‹ Chronique de Michel le SyrienChapitre 15 sur 286 · XI.VI · texte numérisé non relu

XI.VI

CHKONIQUE ÜE MICHEL LE SYRIEN

une chronique, depuis le commencement du monde jusqu’à l’année 1507 des Grecs, et il reste interrompu à cette épo(|ue. Et maintenant (ce livre) a été terminé aux jours du père pieux, renommé, intègre, le seigneur sa Grandeur et sa Béatitude notre père et seigneur Mar Ignatius, autrement dit le patriarche Elias, qui occupe le siège d’Antioche pour la religion des Syriens Jacobites, et aux jours des autres pères illustres, en l’année 1846 du Christ, le 7 du mois béni d’éloul, de la main du chétif Abdallah Daoud, fils d’ibrahim es-Solibi. Et

l’avait écrit* Son manuscrit fut apporté de Mardin la protégée, du couvent

prospère de Za'farân. Et le livre sur lequel j’ai copié avaittrois colonnes à la page : la première colonne mentionne les histoires des Pères, la seconde les histoires des empires, et la troisième les événements de l’époque. Mais nous, nous avons commencé d’abord par le récit des empires, en second lieu par les événements de leur époque, et en troisième lieu par le récit concernant les Pères. Et nous avons écrit chaque chose l’une après l'autre, afin qu’il n’y ait pas de fatigue pour le lecteur. Et il se trouvait dans ce volume quelques endroits et feuillets sans écriture, parce qu’ils faisaient aussi defaut dans le manuscrit syriaque primitif, soit par suite de l'ancienneté du livre et de la disparition de ses feuillets, soit par suite du désordre des feuillets. Mais nous, nous avons écrit comme nous avons vu; et à celui aux mains duquel parviendra le livre et qui le complétera : récompense et rétribution de la part du Seigneur des seigneurs. Soit commémorée la Mère de Dieu, la vierge Marie, ainsi que tous les saints et saintes, et les fidèles défunts. Amen. »

Cette noie nous apprend que le manuscrit du British Muséum a été copié sur celui de Deir e/-Za'farân; elle nous fait connaître le nom du premier traducteur de la Chronique; elle nous informe que celui-ci avait respecté la répartition du texte en colonnes, conformément à l'original syriaque. L’auteur de la copie a cru devoir abandonner cette méthode pour plus de commodité. Dans chaque chapitre, il a transcrit d’abord la colonne médiane, qui contient la succession des empires, [)uis la colonne extérieure, enfin la colonne intérieure consacrée à 1 histoire religieuse.

.\ la suite de cette note, les folios 420c-422/‘ sont remplis par une liste, en syriaque, des patriarches d’.Antioche, depuis saint Pierre jusqu’au 143® patriarche, Pierre III de MossouP.

Un quatrième manuscrit de la version arabe, pareillement en carsouni, se trouve au couvent syrien de Saint-Marc, a Jérusalem. H a été signalé pour la première fois par le P. (Constantin BachaU qui eut tort de le donner comme

1. Il semble que le scribe coiiiineuçuil a transcrire ici la clausule du ms. qu'il copiait. Cette mention devenant inutile, i! a bille les premiers mois. — 2, Publiée par Br. Meissner; voir cidessous, p. i.n. 3. lieiiie de i'Orient chrétien, 1906, p. 103.

INTKODUCTION

« fort ancien ». Le P. Barsom m’écrit (mai 1914), du couvent même de Saint-Marc, qu'il a été achevé en 1899 de notre ère, par le prêtre Georges Fedheil, et f|u'i[ a été copié sur le manuscrit de Çadad. Ces renseignements corroborent ceux que le P. Hugues Vincent avait recueillis, sur ma demande, de la bouche d’un moine du couvent de Saint-Marc.

Enfin un autre ms. a été transporté il y a peu d’années de Mossoul a Kharpout, par Mgr Denys Abdoulnour, archevêque syrien de cette dernière ville 11 est également écrit en carsouni et a été copié, vers la fin du siècle dernier, sur le ms. de Deir ez-Za'farân, par le moine Jacques, originaire de Médiat (dans le Tour Abdin), mort en 1910 au couvent de Mar Mattai.

Le ms. du Vatican arabo 929, qui contient la Chronique de Michel, n’est pas en carsouni, mais en très belle écriture arabe. Il forme deux volumes de 0“,33 sur 0“,21, comprenant 989 pages, avec pagination unique'. Une petite préface en italien dit qu’il a été copié sur un original appartenant à Mgr Clément David ', lequel avait été lui- même copié sur un original appartenant à une noble famille jacobitede Mossoul’. La préface porte cette date: « Damasco, 20 juglio 1887 »; c’est celle à laquelle la copie fut achevée.

