‹ Chronique de Mathieu d'EscouchyChapitre 70 sur 90 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

Tentative d'assassinat sur Pierre de Lc^i^ain,

Juin U51.

Uu mardi penultime jour de juillet mil im"^ liiii.

Sur ce que Tevesque de Noyon a requis messire Raoul de Flavy, prisonAier à la Conciergerie, etc., lui estre rendu comme clerc.

Simon, pour le procureur du Roy^ dît que Flavy est accusé d'avoir/^CNMÉpiré et madmé faire mourir messire Pierre Louvain, chevallier , lui eftant cj& service du Roy, à grant compaigfiie de gens d'armes, en Bourdeloiz. Et pour ce faire en marcliai;dÉtà*ung nommé Doubte et à messire Pierre Fremery, preb^e x leur en promist à chaÉ|^n d'eulx cinquante livres de rente, et escrivi lettre au barbier de Joachim Rq^ault qu'il leur baillast jusques à c^fit escuz s'ils a voient de riens à besoigner. Doubte et Fremery elh<ont fait toute diligence. Pour ce faire ont esté à Liborneet la cuidèrent tuer Louvain, mais n'osèrent, pour ce que la ville estoit

396 CHRONIQUE DE MATHIEU D*ESGOUCIiT.

trop petite; et finablemeut ilz alèrent à Bourdeauli,ou Tun d'eulx frapa Louvain , combien que ung cbasiCUD d'eiilx avoit conspiré lui bailler ung coup. Pour ceste cause Flavy a esté constitué prisonnier vers le Roy, et depuis renvoyé céans pour lur- faire son procès JKi Au regart du delict, est crime de lèse majesté, car Louvain de long temps a esté de la garde du Roy, H lui a baillé le Roy quatre vings lances pour la défense de lai et de la chose publique de sas Royaume 9 et l'a fait venir en son armëe en Bonrdeloiz.

(Abcuives, Registres du Parlementy X, 8858.)

Lettre de Charles Fil au Soudan de Babylone.

20 août 1451.

Magnificentisaimo ac potentisaimo viro scddano Babiloniae.

Karolus, etc., magnificedtissimo et potenlissiiao viro soldanb «JKabiloniae. AfHictus pia miseratioDe compatior, iiiter virtutum splendores quibus eicdsorum hominum potentatus refulget, ii||| in postreum habenda est pietatis ipsius virtus prœfulgida, cnjos proprium est prœcon versantes Venigno fiiTore piisequi, eosque ab insolentiis ac injuriis proeservari, si quidem dilectis nostris fratribus minorÛms Amosolimis devotionis causa commorautibiiSy et 8id> pi^

PIECES JUSTIFICATIVES. 39f

tectione vestra, ut asseritur, existentibus, per nos alias vestrœ celsitudini commendatis, graves injurias, molestiasque et oppi^éssiones a quibusdam subditis vestris impie inferri et irrogari nuper accepimus; quodquidemavestra voluntate profectum nequaquam credere possumus, prœsertim cum illi vin dominis jugiter insistentes decoram vitam agere visi siDt hactenuSy preterea ad ymaginem creatoris cunctorum conditi et lumiDe vultus sui illustrati existant ac consignati, ac proinde ob illius reverentiam mansuete pretractandi ; quare prœmissis introspectis , sublimitatem vestram rogamus ut unos illos a talibus insolentiis ac injuriis deinceps prœservari ac hu^aniter tractari facere mandareque nostra etiam veiit cootemplatione. Opus quidemDeo gratiim, nobisquoque acceptum confectura celsitudo prelibataé Datunjt £|||^ud Tailiiburgum , vicesima die ifiensis augusti.

Signature ou milieu de la lettre, qui est en parohemin quarré. (Copie dans un formulaire du temps, Ms. fr. 5909, f. ix^xnn.) ^

Première campagne de Guyenne, ^ Lettre des comtes de Foix et et Dunois au Roi.

^ 20 août U51.

Qiostre souvjNrain et très redoubté seigneur, nous nous recommandons à vostre bonne grâce tant hum-

blemeni que faire le povons, et voiis plaise savoir (|iie, grâces à Nostre Seigneur, cesie cité de Bajonne est en vostre obéissance du jour d'uy à vosire granl honneur et proffit, ainsi que veoir le pourrés par le double de rappoiotement faict par lesdiz de Bayonoe, que par ce pourteurs vous envoyons. Sire, il est vraj que à la propre heure que voz gens prenoient U possession du chastel de Baionne, estant le del très cler et bien escuré, apparut unne nue où apparoit unne grant croix blanche sur ladicte ville de Bayonne, du costel d'Espaigne; et là s'esl ameslée, sans remuer ne bougiez, l'espace d'une heure; et comme dient les aucuns qui l'on vehue au commaiicernant et estoit en forme d'ung crucifix, la conronfte sur la leste, laquelle couronne se tourna puis en fleilp de Hz, et a esté vehuz par tous les gens de cest ost, où estoient de mille à douze cens hommes de guerre Espaignoulx qui sont icy, avec leurs maigniei, éh vostre service. Cez choses nous a samhlë à tons très merveilleuse, et mesmement à ceuU de la ville de Baionne, lesquelz quant, ils la chobirent, comme esbaïz, fai^ns le sig^ie de la croix, incontinent toutes les enseignes estans sur les pourtaulx et tours où estoit la croix ruge ostèreol et misreiii^ jus. Demain avons entencion faire l'entrée de la ville; et mardi partir tenans nostre chemin par devers vous eo la plus grant diligence qj||b faire pourrons , au faon plaisir de Nostre SeigÉeur, lequel vous doint, noilre souverain et très redoubté seigneur, bonne vie et longue, et vous nobles et haulx désirs. Escript en nostre logis dehors Bayonne | le verilixli xx"* jq|ir daost.

PIÈCKS JUSTinCATIVBS. 399

Ainsi signé : Voz très hnmbles el obeïssans , les comtes de Foix et de Dnnoys.

Gaston et HnjOf.

De la Loere.

(Fragments cl*une chronique du quinzième siècle, M», fir. 6487, f. 2.)

25 août 1451.

S'ensuit la coppie dez lettres que le Royii escript ez bonnes

vil lez de son Royaulme.

Nostre amé et feaul et obiers et bien amea^^ comme avez assés peu savoir pour ce que ceulx d(^ nostre ville et cité de Baionne ne volurent estre comprins ou traictié et appoinctemeot qui avoit esté fait sur le fait de la redduction en nostre (^eïssance de noz \ ille et cité de Bordeaulx et autre païs du Bordelois et de Guienne, lors occupez par noz ennemis les Anglois, nous envoyasmes partie de nostre armée, ensamble nostre artillerie, pour mettre le siège devant nostre dicte ville de Bayonne, et est advflÉus que après que le siège sf esté devant par aucuns jours, les evesques, bourgeois et habitans de ladicte ville et cité de Bayonne sont venuz devers beaulx cosins de Foyz et de Dunois, noz lieutenans tenaos ledict sièges de par nous, et ont riipdu ladicte ville et cité en nostre obéissance, moyennant certain traictié et appoinctement qui a esté bière fait, par lequel^ entre autre ehose, dont par Jehan de Beaulmont, chevalier, cappitaine de {J^rtie des gens de guerre qui estoyent en ladicte ville, demeure nostre prisonnier et les

400 CHRONIQTJE DE MATHIEU D'ESOOUCHT.

dictez gens à nostre volentë, ceulx d*icelle vilk à nostre mercy^ et au aucun petit nombre d*Anglois qui il estoient a esté par nosdit cosins octroyé, à la requeste desdis habitans de Baionne , quilz s'en aillent, leurs vies saulves, et leurs biens demourez à nostie disposicion, ainsi que ces choses et plusieurs autres bien honnorables sont plus à plain contenues oudit tractié et appoinctement. Et avec ce nous ont iceuh noz cosins escriptez certainnez lettres closes toudians ces matières et autres, signées de leurs mains , de»* quelles vous envoyons le double. Lesquelles choses vous signifions, tant pour ce que bien savons que i oir en bien de noz nouvelles serés joyeulx, oomoie aussi afin que faces faire processions et autremcni rendrés prières et louenges à Nostre Seigneur, aina que on a coustume faire en pareil cas, quant Nostre Seigneur fait de telles et si grandes grâces à nous et à nostre Royaulme. Donnés à Taillesboui^ le xxv* jour d'aoust.

Ainsi signé : Chablbs.

A nostre amé et feaul conseillier et chelvaliers d bien aitfés lez evesques, gens d'es^ises, bourgeon cl habitans de la ville de Mascon.

PIÈCES JUSTinCATIVES. 401

Entrée de Frédéric III à Rome.

8 mars 1452.

Adventus domini Imperatoris Frederici ad urbem Romanam, anno Domini I4ô2.

Ànno a nativitate Domini mcccglii, indictione xv', pontificatus sancli domini nostri domini Nioolai , divina providenlia papae V" anno quinlo, die mercurii^ VIII mensis martii, hora quasi xxiii, serenissimus dominus Fredericus tertius. ex ducibus Austriae, Romanorum rex, venit ad urbem Romanam; cum quo ladislaus, rexHungariaeetBohemiœ^aetatis xini annorum vel circa, fîlius quondaip Alberti, régis Romaiforum, dicti domini Frederici immediati prœdecessoris, él^dominus Albertus, dux Austria?) dicti domini imperatoris frater^ cum multis ducibus, comitibus, marchionibus,baronibus et aliorum militum et equitum multitudine quasi numéro 2500; qui obvios habuerunt ei^tra urbem, quasi ad tria vel quatuor miliaria, ex parte praefati sancti domini nostri Papae, reverendum in Cbristo patrem dominum Jacobum, episcopum Perusinum, cum soldano et aliis scutiferis ejusdem domini nostri Papœ; et similiter reverendum in Christo patrem dominum Nicholaum, episcopum Piacentinum, cum sénat ore*urbis et multis nobilibus et civibus romanis; et deinde omues reverendissimos dominos cardinales, extra portam, usque ad tractum arcus prope domum leprosorum quae est in descensu MontisMarii;

402 CHROxMQUË DE MATHIEU D'ESGOUCHT.

qui associarunt eiim usque ad quamdam dumuucubai quam quidam Thomas de SpincUis, mercator Floreotinus, in \inea sua pro amœuilale construxit ; iiiqua pernoctavit ipse cum parvo rege Ladislao, et fratre;

