‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 60 sur 159 · CHAPITRE CGIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CGIV

Comment le mëgadac t^en alla • Constantinople poor y laisser la taegadochesse ; comment il reçut de Fcmperear la paie poar quatre mois 9 "éL des ^ands dons quHl 'fit k toute la Compagnie.

Chacun compta donc avec son hôte ; et il j ea eut qui avaient si mal mené leurs affaires particulières , qu'ils avaient pris de leur hôte bien pour une année de paie ; et ceux qui étaient sages ^ ' avaient vécu avec économie; néanmoins, il n yen eût aucun qui n'eût pris pourbien au -delà du temps qu'ils y avaient demeuré. Tandis que le compte se faisait au mois de mars, le mégaduc, avec quatre galères, la mégaduchesse, et sa bellemère , sœur de l'empereur , qui avait hivçrné avec lui , et deux frères de sa femme , s'en allèrent à Constantinople , pour laisser la mégaduchesse dans cette ville y et prendre congé de l'empereur. Lorsqu'il fut à Constantinople on lui fit grande fêle et grands honneurs, et il reçut de l'empereur la paie de quatre mois pour les besoins de la Compagnie^ ce que nul ne soupçonnait, pour la grande dépense qu'ils avaient faite pendant l'hiver, et dont chacun avait beaucoup à payer. Ainsi il laissa la mégaduchesse à Constantinople et prit congé d'elle , de sa belle -mère , de ses beaux-frères et de ses amis : puis il prit congé de l'empereur, rejoignit ses quatre galères, et fut de retour à Ârtaki le quin-

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zième jour de mars. Tous eurent grand plaisir à le revoir. Le mégaduc demanda si chaque homme avait compté avec son hôte, et on lui dit que oui. Sur cela il fit publier que chacun fût le lendemain à une place qui était devant la maison qu'habitait le mégaduc , et apportât la note de ce qu'il devait à son hôte , et que , le compte une fois fait fût réglé par les <louze bons hommes. Ils avaient à faire deux comptes séparés par ABC, dont un pour l'hôte et l'autre pour le soldat. Ces comptes devaient être scellés du sceau du mégaduc.

Quand chacun fut venu le lendemain avec son

compte , le mégaduc s'assit sur uù siège qu'on lui

avait préparé sous un arbre qu'on nomme ornieau.

Il fit venir chacun avec son compte, et tmuva qu'ils

avaient reçu outre mesure pour le temps qu'ils

avaient été à hiverner. Et quand il eut reçu tous

les comptes et les eut mis sur un tapis devant lui ,

• il se leva et dit : « Braves gens , je vois avec

» plaisir qu'il vous est agréable que je sois

» votre chef et seigneur, et que vous voulez nae

M suivre là où je voudrai vous conduire. A présent,

» je trouve que vous avez pris beaucoup plus qu'il

» ne convenait pour le temps que vous avez été à •

» hiverner. Il y en a qui ont pris trois fois autant ,

» d'autres quatre fois autant ; de sorte que je trouve

» que si je voulais compter suivant ce qui a été

» convenu, vous auriez à passer un temps de grande

» détresse ; mais^ pour la gloire de Dieu , pour la

» gloire de l'empire , et par amour pour vous ,

('^^4) DE RAMOir MUNTAHliK. l/|X)

» j'accorde , par grâce spéciale , que loul ce que I » vous avez dépensé cel hiver ne soit point déduit » de votre paie ; et , dès à présent , je veux que tous » les comptes que vous m'avez ici donnés soient wbrûlés^lesGrecsn'ontqu'à apporter leurs comptes » à notre trésorerie, et ils seront payés. « Aussilol il fit apporter du feu et tous les comptes furent Brûlés devant eux. Chacun se leva et alla lui baiser la main et lui rendit mille grâces. Et ils devaient bien le faire; car c'était le plus beau présent qui . fut fait par un seigneur à ses vassaux , depuis plus de mille ans. En tout, il fut payé huit mois l'un dans l'autre. Pour les hommes à cheval ^ la somme s'élevait à cinquante mille onces d'or, et, pour les kommes à pied , à. près de soixante mille onces ; de sorte qn'en tout, avec ce qu'avaient pris les Riches- Hommes, on comptait' que cela s'élevait à cent mille onces d'or y. qui font six. fois la valeur de l'argent.

Quaiid il eut tout réglé , il voulut les î;atislaire encore davantage ; il fit donc dire que chacun lut le lendemain à ladite place , pour recevoir en bel or la paie de quatre mois. Et ainsi, vous pouvez comprendre quelle joie fut dans la troupe , et de quel cœur ils le sei^virenlde là en avant. Et ainsi, le lendemain , il leur fit donner la paie de quatre mois pour que chacun fût pi^êt à guerroyer.

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