La version arménienne
Avant la découverte du texte syriaque, et avant qu’on sût l’existence d’une traduction arabe, la Chronique de Michel n’était connue que par la version arménienne, signalée par Ed. Dulaurier dès 1848.
Cette version, n’est en réalité qu'un abrégé ; elle fut faite en l’année 1248 de l’ère chrétienne, 697 de l’ère des Arméniens, sous le pontificat de Constantin, patriarche des Arméniens, et sous le règne du roi Héthoum. Elle fut exécutée dans la résidence patriarcale de Roumqalah, par le prêtre Ishôk (Isaac) «habile dans l’art de la médecine », sur l’autographe de Michel, confié au traducteur par le patriarche syrien Ignace, alors réfugié auprès de son collègue arménien'. Ces renseignements nous sont fournis par Ishôk lui-méme, à la fin de son œuvre V
L’ouvrage a été fort en vogue chez les Arméniens; il en existe des manuscrits dans la plupart des bibliothèques un peu importantes. Ces manuscrits présentent entre eux de notables divergences. Il n’est pas nécessaire, pour les expliquer, de recourir à l’hypothèse peu vraisemblable de plusieurs traducteurs. Selon un procédé familier aux copistes arméniens*, ceux qui ont transcrit la version d’Ishôk, se sont permis de remanier son style et de faire quelques additions à son texte*, peut-être aussi quelques suppressions.
Il est inutile de nous arrêter longuement sur le caractère de cette version. Chacun peut maintenant se rendre compte de la liberté qu’a prise le traducteur en comparant le texte syriaque avec les éditions arniéniennes ou avec les traductions de Langlois et de Dulaurier citées plus bas. On constate que, surtout en ce qui concerne l’histoire religieuse, Ishôk a plus d’une fois dénaturé la pensée de Michel pour interpréter les événements dans un sens favorable aux
1. Cf. ci-dessus, p. xLin. — 2. Cf. traduction Langlois, p. 374-37.S. — 3. Dulaurier [Journ. asiat., 1848, p. 283) cite l’exemple de Cirbied, qui, en éditant un fragment de Matthieu d’Edesse, s’est cru autorisé à corriger le texte pour orner et embellir le style de son auteur. — 4. Certains rass. renferment un dialogue entre Salomon et la reine de Saba (trad. LangloIs, p. 57), et une anecdote concernant Julien l’Apostat, dérivée du Jioinan de Julien (ihid., p. 126). Ces deux morceaux sont étrangers au texte primitif. Ils n’existent ni dans le syriaque, ni dans la seconde édition arménienne de Jérusalem (1871).
INTRODUCTION
Arméniens. On ne pourra désormais user prudemment de cette adaptation sans le contrôle du texte original. En réalité, elle perd son importance comme document historique et n’apporte aucun secours pour compléter ou restituer les passages mutilés dans le syriaque'.
Le tableau suivant indique la parenté des dilférents manuscrits de la Chronique :
Texte autographe de Michel (119Ô)
Abrégé arménien d’ishôk (1248)
Recension remaniée (éd Jim, 1870)
Copies fidèles (éd. Jim, 1871)
Copie de Moïse de Mardiii (vers i56oj
Copie de Michel Ban.auma (Ms. d'Édesse : 1 098)
Traduction arabe (17D9) Copies récentes
Ms. de Deir ez-Za'faràn (Rahmani, 1887;
I Chabot, 1899)
Ms. du Britisb Muséum (1846)
Copie de Mgr Cl. David
Vatic. ar 929 (1887) ‘
Ms. de Çadad (1/64)
Ms. de Jérusalem (1899)
Ms. de Kharpout(vers 1880)
1. Ces lignes étaient déjà écrites, lorsque nous avons eu connaissance d’un article étendu de ,M. Félix Haase, intitulé : Die arineniscke Rezension der syrischen Chronik Michaëls des Grossen, publié dans V Oriens Christianus, nouv. ser., t. V (1915\ p. 60, 271. L’auteur résume son étude en ces deux propositions (p. 284) : 1® La chronique arménienne de Michel n’est pas une traduction de la chronique syriaque, mais un travail personnel des rédacteurs arméniens; 2° Les rédacteurs arméniens ont traité les documents tout à lait librement: ils ont omis de grosses parties; les autres parties sont souvent tort abrégées; ils se sont montiés particulièrement négligents dans la transcription des noms propres. Par intérêt patriotique, ils ont inséré un certain nombre de notices et de légendes tirées de l’histoire religieuse des Arméniens, et ont ainsi conféré à leur rédaction quelque valeur.
^ V lilBLIOGRAPHIK.
Nous terminerons ce chapitre par l'indication des travaux dont la Chronique de Michel a fourni jusqu’ici la matière.
I. (^)uelques fragments du texte syriaque ont été publiés isolément, d’après la copie de Mgr Rahmani, savoir :
l® Le texte de la description de Rome Ign. Guidi, Di un nuovo manoscritto del Breviariiini siriaco (dans le BulLetino délia Commissione archeologica di Borna, 1891. p.62).
2® Une partie du chapitre iv du livre NI : Lettre d’Athanase aux moines de Mar .Mattai’. Ign. Echu. Rahmam. Studio si/riaca, p, 28-32 (Charfeh, au Mont Liban, 1904) '.
.3® Une partie du chapitre xxi du livre X* a été traduite en allemand d’après notre manuscrit. .1. .Mauquart, Ostearoptiische und ostasiati'iche Streifzüge , p. 480 et siiiv. (Leipzig, 1903).
4® Les listes épiscopales qui forment l’Appendice II1‘ ont été traduites en français. .J.-D. Chabot, Les éi'èques jacobites du 17//* .\7//* A/èc/c, idans la
RpK'ue de l' Orient chrétien, 1899, p. 446, 498: 1900, p. 605; 1901, p. 189; — et en tirage à part).
II. De la version arabe a été traduite en Irançais la notice consacrée à BardesaneC d'après le manuscrit du British Muséum. F. Nau, Une biographie inédite de Bardeso ne L astrologue (Paris, 1897U
La liste syriaque des patriarches d’Antioche, qui se trouve à la tin du même manuscrit, mais n’appartient [)as proprement à la Chronique, a été aussi publiée. Bruno Mkissner, FAne syrische Liste antiochenischcr Patriarchen, dans la Wiener Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes, t. VIII, 1894, p. 295 et suiv.
III. La version arménienne a eu deux éditions, publiées l’une et l'autre à Jérusalem; la première en 1870 (in-16; pp. 622), la seconde suivie d’un index, en 1871 (in-16; p[>. 526-i-104). L'édition de 1870 donne un texte remanié. Celle
(. Dans noire édition : texte, |i. :i09 ; trad., t. II, p. 2'il — 2. Dans notre édition: texte, p. '»11 ; Irai., t. Il, p. ’«lt. — 3. Üii constate [>ar cette pnhlicalion que lu copie de Mgr Hahmani n’est
pas pins que la nôtre exem[)le de fautes de copiste. Il y eu a deux dans ce fragment : U»a>
et ûû), au lieu de et UT— ■su, lectures dont l'existence dans le ms. d’Edesse est attestée
par la 'ersion arabe. Cf, t. 11. [). 'il6, n. d. — 4. Dans notre édition : texte, p. 372-82; trad, t. II,
p. 1180. — ô. Texte, p. 7f>2; trad., i. 111, |j. — 6. Hépondanl à notre édition, texte, p. 110;
t rad . , t . I . p. 1 f .
INTRODUCTION