(|uem, ad médium miliare, sequebalur domina

filla régis Porlugaliae, aplatis 14 annorum, vel circa, desponsanda sibi, associata tribus episcopis et miiltis militibus et nobilibus Portugalensibus. Quae simiiiter pernoctavit in quadam domuncula sita in opposito dictiRegiSy muUis tentoriis et pavillonibus in circuilo, pro receptione cœlerorum qui simiiiter inibi perooctaruDt. In crastinum vero, videlicet jovis 9 dicti meosis, congregato exercitu imperiali in pratis et simililer exercitu domini nostri Papae, per acies diversas, Tenit ad dicta prata ipse Romanorum rex^ cum alio parvo Rcge et ipsa desponsanda; et hinc paratis exercilibus, expiicato vcvillo imperiali, hora quasi xvm urbai ingressus est^accurrente cuncto populo romanocum universo clero processionaiiter praeparato ; quem Senator urbis, per frenum equi pedetenlino coodiudt usque ad scalasSancti-Petri, ubi in summitate domini noslri Papa^ cum reverendissimisdominis cardinalibai et praelatis paratis, expeclabat idem dominus noster Papa, ad osculum pedum, manuset cria admisit, d simiiiter desponsandam ad osculum pedum et maoïB, oblato.jue Pontifici auro ab ipso Rege RqpiânoniD, surrexit Pontifex palatium ingrediens et ipse Rex ingressus est ecclesiam Sancti-Petri cum dUobus dominis cardinalibus, et postea in palatio pontifical! collocataf fuit ipse Romanorum Rex, videlicel in illa parte in (|ua teneri solebat caméra apostolica, et parviu Rein (lomo Thesauri, videlicet quam inhabitat dominos l¥-

r usions; Regina vero in palatio quod esl in summitate scaIarumSancti-Petri,quod inhabitavit bonae meinoriae dominuscardinalisSaDCti-Pauli;du\ Austriaein Sancto- Spirilu; et alii per urbem. Et deinde, diejovisxvidicti mensis, praefatus dominus noster Papa, in ecclesia Sancti-Pelri ante altare majus, prœsentibus omnibus cardinalibus et prœlatis cum paramentis et uobilium infinita multitudine, ac oratoribus omnium doniinio* rum et communitatum Italia*, depulatis oratoribus Mediolanensibus qui tamen in urbe essent, et, vocati, interesse noiuerunt, apparatu mirifico ante inchoationem missae quam in dicto allari celebravit reverendissimus dominus Alanus , cardinalis Avinionensis ,

dictos Romanorum Regem et dominam Re-

ginam malrimonialiler copulavit, praecedente autem dicta missa quae de sponsalibus decantata fuit^ ante Euvangelium, idem dominus noster Papa, cum certîs benediclionibus et orationibus, coronavil dictum Re-» gem corona simplici qua coronari solebant imperatores in civitate Mediolanensi sive in loco Modoetia, quam inibi accipere noluit dictus Rex, ut asserebatur, eo quod qui ducatum tenebat Mediolanensem, scilicet FranciscusSfortia, non erat veredux, sed tirannus vel occupator. Et in dicta missa factae fuerunt omnessolemnitates qux fieri soient in missa sponsalium. Ante vero inchoationem dictae missae, ingressus est dictus Rex parvam sacristiam quae est secus dictum altare et ibi indutusest imperialibus vestimentis, videlicel, amiclo, alba^et stola in modum crucis supra pectus, ac dalmatica ad modum dyaconi, et pluviali preliosissimo, longousquead terram, auro et margaritis desupercontexto per lotum. Quem egredientem de sacristia prae

cedebant quinque duces et magDates, déférentes insignia imperialia^ videlicet, ensem^ sceptrum, pomu anreiiai cum cruce desuper, et duas coronas, uDam videlicet regalem et aliani imperialem , et sic hac solemuitate deducta fuit illa dies.

Die vero dominico sequeuti qui fuit xviii martii quo cantabatur in ecclesia Dei : Lœtare Jherusalem, eic.^ paratis onniibus pro inunctione et coronatione dîctorum Imperatoris et Imperatricis, venit dominus nostfr Papa foras supra scalas Sancti-Petri, et ascenao solario ibi parato^ admisit doininum Imperatorem ad oscaium^ pra^titoque fidelitatis juramento^ dominus nosler Papa int ravit ecclesiam Sanctî-Petri , dicio Impeiatore cuin equitatu et cardinalibus rémanente in porlicu sub campanili; et illuc venit capitulum Sancti-Petri , et cum admisit in canonicum^ deferens super pellicium et almutium, et adducentes ad ecclesiam ante portim mediam quaeargentea vocatur. Stetit ibi supra illud quod sepuicrum Beda^ dicitur, lectisque per priamm episcopum cardinalem certis orationibus super emn, ingressi sunt ecclesiam quasi usquead médium^ ubiper alium episcopum cardinalem lectae sunt aliae;^ratioiia super eum; et adducentes eum usque ad ingreisam capcUx' niajoris altaris Sancti-Petri^ ibi decantaniA letanias cum certis propriis orationibus; quibus finilis, deposito habitu cauonicali,duzerunteum ad capeUan Sancti-Mauritii^ ubi per dictos dominos episcopos cvdinales unctus in brachio dextro ascendendo usquead médias scapuias, cum certis propriis orationibus. Quo facto^ ingressus est capellam majorera, receplus a Ah niino nostro Papa, qui sedebat in sedesua, adosculun. Intérim vero inuiigilur simili modo et in eodem km

Imperalrix per dictos cardinales , quae similiter âdducitur et recipitur a diclo domino nostro ad osculum manus, ingressisquc eis^ thalamis suis ad latera dictae capellœparatis, procediturad missam, quam celebravit idem dominus noster Papa. Et expleto gradualis tractatu^ ante euvangelium, processerunt Imfjèrator et Imperatrix de thalamis usque ad dictum domioum nostrum Papam, qui descendens ad altare^ factis certis benedictionibus^ utriusque capiti coronam imposuit^ dans Imperatori ensem nudum^ quo postea in vagina repositOy accinxit eum idem dominus noster Bi|f)a, dicens : Accingerc gladio tuo^ etc.; datisque ei regalî sceptro et pomo aureo cum cruce, in signum potestatis super universum orbem^ ascendit idem doniinus noster in sedeni suam, et accedentibus subdiaconis et cantoribus, lecta est quaedam letania propria ad hujusmodi misterium^ cum certis orationibus^ quibus fînitis, déférentes imperalia insignia^ ingressi sunt quilibet in thalamum suum usque ad ofTertorium^ a quo tune exeuntesy et ante médium altaris depositis diadematibus seu coronis et cappis, ascenderunt usque ad ^dem domini nostri Papae, et ad osculum pedis et manus obl^ulerunt oblatiooes suas^ munera^ scilicet preciosa valde; et recedente Impératrice ad thalamum suum^ remansit Imperator in habitu diaconi ad dextrum latus domini nostri Papœ usque* post communionem^ ubi percepta Eucharistia ab ipso domino nostro Papa /Primus recepit communionem de manibus domini nostri Papae idem Imperator^ cum osculo pacis; deinde dia*conus cardinalis^ postea subdiaconus^ postremo vero Imperatrix similiter communionem receperunt de manu domini nostri Papae. Quibus ascendentibus in thalamos

406 CHRONIQUE DE MATHIEU D^ESœUQIT.

suosy nianserunt ibi usque post missam el beuedictioiiem Pontificis. Quibus peractis, exierunt cuiu |»aramentis et insigniis imperialibus pretiosisirais. Iiiurev saque Impératrice doiiium siiani, descendit lm|>eral(»r uscjue ad equiim PoiitiHcis similiter cum Ponlîfice«et appi*ehendens imperator eqiuim et stafTamy asoendit Pontifex directoque equo in incessu, equum asceiidil Imperator, incedens ad latus Pontificis^ antecedentibus imperialibus insigniis suprascriptis, et ense gardi magni nudo et armigeronim copiosa mulliludine cum imperiali vexillo explicato. Qui cum pervenissent ad ecclesiam Sanctse-Mariaî in Crespedina , quse est in proximo strato sancto prope castnim Sancti-Angeli^Tale dato^ data etiam aurea rosa Imperatori^ quamiliuc usque Pontifex detulerat in manibus, rediitad paladiim Sancti-Petri idem dominus noster Papa; el ascendras pontem Imperator, quadringentos et eo amplius inibi créa vit milites^ et transcendens per civitatem^ venkad ecclesiam Lateranenseni ; et erat hora circa solis occasum, ibique refecti(mem accepit, cum magDatibusniB; et eodem sero reversus est ad palacium Sancti-Petri. Die veneris ultima martii^ recessit ab urbe et ivit Netpolim. Item, die sabbati xxii aprilis iatravit orbemyiediensex Neapoli. Item^ diemercurii xxvi ejusdemap» lis, recessit ab uii)e tendens ad Alamanianiy etc. El transivit perFlorentiam, et ivit Venetias, ubi reperil Iniperatricem, quae illuc per mare ducta fuerai ei Neapoli.

(Écriture du temps, Ms. latin 6029.)

Documents sur la guerre de Gand.

29 juillet 1^51.

Lettre du dac de Bourgogne au Roi * .

Mon Irèsredoubté seigneur, tant elsi très humblement que faire puis je me recommande à vostre bonne grâce. Mon très redoublé seigneur, plaisir vous soit de savoir que, pour aucuns mes grans alTaires, j'ayeijtencion et propos d'envoyer bien briefment par devers vous de mes gens et ambasseurs notables, lesquelz auront aussi charge de vous parler, entre autres choses, du fait de ma ville de Gand, dont autrefois je vous ajf escript par mes lettres, et aussi fait parler de bouche plus au long. Et pour ce, mon très redoublé seigneur, que j'ay entendu et suy advertis que ceulx de madicte ville de Gand ont jà envoyé ou doivent très prouchainement envoyer vers vous pour obtenir de vous aucuns piandemens ou provisions à Tencontp^e de moy et ou préjudice de ma haulteur et seigneurie en icelle ma ville, j'escrips par devers vous et vous en advertis en toute humilité, vous suppliant, ainsi que autrefois vous ay

i . Cette lettre a déjà été publiée par M. Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre^ 1" édit., t. IV, p. 510 j et par M. Gachard, Jnalectes historiques^ dans le Compte rendu des séances de la commission royale d* histoire de Belgique , 2' série , t. XII, p. 362.

aussi supplié par mes lettres^ et fait supplier par mes gens qui de bouche vous oril parlé de par moy de cesie matière^ que oudit cas que lesdiz de ma ville de Gand auroient jà envoyé ou envoyeroient, ou feroient fere poursuite vers vous pour avoir et obtenir de vous provisions à rencontre de moy et ou préjudice de madicte seignourie^ ne leur vueillez ottroyer ou donner aucunne que je ne soye oy préalablement en mes raisons et en mon bon droit, comme de vostre grâce de ce m*avez donné vray espoir ; et à tout le moins faire surseoir h chose jusques à la prouchaine venue de mesdiz gens et ambaxeurs vers vous, qui sera très brief, au plaisir Nosire Seigneur^ par lesquelz vous feray informer bieo au long et au vray de tout le démené de ceste dicte matière, et de mon bon droit et du grant interest que j'ay et pretens en ceste partie, et mesmement des estranges manières que lesdiz de ma ville de Gand oot tenues et tiennent envers moy. Et en ce faisant, mon très redoubté seigneur, vous ferez œuvre de justice et à moy grant honneur et parfait plaisir, dont je me rep^ pu teray de plus en plus tenu et obligié envers vous. Mon très redoubté seigneur, plaise vous tousjours moy avoir et tenir en vostre bonne grâce et moy mander et oommander vos bons plaisirs et vouloirs, lesqudz je sus et seray tousjours prest de faire et acomplir à mon povoir, de bien humble cuer et très volentiers, comme raison est et tenu y su y. Priant le benoit filz de Dieu qu'il vous ait et maintiengne tousjours eu sa sûncte garde, et vous doint très bonne^vie et longue et accomplissement de vos très haulx et très nobles desiis. Escript en ma ville de Tenremonde le xxix* jour de juillet.

