigneur de Dunois et ledit Hetton touchèrent l'un à l'autre; et en ce faisant, il qui parle se retourna vers l'uys, afin que ses gens ne pressassent mondit seigneur de Dunoys. Et ce Tait, il qui parle mena mondit seigneur de Dunois au plus hault du fort, en une guérite, pour parler à mondit seigneur le seneschal, auquel il dist de rechef qu'il fist tout cesser et qu'il avoit tantost tout appoincté. Et après il qui parle parla à mondit seigneur de Dunoys de son appoinclement qui fut tel, c'est assavoir que mondit seigneur de Dunois lui promist par sa foy et sur son honneur, et de ce baillèrent la foy Tung à l'autre, par deux foiz, qu'il seroit quicte pour deux mille escuz pour toutes choses, et s'en yroit sur sa foy et chascun de ses hommes d'armes pour xxx escuz et archier pour xu. Et ces paroles dictes, mondit seigneur de Dunois se tourna devers Hetton et parla audit Hetton et autres qui estoient avecques lui de plusieurs cboses dont il n'est recors ; et après il qui parte fist descendre au bas du fort mondit seigneur de Dunois, lequel fîst entrer monseigneur le seneschal, et eulx deulx remontèrent en hault; et mondit seigneur de Dunois dist en gênerai à il qui parle qu'il lui tiendroit ce qu'il lui avoit promis. Interrogués'il y avoit nulz François aux promesses qu'il dit que mondit seigneur de Dunoys luy fist, dit que non qu'il sçache, car il n'y print point do garde; bien est

vray que le lieraull y esloil, mais il ne scel s*il oy le> |)aroles ou non.

(Minute originale, Ms. fr. kObk, f. 147.)

Ratification par Charles Vil du traité de reddition

de Rouen.

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