I. Les îles Masina et Fredosa
Dk,;;;..- : y-<j Googl*
(»a85) DE ItAMOiX WUNTANKR. 3gi
» nombre de barques et de vaisseaux, et avec l’o- » rage ils ont mis en mer; ils ont changé de route » et navigué tout le jour ; nous les avons observés » jusqu’à ce qu’ils eussent passé le cap d’Ajgua- » Freda.» En Raymond Marquet leur demanda ce qu’ils disaient de Roses : « Seignenr,réponditl’un des » neveux d’EnGras, j’allai hier à Roses, et après » le départ des cinquante galères il n’en est resté » quevingt-cinq , quisonttrès bien armées, et mon- » tées par debons chevalierset hommesdemer,etde » bonnes troupes. Elles gardent le port. Le com- » mandant estun noble hommede Provence, nommé » G. de Lodovia (Lodève)» .En Raymond Marquet et En Béranger Mallol demandèrent où elles se tenaient pendant la nuit. « Seigneur, quand elles » ont au soleil couchant fait leur salut, elles se » placent à la pointe hors du port, et se tiennent » éloignées les unes des autres, jusqu’au lever du •> soleil ; elles observent cet ordre chaque jour. » J’ai couché plus dedix nuits sur les galères,où j’ai » des amis, et j’ai vu que l’on faisait toujours de » même. — Prud’hommes , que nous conseil- » lez-vous de faire ? — PtRsque vous êtes décidés » à aller les combattre , nous vous prions de nous » prendre avec vous. Si vous exécutez ce dessein , » ils sont à vous; Dieu vous secondera. — Barons, » reprirent En Raymond Marquet et En Béranger » Mallol, c’est assez que ces deux cousins soient » avec nous; il ne serait point à propos que vous » quittassiez votre oncle En Gras; et soyez bien » assurés que si Dieu nous favorise, vous aurez
Digilized by Googl
392 CHItONiyUE (1385)
» une récompense bien au-dessus de tout ce que » vous pourriez acquérir étant avec nous. Allez » donc à la bonne aventure ; nous serons là dès » le matin avec l’aide de Dieu ; saluez votre » oncle de notre part. — Seigneur, dirent-ils, » nous aurions bien désiré aller avec vous. — Il » n’en sera rien^ répliquèrent En R. Marquet et » En Béranger Mallol; ce n’est pas dans les ba- » tailles que naissent les hommes, et nous nevou- >> drions pas que le prud’homme En Gras pûtap- » prendre qu’il vous fût arrivé rien de fâcheux ».
Ils les recommandèrent à Dieu , et ces jeunes gens racontèrent à leur oncle ce qui s’était passé. Il s’écria : « Seigneur Dieu , qui êtes toute vérité » et justice, secondez-les, donnez leur la victoire, » et préservez- les de tout mal » ! Quand il eut ainsi parlé, les deux neveux prirent avec eux vingt hommes des compagnies, et allant tout le long du rivage , ils se placèrent de manière à être témoins de la bataille.
A l’aube du jour, lesgalères se mirent à voguer, et se dirigèrent vers les vingt-huit galères ennemies. Deux vaisseaux de gard» auprès de la flotte de En Guillaume de Lodovia'( Lodève ) les aperçurent , comptèrent le nombre des galères^ allèrent trouver l’amiral etlui dirent : a Seigneur, allons, faites ar- « mer vos gens; voici onze galères et deux vais- » seaux : il n’est pas douteux que ce ne soient » celles de En Raymond Marquet et de En Béranger » Mallol, qui sont parties de Barcelonne et dont « vous avez appris le départ »?
(uS5) DE RAItlOM MUWTANER. SgÔ
En G. de Lotlovia (Lodève) fît sonner les trompettes et les nacaires et armer tout son monde , et quand le jour parut, les galères se virent lesunes les autres. EnG. de Lodovia fit lever les ancres, et marcha contre les onze galères , afin qu’elles ne s’approchassent pas de la terre. Il s’avança donc avec les quinze galères liées ensemble; les dix autres venaient en poupe , afin de les tenir au milieu d’elles , et qu’il ne pût s’en échapper une seule. C’était assurément bien ordonné. En R. Marquet etEnB. Mallol firent lier les leurs avec de longs freins; ils firent également attacher toutes les rames ensembles, afin que les ennemis ne pussent point approcher au milieu de leurs galères, jusqu’au moment où ils voudraient abaisser les rames et en venir aux mains. On fit ainsi. Je dirai ici ce que j’ai éprouvé par expérience dans plusieurs batailles : c’est qu’on remporte beaucoup de victoires navales en ayant , sur le pont , une ligne d’arbalétriers et en faisant attacher les rames des galères pour l’abordage. Tout amiral ou commandant de galères catalan , fera donc sagement de ne pas , placer sur ses galères nn troisième rang de rameurs , mais de leur substituer des arbalétriers. Ainsi disposés, ceux-ci se reposent et tiennent leurs balistes et leurs traits en bon état et tout garnis; car les arbalétriers catalans savent , au besoin , fabriquer une baliste ; chacun d’eux sait la préparer, et faire un dard , une flèche, une corde, un cable, attacher la baliste, et faire enfin tout ce qui concerne les arbalétriers ; car en Catalogne on n’en reçoit aucun avant qu’il ne
Oigitized by GoogI
3g4 CHRONIQUE (1485)
sache faire, d’une pièce à l’autre, tout ce qui lient à cet art. Aussi chacun d’eux porte dans une caisse tous ses outils, comme ferait un constructeur de halistes. Ailleurs cela n’a pas lieu ; mais les Catalans l’apprennent à la mamelle , et les gens des antres pays ne le font point. Voilà pourquoi les Catalanssont les plus habiles arbalétriers du monde. Les amiraux et commandants des flottes catalanes doivent donc se faire un devoir de ne pas laisser perdre cette adresse singulière qu’on ne trouve point chez d’autres, et d’avoir soin de la mettre en œuvre.
Il n’est pas nécessaire que les arbalétriers placés sur le troisième rang des rameurs , rament régulièrement à leur tour , car on courrait risque de leur faire perdre ainsi leur habileté à construire les balistes.
La disposition de ces arbalétriers en troisième ligne a encore un autre avantage : quand ils voient sur le banc de devant un rameur fatigué, ou ayant faim ou soif , ils s’empressent de prendre quelques instants la rame par plaisir jusqu’à ce que l’autre soit reposéou rafraîchi. Ainsi, en se conservant euxmémes, frais et dispos ils contribuent à faire reposer la chiourme.
Je ne dis pas que dans une flotte, il ne soit très bon qu’il y ait dix galères sur cent où se trouve un troisième rang de rameurs, afin de pouvoir poursuivre les galères ennemis quand elles prennent la fuite ; il suffit donc qu’ily en ail vingt-deuxau plus' .