Vostre très humble et très obéissant Phelippe^ duc de Bourgongne et de Brabant.

Signé : Pheuppe.

Et plus bas : Scoewhove.

Au dos : A mon très redoubté seigneur monseigneur le Roy.

Recepta xii* die mensis aagusti, anno Domini m cccg li. (Original, Ms. fr. 5041, f. 19.)

10 décembre l(i51*

Lettre du duc de Boui^ogne aux habitants de CouAray ^

De par le duc de Bourgoingne^ de Brabant et de Lembourg^ conte de Flandres, d'Artois, de Bourgoingne, de ftaynnault, de Hollande, de Zellande et de Namur.

Très chiers et bien amez, nous avons [veu unes lettres et certains edicts y encloz que ceulx de nostre ville de Gand vous ontenvoiées^ et lesquelles nous avez envoiëes par Perche val d'isenghien, ung des clercs et serviteurs de nosfre ville de Courtray, avant que lesdictes lettres et edictz aient este publiez audit lieu de Courtray, dont nous avons esté et sommes de vous très bien content et vous en sçavons très bon gré. Et quant ausdiz edictz^ nous ne voulons point qu'ilz soient publiez en nostre dicte ville ne qu'il y soit obey; mais le

i. Cette lettre a déjà été publiée par M. Gachard, dans le Compte rendu, etc., 2« série, t. IX, p. 103.

4i0 CHRONIQUE DE MATHIEU DESCOUCHT.

VOUS defTendons sur tant que nous desirez obéir et complaire. Et en tant qu'il touche lesdictes lettres de ceuh de Gandy ausquelles aussi ne voulons point que leur faictes aucune responce, nous les trouvons fort à nostre charge^ nieismement parceque par icelles ilz dient et donnent à entendre que rindisposicion qui est à présent en ladicte ville de Gand est avenue parceque noz bailliz et autres officiers de justice se sont absenta d'icelle ville^ parquoy l'en n'y a peu faire aucun eiercice de loy^ correction et justice sur ceulx que selon droit Tavoient desservy^ etc. Ce sont bien les paitdki qu'ilz ont accoustumé semer et droittes mensonges pour coulourer tousjours leur mauvaistié, laquelle par nulle raison ne pevent excuser^ car nous vous tenons assez estre advertis et informez^ semblablement tous noz bons subgez, de lavraye etparraicle-amour que dès nostre enfance avons eue et portée à npttre dicte ville de Gand, que avons aniée singulièrement sur toutes noz autres villes, et des grandes ofhnces que nesnlnioins ceulx d'icelle ont commises envers nous, et aussi des grans grâces que par diverses fois leur avons faictes en pardons et remissions et par quicter ce qu'ik nous dévoient et autrement, et mei^nes leur doaé largement du nostre propre, ainsi que autresfois avons fait remonstrer publiquement en nostre ville de Malines aux gens des trois estaz de nostre pais de Flandres illec assamblez; aussi la grant grâce que leur avons faicte darrenièrement en nostre ville de Teniemonde.qui n'est pas secrète. Depuis lequel temps kfr* diz de Gand ne se pevent doloir d'aucune nouvelité que leur ait esté faicte de nostre part. Et à ce qu'ilz dient que nosdiz officiers se sont absentez, etc., il cd

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 4ii

\ray cpxe quant iceuU noz ofTiciert veirent que par impression et hayne couverte ilz les voloient contraindre à faire justice des innocens et sans ordre de droit, et qu'il leur eusl convenu faire injustice soubz uinbre de justice, ainsi que depuis iceulx de Gand, deleur auctorité propre, en demonstrant bien leur mauvaise et darapnable voulenté, l'ont fait en la présence de plusieurs personnes notables dont ilz ont mis à mort les aucuns, les autres gebinez et autrement traictez extraordinairement et voluntairement, et encores s'eflprcent de plus faire, etc. , ilz avoient bien cause d'eulx> absenter et retraire. Toutesvoies, quant derrenièrement ceulx des trois estaz de nostre chastellenie de Gand^ furent devers nous, en ceste nostre ville, et nous requirent de grâce pour lesdiz deGandetquey voulsissions envoier noz bailliz et officiers de justice , nous leur feismes telle et si raisonnable responce que ceulx desdiz estaz en furent bien contens, ainsi comme estre dévoient, ainsi que Tavez bien peu sçavoir par le rapport de vos gens et depputez qui y furent. Et se en ensuivant icelle responce lesdiz de Gand se feussent mis en tel estât que nozdiz bailliz et officiers y eussent peu aler seurement faire justice par voye raisonnable, franchement et sans impression ou contrainte et sans accepcion de personnes, et que de ce eussions peu estre asseurez, nous avions bien intencion de leur porveoir tellement qu'ilz eussent eu cause de estre contens. Mais quant estrangenient iceulx de Gand se sont depuis, tout ce nonobstant, gouvernez et conduiz envers nous,vous le sçavez, et est tout notoire, et appert assez que à nous n'a point tenu et ne tient qu'ilz n'aient eu justice, car nous en sommes mis en tout devoir. £t combien que ne faisons

aucune double que vous et autres ooz loiaulx subge/ de nostre dicte ville de Courtray n'ayent este et soieni assez advertis de tout le démené de oeste matière, toutes voies encores vous en advertissons et rafireschissoDs la mémoire^ afin que ne ajoustez aucune foy à telles lettres sedieuses comme sont celles dessus dictes ne autres semblables. En vous priant et requérant aus&i et mandans neantmoins très acertes et expressenent, très cbers et bien amez, que à telles seiiistres subonucions ne donnez aucune audience, et que vous conduisez et maintenez et entretenez nostre peuple deCourtny envers nous loiaument, comme avez fait et qu'il a esté jusques à ores, et nous soiez loiaulx subgez comme en avons bien ferme espérance , et nous vous serons boo prince et seigneur. Et se quelque affaire survient à nostre dicte ville , faictes le nous diligemment sçavoir, et nous y pourverrons sans delay , par telle maniêiti à Fayde Nostre-Seigneur, que percevrez et congnoidrez par eflect Tamour et afTection que avons à vous et k icelle. Très cbiers et bien amez, le Saint-Esperit soï garde de vous. Escript en nostre ville de Brouxelles le x* jour de décembre.

Signé : Phsuppb.

Et plus bas : Porte.

u4u dos : A noz très cbiers et bien amez les prevostz, esclievins et conseil de nostre ville de Courtray.

(Original, M», fr. 5044, f. 27.)

Janvier 1452.

Ce sont les remonstrances et requestes que Guiot Pot, conseiller et eschanson, et Nicolas le Bourguignon, secrétaire de monseigneur de Bourgoingne * , ont faictea au Roy de par mondit seigneur de Bourgoingne.

Premièrement, lui ont remonslré. les manières estranges que ceulx de la ville de Gand ont tenues euvers luy depuis certain temps en ça, et, comment, par divers moyens, ilz ont eutreprins grandement sur sa seigneurye directement contre la forme et teneur de leurs privilèges, et en abusant d'iceulx et les transgressant notoirement^ dont mondit seigneur de Bourgoingne n'a peu estre content ; et combien qu% ayt tousjours contendu et se soit toujours travaillié de les réduire par doulceur à bonne cognoissance deue et telle qu'ilz doivent à leiu* naturel seigneur, et que en cette espérance il leur ait fait de grans grâces, pardons et quictances et que tant longue chose seroit à escripre, touteaifoies, quelque doulceur n'y a peu prouffiter, mais en persévérant tousjours de mal en pis, par conspiracion très détestable se sont esmeuz et mis eu armes par diverses fois, et par liayne et fureur oultrageuse et desordonnée ont prins et emprisonnez, en eulx faisans prince et seigneur de leur auctorité privée, pluseurs notables personnes, chevalliers, escuiers,

1. A ces deux ambassadeurs il faudrait joindre, d'après le Compte de la recette des finances de 1452, cité par M. Gachard (notes de son édition de M. de Barante, t. II, p. 138), Jean Jacquelin, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel du duc.

414 CHROMQUE DE MATHIEU D'ESCOUtHY.

bourgois et autres de ladicte ville, et les aucuu fait jehainer inhumainement^ et après exécuter et mettre à mort comme malfaicleurs, sans cause et sans raison, voluntairement, sans seigneur, sans loy et sans ordre de justice, en commettant tyrannie évidente souIk couleur de justice, et les autres détiennent prisonnien. Et par ce et autrement ont commis et commettent journellement tant d'oultrages et desraisons qu*ilz doivent desplaire h tous princes chrestiens.

Si ont supplié au Roy de par mondit seigneur de Bourgoigne, en ensuivant les requestes que autresfo'» lui a sur ce faictes par ses lettres et fait Faire par ses ambaxeurs, que ou cas que lesdiz de Gand se trairoyent ou envoyeroient devers lui, et par leurcunstre rapport on donné à entendre, pour impetrer ou obtenir de lui aucun confort à Tencontre de mondit seigneur de Boui^oigne ou préjudice de sa seigncurye, que le Roy ne leur en vueille pas baillier ne consentir, ne souffrir estre baillié de sa part. Et mondit seigneur de Bourgoigne a intenciou el ferme espérance de, à Taide de Nostre-Seigneur el de ses bens et loiaulx subjez, } pourveoir tellement par voye raisonnable à rencontre des pervers et coulpables pour les réduire et faire venir à raison à la conservacion de sa seigneurye tousjours soubz la vraye obéissance du Roy^ique rônoenr du Roy et le sien y sera gardé, et que autres y prendront exemple de eulx garder de eraprandre le semblable à rencontre de leurs princes et se^eun naturelz.

Item y ont fait reinonstrance au Roy du fait de messire Jelian de Crov^ touchant les terres de la Voue et de Villiers-sur-Tourbe qu'il a de nouvel achetées el

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 4i5

dont Je Roy et son conseil sont bien adverliz. Et ont fait requeste au Roy qu'il lui plaise de sa grâce lui desduire et rabat re ce que ledit messirg Jehan de Croy lui peut devoir des droits seigneuriaulx desdictes terres sur la somme de ini mil escus que le Roy lui donna jà pieça sans requeste, et dont il lui fist baillier ses lettres patentes, qu*il a toutes \eri(ïiées ou cas que il ne plairoit au Roy lui mieulx faire.

j4u dos : Bourgoigne. Apporté par Guiot Pot et M® Nicolas Bourguignon, et présenté le xx« janvier l'an mil iiii<= li.

