LIVRE VII. GHAP. IV
il fut exilé en Plirygie ; et Eudoxius anathématisa quiconque disait que le Fils est différent du Père ou qu’il est une créature'. L’empereur demanda [aux évêques orthodoxes] d’anathématiser l’expression de « consubstantiel » ; mais, comme ils n’y consentirent point, il les chassa. — Cyrille de Jérusalem fut aussi déposé après douze ans [d’épiscopat] et on lui substitua Herennlus*.
Macedonlus de Constantinople fut déposé après avoir siégé cinq ans. Eudoxius d'Antioche lui succéda’. Meletius, qui était évêque de Sébaste d’Arménie, et qui n’avait jamais auparavant rien dit à propos de la fol, fut accueilli par tout le monde*. Or, un jour qu’il interprétait jles Ecritures], il dit, [139] en montrant trois doigts : « Nous savons qu’ils sont un ^ » Les Ariens reconnurent qu’il tenait la fol de Nicée : ils le déposèrent, au bout de trois ans, et établirent Euzoïus, tandis que le prêtre Pauli)ius* dirigeait une partie du peuple’.
A cette époque surgit l’hérétique Apolllnarlus*. 11 avait été à Alexandrie et y avait étudié les sciences profanes. Il vint enseigner à Beyrout, et parvint jusqu’à Laodicée, où il prit une femme. Il eut un fils qu’il appela de son nom. Il fut fait prêtre, et son fils lecteur, par Theodotus, évêque de l’endroit. Comme ils vivaient dans la familiarité d’Eplphane, un sophiste païen, ils se mirent à sa suite;
solu à ne pas partir avant que tous les enfants de l’Eglise fussent sortis. Je me levai et je terminai la prière; je leur persuadai de partir en disant : « II vaut « mieux que je sois seul exposé au danger « plutôt que quelqu’un d’entre vous ne « soit maltraité ». La plupart sortirent et le reste s’attacha à nous. Des moines et quelques clercs s’efforcèrent de nous faire descendre du trône ; et, j’en prends h témoin la vérité, tandis que de nombreux soldats occupaient le sanctuaire et que les autres circulaient dans l’église, nous passâmes au milieu d’eux, et, grâce au Seigneur qui nous conduisait et nous protégeait, [139] nous échappâmes à leurs mains, en glorifiant Dieu de ce que nous n’avions pas abandonné le peuple. » Ce fut le troisième exil d’Athanase.
L’empereur discuta beaucoup avec Liberlus pour lui faire signer la déposition d’Athanase qu’il appelait un impie et un perturbateur; mais comme Llberius ne céda pas, il le condamna à l’exil ; il lui envoya pour ses dépenses cinq cents dinars qu'il n’accepta pas. Il fut envoyé h Beroë de Thrace*.
Deux ans après, l’empereur étant venu à Rome, les femmes persuadèrent à leurs maris de lui demander de faire revenir Liberlus'®. Mais comme ils craignaient sa colère, les femmes résolurent de le supplier elles-mêmes, de sorte qu’il accepte ou qu’il ne se fâche pas. Les femmes no-
1. Theod., II, XXVII. Lire : i (3H.). — 2. ‘Appiîvio;, Socr., II, xlv, s. f. Notre ms. (suivi par
BH.) porte; Adriaiius 3xc. Edess., ad ann. 30 : Arsenius. — 3. Socr., II, xliii. — 4. Par tous les partis, comme év. d’Antioche. Socr,, II, xlivjTheod., II, xxxi. — 5, xpia rà voOpsva" J); Ivt 6è SiaX^yoneOa (Theod., l. cit.). — 6. Ms. : Flavianus \ c’est aussi la leçon de BH. — 7. Jac. Edess., ad ann. 30. — 8. Socr,, II, xlvi. — 9. Theod., II, xvi. — 10. Theod., II, xvii.
