Cf. t. III, p
pays de Gargar, au couvent de Pesqîn*. Gomme on devait s’y attendre, il y eut du dissentiment entre les électeurs. Un parti assez nombreux, celui des évêques zélés, résolut de faire l'élection par le sort; cela s’était déjà pratiqué d’autres fois et en dernier lieu à l’élection du défunt patriarche. On écrivit donc les noms de trois moines* connus parleur réputation de vertu : Abou Ghaleb, de Pesqîn même, qui avait déjà été le compétiteur d’Athanase vingt-sept ans auparavant; Sahda, de la montagne d’Edesse, et l’archimandrite Michel. Ce dernier fut désigné par le sort. Trois évêques partirent le chercher. Michel ayant eu connaissance des difficultés survenues dans le synode refusa de les suivre. Des évêques arrivés après l’élection reprochèrent aux premiers leur empressement. Le maphrien et les évêques de sa juridiction survinrent à leur tour : ils furent favorables à Michel; le métropolitain de Jérusalem s’excusait par lettre et se déclarait prêt à accepter soit Michel, soit Denha, archidiacre d’Édesse. On se mit d’accord, et on se rendit au monastère de Bar-Çauma.
Michel ne dissinaula point aux évêques ses intentions de réforme ; il ne voulut accepter la charge qu’après avoir obtenu d’eux la promesse qu’ils observeraient les canons, qu’aucun ne conférerait l’ordination à prix d’argent, n’annexerait un autre diocèse au sien, ne passerait d’un siège à un autre. En présence de ces déclarations si nettes, l’élection faillit être annulée. Un discours véhément de Denys barÇalibi, évêque deMar'as, sauva la situation. Les évêques donnèrent par écrit leur consentement et promirent les réformes demandées.
La consécration du nouvel élu eut lieu le mardi 18 octobre 1166, dans le couvent même de Bar Çauma*. Selon Barhébréus trente-deux évêques y étaient présents. Michel n'en nomme que vingt-huit ayant pris part au synode*. La
l. Sur ce couvent, cf. t. III, p 181, 283. — 2. Les évêques, chez les Jacobites comme chez la ■ plupart des autres nations orientales, sont presque toujours choisis parmi les moines; conséquence du canon disciplinaire qui prescrit que l’évêque soit célibataire, le clergé séculier étant engagé dans les liens du mariage. — 3. Il ne semble pas possible de contester cette date, donnée par Michel lui-même (cf. t, III, p. 480) et reproduite par Barhébréus (I, col. 542). Mais le texte de ce dernier contient une phrase qui appelle nécessairement une correction. Parlant des évêques réunis à Pesqîn, il dit qu’ils firent l’élection par le sort « le dimanche de la Pentecôte, après l’oblation et le triple office de ce jour ». Or, la Pentecôte n’a pu se rencontrer entre la mort d’Athanase (14 juillet) et la consécration de Michel (18 octobre). La difficulté avait déjà été signalée par P. Boschius (Acta sanctorum, t. IV julii, p. 139) Elle peut, semble-t-il, se résoudre par une simple transposition de mots ; Ils firent l’élection « un dimanche, après l’oblation et le triple office du jour de la Pentecôte. » On aurait récité cet office spécial à la Pentecôte pour invoquer l’Esprit-saint. — Le triple office (office en trois parties) de la Pentecôte, de même que les rites de l'ordination et de l'intronisation du patriarche jacobite, se lisent dans plusieurs manuscrits de nos bibliothèques européennes (par exemple dans le ms. syr. 113 de la Bibl. nat., respect, fol. 73, 121, 137.) — 4. T. III, p. 480.
INTRODUCTION
question de préséance entre les évêques fut gravement discutée ; le maphrien réclamait le privilège de donner la consécration, alléguant l’exemple de son prédécesseur Denys, qui avait consacré les deux derniers patriarches. Les évêques le revendiquaient pour le président du synode, qui était toujours le plus ancien métropolitain présent, et, dans la circonstance, Basile d’Edesse *. On finit par tomber d'accord : le maphrien fit l'imposition des mains, et le métropolitain d’Édesse célébra la messe. Les autres évêques participèrent à la cérémonie en se partageant les diverses fonctions de ce long service./
Aussitôt après sa consécration le nouveau patriarche expédia une lettre de communion à celui d’Alexandrie, conformément à une coutume en vigueur depuis plusieurs siècles. Puis il se rendit au monastère de Mar Hanania, à côté de Mardin, et il y fut solennellement intronisé par les évêques. A cette occasion Bar Çalibi prononça un discours qui nous a été conservé*.
Michel profita de la présence des évêques pour tenir un synode dans lequel on établit vingt-neuf canons disciplinaires, pour remédier aux désordres qui s’étaient produits dans l’Eglise. Mettant à exécution le projet de son prédécesseur, il se réserva le diocèse de Mardin, et envoya à Amid l’évêque de Mar'as, Denys bar Çalibi.
A l’été de l’année 1167, le patriarche quitta Mardin*. 11 arriva à Édesse où il fut accueilli avec empressement par le peuple et le métropolitain Basile Soumana. 11 visita les monastères de la ville et des environs. Il franchit ensuite l’Euphrate, ayant l’intention de se rendre à Antioche. Mais la guerre entre le seigneur d'Alep et le prince d’Antioche ne lui permit pas de continuer sa route. Il tourna vers le nord et gagna Kaisoum ; de là, il passa au couvent de Barid, où il fut longtemps retenu par les rigueurs de l’hiver. Il traversa ensuite la Cilicie et prit la route de Jérusalem, où il voulait arriver pour la fête de Pâques. Pour ce motif, il ne put s’arrêter à Antioche. Il reçut une délégation des fidèles et des notables à la porte delà ville, et, continuant sa route par Laodicée et par Tyr, il arriva à Jérusalem le jeudi de la semaine des Palmes. Il pria aux Lieux-saints et célébra les fêtes paschales dans l’église du couvent des Jacobites, placé sous le vocable de Sainte-Marie-Madeleine. Le jour même de la Résurrection (31 mars), il y fit l’ordination de Jean, métropolitain de Damas. La veille, il avait rendu visite au patriarche latin, Amaury, qui le reçut honorablement. Après la fête de la Pentecôte (19 mai), Michel reprit le chemin d’Antioche.
1. Cf. Barhebr., Chron. eccl., II, col. 3G2. — 2. J’en ai publié le texte et la traduction (Journ. asiatique, 1908, I, p. 87 et suiv.). — 3. Cf. t. III, p. 331-332. La date n'est pas indiquée arec précision. La Chronique anonyme seule donne << 1478 des Grecs, » (oct. 1166-sept. 1167); mais comme il est certain que Michel célébra à Antioche la fête de Pâques de 1169, c’est donc en 1168 qii il arriva à Jérusalem, et l’hiver précédent, qu'il passa au couvent de Barid, est celui de 1167-68.
Dès son arrivée dans cette ville, il s’en fut visiter le patriarche latin, un autre Amaury*, qui résidait alors dans les environs, à Qosaïr; car il avait abandonné la ville depuis que le prince Bohémond III, beau-frère de l’empereur Manuel, y avait introduit le patriarche grec venu de Constantinople. En vue d'humilier les Grecs, le patriarche latin reçut Michel avec les plus grands honneurs.