La copie ne commence qu’à l’époque de la naissance du Christ, par ces mots :

jlM j

(etc. ) ... J.U'

ce qui correspond au chapitre x du livre V 't’'3<^-> •• C P- 137).

Elle est complète à la fin ; la dernière phrase est ainsi conçue :

. £OQ Ia* . CO 1 1 .XA • 0 • uj 1 ^ ^ 1 «C , . 1 * ..AaL ^ \ .. .Xa.' «

.\insi, tous les ms. connus de la version arabe dérivent, soit directement soit médiatement, de celui de Deir ez-ZaTarân, qui est l’autographe même du traducteur. Ils ne doivent donc présenter dans le texte d'autres divergences que celles qui ont pu être introduites par la négligence des copistes.

Si on cherche à déterminer la relation exacte qui existe entre la version a rabe et notre texte syriaque, un examen, même superficiel, montre que l’arabe est la traduction fidèle, presque servile du syriaque.

Une comparaison plus attentive permet d'établir que la version a été exécutée sur le manuscrit syriaque d’Orfa lui-même.

1 . Ces reiiseigoements m’ont été communiqués par le professeur I, Guidi. — 2. Ce dernier ms. est maintenant entre les mains de .Mgr Halimani. — 3. Probablement sur le manuscrit caisoiini de Mgr Millous. — 4. Cf. trad., t. III, p. il3. I.a forme '«ooIûa;.. montre que la copie déiive d un original en carsouni.

(UiKO.XIQUli DE MICHEL LE SYRIEN

L’absence de titre et l’occurrence des mômes lacunes dans le syriaque et dans l’arabe fournissent déjà une sérieuse présomption.

On ne doit pas tenir compte d’une légère divergence introduite volontairement par le traducteur arabe. A la suite d’une lacune, lorsque le texte reprend par une phrase incomplète, il néglige la phrase mutilée et recommence après le point final Ainsi, dès le début de la Chronique, il laisse de côté les premiers mots : « années, jusqu’à la neuvième génération. », pour commencer avec la

phrase : « Le moine Anianus, etc ». De même, après avoir transcrit le titre du

livre XVIII, il néglige les quelques lignes qui forment le commencement du premier chapitre (p. 657 de notre texte). Le fragment des pages 677-679 est omis entièrement. Il n’a pas jugé utile de traduire les colonnes extérieures de la page 695, qui contiennent un récit acéphale; mais il a traduit la colonne intérieure.

.Assurément, cette constatation n’apporte [)as une preuve apodicti<(ue à l’a[»pui de notre thèse. Ces grandes lacunes pouvaient se trouver dans tout manuscrit syria(|ue dérivé de l'original, si celui-ci avait déjà perdu des feuillets lorsqu’il fut copié.

La présomption se change en certitude dès qu’on examine les deux textes de plus près, et (|u’on relève les petites lacunes provenant, non plusde la perle d’un feuillet, mais soit d’une légère mutilation, soit d’une inadvertance du copiste qui a passé une ligne ou un mot. Les lacunes de ce genre ont été signalées à leur place respective dans notre traduction. Comme leur valeur démonstrative, pour la présente question, résulte de leur ensemble, il n’est pas inutile de grouper ici quelques-unes des plus caractéristiques.

.Ainsi, on trouve exactement au même endroit, dans le syriaque et dans l’arabe, l’espace blanc pour un mot (cl. t. III, p. 253, n. 2, et p. 254, n. 2) ; l’omission d’un môme nom dans une liste (t. III, p. 440, n. 2 et n. 10); l’omission d'un seul mot (t. Il, p 427, n. 3 ; t. III, p. 252, n. 2 ; p. 471, n. 3 ; p. 494, n. 21 ; p. 508, n. 4, ; l’omission de deux ou trois mots 'I . 1 1, P- 452 n.4;t. III, p.5, n. 5;p. 145, n. 3; p. 174, n. 4) ; l’omission d’une ligne (t. III, p. 134, n. 6 ; p. 232, n. 5) ; l’omission d une même phrase (t. III, p 470, n. 8); une même sentence incomplète dans les deux textes (t. 111, p. 114).

11 V a encore d'autres coïncidences. Par exemple ; une phrase transposée au môme endroit (cf. t. 111, p. 194, n. 1) ; un nom transposé du 5« au 11' rang dans une liste (III, 427, n. 5), et un autre du 7® au 10® rang (III, 433, n. 2); un nom transposé d une colonne à une autre i lll, 436, n. 2) ; permutation entre deux noms appartenant à des listes différentes (1 II, 437, n. 7); interversion entre

t. .l’ai signalé jadis un <>xeni|)le de ce procédé, tamilier aux copistes syriens, dans la copie moderne des lettres du patriarclie nestorien Isoyalit) lit (B. IV,, syr. 3116); et. Journ. asiatique 1904, 11, p. r>49.