(Original, Ms. fr. 5042, f. 29.)

28 avrU U52.

Lettre du duc de Bourgogne au Roi * .

Mon très redoubté seigneur, tant et si très humblement que plus puis je me recommande à vous. Et \ous plaise sçavoir, mon très redoubté seigneur, que, à l'occasion de pluseurs grandes entreprinses que ceulx de ma ville de Gand ont, puis aucun temps, faictes contre et ou préjudice de moy et de ma seignourie, et en venant directement contre leurs previlèges, aucuns difîerenssesont meuz entre mes officiers et eulx. Et pour appointier iceulx differens selon raison, ont esté tenues pluseurs journées; mais finablementlesdizde Gand, en délaissant entièrement la voye de justice, se sont, dès environ le mois de novembre passé, mis sus en armes,

1 . Cette lettre a déjà éié publiée par M. Rervyn de Lettenhove,

et se sont rebellez et reDduz desobeissans à mov, et ont de leur auctorité fait en ladicte ville capitaines et gouverneurs 9 ausquelz ilz ont donné obéissance comme à leur prince. Et pour ce que les députez des Elstas et des trois membres de mon pais de Flandres sont pluseun fois venus devers moy afin de trouver aucun mojen pour fere cesser toutes voyes de fait, à quoi ilz m'ont tousjours trouvé enclin; etmesmement, la aepmaioe peneuse, vindrent devers moy pour ceste cause et à la requeste desdiz de Gand, les députée de la ville et ceulx des Estas de. la chastellerie dudit Gand, et les députez des membres de mondit paîsde Flandres, jaj tousjours différé et délayé de résister à leurs dides voyes de fait. Et que plus est, combien que à la requeste qui me fut faicte touchant ceste matière, le jour du benoit vendredi aouré^ par lesdiz députez, je leor eusse respondu raisonnablement et eu toute dooloeor tellement que iceulx députez en furent contens et esperoient, comme ilz disoient, que lesdiz de {Gand se] remendroient et reduiroient et se depoitKt>ient de toutes voyes de fait, ce nonobstant [ilz fire]nt tout le contraire : car en ce mesme temps, c'est assavoir ledit jour du benoit vendre[di de] ladicte ^sepqHiine p^ neuse que lesdiz députez estoient devers moy, en ma ville de Brouxelles, à la fin dessusdicte, ilz d^enblée prindrent le cbastel de Gavre, sçitué entre Gand et Audenarde^ et tenu de moy en fief par mon amë et feal cousin le conte de Laval. Et la nuyt du mecredi cnsuivanty xii^ jour de ce mois, se mirent sus en armes, et partirent de ladicte ville de Gand le lendemain xiii^ jour de cedit mois, atout grant nombre de geni armez et foison artillerie, leursdiz députez estant en«

PIÈCES JUSTinCATIVES. 417

cores lors devers moy en madicte ville de Brouxelles, et y beSbingnans comme dessus est dit. Et vindrent assegier de tous lez ma ville d'Audenarde, située en mon dit pais de Flandres, en laquelle lors n'avoit aucun capitaine ou chief ne garnison establie de par moy, réservé que d'aventure lors y estoit messire Simon de Lalaing, lui sixiesme de gentilz hommes, que je y avoye envoyé pour visiter ladicte ville , lequel y fut encloz tellement que à grant peine trouva-il manière de mettre hors ung homme qui arriva devers moy le samedi matin ensuivant, pour moy signifTier lesdictes nouvelles. Et illec ont demouré jusques au xxinl* jour de ce mois, et se sont efforciez d'avoir icelle ville en la bâtant de canons et autres engins et y mettant feu et faisant pluseurs grans dommaiges, et commettant envers vous, qui estes leur souverain seigneur, grande offense, et en eulx demonstrant rebelles et desobeïssans envers moy qui suis leur prince et seigneur naturel, contendans par ce et pluseurs autres moyens, qui trop longs seroieiit de vous escripre, à mettre s'ilz povoient tout ledit païs de Flandres hors de mon obéissance, à la grant foule de toute seignourie et noblesse. Pourquoy, dès ledit samedi xV jour de cedit mois, ceste chose venue lors et non plus tost à ma congnoissance, incontinent, àTaprès disnerd'iceluijour,me parti de madicte ville de Brouxelles, et m'en vins à ma ville d'Ath en Haynnault. Et pour ce qu'il me fut rapporté quelesdiz de Gand avoient prise et occupée de fait ceste ma ville de Grantmont et y avoient envoyé deux capitaines et ceriain nombre de gens avec eulx, tan tost je envoiay celle part messire Jehan de ft*oy, atout ses gens, lequel incontinent et par assault prist et recouvra icelle

4i8 CHRONIQUE DE MATfflEU D'ESCOUCHY.

ville; et à la prinse furent tuez les deux capitaines desdiz de Gand et pluseurs de leurs gens. Et depuis y suys venu, et diligemment ay envoyé de mes gens courrîr devant le siège estant au lez deçà pour veoir et visiter leur fortifficacion et sçavoir leur convine, aBn de les combatre et lever. Et au regart de mon nepveu le conte d'Estampes^ lequel avec ses gens se tenoient par mon ordonnance au lez de la rivière de TEscaulty pour ce qu'il fut adverti que lesdiz de Gaud avoient occupée et prinse d*emblée la place et forteresse de Helchin , appartenant à Tevesque de Tournay, et aussi avoient prins et fortiffié le pont d^Espière, prouchain d'icelle forteresse, et par ce moyen tenoient empeschié le passaige de ladicte rivière, le vendredi ensuivant, xxi* jour de cedit mois, se tray celle part et, à puissance d'armes, prist et recouvra sur lesdiz de Gand ledit pont d'Espière, non obstant la resis* tence et deffence que au contraire y firent lesdiz de Gand estans illecques à grant nombre de gens armei, et tellement que sur la place en y demeura plnseun mors de la part d'iceulx de Gand, et les autres s'en fuirent es mares proucbains d'illecques où Ton nepovoit bonnement avoir accez à eulx. Et aussi fut recoavrëe par mondit nepveu ladicte place de Hetcbin qu'ilz tenoient, et ainsi fut le passaige de ladicte rivière ouvert et despeschié. Et le lundi ensuivant, xx!!!!** jour de cedit mois, mondit nepveu d'Estampes, lequel je avoye mandé venir devers moy, avecquei toutes ses gens, pour ensemble aler combatre I^diz Gantois et lever leurdit siège, pour ce que, à l'eulcde la recepcion de mes lettres, il estoit près du si^ que tenoient iceulx Gantois de ladicte rivière au lez de

PIFXES JUSTIFICATIVES. 419

Flandres, ala celle part, et baudement les assailli. Et dura la bataille assez longuement, car lesdiz Gantois de leur part firent grant resistence ; toute(Tois à la fin ils furent desconfiz et leur dit siège levé, et très grant nombre d'eulx mors en la place, et les autres s*en fuirent de Tautre costé de la rivière, par ung pont de bateaulx (|u*i]z y avoient fait; et eu passant pardessus ledit pont cheurent en la rivière les pluseurs d*eulx, et se noyèrent, et si en y ot pluseurs d'eulz ars et brûlez en leurs logiz , èsquelz ilz avoient bouté le feu afin qu'ilz ne feussent suiz par mes gens. A laquelle bataille mondit nepveu fut fait clievalier, et pluseurs de sa compaignie. Et pour ce que, tant pour la grant fumière du feu des logiz desdiz de Gand, que le veot lors contraire amenoit droit au visaige de mes gens, comme aussi pour ce que ceulx qui passèrent ledit pont, tantost que passez y furent, le rompirent, mon^ dit nepveu et ses gens ne peurent suir et chasser prestement ceulx qui s'en fuioient, et entrèrent icelui mon nepveu et ses gfens en madicte ville d'Aude* narde. Et ce veans les autres de Gand qui tenoient le siège devant madicte ville du^costé deçà la rivière, au lez de mon païs de Haynnault, desemparèrent leur siège, et s'en fuirent vers madicte irille de Gand, en délaissant et liabandonnant leurs bagaige et artillerie. Après lesquelz chassèrent et alèrent aucuns des gefts de mondit nepveu, et en icelle chasse ruèrent jus pluseurs desdiz Gantois. Lequelles nouvelles vindkent bien tart à ma congnoissance, qui estoie lors en ceste ma ville de Grantmont, parce queues messaiges %ivoiez devers moy pour ceste cause ne furent pas assez diligens. Et toutes voyes, tantost que je le sceuz, je

montay à cheval et feiz monter toutes mes gens, et envoiay devant ledit messire Jehan de Croy et après beau cousin de Saint- Pol; et moy et beau filz de Charrolois tirasmes tous celle part, afin d*estre au devant d'eulx et leur copper le chemin, et empeschier l'entrée en madicte ville de Gand. Et combien que les aucuns d'euU feussent desjà passez oultre et entres en la ville, encores estoient demourez derrières, bien près de Gand y environ 11°", ayans avecques euU les principales bannières de la ville. Lesquelz ledit messire Jehan de Croy, qui chevauchoit devant, atout vi" com* batans seulement, fist arrester, et prindrent plan pour combatre et eulx de(Tendre ; ce que ledit messire Jehan de Croy me fist sçavoir. Et tantost me hastay et les gens estans avecques moy, et trouvay, quant je y fuz arrive, lesdiz de Gand estre rompuz, et les jda- ^urs d'eulx mors en la place, et les autres en fuite, les ungs vers ladicte rivière de TEscault, qui estoit prouchaine du lieu, et s'y boutèrent et noyèrent les ploseurs, et les autres contre la villf ; desquels en eachappa très peu et y furent leursdictes principales bamiières gaingniées. Et par ce moyen madicte ville d^Aodenarde et mes bons subgez qui estoient et qui sont eo icelle, ont esté délivrez de la tirannie desdiz de Gand, grâces à Dieu mon créateur.

Lesquelles choses, mon très redoubtë aeignear, vous escrima et signifHe voulentiers, pour œ que je sçay certainement que de yostre graoe les aoiei à plaisir et qu'elles vous seront aggreables. Vous nppliant humblement qu'il vous plaise tousjours moj mander et rescripre voz bons plaisirs, pour iœok accomplir à mon povoir, comme raison est et terni 7

suis, à Tayde de Nosire-Seigneur, auquel je prie qu'il vous doint bonne vie et longue, et accomplissement de \oz nobles et haulx désirs. Escript en ma ville de Grantmont le xxvm* jour d'avril.

Vostre très humble et 1res obéissant Phelippe, duc de Bourgoingne et de Brabant.

Signé : Phelippe.

Et plus bas : Porte.