Le patriarche demeura toute une année à Antioche. Il y consacra trois évêques : Jean, métropolitain de Tarse; un autre Jean, syncelle du défunt patriarche, pour Arsamosate; et Athanase pour Anazarbus, où il succédait à l’oncle de Michel aussi nommé Athanase.
Au mois de juin 1169, probablement après la fête de la Pentecôte (8 juin), Michel quitta Antioche et se rendit à son couvent de Bar-Çauma, où il arriva au commencement de juillet*. Il y réunit un synode, dans lequel l’évêque Jean de Dji^ian fut déposé. On édicta aussi quelques mesures disciplinaires à l’égard des moines et des évêques relâchés. Le 14 septembre eut lieu dans ce couvent la consécration d’Abou Ghaleb, nommé évêque de Maipherqat.
L’année suivante (1170) il y eut des négociations entre les Grecs et les Arméniens, en vue de l'union des Eglises. Pendant son séjour à Antioche, Michel avait rédigé un exposé du symbole, que les Grecs firent parvenir à Constantinople. L'empereur Manuel invita le patriarche à se rendre dans la capitale; mais celui-ci n'accéda point à ce désir. Un certain Theorianus fut envoyé par Manuel près du patriarche arménien. Cet homme arriva en Syrie au printemps de l’année 1170. Il était porteur d’une lettre adressée au patriarche syrien. Michel ne se rendit pas à la convocation de Theorianus; mais il lui envoya l'évêque Jean de Kaisoum, qui rejoignit le messager impérial à Roum- Qalah, résidence du patriarche arménien. Des conférences dogmatiques eurent lieu au mois de mai, sans résultat apparent. Jean de Kaisoum alla rejoindre Michel au couvent de Mar Hanania. Le patriarche se trouvait dans cette résidence le 29 juin, jour où un terrible tremblement de terre épouvanta toute la Syrie. Mic hel relate les désastres causés par le fléau et la frayeur dont il fut luimême saisi*.
Il passa une année entière dans le diocèse de Mardin. Au mois de juin 1171, il assembla à Mar Hanania son troisième synode. On profita de la vacance du siège métropolitain d’Edesse pour diviser le diocèse et rétablir l'évêché de Sibabérek, pour lequel fut sacré un moine nommé Iwannis».
Les Edesséniens avaient suscité beaucoup d’ennuis au patriarche par les discordes et les compétitions qui s’étaient élevées relativement à l’élection d'un métropolitain. Le parti de l’archidiacre Denha finit par l'emporter; celui-ci fut
1. A celle époque le palriarcbe latiu de Jérusalem et celui d’Anlioche portaienl le même nom. — 2. Chron. anon., p. 307; cf. t. III, p. 334. — 3. Cf. t. III, p. 337-339. — 4. Cf. l. III, p 341,
INTRODUCTION
ordonné sous le nom d'Athanase. Mais il ne put se maintenir dans la ville, et Michel l'envoya, en qualité de vicaire patriarcal, à Antioche. Il y resta six ans et retourna ensuite à Edesse, où il mourut au mois d’octobre 1191*.
Tandis que le patriarche résidait à Mardin, de graves désordres s’étaient produits dans le couvent de Bar-Çauma. L’archimandrite Gabriel, chassé par les moines, vint trouver Michel à Mar Hanania. Tous les deux se mirent en route à la fin de l’été, accompagnés par l’évêque Jean de Kaisoum, qui mourut en arrivant au couvent de Bar-Çauma (24 sept. 1171). 11 fut suivi dans la tombe quelques semaines plus tard (11 nov.) par l’évêque d’Amid, Denys bar Çalibi, dont la mort causa une sensible douleur au patriarche. Abraham, disciple de Denys, lui fut donné pour successeur.
Michel profita de son séjour au couvent de Bar-Çauma pour faire exécuter de grands travaux. H fit bâtir une résidence pour les patriarches et un hospice pour les pèlerins, en même temps qu’il encourageait la restauration de la grande église, dite du Cursor, à Mélitène. La bibliothèque du couvent fut l’objet de ses soins ; il fit réparer les anciens manuscrits, en fit copier de nouveaux et s’adonna lui-même à ce labeur avec grand zèle
La région de Mélitène était alors sous la domination des princes turcs de Cappadoce et de Bithynie, qui paraissent avoir été beaucoup moins tracassiers pour les chrétiens que les princes arabes de Damas, d’Alep et de Mossoul. L’exaltation religieuse dont le fameux Nour ed-Din faisait ostentation, incitait les vassaux de ce prince à prendre toutes les libertés vis-à-vis de leurs sujets non musulmans. Le diocèse de Mardin surtout eut à souffrir de l’injustice des gouverneurs. En 1170, la cour de l’église de Mardin fut annexée à la mosquée voisine. Aux environs de la ville, un moine ayant apostasié, le couvent de l’endroit fut confisqué, et converti en mosquée pour les Gurdes. Au mois de juillet 1172, les biens d’un chrétien ayant été confisqués par sentence judiciaire, on s’empara de l’église de Saint-Thomas, sous prétexte qu elle avait été restaurée par cet homme. L’année suivante l’église des Quarante-Martyrs fut pillée*.
Nisibe, et en beaucoup d’autres lieux, des méfaits semblables furent commis vers la même époque. A Edesse, la grande église et plusieurs autres furent démolies et leurs pierres employées à l’a construction de mosquées, ou à la réparation des murs de la ville
En 1172, le grec Theorianus vint une seconde fois en Syrie, de la part de l’empereur. Au mois de février, de nouvelles conférences eurent lieu au patriar-
1. citron, anonym,^ p. 324. — 2. T. lit, p. 347, 350, 392. On cite parmi lea manuscrits qu’il exécuta de sa main un admirable évangéliaire, orné de grands tableaux, dont nous parlerons plus loin. — 3. Cf. t. III, p. 337, 340, 347, 352. — 4. Chron. anon., p. 170.
vni
cat arménien. Le récit donné par les Actes grecs* et celui de Barhébréus-, emprunté à Michel, ne s’accordent pas sur tous les points. Une chose est certaine : pas plus que la première fois, Michel ne se rendit auprès du légat impérial; pour remplacer Jean de Kaisoum, il lui envoya un de ses disciples préférés : Théodore Bar Wahboun. H semble qu’après les conférences de Roumqalah, Theorianus tenta de se rendre près du patriarche syrien. Il était porteur d’un sauf-conduit pour Michel, que l’empereur invitait de nouveau â venir à Constantinople. Le patriarche répondit par un exposé de la foi jacobite, et envoya sa réponse par Théodore qui devait accompagner Theorianus dans la ville impériale. Mais, par suite de circonstances que nous ignorons, Théodore, qui avait rejoint Theorianus à Kaisoum*, ne put dépasser Mélitène. Theorianus partit seul, emportant les lettres de Michel. Nous possédons encore, en partie, les instructions du patriarche données, par écrit, à Théodore, pour régler sa conduite pendant ce voyage*. Elles laissent entrevoir un grand sentiment de défiance à l’égard des Grecs.
Ce Théodore était fils d’un prêtre de Mélitène ; il avait été élevé dans le couvent de Bar-Çauma. Michel, qui était son parrain, en avait fait son secrétaire et son syncelle, et l’avait comblé de prévenances. Peu d’années après, Théodore devait lever l’étendard de la rébellion contre le patriarche.