INTRODUCTION

deux colonnes de la même page (III, 428, n. 15); substitution de dates aux numéros d’ordre (III, p. 432, n. 4) ; omission du n® 29 dans une liste (t. 111, p. 440, n. 2).

J'ai également signalé des mauvaises leçons communes au syriaque et à l’arabe ; j’en réunirai ici un certain nombre.

Erreurs de lecture par confusion des lettres ? et » : |?aV pour (cf. t. Il, p. 433, n. 2); U;.» pour (II, 523, n. 5); jLooo? pour JLaooj) (III, 445, n. 13); en outre : pour (III, 238, n. 4). — Autres erreurs de lecture ; )woo

[ar. au lieu de li-vro (cf. t. I, p. 184. n. 13) ; )o- pour |aj (II, p. 509, n. 4);

^ au lieu de (t. III, p. 156, n. 4); l*— L| au lieu de l^-^U (t. III, p. 73, n. 1); i.=> [arabe au lieu de (III. p. 226, n. 7); au lieu de (|i. 351, n. 3); « Chalcédoine » au lieu de « Callinique » (p. 378, n. 6); au lieu (le (“^Oo, n. 2) ; au lieu de «.U (472, n. 2; 477, n. 1; etc.);

au lieu de (cf. t III, p. 240, n. 7); [=; 40j, au lieu de ^ [zr9]

(t. 111, p. 4, n 4); l'so^ far. au lieu de jbicis.ajL (texte, p. 702, 1. 11).

foute une série d erreurs a sou origine dans la fausse interprétation d un groupe (le deux lettres consécutives '^o et confondues avec le ao, ou

récipro(|uement En voici des exemples : )u.>oN>o, au lieu de UvàSoD (cl. t. II, p. 381, n. Ip- : au lieu de (l. 111, [). 185, n. 10) au lieu de

( p. 340, n. 8); ucd(&x^.., au lieu de (p. 279, n. 4; 306, n. 1)*;

■ma,. aol», au lieu de ^p. 430, n. 1 1 ‘ ; .mcrv<.^;a.a2>, au lieu de

(p. 443, n. 1); au lieu de p. 472. n. 2t ‘. En outre : yooaaoo au

lieu de yoo^,.oo (p. 2()5, n. 6).

.N’est-il pas invraisemblable que deux auteurs travaillant sur des manuscrits dillérents aient pu commettre des fautes si diverses et si nombreuses exactement aux mêmes points? Leur coïncidence ne s'explique que si le traducteur arabe avait sous les yeux le manuscrit d'Orfa, qui présentait déjà ces mêmes leçons fautives.

De ceci il résulte que la version arabe ne fournit aucun secours, soit pour

I. Celte méprise vient de la manière dont .Michel formait In lettre >o, comme on peut le voir par le spécimen de son écriture sur In planche jointes cette tnt roduction . L’erreur a été commise évidemment par Moïse de Mardin dans sa copie de la Chronique faite sur l’original, l.e traducteur arménien, qui travaillait aussi sur l’autographe de Michel, est tombé dans une semblable méprise en traduisant « trois morts « nu lieu de « trois cellules »; il a lu lûs.» au lieu de lis.-^ (cf. Langlois. p. L5h, 1. 7 a. f., et notre traduction, l. IF, p. 72), — 2. Conjecture vérifiée depuis par le texte de la chronique anonyme de Constantinople. — 3. Faute très fréquente parla suite. — 4. Erreur d’autant plus surprenante qu’elle est répétée et que le contexte désigne clairement Julien l Apostat. — h. Il y a ici en outre, également dans les deux textes, confusion des lettres ' et *. — 6. Corieclion indiquée par les listes de Cambridge; cf. fi. xxxvi, n. 2,

CIIIIOX. MUMIEI, I.E s\ lUE'l.

mu.

combler les lacunes du syriaque, soit pour éclaircir quelques passages obscurs où le texte semble altéré. Elle n'est cependant pas sans utilité. Elle permet de corriger certaines fautes qui se sont introduites dans les copies récentes (celle de ^Igr Rahmani et la mienne) ; elle démontre en même temps que bien des lectures fautives, qu'on serait tenté d’attribuer à la négligence de nos copistes, se trouvaient réellement dans le texte qu’ils avaient sous les yeux.

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