P.-G. DELISLE, IMPRIMEUR, 1, BUE PORT DAUPHIN
En face de V Archevêché
DE
Première école publique à Rimouski. — Couvent des Dames de la Congrégation. — Nouveau couvent des Dames de la Congrégation.— Bénédiction de la pierre angulaire. — Noijia des Sœurs qui ont enseigné dans cette maison, depuis sa fondation jusqu'à nos jours.
§ 1. Première école publique â Rimouski.
La première école publique à Rimouski fut ouverte, en 1830, par M. Jean-Baptiste St.-Pierre, natif de l'Ile de Guernesey.
Ce ne fut qu'en 1832 que cette école, ainsi que les autres du pays, commença à recevoir une allocation du gouvernement.
M. St.-Pierre fit l'école pendant de longues années et avec succès ; ce monsieur est aujourd'hui employé
eoinmo copiste, quoique d'un ag-e très-avancé, dans le bureau de M. Audré-Elz. Gauvreau, Ptéo-istratcur du district de Eimouski.
^ 2. Coucent des Da/nes de hi Congrégation
En 1855; M. Tabljé Tanguay, alors cure de liiniouebl, secondé de la générosité de ses paroissiens, et par ses énergiques efforts, faisait coiistruire le couvent des Dames de la Congrégation.
Dés l'année 1851, M. Tanguay s'adressa à Mgr. l'Archevêque Turgeon et à la Supérieure des Dames de la Congrégation de Moutréal pour la fondation d'un couvent, comme on le voit d'après les lettres suivantes.
Réponse de la Communauté de Montréal à la première demande que fit M. le CutéTangiiay pour^btenir des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame :
'•' Congrt'galio]! de Xotre-Damc de ^fonîréal, 1851.
" Monsie-ur,
" J'ai exprimé à Xos Mères vos désh-s, vos projets de zèle et votre dévouement pojiir avoir un établissement tenu par des membres de notre humble Congrégation. Il est plus que probable que ycAyq. maison en
5ei'îi pourvue cette année, cependant il est difficile de vous dire au juste quand et comment cela se fera. Mais soj'ez persuadé, monsieur, que d'énergiques efforts se feront pour seconder votre zèle et le désir de notre saint Archevêque, exprimé as-ei* uik3 bonté non pareille.
" Priex, monsieur, que le bon Dieu nous vienne en aide par la divine Marie, et vous serez exaucé.
*' Je suis avec une estime pleine de respect, " Yotre très-humble et obéissante servante,
" Sœur Ste.-Eltzabeth, Supérieure, ilé.vd. M. Tanguaj, | '' C. N.-D."
Curé de Eimouski. 3
Uéponse de Mgr. l'Archevêque Turgeon à la première demande de M. Tanguay exposant son projet de la fondation de cette Communauté.
" Archevêché de Québec, 7 avril 1851.
•' Monsieur,
'•' Je vous envoie une lettre que j'ai reçue de la Supérieure de la Congrégation de Kotre-Dame, au sujet de votre projet d'avoir de ses Sœurs pour leur confier l'éducation des jeunes filles de votre paroisse. Vous verrez que le projet a été accueilli avec faveur,
bien qu'on ne se trouve pas en mesure de le réaliser immédiatement. Je vais faire mon possible pour que votre couvent puisse être ouvert après les vacances de ces Dames, c'est-à-dire, vers la fin d'août ou au commencement de sof^tembre.
" Je suis bien cordialement, " Monsieur, '• Votre très-obéissant serviteur,
" P. F. Archevêque de Québec." Révd. M. Tanguay, ^ Curé de Rimouski. j
" Montréal, 3 avril 1851.
" Monseigneur,
" Ce n'est qu'hier que j'ai pu voir Mgr. de Montréal, après plusieurs visites auprès de Sa Grandeur, pour lui communiquer vos désirs relativement à la Mission de Rimouski. Mgr. est tout disposé à nous encourager à entreprendre une œuvre si utile, et que je vous avouerai bien selon nos désirs ; mais, en ce moment, notre communauté est presque épuisée par les pertes que nous avons faitos. Depuis l'année dernière, dix sujets enlevées, dont trois depuis l'au-
tomne travaillaient dans nos missions. D'autres les remplaceront bientôt; mais les circonstances actuelles sont très-pénibles pour nous, et je l'éprouve davantage aujourd'hui en répondant à votre paternelle in.vitation, car notre désir le plus ardent est de nous multiplier, s'il est possible, sous votre direction.