Au dos : A mon très redoublé seigneur monseigneur le Roy.

Lettre de monseigneur de Bourgongne touchant le fait de Gamp. Receue ce x« jour de may cccc lu.

(Original, Ms. fr. 5041, f. 2.)

2k juillet 1453.

S'ensuit la coppie des lettres que monseigneur le mareschal envoit au président de Bourgoigne, le bailli de Dijon et les aultres gens du conseil et des comptes de mondit seigneur le duc de Bourgoigne.

Très cliiers et especialz amis, tant comme je puis je me recommande à vous pour vous faire savoir les nouvelles de par deçà. Plaise vous savoir que le xvni^ jour de ce présent mois, monseigneur le duc a^ mis le siège devant le chastel de Gavre, et a Ton fort contraint ceulx qui sont dedens par trait de hoti^' bardes et autres engins. Et le dimenche suigant, xxii'' jour dudit mois, après minuit, le dippitaine de ladicte place, xii ou xiii avec luy, trouèrent manière d'en partir, et ceulx qui peurent e^apper se

tirèrent à Gand, et baillèrent corage à ceuU dudit Gand de venir combastre moudict seigneur le duc, le lundi suigant, bien matin. Ceulx.qui estoient demourés en ladicte place se rendirent à la volenté de mondit seigneur. Et ledit jour, environ x heures avant midi, yindrent les nouvelles à mondict seigneur que lesdiz de Gand estoient parti pour venir combastre. Prestement nous partismes du logis, les hoomies d'armes à cheval, et les archiés de pié. Mondict seigneur se meist en très belle ordonnance. Au r^ard de moy, le bailly de Heuault messire Symon de La« lain, qui sont de Tavangarde, avec ma compaignie, alasmes au devant d*eulx. Et après que euames demeuré une espace de temps en bataille les ungK contre les aultres, ilz marchèrent pour venir i rencontre de nous. Nous leur courusmes sus et, parTaide de Dieu, nous les rompismes, et se meirent à la fiiile. Mondit seigneur y vint avant que la chose fut dn tout desconfite 9 et y feist très merveilleusement de sa personne : il fut rencontré de pluiseurs piques sur soo corps, et fut son cheval moult fort oavré, mais, par la grâce de Dieu, sa personne n'a esté blecyé nullement. Hz estoient un très grant nombre de gens, et veult Ton dire de xxv à xxx"' hommes, car ceulz de Gand au dessoulzde lx ans et au dessus dexvm ans y ^ estoyent, excepté un petit de nombre qui esUnt demouré pour garder la ville. La desconfiture fui près tie la rivière de TEscault, en laquelle ilz se cuidèrent sauver, et ilz se noïerrent un très grant nombre. Au jour d'uy, mondit seigneur a esté devant ladicte ville de Gand, à toute sa puissance; et estoient lesdix de Gand bien amatiz, et ne sont point partis de leur ville

pour veuir courir sur mondit seigneur. Hz ont requis de venir demain parler à mondit seigneur eu son logis, et il leur a acordé. Nous avons sçeu par ceulx meismes qu'ilz ont perdu xn ou xiio"* hommes; et pour ce qu'en avons peu veoir, tant par ceulx qui sont demourës sur la place comme par ceulx qui sont saillis en la rivière, il nous samble qu'il en y puet bien avoir autant des plus notables de ladicte ville qui y sont demourés ; et doit l'en croire que ce a esté euvre de Dieu, car nous n'estions pas nombre en Tavangarde pour les rompre, se Dieu ne nous y eust aidié. Avec ce qu'ilz estoient grand nombre, si es* toient-ilz en très belle ordonnance, et avoient beaucoup d'artillerie de quoy ilz tirèrent dedens nous. Du parti de mondit seigneur n'a eu que x ou xn hommes mors, mais il y eust beaucop de chevaulx mors et blessiés, et aussi il a eu des gens blessiés. Ses nou# velles je vous fais savoir volentiers, pour ce que je scay bien que en serés joieulx. Se chose vous plaist que je puisse, je le feray volentiers à l'ayde de Nostre Seigneur^ qui vous ait en sa saincte garde. Escript ou champ de mondit seigneur devant Gavre^ le xxuii* jour de juillet mil iin'^Lni.

Thiebault de Nedfchastel, seigneur de Blammont, mareschal de Bourgoigne, vostre.

(Fragments d*uiie chronique du quinzième siècle, Ms. fr. 6487, f. 9.)

s ensuigyent les noms et surnoms des chevaliers fiûs à U bataille de Gand le xxiiii^ jour de juillet, Tan m iiii^iii.

Monseigneur le marescbal de Boui^oingiiey nommé Thiebault de Neufchastel, seigneur de BlammoDt, Jaques de Saint-Pol, le seigneur de Ligney, le seigneur de Thalemer, le seigneur de Soye, Jehan de Havesnesy Tristan de Thoulonjon, Jehan de la Viez- Ville, Âmblart de Neufville, Jehan Anneniery maistre Pierre de Goux, Lienart Mochet, François de Mantoo, Loys de Gruitaise, Symon du Chastelier, Guid de Grantmonty Ânthoine de Ray, Guillauaie de Raj, Jehan Valens» André de Qarour, Jehan Pam», Guillaume de HeuUe, Jehan de Somant, Jacques de Mocquelin, Jehan, son frère, Galehault Doler, Mathicc de Rambeqne, Jehan de Dunquem, S^ré de Gresvesi Phelippe Villain, Jehan Dumy , Ferri de disant, le conte de Petit- Pierre y Lienart de Glispen, le seigneur de Ribaut-Pierre, le seigneur de Bellemont, Thiebaut de Rougemonty Jaques de Monmartin, Guillaume de Valengin, Norin d'Estingue, Thiebaut de Raindiampy Loys Dabre de Hellelemettre, Phelipe de Commande, le seigneur de Chandivers, Chrtstofle de Ciidantin, monseigneur d*Angiers^ Ame de Tanlay, le Bègue de Roussancourt, Perrin de Leaul, Loys Dabre d'Espine, Henry Buissenet, Bernart de Mellerot.

Les chevaliers que monseigneur fit banerës : Monseigneur de Courant , monseigneur de Coodey,

monseigneur de Ville, monseigneur d'Eslambourg, chevaliers banerès tous un .

{Ibid,, f. 8.)

25 juillet 1453.

Lettre du duc de Bourgogne au Roi * .

Mon très redoubté seigneur, tant et si très humblement comme je puis je me recommande à vous. Et vous plaise savoir, mon très redoubté seigneur, que pour prandre et avoir en mon obéissance trois places et forteresses. Tune appellèe Pouques, assise à quatre lieues de mes villes de Gand, de Bruges et de Courtray, entre la mer et le Lis, et les autres deux nommées Gavre et Schendelbeque, assises deçà TEscault en mon conté d'Alost , lesquelles trois places, qui estoient fortes, mes ennemis rebelles et desobeïssans de madicte ville de Gand tenoient et occupoient, et par icelles avoient fait et faisoient pliiseurs grans dommaiges en mes païs, et aussi en entencion de réduire mesdiz ennemis en mon obéissance, je, dès le xii"® jour de juing derrenier passé, me suy mis sur les champs y atout mon armée, et ay mis siège devant lesdictes trois places. C'est assavoir : premièrement devant ladicte place de Schendelbeque, prouchainne à mes pais de Brabant et de Haynnau et à quatre lieues de madicte ville de Gand, laquelle j'ay fait batre d^- ^ gins et telement y besongnié qu'elle a esté reduitte4[

\ . Cette lettre a déjà été publiée par M. Kervyù de Lettenhove, /. r., p. 538. ^ ' ^

426 CHRONIQUE DE MATHIEU D'ESœUCUT.

moD obéissance^ et ceulx de dedens exécutez crioiinelment, ainsi que bien desservy Tavoient, et ladicle place rasée et abatue avec certaines autres places que occupoient mesdiz ennemb près dudit Schendeibeque. £t de là, pour ce qu*il estoit nouvelles que mesdiz ennemis dévoient partir de madicte ville de Gandy à grande puissance, pour garder ladicte place de Pouquesy je rapassay lesdictes rivières de TEscaolt et du Lizy et, atout madicte armée, vins mettre le siège devant ladicte place de Pouques, laquelle, après qu'elle a esté batue d'engins, a semblablement esté reduitle à mon obéissance et rasée, et autres pku^es vcHsines démolies comme dessus, et ceulx qui les tenment exécutez. Et ce fait, pour ce que semblablement lesdix de Gand firent courir voU et renommée partout qu'ilz me vendroient combatre se je venoie deviot ladicte place de Gavre, je disposay de venir mettre siège devant icelle place de Gavre, combien toutevoies que je fusse adverti que par autre manière je povoie plus adommaigier mesdiz ennemis du costé dndit Pouques que de assegier ladicte place, laquelle etf celle desdictes trois places par quoy Ton a fiûl en mesdiz pais le moins de dommaige, pour ce qa*eUe est assez longtaine de mesdiz pals de Brabant et de Havnnau, et à deux lieues et demie près dudit Gand. Et après que ledit siège a par moy esté mis devant ladicte place de Gavre, elle a tenu par aticnns jours, pour ce qu'elle est très forte de muraille, et aosa qu'elle estoit bien assise et sur ladicte rivière de TEs* cault, par laquelle lesdiz de Gand se povoient tra» vueillier et secourir ceulx de dedens et les avitaillier. Neantmoina, ipar le bon plaisir de Nostre Seigneur,

PIECES JUSTinCATlVES. 427

elle fulj lundi passé avant midi, reduitte en mon obéissance, et ceux de dedens exécutez comme les autres. Et ledit jour, environ une heure après midi, les chevaucheurs de mon ost, qui estoient sur les champs, me rapportèrent que lesdiz de ma ville de Gand estoient partiz hors de ladicte ville en très grant nombre et comme de xxxvi à xl mil hommes^ et qu'ilz s'en venoient contre moy en bataille, et en grant ordonnance, pour combatre moy et mes gens. Lequelles nouvelles, que trouvay véritables, par moy oyes, je prins place pour attendre ladicte bataille et combatre mesdiz ennemis. Lesquelx assez tost vindrent, c'est assavoir ceulx de leur avant garde, en grant nombre, tant de cheval comme de pie, et auprès d'ealx ceulx de leur bataille, avec grant foisop d'artillerie. Contre lesquelz fut telement fait et besongnié que, à l'ayde et parla grâce de Dieu, mesdiz ennemis furent vaincus et desconfiz, sans gaires de perte de mon costé. Et en la pla^e y a eu desdiz de Gand très grant nombre tuez, et après ont esté mis en chasse, laquelle chasse a duré jusques au plus près de ladicte ville de Gand; et dudit nombre ne sont rentrez en ladicte ville que environ de nr à im"^ ; et n'a Ton peu au vray savoir le nombre des mors, pour 4)e qu'ilz ont esté chassiez en pais de boscaiges, et graqt nombre noiez en ladicte rivière de l'Escault, selon laquelle les pluseurs s'enfuirent. Lesquelles choses, mon très redoubté seigneur, vous signifie pour ^e que je sçay de certain que serez bien joieux desdicte^ nouvelles et de la grâce que^Dieu m'a fait présente-» ment. Mon très redoubté seigneur, je vous supplié qu'il vous plaise moy mander et commâmder voz4)on^

plaisirs et commandemensi pour iceulx accomplir à mon povoir de très bon cuer et vouleniiers, comme raison est et bien tenuz y suy, prians le Saint-Esperit qu'il vous ait en sa digne et benoiste garde. Escript en mon ost à Gavre le xxv"** jour de juillet.

