CHAPITRE CLXXIII
Comment le roi En Alphonse fit partir des envoyas pour Tarascon , . pour traiter de la paix avec le roi Charles ; de la paix qui s’y fit ; comment le roi d’Arragon s’y e'tant intéressé , elle fut très honorable pour le roi de Sicile; et comment le roi En Alphonse fut malade d’une éruption.
Le roi revenu à Barcelonne, où on luifitde belles et honorables fêtes, alla visiter tout son royaume. Il vit dans l’Arragon don Alphonse de Castille et don Ferdinand son frère, et leur fit de grands présents. Il les trouva sur un bon pied, poussant la guerre contre leur oncle et gagnant tous les jours du terrain. Il visita toutes les frontières. Il lui arriva des envoyés du pape, du roi de France et du roi d’Angleterre, pour traiter de la paix, avec lui. Le roi d’Angleterre conduisait cette négociation, parce qu’il désirait que l’année suivante le mariage entre sa fille et le roi d’Arragon eût lieu. Ainsi il poussait la chose de son mieux. Le roi Charles agissait suivant qu’il s’y était engagé.
Enfin le roi Charles et le roi d’Angleterre firent tant , que le pape envoya à Tarascon , en Provence,
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un cardinal avec le roi Charles , pour traiter de la paix avec le roi d’Arragon. Arrivés à Tarascon , ils dépéchèrent des messagers au roi d’Arragon , pour l’engager à envoyer des représentants pour faire la paix. Le roi vint sur cela à Barcelonne. Il convoqua ses cortès, el fit dire à chacun de se rendre à un jour désigné à Barcelonne; ce qui eut lieu.
Les cortès étant réunies et assemblées au palais du roi , il leur exposa comme quoi le roi Charles et le cardinal , arrivés à Tarascon , lui avaient demandé d’envoyer des messagers, afin de traiter de la paix, mais qu’il ne voulait rien faire sans avoir consulté ses barons, chevaliers, citoyens, hommes ^des villes, pour savoir qui devait y aller et avec quels pouvoirs, afin que ce qui serait traité par les envoyés fût tenu pour bon et valable par le roi et tous les autres.
Avant de se séparer , on convint qu’il serait envoyé douze personnes, savoir, deux Riches-Hommes, quatre chevaliers, deux prud’hommes, deux citoyens et deux bourgeois. On régla le nombre de compagnons et d’écuyers que chacun devait emmener; ce qui fut exactement suivi. Quarante personnes, Riches - Hommes , chevaliers , citoyens ou bourgeois, furent chargés de diriger le tout. On ordonna que nul ne partît de Barcelonne que les envoyés ne fussent allés et revenus de Tarascon , afin qu’on pût savoir ce qu’ils auraient fait. Ces quarante personnes se réunissaient deux
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lois le jour à la maison des prêcheurs , et examinaient et décidaient ce qui devait se faire. Chaque jour ils présentaient au roi le résultat de leurs délibérations. Il arrangeait ce qui ne lui paraissait pas très bien , comme un seigneur bon et sage , plein de charité, de prudence et de justice doit le faire. Enfin les envoyés furent élus et reçurent les instructions convenables à l’honneur du roi et de ses royaumes. On leur donna copie des articles, et on leur délivra les pouvoirs nécessaires.
Quand ils furent prêts , on leur donna un majordome convenable à une telle ambassade. Ils partirent de Barcelonne ; leurs propres chevaux , ceux de leur suite, ceux de leurs compagnons et de leurs écuyers, ou des équipages, s’élevaient bien au nombre de cent. Tous les envoyés étaient des hommes honnêtes , bons et sages : ils arrivèrent à Tarascon. Le roi resta à Barcelonne avec toute sa cour. Il se fit des jeux et des divertissements , tel que des tables rondes, des tirs au mât, des combats, des courses, des danses de chevaliers, de citoyens et hommes des villes. Chaque corps de métiers delà cité faisait des jeux et se livrait à la joie. Chacun ne songeait qu’à se divertir et à faire ce qui pouvait être agréable à Dieu et au roi.
Les envoyés arrivés à Tarascon furent très bien accueillis'par le roi Charles, par le cardinal et par les ambassadeurs du roi de France ; mais surtout par les quatre envoyés du roi d’Angleterre.
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Ceux qui seront curieux de savoir les noms des envoyés, ce que le cardinal leur dit de la part du Saint-Père, ce qu’ils répondirent, enfin- tout ce qui fut fait depuis le commencement jusqu’au jour du départ, peuvent consulter ce qu’en a écrit, sous le titre de Gesta, EnGalceran de Vilanova, où tout est rangé par ordre , principalement ce que répondit Maymo de Castell-Auli , l’un des envoyés du roi d’Arragon. Si l’on demande pourquoi je cite plus particulièrement Maymo de Castell-Auli, je dirai quec’est parce qu’il répondit de la manière la plus noble et mieux que nul autre; et s’il résulta quelque bien de cette ambassade , cela fut dû à ses discours. Je ne parle plusde leurs conférences, qui durèrent long-temps
A la fin, ils partirent et allèrent trouver le roi à Barcelonne, et rendirent compte de leur message à toutes les cortès réunies. Le roi et son conseil en furent très satisfaits. La paix ayant été faite sous les conditions les plus honorables pour le roi et ses peuples, ainsi que pour le roi de Sicile , le mariage du roi d’Arragon avec la fille du roi d’Angleterre devait s’accomplir peu de temps après ; mais Dieu voulut que les choses allassent d’une manière différente de ce qui avait été résolu à Tarascon. Personne n’ignore que Dieu est toute droiture et vérité, et nul ne peut pénétrer ses desseins.
1. Voyez Ry mer Fœdera à l'année 1191 , p. 745, t. a, de la nouvelle édition.
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Si quelque homme imagine en son faible entendement comprendre si ce que Dieu fait doit venir à bien ou à mal , il se trompe ; aussi ne doit-on jamais se plaindre de ce qu’il fait. Il faut donc ne point se décourager , louer Dieu et lui rendre grâces de ce qu’il nous accorde.
Au milieu des fêtes de Barcelonne , et parmi les plaisirs, Dieu voulutquele roi En Alphonse tombât malade d’une éruption quise fit au haut desa cuisse. Il ne laissa pas pour cela de tirer au mât et de se mêler auxtournois; car il était l’un des plus habiles à ces exercices. Il ne fit aucun cas de celte éruption ; aussi la fièvre s’y mêla et le tourmenta pendant dix jours si violemment, qu’un autre en serait mort.