Michel se trouvait alors à Amid. L’évêque Abraham, qui avait succédé à Denys bar Çalibi, mourut au bout de trois mois. Le prince musulman fit savoir que si on n’envoyait payer la redevance annuelle de cent dinars imposée à l’évêque du lieu, il détruirait toutes les églises de la ville. Le patriarche se rendit près du gouverneur et réussit à le calmer. Il obtint, non sans grandes dépenses, l’autorisation de réparer plusieurs églises fermées ou ruinées, et il fut assez heureux pour faire sortir de prison quelques notables chrétiens.
Michel séjourna à Amid tout l’hiver ; après le dimanche de Quasimodo (15 avril 1173)', il en partit pour se rendre à Mardin. Il se trouvait encore en
1. Publiés par Mai, et reproduits dans la Pair. Gr,, t. CXXXIII, col. ll''i-298. — 2. Chr. eccl., I, 549 et suiv.; traduit iei, t. III, p. 334-336. — 3. Le séjour de Theorianus en Syrie dut se prolonger au moins jusqu’au printemps de l’année 1173, car il dit qu’il rencontra l’évêque Elias de KaîSoum. Cet Elias, qui prit le nona de Jean, aurait été ordonné par Michel le 31 mars 1174 (cf. t. III, p. 355, n. 4). 11 se peut que la disposition do texte en colonnes, ne soit pas rigoureusement synchronique, et qu’il faille l’entendre de l’année 1173. Il se pourrait aussi que Grégoire, qui occupa quelque temps le siège entre les deux Jean (cf. t. III, p. 481, n® 14), ait lui-même porté, comme ces deux derniers, le nom très répandu d’Elias. — 4. Document conservé dans le Chron. anonym., p. 311 (mutilé à la Gn). — 5. Cf. t. III, p. 354-355, et la note précédente. Bar Çalibi étant mort en novembre 1171, et son successeur ayant occupé le siège trois mois, il est dilGcile d’admettre que l’hiver dont on parle soit celui de 1171-72,
INTRODUCTION
1174 au couvent de Mar Hanania, où le maphrien Jean de Saroug vint le rejoindre*, probablement pour assister au synode qui déposa Denha-Iwannis, métropolitain de Gallinique. Cet évêque, qui avait déjà été excommunié par le précédent patriarche, fut condamné à passer trois ans dans un couvent de la province de Mardin, Soutenu par quelques autres prélats mécontents, il alla d'abord se plaindre au préfet de la ville, qui fit arrêter Michel, puis le relâcha. Iwannis recourut alors à l'émir de Mossoul, Seif ed-Dîn. Le patriarche fut conduit sous bonne escorte à Nisibe. Il se montra courageux et refusa, même sous les plus graves menaces, de rétablir le métropolitain coupable. Grâce à son énergie et à une très habile apologie*, il finit par obtenir gain de cause. Iwannis tenta vainement d’exciter les musulmans et de faire lapider le patriarche à la sortie du tribunal. Une démarche qu’il fit près du caliphe de Bagdad demeura sans succès. Un peu plus tard, il se résigna à aller trouver Michel, à Antioche, et à solliciter son absolution.
Dans le synode, en présence du maphrien, on établit douze canons disciplinaires, auxquels celui-ci et les évêques qui l’accompagnaient souscrivirent, ainsi qu’aux vingt-quatre canons portés antérieurement’. /
Pendant que le patriarche résidait au couvent de Mar Hanania, celui de Bar- Çauma était en révolution. Michel en était d’autant plus offensé, que le désordre avait été favorisé par une mesure de sa bienveillance, qui avait procuré aux moines une trop grande indépendance. Vers l’an 1074, pendant une vacance du siège patriarcal, sous prétexte que de trop lourdes charges leur étaient imposées, les moines avaient obtenu du synode des évêques une sentence d’exemption. Mais cette sentence n’avait jamais été ratifiée par les patriarches, qui ne tinrent aucun compte des réclamations des moines. Pour mettre fin à cette situation équivoque et donner à son couvent une marque singulière de son attachement, Michel avait lui-même approuvé, et fait approuver par les évêques, l’exemption du monastère. Il en fut mal récompensé. Les désordres se multiplièrent, et il dut prendre des mesures de rigueur. Une députation des moines étant venue le trouver à Mar Hanania, il partit avec eux, s’arrêta à Amid pour y consacrer l’église de Sainte-Barbe, le jour de la fête de cette sainte (4 déc. 1176)*, et, après une route pénible, il arriva au couvent de Bar-Çauma. On discuta longuement et on finit par abolir toutes les exemptions accordées aux monastères.
1. Chron. eccles,^ II, col. 368. — 2, Cf. t. III, p. 359. — 3. Cf. Barhebr., Chron. eccl., II, 368. — 4, Le texte dit : « le dimanche 4 décembre ». Or c’est en 1177 que le 4 décembre était un dimanche. Mais au mois de décembre 1177, Michel était à Antioche ; cette indication donnée plus loin est absolument garantie par la coïncidence de la bataille de Montgisart. Le 4 décembre est la date assignée
CHROR. MICHEL LE STRIER, — IRTR. 2
La paix et la régularité ayant été rétablies, Michel repartit pour Mar Ilanania. En ce lieu, il ordonna évêque, le 9 octobre 1177, son frère Çeliba, qui prit le nom d'Athanase, et il l’institua vicaire patriarcal à Mardin. Lui-même partit pour Antioche.
Vers cette même époque, des difficultés avaient surgi entre le patriarche et le maphrien. Michel avait accueilli les envoyés d'une tribu arabe du diocèse de Tagrit, qui, après avoir été séparée de l’Eglise, désirait revenir à l’union et demandait un évêque. Il intercéda en leur faveur près du maphrien. Celui-ci regarda cette démarche comme une atteinte à sa juridiction et refusa de recevoir l’envoyé du patriarche. Plus tard, il revint à des sentiments plus modérés et l’affaire se régla d’un commun accord dans un synode tenu à Bar-Çauma.
Le patriarche était déjà arrivé à Antioche lorsqu’on reçut dans cette ville la nouvelle de la victoire remportée près de Gézer*, par les Francs, sur les troupes de Saladin (25 nov. 1177). Il y passa l’hiver. Au mois de mai 1178, il fut témoin de la grande inondation qui ravagea la ville. Pendant l’été de cette même année, il y reçut la visite de l’évêque latin de Tarse. Celui-ci venait, de la part du patriarche Amaury, l’inviter, au nom du pape Alexandre III, à se rendre à Rome pour assister au troisième concile de Latran qui devait se tenir l’année suivante. Michel déclina l’invitation, s’informa de l’objet du futur concile et écrivit un long traité contre les doctrines des Albigeois, d’après l’exposé qui lui en avait été fait.
Au mois d’octobre, Michel se rendit à Saint-Jean-d’Acre, pour y saluer le roi Baudoin IV. De là, il gagna de nouveau Jérusalem*.
Il reçut dans cette ville les envoyés du patriarche d’Alexandrie, Marcus, et ceux de Marcus bar Qonbar, qui s’était révolté contre l’autorité de son homonyme. Michel prit connaissance des deux missives. II approuva l’excommunication portée contre Bar Qonbar, et réfuta sa doctrine qui tendait au messalianisme ; en même temps, il écrivit au patriarche Marcus pour lui représenter qu’il avait tort de ne pas admettre la confession des péchés, tombée en désuétude dans l’Église d’Égypte par une négligence repréhensible.
