PREFACE
L’exact et judicieux J. Villani nous a laissé, dans ses Chroniques, un récit court mais animé de la conspiration entreprise en 1282 par J. de Procida , pour soustraire sa patrie à la domination de Charles d’Anjou et des Français. Presque contemporain de ce terrible drame, puisqu’il est mort en i346 , il a dû puiser ses renseignements et dans les attestations de quelques témoins , et dans les récits qui en ont sans doute été écrits à ce moment. Le savant Sicilien Rosario Gregorio, voulant compléter autant que possible sa Bibliothèque hislorique de Sicile sous les rois d’ Arragon , et étonné de voir que ni Barthélemi de Neocastro, ni Nicolas Specialis, ni le chroniqueur anonyme publié par Martenne , ne disaient un seul mot de l’entreprise de J. Procida, et de ses négociations avec l’empereur Paléologue , le pape et le roi d’ Arragon , parcourut toutes les bibliothèques de Sicile à la recherche d’un monument contemporain , et il parvint enfin à retrouver parmi les manuscrits
PRÉrACK.
de P. Carrera , dans la bibliothèque publique d« Palerme, une chronique en ancienne langue sicilienne , uniquement relative à ce grand événement.
La narration de ce chroniqueur anonyme est simple et vive ; son dialecte sicilien est élégant et pur, et ses assertions reçoivent une nouvelle autorité de sa connaissance exacte des hommes et des lieux. La comparaison qu’on fera de son récit avec celui de Ramon Muntaner donnera une nouvelle l'orceau témoignage de l’un et de l'autre; et quelques lettres des papes, rapportées dans la collection de Marlenne , et la fidélité avec laquelle Villani semble l’avoir suivi pas à pas , achèvent de prouver toute la valeur de cet antique monument littéraire.
L’abbé Francesco Paolo Filocamo , dans une Histoire des V épres siciliennes } publiée à Palerme en 1821, a cherché à disculper ses compatriotes du massacre général qu’ils firent alors des Français leurs oppresseurs. Il n’avait besoin , pour motiver la nécessité d’un soulèvement , que de rapporter les fragments suivants de deux lettres de Clément IV. La première est tirée du Trésor des anecdotes de Martenne,
« Si ton royaume , écrivait Clément à Charles » d’Anjou, est cruellement spolié par tes minis- » très, c’est à toi seul qu’on doit s’en prendre.