" La Providence, j'ose l'espérer, me fournira les moyens de commencer avant peu cette mission, et je suis persuadée que Votre Grandeur partagera la peine que nous ressentons, en ne pouvant le faire immédiatement.
" Veuillez, Monseigneur, agréer le profond respect de toute notre Communauté, ainsi que les sentiments de reconnaissance avec lesquels j'ai l'honneur d'être " Monseigneur, " Votre très-humble et
" très-obéissante servante, " Sœur Ste.-Elizabeth, Supérieure,
" Congrégation Notre-Dame."
Les Sœurs fondatrices envoyées par la Supérieure do Montréal pour le commencement de cette nouvelle maison, furent les Sœurs Ste.- Victoire, Supérieure, Ste.-Marthe et St.-Anselme.
Les classes s'ouvrirent dans l'automne de 1855, et
Ton réunit 47 pensionnaires. Tous eurent beaucoup à souffrir durant l'hiver par suite du mauvais état tle kl maison auquel M. Tanguay n'avait pu remédier.
Cette maison étant «levenue trop petite ])ar le nombre toujours croissant des élèves, on y ajouta un nouvel étiîgedans l'été de 185G.
Dans rautomne de 1857, Mgr. de Tloa autorisa M. l'abbé Tanguay à célébrer la sainte messe dans cette nouvelle institution, et à y conserver le Saint-Sacrement, d'après un^e permission spéciale de Xotre St.- Père le Pape Pie TX.
La première messe y fut célébrée, le 2 janvier 1858. par son digne et zélé fondateur.
En 1860, la fabrique de St.-Crermain donna îi ces Dames Eeligieuses l'usage de six arpents de terre en superficie.
Leur maison sulîit des réparations considérables dans Fêté de 1866.
§ 3. i^ouveau couvent des Dames de la Congrégation.
Le 12 avril 1872, le terrain donné en jouissance fut échangé pour quatre arpents de terre en superficie,
— 2GT —
en pleine et entière propriété, snr autorisation de ^f£>:i-. de Jlimonski.
Le contrat eut lieu à rEjfik*hé, en présence du Eévd. P. 0. A. Winter, curé de Eimouski, agissant au nom de la fabrique St.-Germain, eX de la Sœur St.- Léon, Supérieure du couven-t, agissant pour la maison de la Congrégation de Xotî'e-Dame de Montréal.
Le T mai 1873, Monseigneur de Eimouski, accompagné de monsieur le Gra^d-Yicaire Langewn, se rendait à l'endroit où devait être érigé le nouveau couvent des Dames de la Congrégatior, pour y désigner lai^îlaco des fondations.
Les travaux commencèrent le même jour, et furent dirigés par M. Jean-Baptiste Chartrand de Montréal ; le contractcur fut M. Auguste Lepage, deEimouski.
Les dimensions de cette maison sont les suivantes.
Corps principal : quatre-vingt dix pieds de façade sur cinquante-cinq de profondeur.
Deux ailes : chacune de trente pieds de façade sur quatre-vingt de profondeur.
Connaissant le passé, nous n'avons aucun doute que ces pieuses et saintes religieuses ne mènent à bonne
fin leur vaste entrej^rise, et que les élèves toujours en grand nombre ne reçoivent, comme par les années précédentes, une éducation des plus suivies et des mieux soignées.
II nous suffit d'avoir assisté à quelques-unes de leurs séances littéraires et musicales, où présidait le goût le plus exquis et d'avoir entendu des morceaux de musique les mieux choisis et exécutés avec art, laissant l'auditoire dans un grand ravissement, pour affirmer que cette maison rencontrera toujours beaucoup d'encouragement.
§ 4. Bénédiction de la 'pierre angulaire.
Le 31 août 1873, à l'issue de la grand'messe du dimanche, sur l'autorisation de Mgr. de Eimouski, M. le Grand- Vicaire Langevin, accompagné d'une foule pieuse et recueillie, se rendait au nouveau couvent pour y faire la bénédiction solennelle de la première pierre.
