LIVRE VII. GHAP. V
l'esprit, et il se dit, que l’empereur ne Pavait pas envoyé pour vaincre, mais bien pour le faire périr ainsi que ceux qui l’accompagnaient. Dès lors, il commença à tendre des embûches à l’empereur. Il avait peur de lui; pour ce motif il se retira à Athènes, et coupa sa chevelure ‘. Il apprenait en secret la magie sous prétexte [d’étudier] la dialectique. Quand il eut vaincu dans le combat, on lui répétait que la couronne qui était tombée sur sa tête était le symbole de l’empire. — Gomme il était d’un esprit orgueilleux, il consentit à être proclamé empereur par ses partisans. Il prit son collier et le plaça sur sa tête : c’est de cette manière qu’il commença à régner.
Il tournait en dérision [142] Gonstance. Il destituait les juges^ établis par celui-ci, et changeait toutes les dispositions des empereurs chrétiens. De plus, il se mit à rouvrir les temples des idoles et à offrir des sacrifices, pour se conci lier les païens. 11 se prépara à faire la guerre à l’empereur. Par les secrets impénétrables de Dieu, l’empereur Gonstance mourut. Alors l’empire des Romains était réuni et ses différentes parties formaient une seule assemblée; mais le tyran se révolta et mit sa confiance dans sa fortune. Il avait l’assurance que les démons l’avaient exalté, et il s’efforça astucieusement d’attirer tout le peuple à lui. Quiconque avait été maltraité par l’empereur fut très bien traité par lui. Il se conduisait selon l’apparence trompeuse des philosophes L Ghasser les cuisiniers et les barbiers est bien l’œuvre d un philosophe et non d’un empereur; ridiculiser et insulter n’est ni d’un philosophe ni* d’un empereur. Or, le tyran Julien fit un traité® dans lequel il tourna en dérision les empereurs ses prédécesseurs. Les philosophes et les empereurs doivent être trop grands pour calomnier et jalouser®.
Le tyran Julien souilla les sources par des sacrifices; sans doute afin que tout le monde en buvant fût contraint de participer à son impiété. Il faisait répandre [de cette eau], par impiété, sur les mets des bazars dans chaque ville où il entrait \
Quand il entra à Gonstantinople, il fut proclamé autocrator^. — Quand il vint à Antioche, il diminua le prix de tout ce qu’on y vendait ; mais les Antiochéniens ne le supportèrent point, [143] car ils s’agitent facilement. Ils répandirent le mépris sur l’empereur. Ils vociféraient, et tournaient en dérision sa barbe parce qu’elle était longue. Ils disaient ; « Goupe ta barbe®, et tresses en des cordes. » — Il avait fait imprimer des taureaux sur ses statères et ses zouzê, et il sacrifiait
1. En signe de profession monacale. Ce fait est antérieur à l’envoi de Julien daus les Gaules d’après Socrate (III, i). — 2. tou? xat’ ÈTrap'/îav ap'^ovTaç. — 3. Le sens pourrait être : « Il portait l’habit trompeur des philosophes ». C’est ainsi qu’a compris l’arménien (Langlois, p. 126), néanmoins notre traduction paraît mieux répondre au contexte. — 4. Lire ; H9|o. — 5. Les
Césars. — 6. Socr,, III, r. — 7. Theod., III, xv. — 8. Socr., III, r. — 9. Lire :
des taureaux aux idoles. — Il était irrité contre Antioche; le sophiste Libanius présenta à l’empereur un libelle de supplique pour les Antiochéniens qui l’av'aient appelé « ennemi de la barbe ‘ » et « perpétuel mépriseur » ^ L’empereur les maudit en paroles et calma sa colère ^
Julien voulut prendre un oracle d’Apollon Pythien,qui est à Daphné; mais le démon redouta Babylas* dont l’urne avait été déposée en ce lieu, et ne répondit point. L’empereur, ayant appris la chose, ordonna aux chrétiens de transporter le saint dans la ville, au chant des psaumes; alors Apollon rendit l’oracle\ L’impie fît dresser deux tables : sur l’une, il plaça de l’or ; sur l’autre, de l’encens et du feu. Quiconque voulait prendre de l’or, devait jeter de l’encens sur le leu, puis il prenait de l’or et mangeait ensuite des choses offertes aux idoles^ — Un des chrétiens jeta l’encens, prit de l’or et entra pour manger; il fît le signe de la croix sur la coupe; son compagnon lui dit : « Voici que tu fais le contraire. )) Ayant appris qu’il avait apostasié, lui et d’autres se levèrent en criant : « Nous sommes chrétiens. » Il voulut les tuer, mais, craignant de leur procurer les honneurs du martyre’, il les envoya en exil®.
144 H fît sortir du palais les eunuques; il congédia aussi les chameaux, les ânes et les mulets de son service, et ne conserva que les seuls chevaux’.
11 changea le nom de Gésarée et l’appela Mazaq.V", comme auparavant ; de même pour Byzantia et d’autres [villes].
11 porta une loi défendant aux chrétiens d’étudier les livres des païens et des philosophes. — Il fît des maisons pour l’entretien des orphelins, des veuves, des malheureux, et, par ces apparences, il séduisait les gens simples. — Il ordonna de réciter les exploits de Zeus, de Mars, de Mercure et des autres dieux"; et quiconque faisait cesser leur culte subissait le châtiment. Quand il donnait la paie" aux soldats, il leur commandait d'offrir de l’encens aux idoles.
Ayant été tourné en dérision à Antioche, il avait conçu de la haine contre elle, de même que contre Gésarée de Gappadoce"; il jura par ses dieux d’en jeter les j)ierres à la mer", parce qu’il avait été réprimandé par le grand Basile. Il manda aux Edesséniens de le recevoir, mais ils ne le reçurent point. Ses par-
1. L’arleur semble avoir pris le titre du pamphlet de Julien, comme un terme de
mépris de la part des Antiochéniens. — 2. Lire : Ces mots paraissent traduire incorrecte-
ment le texte de Socrate (lit, xvii) ; tov yàp Tt£iiovYiij.Év(ov aCitio ’Avtio/ixôv, r,Toi Mccjoitujyova Xôyov ûtiUXQév, aT!y|j.avx 6ir,vcX/) xî) ’Avxio'^étav TtôXet y.axéXntev (’louXiavoi;). — 3. Le paragraphe est résumé de SocKATE, lit, xvir. — Sur S. Babylas, cf. Acta Sanct , 2i janv. — 5. Tiikod., III, x; Socr., III, xviii. — G. Théo»., 111, xvi. Cf. Sozom., V, xvii. — 7. l.itt. : « 11 fut jaloux de leur martyre. » — 8, 'lïiEon., III, xvn. — !). Socu., III, i. — 10. Ms. : Bûzaqa ; Sozom. (V, iv) et Philost. (ix, 12) : Motïxxa. — 11. LiU, : « démous ». — 12.0'>wv.a. — 13. Cf. Sozom., V, iv. — 14. La menace ne s’ap- |)lique littéralement ni à Antioche ni à Césaréc deCappadoce qui ne sont point sur le bord de la mer.