à la fêle de sainte Barbe : il est donc bien probable que la consécration de l’église eut lieu ce jour là^ mais un samedi et non pas un dimanche. Ce n’est pas le seul cas où l'indication fournie par la chronique doive être ainsi modifiée. Elle donne encore les dates suivantes: 1182 (=: 1171 A, D.), 24 septembre, samedi (au lieu de vendredi); 1484 (= 1 173) 8 août, jeudi (au lieu de mercredi); 1486 (1175) 15 lévrier, dimanche (au lieu de samedi); 1489 (1177) 25 octobre, mercredi (au lieu de mardi); 1504 (1193) 15 mai, dimanche (au lieu de samedi). Mais pour beaucoup d’autres dates la concordance est rigoureusement exacte. — 1. Certains chroniqueurs francs appellent le lieu de cette bataille .Monigisart (:^ Tell Gézer), d’autres Ramla. Cf. Clekmont-Gan.neau, Rec. d'arch. orient., t. I, p. 351-391. — 2. La date 1178-79 est conûrmée par la signature de Michel apposée à la fin d’un manuscrit. 'Voir plus loin l’explication de la planche jointe à cette Introduction.
INTRODUCTION
Michel retourna passer l’hiver à Antioche. Il s’y trouvait lors d'un grand incendie qui éclata au mois de mars 1179. L’année suivante, il se rendit au couvent de Bar-Çauma pour y jeter les fondements d'une église dont la construction, entravée par de grandes épreuves, ne fut achevée que treize ans plus tard.
Quatre évêques mécontents de la sévérité de Michel se rendirent auprès du gouverneur de Mardin et obtinrent, à prix d'argent, un diplôme leur permettant d’établir un patriarche qui devait résider dans cette ville. Leur choix s’était porté sur Théodore bar Wahboun, qui leur avait sans doute promis sa complicité. Ils l'ordonnèrent de nuit et s'en allèrent ensuite trouver le maphrien, espérant, à cause de sa récente querelle avec le patriarche, qu’il favoriserait leur rébellion. Cependant Michel, averti par les fidèles de Mardin, se rendit près du préfet, parvint à le calmer et fixa provisoirement sa résidence au monastère de Mar Hanania. Les rebelles furent mal accueillis dans la région de Mossoul; le maphrien, loin de seconder leurs vues, s’en vint trouver Michel. Bien plus, il lui amena Bar Wahboun qu’il avait fait saisir au moment où il passait à Dara. On partit pour le couvent de Bar-Çauma, où un synode devait juger les évêques coupables. En route. Bar Wahboun réussit à se faire enlever par les Gurdes; mais il fut repris, conduit au synode, excommunié et condamné à la dégradation. Ceci devait se passer en l’an 1181*.
Bar Wahboun demeura dans le couvent de Bar Çauma en qualité de simple moine et donna des signes de repentir. Le patriarche en fut touché et lui témoigna de la bienveillance. Michel étant reparti pour le couvent de Mar Hanania, Bar Wahboun, avec la complicité de quelques moines, s'évada et courut à Damas. Là, il chercha à obtenir de Saladin un édit lui conférant l’autorité patriarcale sur tous les Syriens des États de ce prince. Quelques fonctionnaires chrétiens de la chancellerie de Damas empêchèrent sa requête d'aboutir. 11 s’enfuit alors à Jérusalem. 11 essaya de s’insinuer dans les bonnes grâces du patriarche latin Amaury, et suscita de grandes difficultés au métropolitain syrien Athanase, le frère de Michel, qui avaitété transféré de Mardin à ce siège, après la mort du métropolitain Ignace (oct. 1184), et qui avait été mal accueilli par les moines.
En 1181, le sultan Kilidj-Arslan vint à Mélitène, dont il s’était emparé quatre ans auparavant. A cette occasion, il envoya au patriarche une lettre, un bâton pastoral et vingt dinars; l’année suivante, au grand étonnement du peuple, il l’invita à se rendre près de lui. Michel n’augurait rien de bon de ces
1. Il est dit, en efïet [Chroa. anon., p. 316), que Bar Wahboun était excommunié depuis huit ans lorsque Bar Masih se joignit à lui, en 1189. D’autre part, l’un des évêques rebelles, Josué de Ziad, avait été ordonné seulement en 1180 (cf. t, III, p. 382).
témoignages inattendus d’amitié; il se mit en route avec appréhension et arriva à Mélitène le 8 juillet i 182. 11 fut reçu avec une pompe telle que les musulmans en furent offusqués. Le patriarche séjourna un mois dans la ville. Il eut de nombreuses discussions religieuses, parfois en présence du sultan, avec un familier de ce prince, le philosophe Kemal ed-Dîn, persan d’origine.
Le 30 juillet 1183, le couvent de Bar-Çauma fut consumé par \in terrible incendie. Tout périt dans les flammes, à l’exception du reliquaire du saint et de quelques livres. Michel se réfugia, avec les moines, au sommet de la tour de garde. Au bout d’un mois, on se mit à réparer le désastre et en trois ans un nouveau couvent fut rebâti, sauf l’église dont l’achèvement exigea une dizaine d’années.
Le vicaire patriarcal Athanase ayant été, comme nous l'avons dit, transféré de Mardin à Jérusalem au mois d’octobre 1184, le patriarche dut reprendre l’administration de son diocèse. Au mois d’avril 1186, il quittait le couvent de Mar Hanania pour revenir à celui de Bar-Çauma, où il lit construire les voûtes de la nouvelle église; on la bâtissait en grande partie avec les matériaux d’un temple païen situé dans la montagne voisine*.
Aux labeurs du patriarche vinrent s’ajouter de nouvelles préoccupations, causées par l’annonce de la prise de Jérusalem par Saladin (1187), par le retour de son frère Athanase, et surtout par celui de Théodore bar Wahboun.
Athanase, contraint de quitter Jérusalem, fut nommé vicaire patriarcal du diocèse d’Antioche en 1190; il y exerça ses fonctions pendant deux ans; il mourut au mois d’or.tobre 1192, au monastère de Dovaïr, près d’Antioche, et y fut enseveli.
Bar Wahboun continua son opposition. Une circonstance nouvelle semblait favoral)le à ses ambitions. Le maphrien Jean avait donné sa démission, et s’était retiré dans la montagne d’Edesse. Au bout de peu de temps, il regretta sa décision et, d’accord avec le patriarche, il reprit le chemin de Mossoul. Pendant le voyage, il fit une chute mortelle de la terrasse sur laquelle il était endormi (août 1188). Les évêques de la région orientale choisirent pour lui succéder un moine du couvent de Mar Mattai, près de Mossoul, nommé Karim bar Masih*, et demandèrent au patriarche de le consacrer. Quelques personnes influentes
1. Cf. Chron. anon., p. 314; l'église avait une coupole, décorée de peintures. — 2. Bahébréus et la Chouique anonyme écrivent le nom de ce personnage ; notre ms. et la vers, arabe
donnent 11 semble difficile d’expliquer cette variante par une simple confusion des lettres
I et f, qui supposerait eu outre une transposition. signifie « crocodile ». Il est possible
que l’auteur ait intenlionellement défiguré le nom propre, par dérision. Nous avons déjà vu (t. 111, p. 25, 49) l’auti-patriarclie Abraham, devenir Abiram sous la plume de son contradicteur. Barhébréus [Chr, eccl., II, 69) écrit, par mépris, UojP Bar Çaula, au lieu de Bar Çauma.