Vostre très humble et très obéissant Phelippe, doc de Boui^oingne et de Brabaut.

Signé : Pheup».

Et plus bas : D. Milr.

j4u dos : A mon très redoubte seigneur monieigneur le Roy.

De monseigneur de Bourgongnc touchant le fait de Gand. Bcon k ix« d*aou8t cccc un.

Post-scriptum de la lettre du duc.

Mon très redoubte seigneur, depub rescriptiire de mes lettres èsquelles ceste cedulle est endosey et avait que ce porteur ait peu estre expedié^ceulx de ma ?ille de Gand ont envoyé devers moy leurs depatex co grant nombre, ayans povoir especial et souffiaani de requérir ma grâce et miséricorde et de moy ferepluseon grans offres; ausquelles, pour Tonneur et révérence de Dieu y en préférant miséricorde à rigueur de juMioey et sans avoir regart à leurs grandes oflenaea et à h victoire que j*ay contre eulx, je me suy oondooendiiyCl moyennant les amendes honnourables et proofElaliki qu'ilz feront présentement, et en acompUaaant plusems poins et articles contenuz en leursdictea oflines, me suy incliné à leur pardonner leursdictea defErahes; et demain me doy trouver devant madicte ville de Gand, atout iiton armée , pour recevoir desdiz de Gand

ladicie amende honnourable^ et moy fere par eult obéissance.

(Original, Ms. fr. 50^1, f. 16 et 17.)

Lettre du Dauphin au Roi.

25 octobre 1452.

Mon très redoublé seigneur, je me recommande humblement à vostre bonne grâce tant et si très hulnblement comme je puis. Et vous plaise savoir, mon très redoubté seigneur, que j'ay sceu qu'il est descendu une grosse armée d'Angloys en Bourdelois. Et pour ce que autrefois j'ay esté adverti que vous fustes aucunement desplaisant de ce que, en vostre conqueste de Normandie et dudit Bourdeloys, je ne vous offris mon service, ce que je fis par Èstissac, Remon et Benoist en s*adressant à beau cousin de Dunoys, nonobstant que estoye en piteux estât de ma personne, et me desplaist de tout mon cueur s'il ne vint à vostre notice, maintenant, mon très redoubté seigneur, vous envoie mon amé et Féal conseiller ef chambellan le seigneur de Barry, pour vous y offrir mon service et y mettre corps et biens, si vostre plaisir est me faire ceste grâce de m'en donner la charge et m'y employer, comme plus à plain le vous pourra dire le seigneur de Barry, lequel vous plais#ll0îre , en priant le benoist

430 CHRONIQUE DE MATHreU D'ESœUCHY.

filz de Dieu, mon très redouble seigneur, qu'il vous doinl très bonne vie et longue.

Escript à Vienne le xxV jour d'octobre.

Vostre très humble et très obéissant filz.

Lots.

A mon très redoubté seigneur.

' (Copie, d*aprè8 collection de M. Menant » Fohtavibu , porlef. CXXI* CXXIl.)

Meurtre de Jeofi de Fieffés.

Août 1453.

Lettres de rémission données par Gharies VU à Jean,

seigneur de Flaiy.

Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, savoir faisons à tous presens et à venir nous avoir recea romble supplicacion de Jehan de Flavy, chevalier, sire dudit lieU; Yuiot de Flavy^ dit Gauvain, Phelippotle Prévost^ Jehan, bastart de Foleville, Jehan Brmwt, Loyset Penel , Jehan Toulet^ dit Bruyant, AlleaunMt de Wunille, Robert de Bainast, dit Tristran, Jehan de Cromont et Daniel Wians, contenant que, dès environ le mois d'avril derrenier passé, nostre très diier et Ires amé frère et cousin le duc de Bourgongne fistbire commandement aux nobles demourans en ion pais d'Artois, et autres ses vassitllx, qu'ilz le alaasent

OU fait de la guerre qu'il avoit lors contre ceulx de la ville de Gand. Et à ceste cause ledit de Flavv. eu obéissant audit mandement, pour ce qu'il est son homme, se mist sus pour aler oudit service, et assembla plusieurs nobles et autres pour mener avec lui. Et pareillement se mist sus en armes Jehan de FiefTes, chevalier, et pluseurs gens de guerre en sa compaignie, qui se disoient au bastart de Bourgongne. Lequel de Fieffés, soubz umbre d'aucunes haines que il se disoit avoir aux habitans de la ville d'Outrebais, les siens fist logier en icelle, qui est voisine et contigue de la ville de Maiserolles, appartenant à icellui de Flavy, et avoit ledit lieu d'Oullrebais en grant recommandacion et mesme en garde pour noz bien amez les doyen et chappilre de Parry. Et y firent lesdiz gens de guerre pluseurs maulx, pour ce que au paravant dudit logeis ledit de FietTes avoit demande ausdiz habitans d'Ou*trebais dix escuz d'or, et avoit dit que s'il n'avoit lesdiz dix escuz, qu'il y feroit logier grant nombre de gens d'armes qui leur feroient de grans maulx et dommaiges. Laquelle chose lesdiz habitans ne osèrent octroier audit de Fieffés, obstant la défense à eulx faicte par ledit de Flavy de non eulx composer ne bailler aucune chose. Et depuis, en persévérant pa^ ledit de FiefTes en son mauvais propos, icellui de G|fl^esf soubz umbre de ce qu'il se disoit avoir la charge de conduire aucuns des gens de giterre dudit bastart de Bourgongne, combien que de sacompaignie n'eustque de six à sept chevaulx, pour fouler et porter blasme à icellui de Flavy, ala logier, lui acompagné de ira" l)pmmes de guerre ou plus, en la ville de Cuchy, appartenant audit de Flavy, et où il estoit pour lors. Le-

quel de Flavy, quant ce vint à sa cognoissance, te parti de Teglise de la Ferté-Hubert, là où il Ëiisoit faire ung service pour le salut de l'ame de son père, qui y est enterré^ et s'en ala,lui vu*", audit lieu deCuchy, pour soy mettre et logier en son chastel d*iJlec. Mais incontinent que ledit de FiefTesPaperceut, il se transporu au point que Ton nomme le Pont de Pierre, par lequel icellui de Flavy entendoit passer, et fist ledit de FieiTes descendre à pié sept ou huit archiers, et bender leurs ars et mettre leurs flèches en coche, faisans semblant d'en vouloir tirer contre ledit de Flavy. P6iir quoy icellui de Flavy leur demanda s*ilz le vouloient destourber dealer en sa maison et passer par sa terre. Lequel de Fiefles, tenant et branlant une javeline ea sa main , la pointe devant ledit de Flavy, respondi de mauvais et félon couraige que par ledit pont ne passeroit-il point, et qu'il alast quérir autre passage oa bon lui sembleroit. Et alors ledit de Flavy, aaicliaDt que par autre voye ne povoit aler en sadicte place, obstant pluseurs mares et fossez par où nul ne povoit passer, et le mauvais couraige et voulente dudit de Fiefles, ala jusques auprès dudit pont, et 8*enbardy et mist en aventure icelluy de Flavi, lui estant sur ung bon et fort cheval, de passer oultre; ce qu*il flst en gnoU dangier et péril de son corps. Etlorsledit aefieires4iA qu'il se logeroit en ladicte ville et y gerroit la nuycl, quiconque le voulsist veoir, tenant en sa main ladîde javeline; et ce fait, commanda comme on dit à ses geos qu'ilz feissent du pis qu'ilz pourroient. |g| alors |p gens dudit bastart de Bourgongn^, voians ai mauvaiie volunlé et conduite, disdrent que pointue aelogeroi^ illec. et qu'ilz savoient bien que ledit basiwt n*

seroit pas content. Et tanlost après se partirent, et alèrent au service de nostre dit frère et cousin, comme a fait ledit de Flavy. Durant lequel service, qui dura jusquesau mois d'aoust derrenier passé ou environ, ne depuis, lesdiz de Flavy et de FiefTes n'ont eu quelques parolles ensemble jusques au mois de septembre derrenier passé, que ledit de Fieffés, accompaigné de six ou sept personnes embastonnez, passa parmi ladicte ville de MaiseroUes, appartenant audit de Flavy, là où pluseurs des serviteurs ou subgez d'icellui de Flavy prenoient leur repas pour disner, et estoient en joyeusetéen une place au devant de la taverne, auprès du chemin par lequel ledit de Fieffés et ses complices passèrent. Et pour ce que il, ou aucun de sa compaignie, demandèrent où estoit ledit de Flavy, fusl respondu par aucuns d'iceulx serviteurs qu'il n'estoit point en la ville, mais estoit en la ville de Doullens aie jouer et vouler dès le jour précèdent. Et prestement ledit de Fiefffes, ou aucuns de sa compaignie, demandèrent quelz gens il avoit avec lui. Lesquelz respondirent qu'il n*estoit que lui troisiesme, en leur présentant à boire de leur vin; ce qu'il refusa, et passa oultre en alant vers ladicte ville de Doulens, là où ledit de Flavy estoit aie deux jours paravant ou environ. Et adcttic aucuns desdiz serviteurs dudit de Flavy qui illec estoient , doubtans que icellui de Fieffés voulsist fere emprise sur la personne dudit de Flavy et le injurier comme autres fois il avoit fait, montèrent à cheval, et alèrent oudit lieu de Doulens. En alant auquel lieu, leur fu rapporté que îcellul de Fieffés avoit encores demandé icellui de Flavy en ladicte ville d 'Outrebais, savoir s'il estoit encores retourné dudit lieu de Dou-

/i3^ CimOMQlJE DE MATHIEU D'ESCOUCHY.

