CHAPITRE CXXX
Comment En Raimond Marqaet et En Bdranger Mallol prirent conge du roi d’Arragon pour aller s’emparer des vingt-cinq galères du roi de France , qui e'taient à Roses j et comment ils les battirent et prirent toutes.
Ils partirent; mais personne ne savait quelle était leur destination. La chose n’était connue que du roi, de En Raymond Marquet , de En Béranger Mallol, du chancelier et de son secrétaire. En Raymond Marquet et Eu Béranger Mallol s’embarquèrent sur les onze galères qui restaient et sur les deux vaisseaux. Assurément^ jamais galères ne furent mieux pourvues d’hommes de mer , sans chevalerie , que ne furent ces onze galères. Ils prirent congé du roi, qui les signa, les bénit et les recommanda à Dieu. Ils s’éloignèrent au moyen des rames et naviguèrent de sorte, qu’ils paraissaient prendre la route de Sicile ; mais lorsqu’ils furent à une distance telle qu’on ne pouvait plus les apercevoir de la Catalogne , et le garbin ayant soufflé , ils déployèrent les voiles et s’acheminèrent vers le Cap-de-Creus. Que vous dire? Par le trajet qu’ils firent ce jour, cette nuit, et le lendemain, ils SC trouvèrent dans la mer du Cap-de- (ireus, à vingt-cinq milles en mer au-dessus du cap.
Quand le soleil fut couché, ils arrivèrentà voiles près du rivage, et prirent la route de Cadaquès;
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le vent leur étant propice, ils arrivèrent près des denx îles voisines de Cadaquès» . Alors En Rayniond Marquet fit placer, avec un des vaisseaux armés, à la pointe du port Ligat, deux cousins germains d’EnGras, qui étaient avec lui; ceux-ci étaient déjà d’accord avec En Gras, qu’à un signal convenu, ils arriveraient avec ses deux neveux. En Gras pouvait faire cela, parce qu’il était seigneur et commandant de Gadaquès , pour le comte d’Ampuries ; il le tenait pour le roi de France , mais il exécutait en ceci les ordres du comte d’Ampuries, car celui qui est chef et commandant d’une ville ou d’un château, peut, de nuit et de jour, faire ce qui lui plaît. Ainsi, ses deux neveux , joints à ses deux parents, arrivés avec En Raymond Marquet, pouvaient faire secrètement leurs affaires, sans que nul s’en doutât. Ces deux cousins d’En Gras s’étant rendus à Cadaquès, et ayant faitleur signal , les deux neveux d’En Gras sortirent avec eux et allèrent trouver En Raymond Marquet et En Béranger Mallol; et ainsi, Dieu voulant favoriser les desseins du roi d’Arragon et rabaisser l’orgueil des Français, ils arrivèrent si à propos, qu’il ne fallait pas un instant de plus ni de moins. En voyant ces deux cousins , En Raymond Marquet leur dit : « Barons , » soyez les bien venus. Que dites-vous de nos en- » nemis? — Seigneur, soyez bien certain que vous » ne pouviez arriver plus à propos. Hier matin , » cinquante galères sont parties de Roses avec grand