INTRODUCTION
s’étant élevées contre cette élection, Michel eut l’imprudence de saisir l’occasion pour leur imposer son neveu Jacques, qu’il sacra au couvent de Mar Domitius, dans la région de Mardin, le premier dimanche du Carême de l’année 1189*. Le nouvel élu prit le nom de Grégoire.
Il partit aussitôt pour Mossoul, mais il ne put y entrer; il resta pendant deux mois dans le couvent nestorien de Saint-Michel, aux portes de la ville, puis il se rendit à Tagrit. Quelques mois après, les armées du caliphe de Bagdad étant venues assiéger la ville, il se retira dans la région de Nisibe.
Cependant, les partisans de Bar Masih, avec l’appui de l’autorité civile, l’avaient sacré maphrien le samedi veille des Rameaux (!•' avril 1189). Le nouveau maphrien vint rejoindre Bar Wahboun à Mardin, et reconnut celui-ci comme patriarche. Un synode réuni au t.ouvent de Bar-Çauma renouvela les anathèmes portés contre Bar Wahboun et excommunia Bar Masih*. Les fidèles de Mardin montrèrentdu zèle et recueillirent de l’argent pour forcer l’assentiment du prince*. Sur leurs instances, Michel ordonna comme évêque de Mardin Maudiana, moine d’Edesse, qui prit le nom de Jean. Celui-ci parvint à faire chasser les rebelles qui partirent pour Mossoul (1190).
Au mois d’avril de cette année, Michel se trouvait dans le couvent de Mar Bar-Çauma*. Sur les instances des évêques, il envoya à Saladin, alors occupé au siège de Saint-Jean-d'Acre, une députation chargée de mettre ce prince au courant de l’affaire. Ses envoyés, pris pour des espions, furent arrêtés à Damas
1. 26 février 1189. — Cette date doit être regardée comme exacte. Un ms. syriaque du British Muséum (add. 12177; VVkicht, Cat., p. 58) contient une clausule d’après laquelle il aurait été achevé sous l’épiscopat de ce Grégoire « le dernier jour de tesrîn I de l’année 1500 » c’est-à-dire le jeudi 31 octobre 1188 ; mais c’est seulement en 1191 que le 31 octobre était un jeudi. Il est vraisemblable que le chiffre des unités a été omis dans cette note écrite négligemment, avec des mots en surcharge, et qu’il faut lire 1503. S’il était démontré que l’erreur du scribe porte sur le jour et non sur l’année, il faudrait admettre que Grégoire a été désigné comme maphrien en 1188, plusieurs mois avant sa consécration ; ce qui n’est pas absolument impossible, puisque son prédécesseur était mort au mois d’août. — 2. Cf. Chron, anon.^ p. 316. — La sentence est précédée d’un long exposé, dans lequel on essaie de justifier le choix de Michel, par l’exemple de ses prédécesseurs qui ont promu leurs neveux à des sièges épiscopaux. Les exemples sont sans valeur probante, parce qu’ils concernent des sièges soumis à la juridiction patriarcale, et non celui du maphrien, qui devait être élu par les évêques de sa province. On prétend que Basile, imposé comme maphrien par le patriarche Cyriaque, était le neveu de celui-ci. L'assertion n’est garantie par aucun autre document. Cet exemple unique est d'ailleurs mal choisi, car la nomination amena un schisme, et le patriarche dut entrer en composition àvec les évêques orientaux (cf. t. III, p. 29, 32). — 3. Les princes musulmans favorisaient ces discordes qui étaient pour eux l’occasion de continuelles exactions. Ils accordaient un diplôme au premier venu, moyennant une forte somme, et l’annulaient ensuite lorsque le parti adverse offrait une somme plus considérable, — 4. Cf. ci-dessous p. xx, n. 5.
et mis en prison, puis délivrés sur l’intervention de l’émir d’Édesse, Modhaff^r ed-Dîn *.
Grégoire, ayant enfin réuni la somme exigée par le gouverneur, suivit les rebelles à Mossoul, et obtint son diplôme. Quelques évêques se rallièrent à sa cause, et Bar Masih fut jeté en prison. Les évêques l’en firent sortir pour le dégrader dans l’église, et l'abandonnèrent ensuite à ses créanciers, qui le harcelaient sans cesse (1191). Ses partisans se tinrent tranquilles pendant quelque temps.
Si l’on en croit le chroniqueur anonyme*, le maphrien se serait montré indulgent à l'égard de Bar Wahboun*, qui avait été son compagnon au couvent de Bar-Çauma; il lui aurait fourni les moyens de retourner dans la contrée occidentale. Bar Wahboun n’ayant plus à compter sur les évêques de Mésopotamie se tourna vers le patriarche arménien Grégoire IV. Celui-ci le présenta au roi de la Petite Arménie, Léon II, qui lui concéda l’autorité patriarcale sur tous les Syriens résidant dans son royaume de Gilicie.
La grande église du couvent de Bar-Çauma, commencée en 1180, fut terminée en 1193. La fête du saint se célébrait chaque année le jeudi avant la Pentecôte* et attirait au couvent une affluence considérable de pèlerins. Michel voulut que la dédicace de la nouvelle église se fît à cette occasion. Il convoqua trente-cinq évêques pour cette solennité qui s’accomplit le 15 mai, veille de la Pentecôte*.
Les évêques tinrent un synode. Le patriarche exposa les difficultés suscitées par la révolte de Bar Wahboun. Découragé par ses épreuves et fatigué de cette lutte qui durait depuis treize ans, il voulut donner sa démission. Le synode refusa de l’accepter. On porta une nouvelle sentence d’excommunication contre les perturbateurs, et on ordonna des prières publiques pour obtenir du ciel leur châtiment et le rétablissement de la paix dans l’Église. Le lundi de la Pentecôte, le patriarche arménien fut victime d’un accident et mourut au mois de juillet. Son protégé. Bar Wahboun, le suivit dans la tombe quarante jours plus tard. La concorde fut ainsi rétablie dans la région occidentale. Il n’en fut pas de même dans les diocèses orientaux soumis à la juridiction du maphrien.
Dans ce même synode une sentence de déposition fut portée contre Jean
1. Cf. t. III, p. 405. — 2. Ce chroniqueur, qui fut le compagnon du maphrien Grégoire, eat naturellement très favorable à celui-ci, et suspect de partialité dans le récit des événements concernant ce prélat. En dépit de ses efforts, l’auteur ne parvient pas à dissimuler que Grégoire fut mal accueilli en tous lieux. — 3. P. 324 (et même à l’égard de Bar Masih, p. 329). — 4. D’après la Chron. anon,, confirmée par les calendriers syriens. — 5. La date du 15 mai est donnée en chiffres par la Chronique, et reproduite en toutes lettres par Barhébréus. Mais l’une et l’autre disent « le dimanche avant la Pentecôte », ce qui est inadmissible, celte fêle tombant celle année-l<à le 16 mai.
INTRODUCTION
Maudiana de Mardin. Cet évêque, que les habitants avaient eux-mêmes réclamé, fut mal accueilli par les moines. Le patriarche, d’abord favorable à sa cause, finit par l’abandonner et l’invita à quitter le diocèse. Jean refusa. Après la mesure prise à son égard par le synode, il se retira dans sa famille, à Edesse.
Là, il eut des difficultés avec l'évêque. Le patriarche lui ayant alors interdit de séjourner dans la ville et ses environs, il s'en alla à Constantinople et embrassa la foi catholique. Il fut envoyé comme évêque à Maipherqat, pour les melchites' de la région, et il mourut dans cette ville*.
