CHAPITRE LXXXVI
Comment, après avoir demeurd un jour à Alcoyll, le roi prit le chemin de Cabrera et Yviça; comment il aborda au pas de Collera au 'royaume de Valence ; et comment il envoya des lettres aux cent personnes qui devaient se trouver an combat avec lui.
Le roi étant resté un jour à Alcojll, fit rafraîchir son monde. Il se mit en mer dans la nuit , pendant un orage ; il eut bon vent et prit la route de Cabrera , où il fit de l’eau. Il se rendit à Yvica^ aborda au pasdeCulleraetdébarqua. Le plaisir etla joie se répandirent aussitôt dans Cullera et dans Sajoncosa^oùse trouvaient madame la reine et lesinl'ants , et ensuite par tout le pays. A mesure qu’on recevait la nouvelle de l’arrivée du roi, on faisait partout des processions et des illuminations, et on rendait grâce à Dieu qui ramenait sain et sauf ce Ixm seigneur.
Arrivé à Cullera , il vint au pas , où il séjourna pendant deux jours , et se rendit ensuite à la cité de Valence. N’allez pas me demander les fêtes qu’on lui fit ; car je puis vous assurer que de toutes celles qui avaient eu lieu jusqu’alors, aucune n’avait égalé celles-là. Je vous dirai néanmoins qu’au milieu de ces réjouissances , le roi songeait aux affaires. Il ne perdait pas un jour , pas une heure. Il fit faire des lettres pour tous
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ceux qui étaient destinés à se trouver au combat avec lui. Il en avait formé la liste tandis qu’il était sur la mer. 11 la remit à ses secrétaires afin qu’ils fissent savoir à chacun , de sa part , qu’ils devaient être rendus tel jour à Jaca , tout prêts à entrer en lice; ce qui fut exécuté selon ses ordres. Les courriers allèrent de tous côtés. Il avait choisi cent cinquante combattant au lieu de cent dont il avait besoin , afin que lorsqu’ils seraient rendus à Jaca , s’il s’en trouvait quelqu’un de malade , il pût toujours en prendre cent, avec lesquels il irait à Bordeaux.
Chacun se prépara de son mieux , comme s’il devait se trouver au combat : car tous pensaient qu’il n’était parti que cent lettres. Le roi et deux de ses secrétaires seulement savaient ce qui en était. Il était enjoint auxdits secrétaires qui avaient écrit les lettres, de garderie secret, sous peine d’être sévèrement punis. Chacun croyait donc qu’il n’y en avait que cent. Ce fut un grand trait de sagesse de la part du roi; car si ceux qui étaient appelés en eussent été instruits , chacun aurait été en doute de savoir lesquels le roi choisirait ou n’admettrait pas au combat ; et dès lors ils se fussent préparés avec moins de zèle, qu’ils ne le firent, étant tous persuadés qu’ils étaient définitivement compris dans le nombre de cent.
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