Après les cérémonies prescrites par l'église, M. le Grand-Vicaire adressa la parole aux citoyens et aux paroissiens de Eimouski ; leur démontra, en quelques mots, l'avantage qu'il y avait pour eux de voir élever cette nouvelle maison qui devait servir
d'asile à rinnoccnce et à riuslruction de leurs jeunes tilles.
On procéda ensuite à la fermeture de la pierre angulaire.
Cette pierre renferme une fiole en cristal dans la quelle se trouve un parchemin contenant ce qun suit :
Les noms de Sa Grandeur Monseigneur Langevin, premier évoque do St. Germain do Eimouski, de Mossire Edmond Langevin, frère do Monseigneur, et premier Grand-Vicaire du diocèse de St.-Germain de Eimouski, de la sœur St. -Léon, supérieure du couvent, et des sœurs St.-Jude, Ste.-Augustc, St.-Anicet, St.- Marcôl, Ste.-Léopoldine et St.-Hilairo, toutes actuellement dans l'ancienne maison.
Cette pierre renferme encore une statue do St.- Joseph, une prière à la Ste.-Vierge, à St.-Josei)h et aux saints Anges et quelques pièces de monnaie actuelle.
§ 5. Noms des sœurs qui ont enseigné dans cette maison, depuis sa fondation jusqu'à nos jours.
Sœur Ste.-Victoire 1 an
" St.-Ansclmo i "
" Ste.-Marthc.
Sœur St.-Cliarlcs 1 an
St.-Colomban 3 '"-
Ste.-Agathe i....Omois
Ste.-Martine 2 ans
St.-Jean Damascène 2 '•
St.-Marc 2 "
St.-Ei)hrem 4 moi^
Ste.-Marie de rincarnation 4 "
Ste.-Adélaïde 1 an
St.-Zotiqtie 2 '•
Ste.-Bibianc 2 "'
Si-Alphouse Kodriguez 9 mois
Ste.-Marie Au-xiliatrice G ••
Ste.-Camille (j •'
Ste.-Adèle oj "
St.-Octave 5 ans
Ste.-Liduvine 1 ''
Ste.-Basilisse 1 '•
Ste.Jsabelle 2 "
St.-Emilo 3 "
Ste.-Iphigénie 3 ''
St.-Eusèbe 2 "
St.-Hedwigc 1 "
Ste. -Marie-Isabelle 2 nK>is
Ste.-Colombc 3 ans
Sœur Ste.-Amédée 2 ans
'^ St.-Léon 13''
'• St.-Jude 11 '-
'^ Ste.-Auguste 8 " .
<' St.-Anicet 0* "
'' St.-Marcel 2 "
'• Stc.-Léopoldine 1 ''
'• Ste.-ÏIilarie , 1 "
Colléy:e Industriel et Aecricole de Rimouski.
v; 1. Collège Industriel et Agricole de Rlmoushl.
L'imtomnc précédant la fondation du couvent des Dames de la Congrégation (1854), M. le curé de Eimouski, l'abbé Tanguay, désirant procurer aux jeunes gens une bonne éducation, ouvrait, dans le village de sa paroisse, une école supérieure, désignée sous le nom de Collège Industriel.
Durant cette première année, il y eut deux professeurs, MM. Cyrille Tanguay et Hubert Catellier. La maison était petite, mais assez grande pour le nombre des élèves qui fréquentaient les deux classes. Il était d'ailleurs convenu entre Mgr. l'Archevêque Turgeon et M. Tanguay, que les classes s'ouvriraient dans la vieille église, aussitôt que la nouvelle serait livrée au culte. (1)
(1) Décret de Mcjr. Targcon pour la coiistruotion de l'église de Kimouski, 1854.
Les statistiques font foi de 06 k 80 élèves pour les années 1855, 1856, 1857, 1858, 1859, 1860, 1861.
M. le curé Tanguay obtint du Surintendant de l'Education, pour cette même année et les années suivantes, comme subvention, la somme de S400, qui dut être employée pour le paiement des professeurs et le loyer de la maison, laquelle fut occupée jusqu'en juillet 1859.
L'année suivante, 1S56, il y cul troi.s professeurs : MM. Amouroux, d'origine française. Octave Ouellet et James Smith. Ce dernier s'engagea à enseigner gratuitement la langue anglaise.
On comptait, cette seconde année, 20 élèves demipensionnaires ; les autres étaient externes.
