‹ Chronique de règne de Charles IXChapitre 108 sur 110 · TRISTE BALLADE · texte numérisé non relu

TRISTE BALLADE

DE LA NOBLE ÉPOUSE d'ASAN-AGA

Qu'y a-l-il île blanc sur ces collines verdoyantes? Sont-cc tics neiges? sont-cc des cygnes? Des neiges? elles seraient fondues. Des cygnes? ils se seraient envoles, (le ne sont point des neiges, ce ne sont point des cygnes : ce sont les tentes de l'aga Asan-Aga. Il se lamente de ses blessures cruelles. Pour le soigner, sont venues et sa mère et sa sœur; sa femme chérie, retenue par la timidité, n'est point auprès de lui 2.

Quand la douleur s'est apaisée, il fait dire à sa lidèle épouse : « Ne me regarde pas dans ma maison « blanche, ni dans ma maison, ni devant nies parents. » La dame, entendant ces paroles, se renferme dans son appartement toute triste et accablée. Voilà que des pas de chevaux retentissent près de sa maison , et la pauvre femme d'Asan-Aga, croyant que son mari s'approche, court à son balcon pour se précipiter. Mais ses deux tilles ont suivi ses pas : « Arrête, mère chérie ! « ce n'est point notre père Asan-Aga, c'est notre oncle « Pintorovich-Bey. »

L'infortunée s'arrête ; elle serre dans ses bras son frère chéri. « Ah! mon frère, grande honte! il me î répudie, moi qui lui ai donné cinq enfants ! »

Le bey garde un morne silence ; il tire d'une bourse de soie rouge un écrit qui lui rend sa liberté \ Maintenant elle pourra reprendre la couronne de mariée, aussitôt qu'elle aura revu la demeure de sa mère.

La dame a lu cet écrit ; elle baise le Iront de ses deux (ils et la bouche vermeille de ses deux filles ; mais elle

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ne peut se séparer de son dernier enfant, encore au berceau. Son frère, sans pitié, l'arrache avec peine à son enfant, et, la plaçant sur son cheval, il rentre avec elle dans sa maison blanche. Elle resta peu de temps dans la maison de ses pères. Belle, de haut lignage, elle fut recherchée bientôt par les nobles seigneurs du pays. Entre tous se distinguait le cadi d'Imoski.

La dame implore son frère : « Ah ! mon frère, puisce sé-je ne te pas survivre ! Ne nie donne à personne, « je t'en conjure * ; mon cœur se briserait en voyant * mes enfants orphelins. » Aly-Rey ne l'écoute point ; il la destine au cadi d'Imoski.

Elle lui fait encore une dernière prière : qu'il envoie au moins une blanche lettre au cadi d'Imoski , et qu'il lui dise : « La jeune dame te salue, et par cette lettre « elle te fait cette prière ; Quand tu viendras avec les « nobles svati, apporte à ta fiancée un long voile qui « la couvre tout entière, afin qu'en passant devant la « maison de l'aga, elle ne voie pas ses orphelins. »

Quand le cadi eut lu cette blanche lettre, il rassembla les nobles svati. Les svati allèrent chercher la mariée , et de sa maison ils partirent avec elle tout remplis d'allégresse.

lis passèrent devant la maison de l'aga ; ses deux filles du haut du balcon ont reconnu leur m£re; ses deux fils sortent à sa rencontre, et appellent ainsi leur mère : « Arrête, mère chérie ! viens goûter avec nous ! » La malheureuse mère crie au stari-svat : « Au nom du « ciel ! mon frère stari-svat, fais arrêter les chevaux près « de cette maison, que je puisse donner quelque chose « à mes orphelins. » Les chevaux s'arrêtèrent près de la maison, et elle donna des cadeaux à ses enfants. A ses deux fils elle donne des souliers brodés d'or; à ses deux filles des robes bigarrées ; et au petit enfant, qui était encore au berceau, elle envoie une chemisette.

Asan-Aaa a tout vu retiré à l'écart : il appelle ses

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