lens ou non. Et à ceste cause, eulx venuz en icelle ville (le Doulens, advertirent ledit de Flavy de ce que dit est ; lequel ilz trouvèrent csbatant au jeu de larbaleslre, avec les bourgeois de ladicle ville, ou jarJrin des arbalestiers. Et combien que par aucuns eus! esté dit et remonstré en ladicle ville de Doullens audit de Fieiïes que ledit de Flavy n'estoit pas content des injures et voyes de fait par lui tenues envers ledit de Flavy, en la manière que dit est, neantmoins iœUoi de FiefTes, en persévérant tousjours en son mauvaiz propoz, respondit de félon couraige à ceulx qui en par^ loienty qu'il avoit intencion de le veoir ainçois qu'il se partist de ladicte ville; qui s'entendoient parolles de menasses. Et encores pour plus faire desplaisir audit de Flavy, ledit de Fieffés fist aler et promener ses gens et chevaulx pardevant Tostel où ledit de Flavy estoil logié. Et depuis, tantost après, ainsi que ledit de Flavj, ne pensant audit de Fieffés, retoumoit dudit jardrin aux arbalestiers de ladicte ville où il s*estoit esbattu, en alant en son dit logeiz, ledit de Fiefies, aiant soo espée xaincte, les mains au costé, et accompaigné de ses gens embastonnez, cuidant trouver ou rencontrer ledit de Flavy ainsi petitement accompaigné comme on lui avoit dit estre ù présumer, lesdiz de Fieflfesct ses gens, ainsi embastonnez, sevindrent pourmener en la rue au plus près du logeis dudit de Flavy, et eulx promenans ainsi que dit est, apperceurent assez pns d'culx ledit de Flavy, qui estoit accompaigné dôdiz Guiot de Flavy et autres dessus nommez ses senriteuis. Et lors ledit de Fieffés entra en une maison lui et ses dtz gens, et adoncques les gens d'icellui de Flavy dessus nommez et autres , aians souvenance ou memoiie

des oultraiges et injures ainsi faicles par ledit de FiefTes à leur dit maistre et à ses subgez, et de la manière de faire qu'il auroit tenu et tenoit, le suivirent et entrèrent après icelluy de Fieffés en ladicte maison, et ledit de Flavy après eulx. En laquelle maison les aucuns des serviteurs d'icellui de Flavy battirent et navrèrent ledit de Fieffés, et lui donnèrent pluseurs coups ; et entre les autres fut frappé par lesdiz Âleamet et Daniel, et en ce conflit eut ung coup en la teste , et sans ce que icellui de Flavy y touchast ne frappast oncques. Desquelz coups et bateures icellui de Fieffés, parfaulte de bon gouvernement ou autrement, six ou sept jours après, est aie de vie à trespassement. Auquel trespas ledit de FiefTes confessa, présent pluseurs personnes, que ladicte bateure il avoit bien desservie et le pardonna aux facteurs. Â l'occasion duquel cas icellui de Flavy s'est absenté du païs, et doubte que l'en vueille procéder contre lui à bannissement et à confiscacion de corps et de biens, et par ce n'oseroit jamais retourner au pais, se nostre grâce et miséricorde ne lui estoient sur ce imparties, en nous requérant que, ce considéré les oultraiges que avoit faiz ledit de Fieffés audit Jehan de Flavy, qui est jeune chevalier, clerc non marié, par quoy condempnacion corporelle ne se pourroierit ensuir sur sa personne, et les services que ledit de Flavy, ses prédécesseurs, oncles et parens, ont faiz à nous et à noz prédécesseurs ou fait de noz guerres etencores font de jour en jour, et que en autres cas il a esté et est de bonne vie, renommée, et lionneste conversacion, et que les dessus nommez ses serviteurs, ne lui aussi, n'avoient pas entencion de le tuer, et ne lui eussent jà fait mal s'il ne se fust ainsi venu présenter et

k:\i\ CimOMQUE DE MATHIEU D'ESCOUCHT.

pormener devant ledit logeiz, il ne nous plaise sur ce leur impartir nostre grâce et miséricorde. Pour ce e^t il que nous, ces choses considérées, mesmeraent que ledit de Flavy est de noble et ancienne lignée, et que ces prédécesseurs ont servi les nostres, et lui et ses parens nous et la chose publique de nostn* Royaume , especialement au recouvrement de nostre païs et duchié de Normandie, où ledit de Flavy fut eu personne^ voulans^ tant en Faveur des choses dessus dictes^ comme à la prière et requeste d'aucuns des seigneurs de nostre sang^ qui sur ce nous ont fait supplier et requérir, miséricorde en ceste partie préférer à rigueur de justice, audiz Jehan de Flavy, Guiot de Flavy, dit Gauvain, Phelippot le Prévost, Jehan basiart de Foleville, Jehan Brunet, LoysetPenel, Jehan Toulel, dit Bruyant, Âleaumet de Wumille, Robert de Bainast, dit Tristran , Jehan de Cromont et Daniel Wains avons quicté, remis et pardonné, quictons, remettons et par^ donnons par ces présentes et à chascun d*euU de grâce especial, plaine puissance et auctorité royal, le bit et cas dessusdit avec toute peine, oflense et amende corporelle, criminelle et civilleen quoy, pouroocasion d*icellui cas, ilz ou chascun d'eulx sont ou pevent estn* encoruz envers nous et justice, ensemble tous bans, deifaulx et appeaulx qui contre eulz s'en poiuroieoi estre eusuiz, et les avons restituez et restituons à lear bonne famé, renommée au pais et à leurs biens non confisquez, satisfaction faicte à partie civilement tant seulement, se faicte n'est. Et sur ce imposons silence perpétuel à nostre procureur. Si donnons en mandement par ces présentes au bailli d'Amiens et à tous noz autres justiciers ou à leurs lieuxtenans presens et à

venir et à cliascun d'eulx, si comme à lui appartendra, que de nostre présente grâce, quictance^ rémission et pardon, facent, seufTrent et laissent lesdiz eupplians joiretuser plainementet paisiblement sans leur mettre ou donner ne souffrir estre fait, mis ou donnée ne à aucun d'euh, en corps ne en biens, aucun destourbier ne empescliement^ ores ne pour le temps à venir en quelque manière que ce soit, ainçois, se fait^ mis ou donné estoit, le mettent ou facent mettre tantost et sans delay à plaine délivrance. Etafm que ce soit chose ferme et estable à tousjours, nous avons fait mettre nostre seel à ces présentes, sauf en autres choses nostre droit et l'autruv en toutes. Uonné au lieu de Censet près Melle en Poictou, ou mois de novembre Tan de grâce mil cccc lui et de nostre règne le xxxii'. Ainsi signé : par le Koy, le sire de Villequier, maistre Elstienne Chevallier, et Pierre d'Oriole et autres presens. De la Lx>ere. yisa contentor. Chàligact.

(Archives, JJ IX*»II, p. 15.)

Récils du meurtre extraits des registres du Parlement.

Du jeudy second jour de janvier un' Lun.

Entre le procureur gênerai du Roy nostre sire, le duc de Bourgoigne, messire Waleran de Fieffés , chevallier, dame Marie de Dompmarl, sa femme, père et mère de feu messire Jehan de Fieffés, en son vivant chambellan dudit duc de Bourgoigne, et dame Jaquelinc de Regnauville, vefve dudit defunct, et ledit messire Waleram , tant en son nom que comme curateur de Anlhoine de Fieffés, filz d'icellui defuncl et de ladicte vefve, demandeui-s en cas d'excès, crimes et des

Hclz, d'une part; — et messire Jehan de Flavy, chevallier, seigneur de Flavy, Phih'pot le Prévost, Jehan Bninet, Loyseï Penel, Robert de Beynast, dit Tristan, et Jehan de Cromont, tous familiers, valletz et serviteurs dudit messire Jehan de Flavy, deflendeurs èsdiz cas d'excès, crimes et delictz, et requérant Tenterrinement de certaines lettres de remission par eulx obtenues du Roy nostre sire en ceste partie, d'autre part/

Plaidoirie de Poupaincourt.

Dit que le trespassé estoit doulx, vaillant en armes, a servi le Roy en sa conqueste de Normandie, et estoit vassal de Bourgoigne, lequel, se puet estre pour sa guerre de Gand, fîst faire son bam, par quoy le trempasse, aagé de xxvi ans, se mit en armes, et pour ce qu'il estoit fort renommé de grande conduicte, le bastard de Bourgoigne, aiant la principale chaîne, Yen cbarga, et pour lors furent rompues toutes gardes de

villes et de chasteaulx. Dit que Oultreboisy près de

Doulens, appartenant à l'église de Paris, Flavy la voiih maintenir en garde , ne scet par quel moien. Or de Guerville, aiant charge de gens d'armes , s'ala logier à Oultrebois. Si fut rapporté à Flavy que c*estoit le trespassé; dont nVstoit riens, car avoit chevance ikc. De ce Flavy fut mal content. Se myt en armes pour se revenclier, se loga à Berenelle, appartenant au seigneur de Fieffés, où il se gouverna bien estrangement, tant de vivre que touchant ravissement de filles. Dit que, cd passant , le trespassé et sa compaignie se logièrent à Cuncby, appartenant à Flavy, où repeurent trois heures. De lu s'en alèrent leur chemin. Dit que Flavy et le trespassé, estans en l'armée, par long temps furent sans parler ensemble L'armée saillie. Bourgoigne appdla

ses capitaines à Hesdin pour rordonnance de sa guerre, où alèrent ensemble le seigneur de Rocliebaron, nepveu de Bourgoigne, et le trespassé. Et en retornant de Hesdin, ilz passèrent par Mezerolles et Oultrebois, pour venir à Doulens. Mais tantost que ceulx de Ouhrebois sçeurent qu'ilz aloient à Doulens, ilz le vinrent, significier à Flavy, qui estoit à Doulens. Après que Rochebaron et le trespassé se furent logez à l'Ange et que fust venu à la congnoissance du trespassé que Flavy, à toute puissance, assembloit gens, il se cuida destorner^ mais il n'en fut riens, pour ce que Rochebaron Tasseura fort, lequel alaau devant de Flavy, qu'il trouva en armes et fort esmeu, venant de TEschequier à l'Ange. Lui remonstra qu'il mettoit en grant dangier sa personneet sachevance, en le requérant qu'il se deportast; mais il dist qu'il n'en feroit riens. Et lui dist Ro« chebaron s'il ne le vouloit faire pour lui, qu'il le fîst pour l'amour de Dieu et de Bourgoigne son oncle. Mais Flavy dist qu'il n'en feroit riens. Par quoy le trespassé, de ce adverti, fut tellement pressé qu'il ne se peut eschapper. Et avec lui se mirent deux hommes qu'il en orent compassion, et furent appuiez les huiz del'eslable de l'Ange; mais, à chevrons, partie adverse les abatirent, entrèrent impétueusement dedans. Si se mit le trespassé à genoulx en criant merci. Mais neantmoins, ilz le bâtirent et les deux hommes d'avec lui, et otle trespassé XI plaies. Etatantse départirent partie adverse. Et, en retournant, Flavy demanda à ung nommé Aleaumet se le trespassé estoit mort, en lui disant s'il n'estoit mort qu'il le tueroit. Par quoy Aleaumet relorna , frapa le trespassé sur la teste, tellement qu'il lui fist voulerles yeux delà teste. Dit que aon hoslefit

kkù CnRONIQUE DE MATHIEU D'ESCOUCHY.

le inieulx qu'il pot, car il courut à la cloche de la \'û\e et la sonna, et y vint grant peuple. Mais Flavy y estoil fort craint. Aussi y avoit gens d'auctorilé qui desmurent le peuple. Ditque, après le cas, partie adverse longue ment se promenèrent par la ville, repeureot deredjîef en leur hostellerie, et s*en alèrent à leur aise. Et, cinq jours après le cas, le trespassé mourut. Par quoy le bailli d'Amiens fit appeler à bam partie adverse, qui obtindrent remission adreçant au bailli d* Amiens, mais non obstant les appeaulx à bam ilz se desmireot. et se rendirent prisonniers par devant le bailli de Caulx.