Le jour, M. Ouellet exerçait la surveillance pendant tout le temps non réclamé par les soins de sa classe ; la nuit, Messirc Jacob Côté, vicaire de M. le curé Tanguay, surveillait les élèves : sa chambre était à l'une des extrémités du dortoir.
Le cours d'étude adopté ressemblait beaucoup à celui du cours commercial du Collège Ste.-Anne.
Le tout se faisait sous la vigilance assidue de M. le curé do Eimouski, et lui seul forma le corps administratif du Collège, jusqu'en septembre 1850.
On regrettait de ne pas voir ce Collège industriel dans un état aussi florissant qu'on le désirait, malgré l'habileté et les efforts incessants de M. Tangua}^ et des deux professeurs, MM. Bégin etOuellet, comme le fait remarquer M. l'Inspecteur Tanguay, à la page 162 de son rapport au Surintendant de l'Education.
•' Les succès du petit nombre d'élèves qui ont suivi leurs classes, doivent contribuer cependant, ajoute-t-il, A rendre cet établissement plus prospère."
Dans le cahier des délibérations, tenu par le Secrétaire-Trésorier, on trouve les remarques suivantes :
'• Je regrette que le No. 3 (FP^cole du Yillage ou Collège) n'ait pas profité des services d'un Instituteur instruit et dévoué. Si l'année n'a pas donné plus de résultat, la faute ne peut être imputée à l'Instituteur Bégin, uni à son collègue M. Ouellet. Ils avaient tous deux le désir et la capacité de bien faire ; ce sont les élèves qui leur ont manqué."
M. le curé Tanguay, en ouvrant les classes de son Collège Industriel, s'était aussi chargé de donner le cours élémentaire de l'école du village. Mais l'apathie alors si grande des parents pour l'éducation de leurs enfants, retardait beaucoup les progrès qu'il en
avait espérés. Les remarques de M. l'Inspectciir des écoles au sujet des absences fréquentes des érèves se retrouvent encore aux années 18G0 et 18G1.
En 1859, ie corps administratif de cette nouvelle institution se composait de MM. les Commissaires de la municipalité scolaire du villa^i^c St. -Germain.
Dans fautomne de cette morne année, M. le curé Tanguay laissa llimouski, appelé ]nu' son Supérieur ecclésiastique à un autre ]")Oste.
MM. lîég'in et Oucllet continuèrent renseignement, fuais ce dernier n'enseigna ([u'une partie de l'année. .M. Hégin demeura seul, et déploya le même courage et la même énergie (^ue \e<. années précédentes ; mais le trop grand nombre pour un seul, quand tous y assistaient, et les fréquentes absences contribuèrent pour beaucoup à retarder les progrés vraiment attendus. Il nomma ce^^endant deux de ses élèves, as.sistants professeurs, dans la dernière partie de l'année. MM. Cxuay et Thomas St.-Laurent,
Le 29 aoLit ISGl, Son Excellence le Gouverneur- Général érigea en municipalité scolaire le village de Rimouski, avec les limites, telles qu'énoncées dans le décret conservé dans les archives du Séminaire.
'• Au nord le fleuve, nu 8ud la deuxième concession. Au sud-ouest, la propriété de Germain Langis, côte nord-ouest de la rivière, et au côté sud-est de la rivière, la propriété d'Edouard Martin inclusivement. A l'est la propriété d'Hubert St.-Laurcnt inclusivement."
L3 29 août, Sir Edmund Head nomma commissaires d'école, pour la municipalité scolaire du village de Eimouski, Mcssire Michel Forgues, curé de cette paroisse, conjointement avec MM. Magloire lîudôn, André-Elzéar Gauvrcau, Edouard Martin, Pierre Einguet et Jos.-Théophile Couillard ; ce dernier était Secrétaire-Trésorier.
Le 10 décembre 18G1, en remplacement de M. le curé Forgues, Son Excellence le Gouverneur-Général nomma commissaire d'école M. Georges Potvin, vicaire à Eimouski.
Les classes se tenaient, cette année-là, dans une maison appartenant à M. Jean Lepage. Le local peu l'avorable, le manque de livres, les absences toujours fréquentes des élèves, lurent autant de cause qui relardèrent les progrès de l'Institution.
