‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 2 sur 160 · CHAPITRE CXL1X · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXL1X

Comment le noble Eu Béranger de Sarria , avec vingt galère», parcourut toute la côte de Malfo , jusqu'au fief de Rome , où il prit de» galères, des vaisseau* et des barques.

Les vingt barques que devait commander En Béranger de Sarria étant prêtes, il lui ordonna de s’embarquer et de partir pour Naples , et de savoir ce qui s'y passait; d’aller ensuite à Xicle et de parcourir la côte jusqu’au territoire de Rome, voulant qu’à son retour il passât en Calabre, pour faire voir aux ennemisque le roi d’Arragon n’était point mort, et que s’ils avaient eu un roi à combattre, ils en auraient deux parla suite, quin’avaientqu’un cœur et une volonté.

Lorsque le roi lui eut dit ces paroles, En Béranger de Sarria prit congé de la reine et de l’infant En Frédéric , et il s’embarqua à la bonne garde de Dieu. Il parcourut toute la Calabre, et vint au cap de Pelanuda. Delàil se mit en mer, et vint sur la côte de Malfa , peuplée de la plus mauvaise race et des plus méchants corsaires du monde, surtout en un lieu qu’on nomme Passata. Il pensa qu’en parcourant cette côte, il rendrait trois grands services aux roisde Sicile et d’Arragon et à leurs peuples. Premièrement , il les vengerait des dommages que ces gens leur avaient causés pendant les guer-

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res précédentes; secondement, en les détruisant il les empêcherait de mal faire par la suite ; troisièmement, ce serait le plus beau fait d’armes qui eût jamais été entrepris de ces côtés.

Ainsi qu’il l’avait conçu, il l’exécuta; il y aborda avant l’aube du jour. Il réunit tout son monde près de la cité de Saint-André de Malfa , et parcourut toute la montagne. Pendant quatre jours qu’il y fut, il brûla et détruisit tous les lieux habités , grands et petits , P*ével , Passata , et enfin tout ce qui était dans la montagne : la bannière levée , il allait partout brûlant et détruisant tout ce qu’il rencontrait. Il surprit dans leurs lits les hommes méchants de Passata, et tous furent tués. Il mit le feu à toutes les galères et aux vaisseaux qui étaient tirés à terre. Il n’en laissa pas un seul, ni là ni sur aucun lieu de la côte. Après avoir tout ravagé , il s’embarqua et alla à Sorento , où il fit la même chose. Il en eût fait autant à Castellamar, sans une nombreuse cavalerie qui s’*y était rendue de Naples. Je vous dirai encore qu’il entra au port de Naples, où il prit et brûla des vaisseaux et navires ; enfin, il parcourut toute la côte jusqu’au fief de Home. Il s’empara de barques, vaisseaux et galères, qu’il envoya en Sicile. Jugez de l’alarme qui régnait sur toute la côte jusqu’auprès de Home , sur le long de laquelle côte il prit tout ce qu’il trouva de vaisseaux. Le pape demanda quel était ce tumulte. — « C’est, lui dit-on . un » chevalier de Sicile, nommé Eu Béranger de

DE n AMOS MÜNTAîiEn.

» Sarria , qui est venu de Sicile avec vingt galères » pour brûler et ravager toute la côte de Malfa. » Il a bouleversé le port de Naples et toute la » côte et dans le fief même de Rome ; il a en- » levé barques et vaisseaux, personne ne pou- » vant s’opposer à lui. — Ah Dieu! dit le pape , » ceux qui ont affaire à la maison d’Arragon , » ont affaire à autant de diables? Chacun de ces » Catalans est un diable incarné auquel rien ne * peut résister, ni sur terre, ni sur mer. Plût » à Dieu qu’ils fussent réconciliés à l’Eglise ! Ce » sont gens qui feraient la conquête du monde , » et extermineraient tous les infidèles. Je prie Dieu » qu’il rétablisse la paix entre eux et l’Eglise. Dieu » fasse grâce au pape Martin , qui les éloigna de » l’Eglise ! Nous ferons en sorte de les lui réconri- >■ lier bientôt ; car ce sont des hommes de courage » et de bonté. Ils viennent de perdre leur roi, qui » était un des meilleurs chevaliers du monde, mais » ses infants, qui débutent ainsi, seront semblables à » lui. »

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