‹ Chronique de Mathieu d'EscouchyChapitre 7 sur 90 · Ms. Legrand · texte numérisé non relu

Ms. Legrand

cessaires. Et ont fait leurs butins et mis prisonniers à finance et raençon. Et pour ce que ledit Baron et ceulx de sa compaignie faisoient à noz subgiez maulx, oppressions et dommaiges innumerables^ les babitans desdiz pays de Rouergue, Quercy et Pierregort assiégèrent ledit Baron dedans la place de Fumel, et icelle recouvrèrent et baillèrent en garde à nostre dit cousin le conte d'Armaignac suppliant, lequel promist la faire garder par gens de bien ; mais incontinant il la rebaiUa audit Baron^ lequel depuis nous fîst et à nos subgiez guerre plus forte que devant, Avecques lesquelzAngloiz^noz ennemys, nostre dit cousin le conte d'Armaignac a prins plusieurs souffertes et abstinances de guerre, fait appatiz avec eulx, èsquelz il comprenoit ses terres et seigneuries, et aussi aucunes des citez et villes appartenans nuement à nous , sans avoir de nous congié et licence ; soubz umbre et couleur desquelles abstinances des guerres et appatiz, il a souffert exigier plusieurs grans sommes de deniers, dont lui en demeuroit aucune part et porcion pour pourchasser lesdictes abstinances et appatiz. El que depuis douze ou quinze ans en ça nostre dit cousin le conte d'Armaignac a souffert forgier mounoye, tant d'or que d'argent, de plusieurs formes, espèces et de divers coings, en aucunes de ses villes et chasteaulx, et mesmement monnoye de pareille forme que la nostre , et estoit de maindre poix et de plus feible aloy ; à laquelle monnoye il a donné cours en ses terres et seigneuries , sans congié et licence de nous. Et aussi que, cinq ans a ou environ, les officiers de nostre dit cousin le conte d'Armaignac arrachèrent injurieusement et rompirent noz armes, lesquelles

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nostre senescbal de Rouergue avoit fait entailler en une pierre d'une tour assise en la rivière du TarOi sur le pont de la ville de Saint-Romain , estant en et de notre juridicion; et gettèrent nosdictes armes en ladicte rivière de Tarn, et en lieu d'icelles y firent mettre les armes dudit suppliant, et aussi abatirent lesdiz officiers certaines fourches patibulaires qui avoient esté faictes et reedifiëes par le commandement (le nostre dit senechal de Rouergue, lesquelles offenses et choses dessusdictes , combien qu'elles soient venues à sa notice et congnoissance, aucune reparacion n'a esté par lui faicte ne fait fere. Et avec ce, puis trois ans en çà, ou environ, ung nommé Houl, Bernard de Montf errant et Robert Roz , chevaliers , tous trois Anglois et tenans le parti de nosdiz adversaires, sont venuz par devers nostre dit cousin le conte d'Armaignac, suppliant, ou chastel de l'Isle, à diverses foiz et séparément; lesquelz, sans congié et licence de nous, et sans nous advertir de ce , il a reçeuz et 07 parler et traictier avec lui du mariage de nostre nepveu et adversaire d'Angleterre avec l'une de ses filles; par le moyen duquel traictié de mariage , nostre dit cousin le conte d'Armaignac, suppliant, a esté requis de traictier plusieurs choses ou dommaige de nous et à l'avantaige de nostre dit adversaire d'Angleterre; ce que faire ne devoit. Et depuis^ combien que, nous estans dernièrement en nostre pays de Languedoc, eussions fait délivrer feue la contesse de Comminge, nostre cousine, laquelle avoit esté long temps par avant détenue prisonnière par nostre cousin Mathieu de Foix , son mary ; et aussi eussions fait mettre en nostre main ladicte conté dont ledit suppliant tenoit

