‹ Chronique de Michel le SyrienChapitre 249 sur 286 · LIVRE VII. CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE VII. CHAP. V

tisans lui conseillèrent de les laisser, et il passa à Harran. Il sacrifia aux idoles et traita les Juifs avec honneur. Les Juifs d’Edesse, ayant appris cela, s’insurgèrent contre les chrétiens; les chrétiens furent enflammés de zèle et tuèrent tous les Juifs.

Tandis que Julien adorait l’idole Sin‘, à Harran, la couronne de sa tête tomba et son cheval s’embarrassa dans son harnachement et le déchira* : le cheval mourut. Les augures lui dirent : « Les chrétiens [143] qui sont avec toi sont cause de cela », et ils ajoutèrent d’autres paroles; il congédia 22.000 soldats chrétiens*.

Il ne fit point supprimerMa croix [devant son armée], afin, s’il était vaincu en Perse, d’en attribuer la cause à la croix. — En tous lieux il consultait les augures et les magiciens. Un oracle fut rendu qui lui disait* ; «Tous les dieux ensemble, nous sommes sortis pour que tu obtiennes la victoire sur le fleuve du Tigre. Et moi, Mars, je suis le conducteur. » Ce misérable prit confiance, et se dirigea vers la Perse, pensant vaincre comme Alexandre. Ayant entendu dire que les Perses étaient plus faibles en hiver, il entra dans leur pays ayant avec lui 395.000 combattants, sans compter les porteurs de charges, les ouvriers, les artisans et le reste. 11 entoura Séleucie et Ctésiphon ; il s’en empara et les détruisit. Sabhour s’enfuit devant lui. Il envahit le trésor royal et y prit de grandes richesses. Sabhour lui envoya une supplique pour lui proposer de lui donner* une petite partie de la région. Il n’y consentit point et ne prit point en considération ce dicton : « Vaincre est beau; abuser de la victoire est odieux’. »

Les Perses se réunirent avec Sabhour contre les Romains, sur les rives du Tigre. Ils envoyaient des ambassades. Un jour, Julien sortit à cheval, sans armes, se glorifiant de sa fortune et excitant au combat; tout à coup un trait vola et le frappa au côté, et il tomba*. Il remplit le creux de sa main [146] de son sang et le jeta contre le ciel en disant® ; « Tu m’as vaincu, Galiléen ! prends donc la royauté en héritage avec la divinité! » — Qui lança le trait? Les uns disent que ce fut

1. Lunus. — 2. L’arménien a compris autrement : « le cheval lançant une ruade, déchira les

vêtements de l’empereur» (Langlois, p. 131) ; ce sens est à la rigueur possible, mais paraît moins bien répondre à la construction syriaque. — 3. Cf. Sozom., VI, i. — 4. a le double sens S’élever et S’enlever. Les auteurs disent que Julien fit supprimer l’insigne de la croix sur les étendards des légions; mais notre texte paraît avoir compris dans le sens que je traduis. C’est aussi de cette façon que l’arménien a entendu le passage de Michel ; « Il garda la croix que, selon l’ancien usage, on portait devant l’armée. 11 dit ; qui sait ! Peut-être les Perses nous vaincront et alors ce seront le Crucifié et sa croix qui subiront la défaite» (Langlois, p. 131). — 5. Theod., 111, xxi. — 6. D’après Théodore!, le sens est : « Sapor proposa de donner à Julien une partie de son empire », mais d’après notre auteur il faut entendre ; « Sapor demanda que Julien lui laissât une petite partie de son empire. » BH. ajoute ; « et prît le reste. » — 7. Nixâv piàv, xaXôv (mepvtxàv 6è, Ètoç9ovov. Socr., III, XXI. — 8. Ibid. — 9. Theod., III, xxvi.

un angejd'autres, un des Quarante martyrs ; d’autres un des Arabes (jui l’accompagnaient; d’autres, un Perse à qui il avait fait couper' le nez, et qui le trompa en l'emmenant dans le désert oii le peuple succomba par la faim. Callistus*, un de ses familiers qui écrivit son histoire, dit qu'il tomba et mourut frappé par le démon, un samedi L

Il vécut 31 ans. Il fut César pendant 5 ans et régna seul 2 ans et sept mois*. Que sa mémoire soit en malédiction! Amen.

La mort de Julien fut révélée au vieillard Julien % qui était sur le mont Sina’i, au grand Basile de [Césarée de] Cappadoce, à Didymus', et à d’autres saints.

La source chaude de Bagdad laissa couler du sang pendant un mois entier avant la mort de Julien; après le jour de sa mort, elle revint à son état naturel.

A I.Ia rran, ayant oli'ert un sacrifice, il sortit [du temple]’, le ferma et le scella pour que personne ne l’ouvrît; après sa mort on l’ouvrit et on y trouva une femme suspendue par les cheveux, avec des incisions dans le foie'.

Julien, grâce aux leçons* d’une femme de leur espèce, s adonna aux pratiques des magiciens et eut recours aux au-

gures et aux devins; il tomba dans le filet de l’apostasie, perdit l espérance de la fol et se fit païen. "141] On trouve ce fait dans l’histoire Contre les Etrangers'^, qu’on dit avoir été écrite par saint Grégoire, frère du grand Basile, et évêque de Nysse. Julien avait étudié avec eux à Athènes, et ils rapportent que, dès ce temps, voyant sa conduite débauchée et son esprit tourné au paganisme, ils dirent à propos de lui : Malheur à l’empire romain! que nourrlt-11 "! »

Ayant été créé César, il vint dans le

Quand Julien commença à régner, il ordonna que les évêques retournassent à leurs sièges; et Athanase, lui aussi, retourna h Alexandrie. Il ne donna point cet ordre par crainte de Dieu, mais pour un double motif** de ruse : premièrement, pour annuler [141] toutes les prescriptions des empereurs chrétiens ses prédécesseurs; et secondement, parce qu’il espérait gagner les évêques par sa philanthropie et les amener à accomplir sa volonté

Quand ce tyran révéla son impiété et commença à persécuter les chrétiens et à en faire mourir un grand nombre, qui furent couronnés du véritable mar-

1. Lire : — 2. Ms. : Calistlos. — 3. Tiieod., III, xxvi ; Socr., III, xxi. — 4. Socr., III, xxi.

— r>. Ms. Yaniina \ corr. : cf. Theod., III, xxiv. Mais il s’agit de Julien Saba qui vivait dans

les environs d'Édesse, et non sur le mont Sinaï. — 6. Cf. Sozom., VI, ir. — 7. 11 manque certainement quelcjues mots dans le texte, et le nom de l’édilicc (i7Y)x6;, dans le grec). — 8. Iiieod., III, xxvi.

9. Le ms. porte : pârlikit, je pense <ju’il faut corriger : .iz TtaiôeuTix-^. — 19. Socrate auquel

est emprunté tout ce paragraphe dit plus explicitement (III, xxni) : ev tô> oEuTepto itpci; EXXrjva;.

— 11. Oîov xaxbv r; 'P(i>|xai'ci)VT péçEi [ihid.).

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