Le changement d’attitude du patriarche vis-à-vis de Jean Maudiana trouve peut-être son explication dans la fâcheuse influence qu’exerçait sur lui son neveu le maphrien. En effet, peu de temps après la destitution de l’évêque de Mardin, Michel concédait ce diocèse au maphrien lui-même « comme une juste compensation de ses labeurs ». La concession était strictement personnelle; à la'mort de Grégoire le diocèse retombait sous la juridiction patriarcale, et ne devait pas être compris parmi ceux qui étaient soumis, selon le droit établi, à celle du maphrien. Le décret, dont le texte nous est parvenu*, explique que le patriarche retenu par ses infirmités au monastère de Bar-Çauma et ne pouvant plus exercer le ministère pastoral dans le diocèse de Mardin, avait déjà dû précédemment en distraire une portion, qu'il avait confiée à Abraham, avec le titre d’évêque de Tell-Besmai. Le reste était attribué à Grégoire. L’acte est daté du mois d’octobre 1194, et contresigné par sept évêques*.
Un an auparavant (oct. 1193), Grégoire était venu trouver son oncle et lui avait amené quatre évêques ralliés à sa cause. Bar Masib avait profité de son absence pour renouveler ses démarches. 11 obtint encore un diplôme à prix d’argent. Mais n’ayant pu rembourser la somme qu’il emprunta, il fut de nouveau poursuivi par ses créanciers et remis en prison. Après sa libération, il se retira dans la région de Maipherqat. Ses partisans ne cessèrent de s’agiter et la division persista dans les diocèses orientaux jusqu’à sa mort (24 déc. 1203).
Grégoire, après avoir obtenu le diocèse de Mardin, se fixa probablement dans cette région. Il rendit plusieurs fois visite à son oncle Michel, que l’état de sa santé retenait au couvent de Bar-Çauma. Le patriarche l’institua son légataire universel et lui confia l’administration provisoire des églises après sa mort. En outre, sur la demande de Grégoire, le patriarche écrivit une sorte d’apologie dans laquelle il appelle les bénédictions célestes sur ce neveu injustement alfligé*. Un écrivain plein d’ironie ne se serait pas exprimé en d’autres termes.
1. Grecs se serTant du syriaque comme langue liturgique. — 2. Chron. anonyni.^ p. 328. — 3. Chron. anonym , p. 331. — 4. Jean de Mélitène, Basile d’Édesse, Philoxène de Mabboug, Ignace de Telia d'Arsanias, Basile de Gargar, Jean de Bab'an, et Jean de Samba. — 5. Texte (mutilé à la fin) inséré dans le Chron. anonym., p. 334.
Au monastère se trouvait alors un autre neveu du patriarche, ie propre frère de Grégoire, nommé Josué, et surnommé Sephtana*. Cet homme ambitieux circonvenait les évêques qui se rendaient au couvent; il les prenait à part et leur faisait promettre par écrit de le choisir pour patriarche après la mort de son oncle. Sa conduite fut connue de Michel, qui le réprimanda sévèrement. Aussi, quand le patriarche tomba malade, Josué refusa-t-il d’abord de le visiter; il n’y consentit qu’à la dernière extrémité*.
Michel mourut dans la nuit du 7 novembre 1199, à l’âge de 73 ans. Il avait gouverné l’Eglise jacobite pendant trente-trois ans. Il fut enseveli dans la nouvelle église du monastère de Bar-Çauma, où il s’était fait préparer un tombeau devant l’autel septentrional.
A peine les funérailles terminées, Josué partit pour Amid, dans le but de réaliser ses projets. Il réussit, avec l’appui des princes musulmans, à se faire élire par quelques évêques et fut sacré par son propre frère, le maphrien Grégoire. Mais d’autres prélats choisirent pour patriarche l'archimandrite du couvent de Bar-Çauma, appelé Çeliba, qui prit le nom d’Athanase. Josué adopta celui de Michel. Cette double élection fut la cause d’un schisme qui se perpétua dans l’Eglise jacobite au milieu de vicissitudes longuement décrites par Barhébreus*. Josué et son frère le maphrien moururent en 1214.
Barhébreus, nous a tracé en quelques mots le portrait de Michel : « C’était dit-il, un homme très versé dans les Écritures, de haute taille, d’un beau visage, d’une voix forte et agréable. Il écrivait jour et nuit, et il a laissé à l’Église de Dieu d'admirables ouvrages* ».
Michel nous apparaît, d’après sa vie, comme un homme honnête et droit, très zélé pour la discipline ecclésiastique et attaché aux doctrines monophysites. En diverses circonstances, il montra un courage plus qu’ordinaire et ne craignit pas de s’exposer aux dangers pour la défense de ses principes. Par contre, son excessif attachement à ses neveux le conduisit, surtout dans les dernières années de sa vie, à des mesures de faiblesse inexcusables. Sa piété était sincère, mais empreinte d’une grande crédulité. Il se montra toujours libéral et n’encourut point le reproche d'avarice. Il aimait l’étude et s’y appliqua constamment avec un zèle louable. Sans aucun doute, il manque complètement de sens critique et ne témoigne pas d’une grande sagacité d’esprit; mais ces défauts lui sont communs avec tous ses contemporains, qu’il surpassa incontestablement par la dignité de son caractère.
1. Ce surnom correspond au latin Labeo, lippu. — 2. D’après la Chronique anonyme, Josué était archimandrite du couvent. Une note finale du ms. add. 12174, écrit dans le couvent même, en 1196, donne à entendre que la charge d’archimandrite y était temporaire, et que ceux qui l’avaient exercée en conservaient le titre après avoir cessé leur fonction (cf. Wright, Cat. of syr. mss., p. 1138, col. 2). — 3. Chron. eccles., I, col. 606 et suiv. — 4. Ibid.
INTRODUCTION
§ II. — Les ouvrages de Michel.
En dehors de la Chronique, dont nous devons parler dans le chapitre suivant, Michel avait composé plusieurs ouvrages de moindre étendue. Voici l’énumération de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, ou dont l’existence est attestée par quelque citation.
1° Une Liturgie ou anaphora. Cette œuvre existe dans plusieurs manuscrits Elle a été traduite par Renaudot {Liturg. orient, coll., t, II, p. 438 et suiv.) d’après le manuscrit 76 de la Bibliothèque nationale. Elle présente cette particularité que les pièces forment, dans le texte original, une sorte d’acrostiche selon l’ordre des lettres de l’alphabet.
2® Une rédaction du Pontifical, ou rituel des ordinations, à l’usage de l’Eglise Jacobite. Cet ouvrage n'était apparemment qu’une compilation de pièces liturgiques antérieures. Il en existe une copie dans le ms. du Vatican syr. LI*, et peut-être en avons-nous une rédaction primitive, dans un ms. de la Bibliothèque Nationale L’original se trouvait en 1252 au monastère arménien de Roumqalah, où s’était réfugié le patriarche syrien Ignace-David.
