‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 87 sur 165 · CHAPITRE LXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVII

Comment le roi Charles alla trouver le pape et Ini demanda de le secoarir contre le roi d’Arragon, an moyen d'an interdit, d’une croisade et des trdsors de l’Église.

Le roi Charles arrivé auprès du pape, le pria de faire réunir son consistoire, parce qu’il désirait lui parler, ainsi qu’à tousles cardinaux. Celalui fut accordé. Le roi fit ainsi, par la raison qu’il avait reçu l’ordre de la conquête en présence de tout le consistoire ; et on lui avait promis unanimement appui et secours. Le pape étant à la tête de son collège , le roi parla ainsi ; « Saint-Père , vous

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» savez ^ ainsi que votre consistoire, que j’ai en- » trepris la conquête du royaume du roi Mainfroi ,

» pour l’honneur de la sainte église, comme je » vous le déclarai dans le temps. Alors vous pro- » mîtes, et tout votre collège fit la même promesse,

» de m’aider et de me secourir contre tous ceux » qui voudraient me troubler dans ma conquête j » et vous vous engageâtes à me fournir les fonds » et autres objets qui pourraient m’être nécessaires.

» ()r , vous savez , Saint-Père , et les membres » présents savent aussi , que j’ai accompli tout ce que » j’avais promis. Je n’ai rien ménagé , ni moi , ni » mes parents, ni mes amis ni mes vassaux. Or » le roi d’Arragon est venu, en vous offensant » gravement , nous attaquer et nous enlever la Si- » cile et une grande partie delà Calabre; et nous » ravira tous les jours de nouveaux pays, si Dieu » et vous n’y pourvoyez. Vous devez le faire , » Saint-Père , ainsi que votre conseil , par quatre » grandes raisons;la première, parce que vous l’avez .) promis ; la seconde , parce que le roi d’Arragon » s’est rendu coupable envers vous, et cela à cause » de la réponse ferme que vous fîtes à noble En Guil- » lem de Castelnou. Il a agien conséquence du refus » que vous fîtes de le seconder; il n’a eu d’autre » but que son propre intérêt. Sans doute il ne se » serait pas porté à une telle action si vous » l’aviez secondé , ainsi qu’il vous en sollicita ; et » vous savez combien sa demande était juste et » raisonnable. Tous les rois de la chrétienté

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» devaient certainement leseconder ; car jamais roi » n’entreprit une si grande chose, et ne la soutint si » long-temps. Les cinq plus puissants rois chrétiens » n’auraient pu le faire. Il est donc venu en Sicile » à votre honte, et les Siciliens l’ont demandé pour » roi avec grandes prières. Vous savez qu’il dési- » rait ce pays pour sa femme et ses fils : toutefois,

») si vous lui aviez accordé sa demande, il n’au- » rait point abandonné sa première entreprise.

» C est donc vous, Saint-Père, qui êtes cause de *> notre malheur, qui est d’autant plus grand, que » nous avons perdu le comte deLanço ( Alençon),

» notre neveu ; et cet immense malheur est ac- » cru encore de la perte que nous avons é^ale- » ment éprouvée par la mort de parents et de”vas- » saux du roi de France, notre neveu , qu’il nous » est impossible de venger. La troisième raison est » que si vous ne vous opposiez de suite à lui par un » interdit exprès , dirigé contre lui et ceux qui » le secondent, il fera tant, que vous le verrez » entrer dans Rome. Veuillez accorder des indul- » gences à tous ceux qui marcheront contre lui ,

»> et nous seconderont ; et condamnez à tout péril dre ceux qui armeront en sa faveur. D’après » votre sentence , les rois de Castille , de Major- » que, d’Angleterre, et les autres rois de la cbré- ' » tienté qui sont dans l’intention de soutenir » le roi d’Arragon, ne le feront point, et n’o- » seront se montrer ; il en sera peut-être même » qui voudront gagner l’indulgence ; et quatid

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» même ils n’auraient pas le désir de l’obtenir . » du moins ils ne se déclareront point. Enfin , la » quatrième raison est qu’avec les trésors de la » sainte Eglise de Saint-Pierre, vous pouvez suf- » lire à cette guerre et à nous; ensuite, le roi de » France est un grandsoulita del’Eglise; et lorsque » vous l’y engagerez , il n’hésitera pas à se porter >) avec les nouveaux croisés contre le roi d’Arragoii » sur ses terres. Ces quatre objets remplis, nous I) viendrons bien à bout du roi d’Arragon. Nous lui » enlèverons son royaume ; et il ne pourra même » envoyer des secours en Sicile. »

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