‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 73 sur 160 · CHAPITRE CCXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXIX

Comment ayant tu la pri»e d’En Bérenger d’Entença et la mort de» envoyé» à Gallipoli, non» décidâmes en conseil de défoncer le» galère» et tons le» vaisseaux , afin qne nal ne pât s’échapper ni fuir sans combattre.

La vérité est que , lorsque nous sûmes qu’En Bérenger d’Entenca avait été pris, ainsique tous ceux qui étaientavec lui, qui étaient morts ou prisonniers, nous fûmes fort déconcertés. Il e n fu t de même quand nousapprîmes la mort de Sischaret desautres messagiersque nous avions expédiés àl’empereur. Un jour nous délibérâmes pour savoir ce que nous ferions; et comme je vous ai dit, nous trouvâmes que nous n’étions restés que deux cent six hommes de cheval, et douze cent cinquante-six hommes de pied. Les

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avis furent partagés ; les uns disaient qu’il fallait aller avec tout ce qui était à nous dans l’île de Metelin, qui est une île bonne et opulente; que nous avions encore quatre galères, douze barques armées et beaucoup d’autres barques, ainsi que deux navires à deux ponts; qu’ainsi nous pouvions nous retirer sains et saufs , et que de cette île nous pourrions faire la guerre à l’empereur. L’autre avis était que ce serait grande honte à nous , qu’après avoir perdu deux hauts seigneurs et tant de braves gens qui avaient péri par si grande trahison , nous ne les vengeassions pas, ou ne mourussions pas comme eux ; qu’il n’y avait personne qui ne dût nous lapider, surtout étant gens de si haute réputation comme nous étions , et la justice étant de notre côté; et qu’ainsi il valait mieux mourir avec honneur, que de vivre avec déshonneur. Que vous dirai-je? Le résultat du conseil fut qu’il fallait combattre de tout notre pouvoir , et poursuivre la guerre , et que tout homme qui dirait autrement , devait périr. Que vous dirai-je ! Notre résolution fut si ferme, que de suite nous enlevâmes des galères , des batiments , des barques et du navire , deux planches du fond à chacun , afin que nul ne pût faire compte de se sauver par mer, et qu’ainsi chacun songeât à agir de bon cœur, et telle fut la fin du conseil. Ainsi nous allâmes de suite défoncer tous les vaisseaux. Et je fis faire une grande bannière de saint Pierre de Rome , qui fut placée à notre

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fort ; et je fis faire une bannière royale de notre seigneur roi d’Aragon , une autre du roi de Sicile , et une autre de saint George ; ces trois-là pour porter au combat , et celle de saint Pierre , pour rester à la maîtresse tour. Et du jour au lendemain elles furent faites.

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