CHAPITRE CXVII
Commeut l’amiral En Roger de Luria alla à l’ilc de Gerbes , dans la Romanie , à Xiu , à Cnrfo , à Xlfelonia , et comment les Sarrazins de Gerbes voulurent se rendre au roi d’Arragon , et y furent autorisés |iar le roi de Tunis
Après que l’infant fut de retour à Messine, l’amiral se rendit^ avec l’autorisation du prince , en Barbarie , en une île nommée Gerbes , appartenant au roi de Tunis; il la ravagea et emmena deux mille captifs, Sarrazins ou Sarrazines, en Sicile, et les fit passer à Majorque et en Catalogne. Il fit un tel butin , que les frais d’armement et d’expédition des galères furenl largement compensés. Il fit ensuite un voyage dansla Romanie, parcourut l’île de Maseli (Metelin) , Milo^ Estelimens ( Leiunos) et les Formanes (Thermia) et Tine , et Andria et les Micoles (Miconi). Il se rendit à l’île de Xiu (Chio), où se fait le mastic. Il prit la cité de Malvoisie , et revint en Sicile avec un gain si considérable , qu’il y avait de quoi satisfaire cinq armées. Il alla aussi contre l’île de Curfo-(Corfou), et brûla et ravagea tous les environs du château. Il parcourutla Xifelonie(Céphalonie)et le duché '.Enfin , tous ceux qui le suivirent s’enrichirent tellement qu’ils n’admeltaient aux tables de leurs jeux.
I . Probablement le duché deNaxos. H existe à la bibliothèque des manuscrits du roi une carte, catalane manuscrite sur bois.
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que ceux qui se présentaient avec des pièces d’or. Si toutefois ils n’avaient que des espèces d’argent, on ne les recevait qu’autant qu’ils apportaient au moins mille marcs.
Peu detempsaprès , l’amiral revin à l’île de Gerbes ( Zerbi ) et enleva encore bien plus de gens qu’il n’avait fait la première fois. Lés habitants de cette île se rendirent auprès du roi de Tunis et lui dirent : « Vous vojez, seigneur, que vous ne pou- » vez nous défendre contre le roi d’Arragon, puis- » que, au Lieu de nous secourir^ vous nous avez » laissé maltraiter par l’amiral de ce roi, qui nous » a enlevé frères, parents, femmes, fils et filles, » Nous vous conjurons donc de nous dégager de » votre autorité , afin que nous puissions nous sou- » mettre à ce prince et vivre en paix. Vous ferez » ainsi notre bonheur; sans quoi, seigneur, vous » pouvez être bien assuré que l’île sera bientôt » déserte » .
de la fin du i4“ siècle. J’ai cherché à y retrouver les lieux indiqués ici et à les reconnaître à peu près par leur position ; mais malheui-eusement le frottement des deux planches a effacé tout cette partie. Je me propose de publier incessamment un mémoire sur cette carte, dont je fais lithografier un fac-similé. A l’exception des tables de Peutinger, cette mappe-monde catalane est, avec la carte de Marin Sanuto , insérée par Botigars dans ses Qesta Dei per Francos,\e planiglobe du musée Borgia(Iteeren , t. i6, des Mémoires de Gottingue) et la carte d’André Bianco , in- .séréedanslcscominentairesrfeW’artenautJca de" V eneziani di Formaleonc , le plus ancien monument géographique connu du moyen âge.
o/iS CHHOINIQUE (n»4)
TjC roi de Tunis consentit à ce qu’ils demandaient. Alors ils expédièrent des messagers au roi d’Arragon , et se soumirent à lui par l’entremise de l’amiral. Celui-ci fit élever un beau château qui fut , est , et sera consacré à la gloire des chrétiens , mieux qu’aucun autre château du monde.
Gerbes est une île qui se trouve au milieu de la Barbarie , puisqu’elle est à égale distance de Ceuta et d’Alexandrie. C’est une île si singulière et si voisine du continent, que cent mille hommes à cheval, et autant à pied, pourraient passer sans avoir de l’eau jusqu’aux sangles des chevaux , si ce passage n’était fortifié et défendu par des chrétiens. Il est donc important pour celui qui commande à Gerbes , d’avoir quatre yeux et quatre oreilles et une excellente tête, et cela par plusieurs raisons. Premièrement , parce que le plus prompt secours des chrétiens qui puisse lui parvenir , est de Messine , distante de Gerbes de cent milles , et que Gerbes a des voisins, comme Gelimbre, Margam, Jacob Bénatia, Bonbarquet, lesDebeps, et autres baron sAlarbs (Arabes), touspuissantsen troupes à cheval ; et si le commandant abandonnait ses yeux au sommeil , il pourrait avoir bientôt des gens qui l’éveilleraient à son dam.
Lorsque l’amiral eut mis fin à toutes ces expéditions, il s’occupa de la réparation de toutes ses galères; car il avait appris que le roi de France en faisait construire un grand nombre. Mais je le laisse là pour vous entretenir du roi de France , du roi Charles et de leurs adhérents.