LIVRE VII. CHAR. VII
L’empereur Valentinien trangressa [130, la loi. [Outre] la mère de son fils Gratien, il prit une autre femme qui brillait par sa beauté corporelle ; elle se nommait Justina. A cause de cela il écrivit : que quiconque le voulait pouvait posséder deux femmes à la fois'. Il engendra [d’elle ■ Valentinien le Jeune.
Après quatre ans, l’empereur Valentinien mourut, dans le pays de Gaule* (?). Avant sa mort, il blâma son frère Valens, à cause de l’hétérodoxie d’Arius ; comme il ne se laissa point toucher, [l’empereur s’irrita contre lui, de sorte qu’il ne lui envoya pas même de secours dans sa guerre contre les Goths. Il disait : « Il ne convient pas d’aider un homme qui combat contre Dieu*. »
Valentinien marcha à la guerre contre les Sarmates. Ceux-ci eurent peur et vinrent demander la paix. Il vit ces [envoyés] misérables, et s’informa du reste du peuple. 11 apprit que les plus nobles d’entre eux avaient été choisis et étaient venus :en ambassade]. Il cria violemment en disant : « L’empire des Romains est-il donc en si mauvaise situation, qu’un peuple vil et méprisable comme celui-ci ose lui faire la guerre '. » Gomme il faisait des efforts en s’agitant et en vociférant, l’affluence du sang brisa les artères de son cou, et il mourut à l’âge de 54 ans, dont 13 de règne L
La seconde femme qu’il avait prise était fille de Justus”. Celui-ci avait eu, du temps de Gonstantius, un songe qu’il raconta à plusieurs. Il lui semblait qu’il enfantait la pourpre de son côté droit. L’empereur en ayant eu connaissance se dit : « Peut-être doit-il engendrer un empereur?», et il envoya le tuer. Sa jeune fille, Justina, demeura [loi] orpheline; Severa, femme de Valentinien, la chérissait; elle la loua’ devant l’empereur qui la prit pour femme et eutd’elle Valentinien le Jeune et trois filles. Théodose l’Ancien en prit une, Galla, pour femme, et engendra d’elle Arcadius et Honorius ainsi que sa fille Placidia L Valens reçut des démons un oracle concernant la lettre têta, c’est-à-dire et disant que quelqu’un dont le nom commençait par Th régnerait après lui. Il ordonna de tuer quiconque s’appelait Théodote ou Théodore, etc.
Quand ^’alentinien mourut, son fils aîné, Gratien, n’était pas présent; mais Jus-
1. SocK., lY, xxxt; cl. X. Voir les noies de Yalesius au sujet de celte préteudue loi. — 2. Lilt. ; « dans ce pays de Calaos. » Socrate (IV, xxi) auquel paraît emprunté ce passage dit que Valentinien mourut : èv çpoupiio <p itpo(ja)vup.!a Bep^iTiuv. La leçon est peut-être fournie par Sozo.m. (VI, xxxvu) : èv cppo'jpiw Tcvt Tri; raX>.ia; . Cf. Am.m. Marcell., XXXI, 13. — 3. Thkod., IV, xxxr ; Jac. Loess, ad ann. 53. — 4. Le grec est mal rendu. — 5. Ms.; « 84 ans dont 11 de règne. » Nous rétablissons le texte d’après Socrate, IV, xxxiii, auquel est emprunté tout ce paragraphe. — 6. Ms. :
Justinus. 7. Lire : — 8. Le paragraphe est tiré de Socrate, IV, xxxi; mais la lin est en
désaccord avec le grec qui dit : « il engendra d’elle Placidia, ayant déjà eu Arcadius et Honorius de Flaccilla, sa première femme, » — 9. En eflel, selon la règle habituelle, le 0 est rendu en syriaque par t. — 10. SocR., IV, XIX.
tina était présente ; les troupes se réunirent et firent régner Valentinien le Jeune, cjui n’était âgé que de 4 ans'.
Valens lit Gratien général’ et Renvoya à la guerre contre les Goths. 11 fut vaincu, et comme l’empereur lui en faisait reproche, il lui répondit en disant ; « Ce n’est pas moi qui ai été vaincu, ô empereur; s’il est un homme qui a causé la défaite, c’est toi, en combattant contre le Christ. »
Valens ajouta folie sur folie. Il donna des jardins aux païens, pour y faire leurs sacrifices, à Antioche, et de même, aux Juifs, pour y accomplir leurs ritesL
A cette époque, Ma'via, reine des Arabes, infligea beaucoup de maux aux Romains. Elle promettait la paix, si l’empereur faisait ordonner évêque, pour les Arabes chrétiens [132] qui étaient près d'elle. Moïse, un ascète du désertL L’empereur y consentit ; mais Moïse ne voulut point être ordonné par les Ariens, mais seulement par les Orthodoxes qui étaient en exil. L’empereur prescrivit de faire selon sa volonté; il fut ordonné et partit. Beaucoup d’Arabes se firent chrétiens. Cette reine était d’origine romaine ; elle avait été emmenée en captivité, et le roi des Arabes l’avait prise pour sa beauté; elle ne changea point sa foi. et quand elle tint la royauté, grâce à elle, une nombreuse population se convertit au christianismeL
A cette époque, Valens bâtit, à Antioche, le demosion ® et restaura le cirque L
A cette même époque, on vit dans les airs, au milieu des nuages, des hommes qui avaient l’apparence de gens armés; il naquit à Antioche un enfant qui n’avait qu’un œil au milieu du front, avec quatre mains, quatre pieds et de la barbe.
A cette époque, les Goths envahirent le territoire des Romains et pillèrent de nombreuses provinces : la Scythie, laMœsie, la Thrace, la Macédoine, l’Achaïe et toute l’Hellade.
Valens étant à Constantinople, ne se pressait pas de faire la guerre. Tout le peuple criait en disant : « Donne-nous des armes, et nous co mbattrons nousmêmes. » L’empereur fut enflammé de colère ; il sortit et menaça de tirer vengeance de cette insulte à son retour, en détruisant la ville et en y faisant passer la charrue®. Il partit et fut vaincu. [lo3] Il s'enfuit dans un village. Les
1. SocR., IV, xxxM. — 2. Lire oxpaTr;y6;, et au lieu de Gratianus, lii'c Trajamm.
La leçon fautive est ancienne, car l’abrégé arménien porte aussi Gratianus. Le passage est tiré de Tiiéodoret, IV, xxxiir. — 3. Littéral. ; « pour s’y conduire selon leurs usages ». Cf. Theod , IV, XXI ,. — 4. Selon l’iLLEMONT, ce Moïse serait le même personnage que Daoulas, supérieur du couvent du Sinaï, qui portait en effet ces deux noms. Cf. Hisl. du Bas-Empire, édit, de SxtxT- -Martin, t. III, p. 452, U. 2. — 5. Cf. Tueod., IV, xxiii ; Socu., IV, xxxiv (Ma'Jia). — 6. L’arménien aj. ; « <[ui était une prisuu destinée à enfermer les orthodoxes » (Lxnclois, p. 136). — 7. iyûv. l’eutétre : « institua « ou « rétablit les jeux ». — 8. Soen., IV, xxxviii.