Du lundi xvii"* jour de février un* liiii.

Réplique de Poignant.

Dit que Flavy, entre ses autres seigneuries, est seigneur de Mazerolles. Prèsd'ilec y a ung village nomnié Oultrebois, appartenant à Tesglise de Paris, lequel de tout temps a esté en la garde de ceulx de Flavy, et mesmement du feu seigneur de Flavy. Après le trespassèment duquel les l]abitansd'Oultrebois6rent supplier a Flavy de les prendre en sa garde, dont il fut refusant. Mais finablement, considérant quelesdiz babitins avoient tousjours esté en la protection de son feu père, il fut content de les prendre en sa garde et leur bailla son scellé. Dit que environ mars uii^ lui, feu Fieffés se mist sus, lui ni"*% et se myt soubz la garde du basiart de Bourgoigne. Fist assavoir aux habitans d*Oullreboiaqui lui donnassent x escuz. Qui lui dirent qu'ilz estoienC à Tesglise de Paris, et en la protection de Flavy qu*îi leur avoit défendu de riens bailler. Pour quoy FieiG»

usa de haultz termes^ en disant se ne lui bailloient les dix escuz il seroit tant moins tenu à eulx. Et tantost après ce, le seigneur de Janly, compagnon du bastart de Bourgoigne , vint logier avec sa compagnie à Oultrebois; qui fut grant injure à Flavy, lequel neantmoins le porta paciemment. Mais FiefFes, non content de ce, assembla de un" à cent hommes de guerre non soudoiez, et les amena logier à Cunchy, appartenant à Flavy, qui pour lors estoit près d'ilec, en Tesglisede la Feire-Hubert où faisait faire service pour les trespassez. Ce venu à sa congnoissance, et après que le service fut achevé, Flavy, aiant cinq ou six personnes seulement, monta à cheval pour venir à Cunchy. Mais feu Fieffés estant en aguet, s'en vint mettre à ung pont appelle le Pont de Pierre. Et quant il vit venir Flavy, il se mist au devant de lui, et les hommes de guerre bandèrent leurs arcs et y mirent fleuches; et dist FiefFes, eu tenant une javeline, à Flavy, qu'il alast passer autre part, et que par là ne passeroit point. Flavy lui demanda s'il lui vouloit denier le passage pour aler en son hostel . A quoy Fieffés lui dist qu'il n'y passeroit point, en lui mettant la javeline à l'ueil. Mais Flavy, à la seurté de son cheval, passa parle pont, en grant dangier de sa personne. Après ce, Fieffés dist que, qui le vouldroit veoir, illogeroit à Cunchy. Si lui dist Flavy qu'il s'en povoit bien déporter, mais s'il le faisoit, il apperroit comment il s'y gouverneroit. Par quoy Fieffés lui demanda s'il le menaçoit, en disant qu'il auroit une foiz la vie de lui. Dit que en toute la guerre de Flandres, Flavy et Fieffés s'y trouvèrent; mais Flavy ne lui en fit pire chière. Et depuis la guerre finée, et ou mois de septembre, Fieffés et messire Claude de Rochebaron, en venant de Hes-

4(i2 CHRONIQUE DE MATHIEU D*ESCOUCUT.

(lin, passèrent par Mazerolles, combien que ne leu^i leur cheniiu. Ont fait illec enquérir où estoil Flav\ . Vu\ respondu qu'il estoit, lui son iiii"^ ou cinquiesme. Fut demandé aux dessusdiz s'ilz vouloîent boire ; et atant se départirent. Et apperceurent les compaignuns dr MazeroUes qu*iiz avoient mauvaise voulenté. Les dessusdiz rencontrèrent Robert de Vîtry, qui y congneut Fiefles. Lui demandèrent où estoit Flavy et quelle compaignie il avoit. Qui leur respondit qu^il esloit à Doulens. S'en vint à IVIazerolles, et ilec demanda se gem estoient point passez yla. Lui fut dit que cinq ou û\ personnes estoient passez, qui ne coognoissoient. \tfry leur dit qu*ilz avoient demandé où estoit Flavy, et que FiefTes y estoit. Par quoy les compaignons de l^IazeroUeSy sachans la noyse d'entre Flavy et FielTes, sn partirent pour aler à Doulens, afin d*en advertir Fiat;. Mais ilz n'y peurent si tost aler que Fiefles et sa compaignie estoient desjà logiez en Tostellerie de l'Ange. Dit que Jehan de Crouches vint veoir Flavy, ainsi qu'il disnoit; qui lui dist qui se disnast avec lui. Mais il lui respondit qu'il ne le povoit faire, et qu'il estoit avec Rochebaron. Si lui dist Flavy qu'il alast dire à Rocheborua s'il vouloit venir disner avec lui qu'il auroit de teb biens qu'il avoit ; ce que fit de Crouches. Mais pour ce que Rocliebaron demouroit trop, Flavy se mit à table pour disner. Et après son disner, il s'en ala ou jardîo des arbalestriers de Doulens, sans penser aucuuemeot de FieHes. Lui estant ilec, les compaignons de BbieroUes arrivèrent h Doulens, et l'un d'eulx vint par devers Flavy rapporter le cas , et comment FieflEes avoit dit il Mazerolles que avant qu'il partist de Doulens il verroit Flavy. Lequel pour lors, aiant souvenance des

ouhrages que lui avoit fait Fieffés, Fut fort esmeu de le grever; et, sans distance de temps, s'en vintàTeschequier où il estoit logié, dont n'y a que cinq ou six maisons jusques à Tostellerie de TAnge, et l'ostel où furent pris les basions est entre deulx, Flavy dist à ses gens qu'ilz prinssent des basions, et s'en vindrent à l'Ange. Rochebaron saillit hors et dist à Flavy : « Je te pry, ne lui fay riens. » Qui lui dist qu'il entreroit dedans, ce qu'il fil. Mais Fieffés n'y fut point trouvé, et fut dit à Flavy qu'il s'en estoit aie. Pour quoy il se départir (sic) de là. Mais en se retournant, ung page, en s'escriant, dist : « Veez le cy! » Pour quoy les gens de Flavy s'en retournèrent. Si se retrairent en l'estable des chevaulx Fieffés et les deux compaignons dont a esté parlé, et apuyèrent l'uis d'une pièce de bois. Se myrenl en défense et se defendi très fort Fieffés, et d'une javeline bleça pluseurs des gens de Flavy. Mais il ne fît semblant de se mettre à genoulx ne de crier mercy. Aussi Flavy ne fut point à batre Fieffés, mais s'en tenoit en la court de TAngel. Et après la bature, Fieffés s'en vint en la court, où il parla à pluseurs et de là s'en ala de son pié en la sale haulte ; ne n'eust oncques Fieflfes une seule plaie ou visaige, for celles que le procureur du Roy a proposée.

(Ahchivbs, Registrts t/u Parlement, Criminel^ X, 8858.)

kkii (:iIKONiQi;K UK MATHIEU D'tSCOLCIt^.

Extrait (Tune lettre de J. Meurin^ clerc de Jean Scltooft- /loçeFij secrétaire du duc de Bourgogne^ à tf autres secntaires du duc^ restes en Bourgogne.

6 juin U54.

Il vint aussi audit lieu de Lanshong pour

festoyer mondit seigneur plusieurs autres seigneurs et gentilzhommesy et y sejoumasmes par x jours enlien. Et n*estoit jour que, pour lionneur de mon avant dit seigneur^ ledit duc Loys n'eust à sa despense et livrée bien jusques au nombre de dix huit cens à deux mil hommes et autant de chevaulx ; et pendant ledit temps de Lanshong, chascun jour esloit festoyé de danses, de chasses, de joustes et autrement, le plus grandement et honorablement du monde. Etpourvous dire , l'on y jousta par un ou v jours de fers esmolus, et ne se y faindoit point ledit duc ne le marquis (de Brandebourg), car tousjours ilz estoientdes premiers sur les rancs ; et là eussiez veu bon duc, marquis et tous autres, qui joustoient cop àcop,cheoir de hault en bas de leurs chevaulx, et estoit merveilles que à chascuo cop ilz ne ronipoient le coK C*estoit grant orreurde les veoir, et bien souvent chéoient chevaulx et toat; et joustoient tous sur ces petites selles d'Allemaigne. En vérité, je ne vous saroye escripre les grans chièies et festoyeniens que Ton a fait à mondit seigneur et ceulx de sadicte compaignie. Et quant c*est venu que mondit seigneur a vouUu partir pour retourner es parties de par delà , les dames ont donné à mondit sei-

1>IÈCES JLSTIFICATIVES. 445

loueur le duc iing fermeillel d'or moult gent et riclierpent aourné de pierrerie, et dit Ton qu'il vault grant argent. Et avec ce, à chascun des chevaliers et gentilz hommes de son hostel, aussi ung fermeillet d'or estoffé de dyamans^ rubis, safïîes, et, comme j'entens, il y en a eu en nostre compaignie jusques à xl fermeilletz, et mon maistre a eu un aneau d*or qui est bien gent. On dist que, pour vérité, oultre ce que dit est, que ilz ont donné aussi à mondit seigneur le duc et autres de sa compaignie aucuns chapeaulx couver#Me grosses perles de compte, valissans grant chevance, en especial cellui de'lbondit seigneur le duc; mais que mondit seigneur le duc de Bourgongne a donné de sa part, a rencontre de ce, à la duchesse de Bavière, certaine bague plus riche et plus valissante que tous les dons ne la despence que lui ne œulx de sa compaignie ne ont faicte en son pays; et avec ce a donné semblablement autres dons auy. dames, damoiselles et gens de Vêh

dicte duchesse, moult beaux et riches, dont*

Et à nostre partement on nous disoit villonie quant voullions payer vin ou saulse.

Dudit lieu de Lanshong sommes partiz, et, de retour, ledit duc a convoyé mondit seigneur jusque^ en l'une de ses villes , qui se appelle Ingelstat4r<|ui est à deux journées dudit ii||ishong, et illec mondit sei^eur ne voult nullement soufirer qu'il passast oultre, dont toutesvoies ledit duc fist moult grant prière à mondit «e%neur, et ne vouUoit retourner. Et quant il percent quemondit seigneur vouUoit qu'il retournast et ne venist plus avant, il print congié de lui, et lui supplia

Page 1