‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 145 sur 165 · I. Le texte de cet important passade, qui nous explique · texte numérisé non relu

I. Le texte de cet important passade, qui nous explique

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En R. Marquet et En B. Mallol avaient déjà éprouvé cela , et firent bien manœuvrer les galères des Catalans. Ainsi les galères étant proue à proue , et les dix autres étant poupe à poupe , ne pouvaient s’approcher de côté à cause des rames , qui étaient unies par des cables; et sur les proues et sur les poupes vous eussiez vu voler les lances et les traits partis des mains des Catalans^ qui perçaient , tout ce qu’ils atteignaient ; les arbalétriers jouaient en même temps si bien de l’arc , que tous les traits portaientcoup. Ceux qui montaient les galères de En Guillaume de Lodovia (Lodève) étaient l’épée ou la dague à la main, sans pouvoir rien faire ; et comme nul d’entre eux n’avait ni lance ni dard , ils ne pouvaient se défendre ni de la pointe ni du tranchant.

La bataille se maintint ainsi jusqu’à ce que En R. Marquet et En B. Mallol eurent vu que les ponts des ennemis étaient encombrés par le grand nombre de ceuxque les arbalétriers avaient grièvement blessés, et que ceux qui étaient employés à la défense des ponts étaient des 'hommes sans vigueur et

une partie de la tactique militaire de ces intrépides et habiles navigateurs catalans, offrait de grandes etassez nombreuses difficultés. Le savant M. Antoine Puigblancb, ancien membre des Cortès , aujourd’hui réfugié à Londres, où en attendant de meilleurs temps, il prépare un ouvrage approfondi sur l’origine de la langue castillane comparée au Catalan et autres idiomes modernes, a eu la complaisance de m’aider de ses lumières. L’interprétation qu’il a bien voulu me donner des mots catalans ballesters en tabla et tercerols, que j’ai rendu français par ligne d'arbalétriers , et troisième rang de rameurs me paraît aussi claire que satisfaisante.

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plus propres à être livrés aux médecins qu’à comliattre. Ils firent alors sonner les trompettes de leur galère : c’était un signal convenu; et dès que ces trompettes sonneraient , on devait faire force de rames , et investir les ennemis. Cela fut ainsi exécuté.

Dès que les galères furent mêlées , on vit de grands coups d’épées , de dagues et de massues ; les arbalêtriersquittèrent leurs arbalêtres, et fondirent sur leurs ennemis. Que vous dire? Dès ce moment , la bataille fut terrible et sanglante ; mais enfin les Catalans , secourus par le bras de Dieu , demeurèrent vainqueurs et ils s’emparèrent de toutes les galères ; il périt des troupes de En G. Lodovia environ quatre mille hommes ; et les Catalans n’en perdirent au plus que trois cents.

Après cette victoire, et après avoir fait prisonnier En G. de Lodovia (Lodève) et un petit nombre de chevaliers, qui n’avaient point été tués , mais tous grièvement blessés , ils emmenèrent les galères et vinrent à un promontoire près de Cadaquès ; là ils mirent pied à terre , et la troupe se rafraîchit , se réjouissant beaucoup du grand butin qu’elle avait fait. Les deux neveux d’En Gras , avec leurs vingt compagnons, vinrent les trouver ; En R. Marquet et En B. Mallol envoyèrent à En Gras mille florins d’or, eten donnèrent autant à ses neveux. Les vingt sergents , ignorant ce qui s’était déjà passé, demandèrent une saiive-garde pour s’approcher , comme avec gens qu’ils n’avaient jamais connus. On le fit ainsi, afin qu’aucun de ces vingt individus ne put dans la suite être accusé par personne. Leurs deux

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cousins qui se trouvaient sur les galères, firent de grands bénéfices; mais outre cela, En R. Marquet et En B. Mallol leur donnèrent à chacun deux cents florins d’oretbiend’autreschoses. Ainsi, les neveux d’En G ras retournèrent à Cadaquès bien satisf aits, remirent à leur oncle les mille florins , et lui rendirent compte de tout ce qui s’était passé. Ce digne homme s’en réjouit beaucoup ; mais se garda bien de laisser éclater sa joie.

CHA4*ITRE CXXXI.

Comment lorsque les gens d’En R. Marquet eurent reconnu leurs prises et se furent raffraichis , ils résolurent de s’embarquer j et comment les cinquante galères de l’amiral du roi de France, ayant eu connaissance de la perte des galères, poursuivirent En R. Marquet sans pouvoir l'atteindre.

Les troupes étant raffraîchies, et les galères ayant reconnu leurs prisonniers et leur butin , la trompettt; sonna et on s’embarqua. Il est certain que, tandis que le combat de Roses avait lieu, deux barques armées allèrentprévenir les cinquante galères de ce qui se passait. Elles les trouvèrent au-delà du cap d’Aygua-freda, à une rade nommée laTamarin, qui est une échelle dePalafuigell,et elles leur firent part de ces nouvelles. Aussitôt les cinquante galères reprirent le chemin de Roses. Lorsqu’elles eurent passé le cap d’Ayguafre da, elles apercurenten mer les galères ennemies qui traînaient après elles les vingt-cinq galères, et leur ouvraient la marche

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En R. Marquet était un excellent marin ; il avait bien compris que les gens de Roses enverraient des barques vers les cinquante galères et les feraient rétrograder; voilà pourquoi, pendant la nuit, il mit en mer avec le vent de terre , aussi rapidement qu’il put aller , afin que si les cinquante galères revenaient sur lui, quand le vent changerait, il pût prendre le dessus du vent , ce qui arriva.

Lorsque les cinquante galères l’eurent aperçu y ainsique je l’ai dit, elles firent force de rames , car elles étaient bien montées. En R. Marqnet et En B. Mallol les virent, et comprirent bien que, s’ils amenaient toutes les vingt-cinq galères, ils ne pourraient pas s’échapper. On mit toutes voiles au vent; vingtdeux galères et deux vaisseaux firent voile, laissèrent les autres, et conservèrent le dessus du vent tant qu’elles purent. Les cinquante galères étaient témoins de cette manœuvre ; mais le vent ajant fraîchi^ elles pensèrent bien qu’elles ne pourraient jamais les atteindre , puisqu’elles étaient elles-même sous le vent. Les Français se retirèrent donc à Roses très mécontents ; ils y trouvèrent des navires et des vaisseaux fort maltraités. Si les autres onze galères des Catalans eussent été là , toute la flotte pouvait être livrée aux flammes et consumée. Ils renforcè rent la place , y laissèrent vingt-cinq galères ; les autres vingt-cinq allèrent à Saint-Féliu avec les barques et les vaisseaux qu’ils avaient laissés à Tamarin.

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