CHAPITRE LXXXVIII
Comment le roi Charles sut se faire des partisans j comment il envoya le comte Ârtès (d’Artois) an Saint-Père, pour lui demander de l’argent ; et lui ordonna de défendre la Calabre et de causer le plus grand dommage possible aux Siciliens ; et ce qu’il lit à Bordeaux le jour désigné.
Lorsque le roi Charles eut fait armer les vingtcinq galères de En G. Cornut , et qu’elles furent partiesde Marseille, il choisit les quarante chevaliers qui devaient se rendre au camp avec lui.Il se conduisit aussi sagement que le roi d’Arragon quien avait désigné cent cinquante , puisqu’il fit expédier trois cents lettres pour les divers chevaliers qui devaient prendre part au com bat, en y comprenant ceux qu’il aimait et estimait le plus. Parmi ces chevaliers üse trouvait des Romains, des hommes de chaque cité de Toscane et de Lombardie, des Napolitains, desCalabrois, des habitants delà Poiiille, des Abruzzes, de la Marche, du Languedoc etde la Gascogne. Ils étaient tous persuadés qu’étant aimés de lui, etse trouvant ainsi désignés , il songeait sérieusement à livrer le combat avec eux. Il était bien dans l’idée d’y mettre un plus grand nombre de Français et de Provençaux ; mais il fit ceci afin que ceux-ci et leurs enfants se persuadassent que le roi Charles les aimait beaucoup, et qu’ainsi ils lui fussent plus attachés; chacun d’eux était l’homme le plus puissant danssoii propre pays. Par là, il se trouva avoir lama-
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jeure partie du pouvoir que le roi Robert possédait à Rome , en Toscane , en Lombardie et autres lieux ; et chacun disait : « Mon père fut un des cent che- » liers qui devaient entrer dans la carrière avec le » roi Charles, contre le roi d’Arragon. » Us faisaient beaucoup de cas de ce choix , et ils devaien t le faire , si la chose eût été telle qu’ils le pensaient. Vous voyez comment, sans le moindre sacrifice, il se faisait pour lui et les siens de nombreux partisans. On peut juger de là, que le roi d’Arragon et le roi Charles étaient doués d’une grande sagesse ; mais le roi Charles avait bien plus d’expérience , étant plus avancé en âge.
Le roi Charles donna ensuite ses ordres à ses barons, parents et amis, et principalement au comte Artès fd’Artois) , fils de son neveu ' , pour qu’ils se rendissent à Naples avec une nombreuse cavalerie ; le pape devait lui fournir suffisamment d’argent. 11 le chargea de défendre la Calabre, et de faire armer des galères à Naples ; et avec ses vingt-cinq galèresde Provence, il voulait faire parcourirla Sicile, poury causertoutle dommagequ’il pourrait, pendant qu’il serait impossible au roi d’Arragon de Importer aucun secours. Tout fut fait selon ses ordres. Après quoi il partit de son côté pour Bordeaux, tandis que le roi de France s’y rendait du sien ; de sorte qu’ils arrivèrent l’un et l’autre le même jour à Bordeaux, ainsi que vous