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de fait plusieurs places d*icelle ; et encores d'abondant , depuis la mort de nostre dicte cousine , nous eussions de rechief ladicle conté, qui nous appartenoit et appartient, mise et fait mettre en nostre main, nostre dit cousin le conte d'Armaignac suppliant, par dessus nostre main mise et apposée en ladicte conté de Comminge, à nous appartenant, et aussi par dessus plusieurs inhibicions et deffenses à luy faictes de par nous, tant par aucuns de noz conseillers en nostre court de parlement , nostre seneschal de Tholouse et autres noz officiers , a prins et fait prendre aucunes desdictes places dudit conté et icelles a détenues; a assemblé plusieurs foiz les gens des Estaz dudit conté et print seremerit d'eulx de lui obeïr comme à seigneur et conte d'icelle conté, et autres seremens contraires à nous et à noz droiz. Et quant nostre dit seneschal et autres noz officiers venoient èsdictes places , les gens et serviteurs de nostre dit cousin le conte d'Armaignac leur fermoient et faisoient fermer les portes , en leur désobéissant ; et en aucuns lieux, et mesmement au lieu de Samatan, nostre dit cousin le conte d*Armaignac estant dedens, fut refusée l'entrée à nostre dit seneschal; et pour quelque commandement qu'il fist, par vertu de noz lettres et mandemens patens qu'il avoit, à grans peines, de réintégrer nostre dicte main, nostre dit cousin le conte d'Armaignac ne le voult oncques souflrir entrer ne en riens lui obeïr. Et encores depuis, de rechief et assez long temps après, avons envoyé par devers lui noz bailli de Sens, qui lors estoit, et seneschal de Tholouse, avecques certains mandemens de justice , pour réintégrer nostre dicte main ; lesquelz, par vertu desdiz

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mandemens, lui firent plusieurs foiz les commandemens et sommacions pertinentes et en termes de justice^ en lui remonstrant le mal qu'il faisoit et encores feroit plus de nous désobéir, et autres choses servans à la matière, pour le induire à obéir et venir à raison et justice ; mais toutes ces choses non obstant , a refuse et contredit expressément de ce faire, et de fait est demouré en plaine rébellion et désobéissance envers nous et nostre justice; et pour cuidier coulorer son fait, a fait faire et s'est aidé de certaine lettre ou instrument^ qu'il disoit estre^ d'une donacion à lui faicte par nostre dicte cousine, laquelle lettre ou instrument a esté trouvée faulse et telle jugée el déclarée. Lesquelles choses ont esté faictes ou grant contempt , mespris et foule de nous et de nostre justice et auctorité royal. Et pour et à l'occasion d'icelles désobéissances et autres choses dessusdictes ^ après ce que par informacions deuement, sur les choses dessusdictes, faictes par plusieurs de nosdiz conseillers en nostre court de parlement et autres noz officiers, nous est apparu nostre dit cousin le conte d*Armaignac suppliant , estre coulpable desdiz cas, et reffusant de obéir à nous et nostre justice, nous avons fait mettre mains à sa personne^ ainsi que toute raison et justice et l'onneur de nostre auctorité royal le requeroient par neccessité, par nostre très chier et très amé filz Loys, Daulphin de Viennois, et le fait et constituer prisonnier; et depuis l'avons fait mettre, admener et détenir en nostre chastel et cité de Carcassonne, où il est de présent, en intencion de le faire mener en nostre ville de Paris, et sur lesdiz cas dont il estoit cliai^ié le faire examiner par nostre

court de parlement, pour lui faire raison et justice. Pendant laquelle detencion de sa personne, plusieurs seigneurs de nostre sang et lignage se sont traiz par devers nous, et nous ont humblement supplié et requis que à nostre dit cousin le conte d'Armaignac suppliant , voulsissions et nous pleust impartir nostre grâce et miséricorde ; et depuis, nostre dit cousin le conte d'Armaignac, congnoissant les faultes et ofFenses par lui faictes , souflfertes et toUerées estre commises envers nous^ doublant punicion et rigueur de justice, nous a par plusieurs et diverses foiz humblement supplié et requis, et fait supplier et requérir, que nosdictes grâce et miséricorde il nous pleust benignement lui octroyer et impartir, et lui remettre , quicter et pardonner lesdiz crimes et offenses dessusdiz^ et autres par lui et soubz son adveu et permission faictes et commises. Pourquoy, nous, attendu ce que dit est, considérant la grant humilité en laquelle nostre dit cousin le conte d'Ârmaignac nous a requis et requiert avoir nosdictes grâce et miséricorde, et la grant desplaisance et douleur qu'il a eue et a d'avoir commis et perpétrez les crimes, faultes et désobéissances de&susdictes, et icelles ou aucunes d'elles toUerées et souffertes; en faveur aussi et contemplacion de nostre très chier et très amé frère, cousin et alié le Roy de Castelle et de I^on , et de nostre très chier et très amé cousin le conte* de Savoye, lesquelz ont envoyé ambaxades notables, pour ceste cause, par devers nous; et avecques ce de nos très chiers et très amez frère et cousins les ducz d'Orléans, de Bourbon et

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