pour ce motif Theodotus leur interdit le ministère. Quand Theodotus fut mort, Georgius, son successeur, les engagea à s’éloigner d’Ëpiphane, mais ils ne se laissèrent pas convaincre ; alors il les chassa entièrement de rÉgllse. Apolllnarius le jeune alla trouver les évêques excommuniés qui l’ordonnèrent évêque pour une ville inconnue*. Lui et son père donnèrent naissance h cette hérésie des degrés et des mesures. Il dit, en effet, que l’Esprit est grand, que le Fils est plus grand et que le Père est beaucoup plus grand qu’eux deux ; que le Fils n’a pas pris une âme raisonnable^ mais seulement l’âme végétative ; l'intelligence cependant, dit-il, fut prise \ Et beaucoup de choses de ce genre. 11 composa de lui-même des psaumes C A cette époque, Eunomius futordonné* par Eudoxius qui lui prescrivit de ne pas faire connaître son impiété. Mais le peuple 'parvlntj à le tromper et, quand il eut dévoilé dans un livre son esprit corrompu, on l’accusa près de l’empereur.
Eudoxius fut contraint de le déposer. 11 lui ordonna de prendre la fuite, le blâmantde cequ’ll avait laissé voir [140] son impiété. Eunomius, offensé par Eudoxius.
blés allèrent le trouver en grande pompe et le supplièrent. L’empereur répondit que l’Eglise avait un pasteur dans Félix qui avait succédé h Llberius. Félix avait accepté la foi, mais il se tourna promptement vers les Ariens. L’empereur changea d’avis, vint et accueillit la demande des femmes; car il vit que personne ne marchait à la suite de Félix. H ordonna de faire revenir Llberius, pour qu’ils administrassent en semble lÉo-llse. Mais le peuple s’écria : « Il n’y a qu’un Dieu, qu’un Christ : [nous n’aurons] qu’un évêque 1 »
Ceux qui furent exilés avec Liberius de Rome, étaient^ : Paulinus de Gaule, Dionysius d’Italie, Lucifer des Iles qui sont en Sardaigne, et Eusebius d’Italie. Celui-ci est peut être celui que Julien condamna* et qui est appelé Eusèbe de Rome, parce que l’Italie comprend aussi Rome.
On confia à Eusebius de Samosate le volume dans lequel était consigné le décret commun’. [140] Quand il vit que les impies mentaient à leur promesse et qu’après avoir établi Meletius ils le déposaient, il regagna sa ville. Les Ariens, qui craignaient d’être blâmés, persuadè-
1. « Obscure », ou peut-être « innommée », c’est-à-dire indéterminée, ce qui était contraire aux canons. Philostorge (VIII, 14) affirme qu’Apollinaire fut évêque, u quod quidem nescio unde hauserit », ajoute Photius dans son Epitome. — 2. BH. Chr. eccL, I, 102, traduit littéralement Socrate : tjow COo» Itooi^o ; aXk' etvai rbv ôe'ov Xô^ov avTt voù ec; tÔv avaXniçOIvra avOpwitov. — 3. Je lis
|»oio>y!; peut-être faut-il corriger : « des traités ». Cf. ci-dessous, p. 288. — 4. Gomme
évêque de Cyzique; Theod., Il, xxix.
5, ria^Xivo; ü TTi; |xr,Tpo7c6Xeo); tù)v PaXXitàv, xat Atovéaioc 4 rî|; [xritpoTiôXïto; t/]; ’ItxXG;, ■a'x\ Aouxi'çcp 4 tt;; goTpoTtoXet»; tÔiv xaià üapSaviav vi^dtav, xa'i Eùcriêto; àno xr,; ’lxaXia; (Tiieod., II, xv, a. ni,). — 6. Sic ms. ; mais il faut lire : « que Julien rappela ». Cf. Theod., 111, it. 11 s'agit d’Eusèbe de Verceil. — 7. L’acte d’élection de Meletius, auquel les Ariens et les orthodoxes avaient souscrit. Cf. Theod., Il, xxxi.