3® Un (sur le mètre de Balai) qui ne nous est pas parvenu. Michel y célébrait la constance d’une jeune fille chrétienne, emprisonnée et menacée de mort par les Arabes de Mossoul, qui voulaient la contraindre à se déclarer musulmane parce que son père avait apostasié. Elle résista à toutes les menaces. Enfin délivrée, elle se rendit à Jérusalem et y prit l’habit religieux*. Ceci se passait en 1159, et le poème fut sans doute composé vers la même époque.
tiO \Jne Profession de foi, rédigée à Antioche, en 1169, et adressée à l'empereur Manuel*. Nous ne possédons plus l’original syriaque; mais elle est connue par la traduction grecque envoyée à Constantinople*, et par une traduc-
1. Vatic. XXV, fol. 126-134 ; Bibl. Nat., Syr. 76, fol. 258-274 ; Leide, ms. 1672 ; Cambridge, add. 2887, fol. 100 : add. 2917, fol. 72 ; Borgiaous (Vatic.) 159. — 2. Les mss. CCCIV, CCCV de la même bibliothèque oot été copiés sur le LI. Diverses pièces extraites de ce pontiücal out passé dans d’autres compilations liturgiques, et quelques-unes ont été traduites dans les recueils de .M orin, Martène et Denziger. — 3. Ms. Syr. 113. Cf. F. Nau, Sur quelques autographes de Michel le Syrien. Ce manuscrit, de petit format, ne répond pas très bien aux termes de « grand livre des ordinations » donné au pontifical (Bae IIkbr., Chr, eccL, I, 695), à moins qu’on ne les entende au sens de a livre complet ». La clausule du ms. syr. Vaticanus LI semble indiquer que Michel le rédigea en 1172 • ce qui concorde assez bien avec ce que nous avons dit plus haut (p. vit). — 4. Bar Hebr., Chroii. eccles., II, 348-352. (Cf. dans notre traduction de Michel, t. III, p. 316). — 5. Cf. t. III, p. 334 — 6. Éditée dans Mai, Script, veter. nova coUeclio, t. VI, p. 388 et suiv. [Patr. Gr., t. CXXXIII.)
ClIRns. MICHEL LE STRIES.
IRTR.
tion arabe ‘ faite sur le syriaque par Moïse de Mardin, évêque jacobite, dont nous parlerons plus loin *.
5® Un Panégyrique de Denys bar Çalibi, dans lequel il avait consigné « toutes lesœuvres, tousles labeurs, toutes les actions glorieuses», de l’évêque d’Amid, Ce panégyrique fut composé aussitôt après la mort de Denys (11 nov. 1171); Michel lui-même y fait allusion dans sa Chronique’; nous ne le connaissons pas autrement.
6® Une Révision de la vie de Mar Abhai, évêque de Nicée, qui vivait au temps des empereurs Arcadius, Honorius et Theodosius. La révision existe dans un superbe manuscrit du British Muséum (add. 12174; fol. 98-110); qui fut exécuté au couvent même de Bar-Çauma et déposé par Michel dans la bibliothèque au mois d’oct. 1196*. La Vie a été éditée d’après ce manuscrit par P. Bedjan®. Le patriarche déclare qu’il s’est borné à mettre de l’ordre dans les récits, sansajouter ni retrancher quoi que ce soit au texte primitif. Il accomplit ce travail en 1185.
7® Une Réfutation des erreurs de Marcus bar Qonbar. Renaudot croyait posséder cet ouvrage dans un manuscrit arabe de la Bibliothèque royale, et le cite sous le titre de « Préparation à la communion »*. Le manuscrit auquel se réfère Renaudot est l’un des deux manuscrits aujourd’hui cotés 184 et 185 (ancien fonds 79, 85)’. Le contenu ne répond pas à la description donnée par Michel lui-même’. Mais une partie notable de son ouvrage, traduit en arabe, a été insérée dans celte compilation. Michel écrivit sa réfutation en 1180.
8® Un Traité contre les Albigeois, (\\xq Michel composa en 1178, lorsqu’il fut invité à se rendre au HP concile de Latran®. Nous ne possédons pas ce traité.
Instruction à Théodore bar pour son voyage à Constantinople,
lorsqu’il devait s’y rendre au nom du patriarche pour discuter sur l’union avec les Grecs*'*. Cet écrit, rédigé en 1172, était inséré dans la Chronique anonyme, mais le début seul est conservé**; le manuscrit présente à cet endroit une lacune de huit feuillets.
10® Cette même Chronique nous a encore conservé intégralement ** l’Ac/fi de concession du diocèse de Mardin, faite au maphrien Grégoire (oct. 1194);
1. Cod. arab. Vaticanus Lxxxni (olim 157) fol. 52-66. (Mai, op. cit,, t. V, p. 188) — 2. Cf. ciaprès, p. xxxvm. — 3. Tome III, p. 345. — 4. Cf. Wright, Calai, of Syriac Mss. p. 1137, DCCCCLX. — 5. Acta Martyrum el Sanct., t. Yl, p. 557-616. (Paris, 1896). Cf. Analecta Bollandiana, t. XVI, p. 185. — 6. Liturg. Orient, coll., l. II, p. 448; Perpétuité de la Foi, t. V, p. 226, 231, 247 (Paris, 1713). — 7. La notice sommaire du Catalogue des mss. arabes, laisse entendre que chaque mss. contient une rédaction différente de l’ouvrage. Ce n’est pas exact. — 8. Tome II, p. 380. — 9. Tome III, p. 378. — 10. Pages 312 313 de notre édition. — 11. Dans notre édition, p. 331-333.
INTRODUCTION
et en partie seulement, par suite de mutilation du manuscrit, la Sentence de déposition prononcée en 1189, au synode réuni dans le couvent de Bar-Çauma, contre Bar Masih', ainsi que V Écrit apologétique rédigé par Michel, peu de temps avant sa mort, en faveur de son neveu le maphrien*.
1 1° Les édictés sous la direction de Michel, dans les synodes qu’il
a rassemblés, ne nous sont point parvenus’, sauf quelques fragments cités dans différentes collectionsL
12® Une Homélie sur Jean de Mardin*, conservée dans deux mss. anciens de la bibliothèque du couvent de Deir ez-Zafarân. Le texte occupe neuf pages et demie. Le titre est ainsi libellé :
« Avec l’aide de Dieu, nous écrivons le discours composé par Mar Michel, glorieux patriarche du siège apostolique d’Antioche de Syrie, sur le mètre du docteur Mar Jacques (de Saroug), à propos de la mort accidentelle de Mar Jean, évêque de la villede Mardê, dont lesiège estle florissant monastère de Mar Hanania. » Vient ensuite une citation de Barhébreus {Chr. eccl., I, p. 532), sur la mort de Jean, et le scribe continue en disant que « ce discours a été écrit du temps de Mar Michel, son auteur, en l’an 1478 des Grecs (1167), sous le patriarcat de Mar Michel, dans le couvent illustre de Mar Hanania, où le corps du vénérable Mar Jean est déposé et enseveli. »
Incipit: ❖Ui-» o©» )«^I « Une bonne récompense
est réservée aux justes dans le monde nouveau »
13° Une homélie sur S . Bar-Çauma, en vers de douze syllabes. Elle est conservée dans un ms. qui se trouve à Azekh (village des environs de Djézireh), Les trois premiers feuillets manquent ; la clausule (page 22) est ainsi libellée :
•> . UI»)î )i.ioJUo
14° Quelques-unes des prières appelées sédra, qui figurent dans les offices jacobites, sont notées comme l’œuvre de Michel, en particulier la prière du matin pour la fête de s. Bar-Çauma; elle commence ainsi :
)jUi^ JLute oô^ Ô^ïla.1
1. P. 316-318. — 2. P. 334-336. — 3. On mentionne ; 1* Vingt-neuf canons établis dans le synode tenu à Mar-Hanania en 1 1 >6, après l'élection du patriarche (t. III, p. 331); — Un canon établi dans le synode tenu à Bar Çauma en 1169 {ibid., p. 334); — 3* Douze canons établis à Mar- Hanania en 1174, auxquels souscrivirent le maphrien et ses évêques, en même temps qu'aux vingtquatre canons « antérieurs » (Barhkbr., Ckron. eccl., II, 368). Les canons « antérieurs » sont peut-être les 29 déjà cités, avec erreur sur le nombre dans l'un ou l'autre cas. — 4. Entre autres, dans le mss. syr. 205 de Berlin. — 5. Sur cet évêque de .Mardin (1125-1 165), cf. t. III, 321, 327, et surtout AssEMANt, Bibl. Orient., t. II, p. 226.
