‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 95 sur 165 · CHAPITRE LXXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIV

Comment l’amiral En Koger de Luria t’empara de Malte etdeGoy(Gozo)j et de la grande inlimile' qui , dès lors , s’e'tablit entre les Catalans et les Siciliens.

L’amiral ayant fait reposer ses troupes pendant deux jours, s’en alla , bannières levées, à Malte, et se disposait à l’attaquer , lorsque les principaux citoyens vinrent le prier, au nom de Dieu, de ne leur causer aucun dommage ; que la ville se mettraitau pouvoir et sous la protection du roi; et qu’ils se rendraient à lui et exécuteraient toutes ses volontés. L’amiral entra dans la viUe avec son monde, reçut l’hommage de la cité et de toute nie , et leur laissa deux cent Catalans pour les défendre contre la garnison du château. Il y restait peu de monde, une partie des meilleurs hommes ayant péri dans la bataille. Il vint ensuite assiéger le château; mais voyant qu’il ne pouvait rien faire sans trébuchets , il leva le siège , pensant qu’il y reviendrait de nouveau, et y tiendrait le siège ju.squ’à ce qu’il s’en fût rendu maître. Les personnes riches de la ville donnèrent mille onces d’or en présent à l’amiral : ainsi il fut content d’eux et eux de lui. Ils fournirent des vivres à la flotte pour tout le temps qu’elle séjourna à Messine. De là il alla à l’île de Goy (Gozo), attaqua la ville ,

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s’empara des fossésj et au moment où il allait forcer la ville , elle se rendit au roi. En Roger y entra et reçut leur serment et hommage pour le roi , et jaissa pour garder la ville et le château cent Catalans.

Après avoir mis ordre atout, tantdans lavilleque dans File de Gozo, les habitants lui donnèrent cinq cents onces de contribution, et fournirent aux galères de grands rafraîchissements. L’amiral se retira satisfait, et les gens du pajs le furent de lui. Il suivit la route de Sicile et prit terre à Saragosse, où on lui fit des fêtes et on lui donna de grands approvisionnements. Il se rendit à lat, à Tarbamina (Taormine). Partout il fut fêté, et tellement pourvu de provisions, qu’ils ne savaient plus où les placer. En chaque lieu où il arrivait, il faisait tirer les galères qu’il avait prises, la poupe en avant et les pavillons traînants. Ils entrèrent de même à Messine. Les fêtes j furent telles, que le souvenir ne s’en perdra pas de long-temps. C’est alors que les Siciliens se crurent en sûreté , ce qu’ils n’avaient point pensé jusqu’à ce moment. Ils apprécièrent la valeur de l’amiral et des Catalans, qu’ils n’avaient encore pu juger; dès lors il se forma dans Messine des unions et des mariages entre les Siciliens et les Catalans. Que Dieu maudisse ceux qui voudroient jamais les chviser, car cette réunion est heureuse. Jamais deux nations ne furent si étroitement liées que celles-ci. Je laisse là noire amiral , pour revenir au roi d’Arragon.

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