CHAPITRE CLXIII
Comment le roi En Jacques de Silice résolut de passer en Calabreet dans la principauté avec toutes ses forces et de conquérir Naples et Gaëte.
L'amiral, de retour à Naples, comme vous l'avez vu , fît mettre en état toutes les galères. Un jour, le roi de Sicile fit appeler l'amiral et tout son conseil , et leur dit : « Barons , ^ nous avons ») pensé que nous ferions bien d'armer quatre- )) vingts corps de galères, et de marcher en per- » sonne à la tête de mille chevaux armés , et de » trente mille almogavares sur Naples, pour » laprendre. Faisons tousnoseffortspourconquérir
» Naples y pendant que le roi Charles est prison- » nier en Catalogne. Si nous ne pouvons prendre M Naples , nous irons mettre le siège devant Gaëte , » qui nous vaudra encore mieux que Naples. »
L'amiral et tous les autres approuvèrent le projet du roi, et chacun se disposa au départ. L'amiral fit arborer sa bannière , et le roi fit inscrire tous ceux qui devaient marcher avec lui. Après quoi , le roi convoqua les certes à Messine, et il donna rendez-vous, à jour fixe, à Messine^ aux Riches-Hommes, chevaliers, et sjndics des cités et des villes de toute la Sicile et de la Calabre. Ce même jour , la reine s'y trouva ^vec le roi et l'infant En Frédéric ; et on se réunit a l'église de Sainte-Marie-la-Neuve. Le roi fit un très beau discours , et dit qu'il voulait aller dans la principauté ; qu'il leur laissait la reine pour maîtresse , en son lieu et place ; qu'il laissait' aussi l'infant En Frédéric qui , avec le secours du conseil qu'il lui avait choisi, devait régir et gouverner tout le royaume ; qu'il leur ordonnait de le regardei comme un autre lui-même. Ayant dit cela , et bien d'autres choses , il s'assit. Les barons de ses terres se levèrent, et dirent qu'ils étaient prêts à faire tout ce qu'il avait ordonné» Les chevaliers, les citoyens et hommes des villes dirent la même chose. Après quoi le conseil se sépara. Peu de jours après , le roi passa en Calabre avec ses troupes.
L'amiral, de son côté, réunit les galères et autres navires , vaisseaux et barques pour porter les
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provisions et autres objets nécessaires. Quand tout fut préparé, l'amiral partit de Messine avec la flotte , et se rendit en Calabre, au palais de Saint- Martin , oii se trouvait le roi, avec la cavalerie qui s'y était rendue do Sicile, ainsi que les Riches- Hommes et les almogavares qu'il avait fait venir de la Calabre. Tous furent réunis au jour désigné» Le roi rejoignit son armée , et prit la roule de la principauté^ sous la sauve-garde de Dieu. Je cesse de vous parler de lui, et reviens^à ses ennemis.
•^'Chapitre clxiv.
Gomment le comte d^ Artois , instruit du grand armement qui se préparait en Sicile , vint avec toutes ses forces, et avec les secours du pape , à Naples et à Salerne.j
Les ennemis ayant appris les préparatifs qui se faisaient en Sicile, pensèrent que tout cela était destiné à attaquer Naples etSalerne. Le comte d'Artois et beaucoup de barons du royaume du roi Charles vinrent à Naples et à Salerne avec toutes leurs forces. Ils avaient une nombreuse cavalerie. Le pape avait fourni de grands secours en hommes et en argent. Ils renforcèrent ces deux cités, de sorte qu'elles ne pouvaient être prises , à moins qu'ils ne fussent tous exterminés. Mais revenons au roi de Sicile qui , après s'être embarqué , alla visiter toutes les places jusqu'à Castell-Abat , à
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trente-trois railles de Salerne , comme je l'ai déjà remarqué.