Parlant de l’activité littéraire de notre patriarche, le chroniqueur anonyme renchéritencore sur Barhébreus, dont nous avons cité plus haut le témoignage, 11 écrit : « Michel fit placer dans l’église du couvent de Bar-Çauma de magnifiques livres de tous genres, écrits de sa propre main ; car il apportait une grande patience à écrire. 11 passait la nuit à écrire des lettres et des instructions pourles villes, selon que l’exigeaitle besoin del’administrationpatriarcale*, etil passaitle jour à écrire des livres. Il écrivit des livres magnifiques, qui n’ont pas leurs pareils à notre époque, entre autres : un livre des homélies du docteur Jacques (de Saroug), dans lequel il a réuni toutes les homélies de ce docteur; un autre livre des homélies de saint Ephrem, dans lequel il a réuni toutes les homélies de ce saint, et un autre livre de sermons. Et il a composé lui-même des sermons et des homélies pour les fêtes qui n’en avaient pas. Il prit soin de faire un
magnifique évangéliaire, écrit tout en or et en argent et orné d’images »
Michel lui-même parle du soin qu’il prit de la bibliothèque du couvent*, il nous apprend que les deux tomes de Mar Jacques (le recueil des homélies mentionné par le chroniqueur) ont échappé à l’incendie en 1182, ainsi que les deux tomes du Bréviaire qu’il avait fait établir. Nous ne savons rien de ce Bréviaire, mais nous possédons à Paris, avec le rituel d’ordination dont nous avons parlé *, un autre livre de prières copié de sa main'.
Le magnifique évangéliaire, écrit par Michel pour son couvent®, fut considéré par les contemporains comme une merveille. D’après les descriptions qui nous en sont restées, chacune des pages était écrite en or sur fond d’argent ou en argent sur fond d’or. Il était en outre orné d’images et de peintures et très richement relié. Nous avons quelques indications sur la disposition et sur le sort de ce manuscrit, dans un petit traité, rédigé au xiv® siècle, intitulé :
•J )L..?Q.a> -tso? « Histoire du couvent de Mar
Bar-Çauma; trésor et livres syriaques’. » On y rapporte que le patriarche Constantin (1292)® l’emporta à Sis, en Gilicie. Voici le passage et la description quelque peu obscure qui est donnée du manuscrit :
^-1 -v-v» cn.nti^
1. Parmi les lettres officielles ou mentionne : une lettre au patriarche Jean d'Alexandrie, contenant un long exposé de la loi (t. 111, p. 331) ; — une lettre au patriarche arménien Grégoire Dgh'a (p, 355); — une lettre au patr. Marc d’Alexandrie (p. 380); — diverses réponses à l’empereur Manuel \Chr. anonym., p. 311). — 2. Chron. anonym., p. 314-315, — 3, Cl. t. 111, p. 350 et 392. — 4. Ci-dessus, p. xvii, n. 3. — 5. Ms. Syr. 167, écrit en avril 1190, au couvent de Bar-Çauma (cf. Nau, op. cil., p. 4). — 6. Cf. Chron. anonym., p. 315. — 7. Mgr Barsom en possède un exemplaire. — 8. Cf. Baruebr., Chr. eccl., I, col. 781.
INTRODUCTION
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I ^ypisf. JLi.'iQ.vim*> jâû^o) |)i o»^ JLao»^ )li^a cx<^>
IfJL^ W-iL.o |L(XJU^*~^ ot^wS oto » iJL^flP JLio^ jUAV.ao
J^.Aâo| )Uo^» o$vjs yoJx^o)^ JLu%ja3 a<;^ . )La^^
.)J^^J^â^ iLusoA^
« II transporta à Gis cet admirable évangéliaire du couvent, que le bienheureux patriarche Mar Michel l’Ancien avait écrit avec de l’eau d’or; nous avons parlé de son histoire, de son écriture, de sa reliure, de son index, de l’image du frontispice qui était tout en or ; à la place des planchettes de bois (il y avait) de l’argent; à l’intérieur, dans le texte, et à l’extérieur sur le frontispice, il n’y avait que de l’or, sans encre noire, avec les préparations variées et multicolores des peintres royaux. Dans ce livre était figurée toute l’histoire de la rédemption et les autres fêtes saintes ; à l’intérieur, à côté de l’écriture, aux leçons de l’Evan» gile, il y avait en tête, une illustration, c’est-à-dire une peinture variée des images de la vie du Christ. »
Un peu plus loin, à propos de Jacques bar Haddad', qui s’opposait au maphrien, vers 1360, on lit dans le même opuscule :
. jLtejLo ^OoLo^L «£»;.â JLz>Otk3 ]La.>|o . jU.'bCL'^CO 1/^ O^OD»âO
^atojofo^o cHAsof JUj • la.So« jLxjJLfia-s JL.:x.fo
.U*- Ujv. o^, U..
(( lia vu chez notre patriarche* l’Evangéliaire qu’a écrit Mar Michel. Il est écrit tout en or sur un fond étendu d’argent, sans autre couleur; et là où il l’écrivit en or, il étendit dessous de l’argent, et où il l’écrivit en argent, il fit de même avec de l’or. Mais sa reliure, ses feuilles et ses cahiers sont démolis et arrachés depuis l'époque où les maudits Egyptiens ont pillé le couvent*. »
La version arménienne de la Chronique ‘ attribue à Michel un Traité des institutions sacerdotales et des origines du sacerdoce', mais si l’on compare l’extrait, prétendument tiré de cet ouvrage, qui fait suite à la version, il est hors de
1. Le même qui est appelé ea syriaque iu.û ;=> par Barhébreus (CAr. eccl., II, col. 510). — 2. Basile, près de qui il s’était rendu, en Cilicie, pour se faire ordonner, en 1361, (cf. op. cit. II, col. 516). — 3. A défaut de contexte, il est impossible d’affirmer qu’il s’agit du couvent de Bar- Çauma. Celui-ci a pu être pillé par les troupes égyptiennes soit pendant les expéditions de Bibars, soit pendant la dernière incursion de Malik el-Asraf, qui s’empara de Koumqalab en 1292. — 4. Cf. la traduction de V. Langlois, p. 8 et 363.
doute que le traducteur a donné ce titre aux listes des grands-prêtres et des patriarches qui terminent le ms. syriaque de la Chronique, et qui contiennent la succession du sacerdoce depuis l’origine du monde jusqu’à l’époque de notre auteur. 11 n’y a donc pas lieu de distinguer cet ouvrage de la Chronique ellemême.