‹ Chronique de règne de Charles IXChapitre 66 sur 110 · LES BRAVES HE1DUQUES · texte numérisé non relu

LES BRAVES HE1DUQUES

Dans une caverne, couché sur des cailloux aigus, est un brave heiduque, Ghrislich Mladin. A côté de lui est sa femme, la belle Catherine, à ses pieds ses deux braves fils. Depuis trois jours ils sont dans cette caverne sans manger, car leurs ennemis gardent tous les passages de la montagne, et, s'ils lèvent la tête, cent fusils se dirigent contre eux. Ils ont tellement soif, que leur langue est noire et gonflée, car ils n'ont pour boire qu'un peu d'eau croupie dans le creux d'un rocher. Cependant pas un n'a osé faire entendre une plainte2, car ils craignaient de déplaire à Christich Mladin. Quand trois jours furent écoulés, Catherine s'écria : « Que la « sainte Vierge ait pitié de vous, et qu'elle vous venge « de vos ennemis! » Alors elle a poussé un soupir, et elle est morte. Christich Mladin a regardé le cadavre d'un œil sec ; mais ses deux fils essuyaient leurs larmes quand leur père ne les regardait pas. Le quatrième jour est venu, et le soleil a tari l'eau croupie dans le creux du rocher. Alors Christich, l'aîné des fils de Mladin, est devenu fou : il a tiré son hanzar 3, et il regardait le cadavre de sa mère avec des yeux comme ceux d'un loup qui voit un agneau. Alexandre, son frère cadet, eut horreur de lui. Il a tiré son hanzar et s'est percé le bras. « Bois mon sang, Christich, et ne commets pas un « crime4. Quand nous serons tous morts de faim, « nous reviendrons sucer le sang de nos ennemis. » Mladin s'est levé, il s'est écrié : « Enfants , debout ! « mieux vaut une belle balle que l'agonie de la faim. » Us sont descendus tous les trois comme des loups enragés. Chacun a tué dix hommes, chacun a reçu dix balles dans la poitrine. INos lâches ennemis leur ont

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