‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 133 sur 165 · CHAPITRE CXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXX

Comment le roi En Pierre envoya des messagers à son neveu le roi En Sanche de Castille , pour le requérir de l’aider de sa chevalerie ; et comment scs troupes se réunirent au col de Panicas , pour s’oi>poser à ce que le roi de France pénétrât en Catalogne.

Le roi d’Arragon ayant appris que le roi de France était sorti de Paris, avec l’oriflamme , et qu’il s’approchait avec de grandes forces de terre eide mer, envoya aussitôt ses messagers à son neveu , le roi En Sanche de Castille , pour lui dire que le roi de France venait à lui, suivi de grandes forces ^ et qu’en conséquence de leurs accords, il le requérait de lui envoyer le secours de ses chevaliers, et de lui faire savoir s’il remplirait son désir , attendu qu’il livrerait bataille au roi de France.

A la réception de ce message , le roi de Castille répondit aux envoyés qu’ils pouvaient s’en retourner, et qu’il s’arrangerait pour fournir de tels secours à son oncle , qu’il en serait satisfait. Sa réponse fut bonne, mais les faits furent nuis, puisqu’il ne lui envoya pas un chevalier ni un piéton.

De sorte que le roi d’Arragon fut entièrement trompé par lui , ainsi qu’il l’avait été par sou beaufrère le roi de France ; et au moment où il eut besoin de ses amis terrestres , il se trouva désappointé ; mais, en bon et sage chevalier , il leva les

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jeux au ciel et illl : « Vrai Dieu, je mets sous votre » protection et mon âme et mon corps, et mes peu- » pies et mes états. Puisque tous ceuxqui devaient » me secourir m’ont abandonné, daignez. Seigneur, » me secourir vous-même; soyez mon défenseur et » celui de mes peuples. Signez-les, bénissez-les ! »

Tout exalté et animé de l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ , il donna l’ordre de se prépaparer au combat^ voulant que tous ceux qui étaient prêts prissent les armes ; car il désirait se mettre en marche. Ce même jour il vint armé à la cité de Barcelonne , où on fit de grandes fêtes, et des réjouissances en l’honneur et à la gloire de Dieu. Il encouragea si bien toutes ses troupes, qu’elles voulaient aller de suite contre les ennemis ; un jour leur paraissait une année.

Les fêtes étant terminées , le roi envoya des messagers aux Arragonnais, pour leur dire de garder si bien laNavarre , qu’on ne pût passer par la Gascogne , pour venir lui causer des dommages dans ses royaumes. Il envoya en même temps des lettres à tous les Riches-Hommes , chevaliers , citoyens, et gens des villes, pour qu’ils eussent à se rendre tout armés au col de Panicas, où il se proposait d’empêcher le roi de France d’entrer en ses états. Surcet ordre, tout le monde fut rendu au jour et au lieu désignés. Là, le roi et l’infant En Alphonse dressèrent leur tentes , avecunegrandepartiede lachevalerie.deCatalog^ne.

Quand ils furent tous réunis , le seigneur roi voulut que le comte d’Ampuries et ses troupes gar-

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fassent le col de Banyulls(BagnoIs),et le col de la Macana. Le comte d’Ainpuries plaça les compagnies de Castallon au col de Banyulls , et les autres au col de la Macana ; et le comte avec ses chevaliers alla visiter les uns et les autres, à plus d’une demilieue. Chacun de ces passages était si fort , qu’on n’avait pas à craindre que personne y passât. Il mit le vicomte de Rocabertià la garde du Pertus. Le roi , avec le reste des troupes, demeura au col de Panicas. Des marchands et autres gens avaient ordre d’apporter à vendre en chaque lieu, tout ce dont on pouvait avoir besoin. Tous les passages furent bien gardés et fortifiés. Je laisse là le roi d’Arragon et son armée, et reviens au roi de France et au roi de Majorque.

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