Pour faire disparaître toutes ces causes, M. Potvin ci MM. les Oimmissaires présentèrent une requête à
M. lo curé de la paroisse et à Messieurs les Marguilliers, en date du 11 janvier 1862, dans le but d'obtenir l'usage de la sacristie de la vieille église.
L'assemblée fut convoquée et présidée par M. le curé Lapointe, le 12 janvier 1862.
La demande do MM. les Commissaires fut exaucée comme on le voit dans le livre des délibérations de la Fabrique.
" A la demande des commissaires pour l'Ecole séparée, dite le Collège Industriel, la majorité de l'assemblée a accordé la permission que la vieille sacristie de la vieille Eglise serait livrée aux dits commissaires, pour y tenir l'Ecole, dite le Collège Industriel, jusqu'à ce qu'il plaise à Sa Grâce l'Archevêque de Québec ou son substitut d'en ordonner autrement."
MM. les Commissaires, après avoir obtenu cette permission et l'autorisation do Mgr. de Tloa, s'empressèrent de faire les réparations convenables pour une salle d'étude au premier étage, et des classes dans les mansardes.
L'abbé Potvin, voyant que les élèves manquaient de livres et qu'un grand nombre se trouvaient dans l'impossibilité de se les procurer, acheta lui-même, de
.son })roprc argent, les livres nécessiiires aux classes, pour un montant do plus do $80, et les donna gratuitement aux élèves. 11 mit ensuite en vigueur, avec l'aide des commissaires, un règlement qui disposait du temps des élèves et le partageait entre l'étude, la classe et la récréation. (1)
C'est alors que l'Institution prit un nouvel élan et tit de rapides progrès.
Los instituteurs, heureux de cette nouvelle organisation depuis longtemps désirée, déployèrent un nouveau courage.
Los élèves, de leur côté, ayant en mains tous les livres convenables, étant soumis à une discipline sévère et stimulés par l'attention des Commissaires, tirent des progrès étonnants.
Ainsi, depuis le 2 lévrier 18b*2 jusqu'à la fin de l'année scolaire, les élèves au nombre de 1 05, de 80 qu'ils avaient été auparîivant, donnèrent beaucoup do contentement à leurs professeurs.
Pour contribuer encore plus efficacement à l'avancement de la maison, MM. les Commissaires cngagè-
(1) Une copie de ce règlement est conservée dans les archives du Séminaire.
ront, pour cette dernière partie de l'année, un qimtrième maître pour l'école élémentaire. Par ce moyen les trois premiers professeurs s'occupaient chacun de sa classe régulière.
Le local ne suffisant pas pour contenir les élèves de l'Ecole élémentaire, les Commissaires placèrent cette division dans la salle publique jusqu'à la fin d'avril, et depuis ce temps jusqu'en juillet, dans l'ancienne église alors inoccupée.
En mars 1862, les Commissaires introduisirent dans l'Institution un cours d'agriculture, donné gratuitement par M. James Smith, où assistaient 35 élèves. Le cours se donnait tous les jours, pendant une demiheure.
Pour mettre à exécution ces principes d'agriculture, les élèves firent eux-mêmes, sous la direction d'un des Commissaires, des expériences dans le voisinage du Collège, sur un terrain procuré par M. le Curé de la paroisse.
Il est bon de remarquer ici que, depuis le commencement de février jusqu'en juillet, époque de l'examen général, il n'y eut point d'absences notables : les 105 élèves assistèrent régulièrement aux classes, grâce à
la surveillance et à l'énergie de M. Potvin ; c'est ce qui ne s'était pas encore vu dans l'Institution.
Le 25 mars 1862, MM. le.s Commissaires présentèrent au Gouvernement une requête dans le but d'obtenir de l'argent nécessaire pour convertir rancicnno église en Collège.
Une autre requête dans les mêmes termes et dans le même but, signée par MM. les Carés et les notables de chaque paroisse du comté de Rimouski, fut égalemont présentée aux Honorables Conseillers Législatifs du Canada, réunis au Parlement Provincial, et à MM. les Membres assemblés en Parlement Provincial. Cette requête se termine ainsi :
" Vos pétitionnaires osent supplier votre Honorable Conseil de vouloir bien prendre leur présente requête en sa bienveillante considération et de contribuer pour une part équitable à la fondation de ce nouveau Collège, en lui accordant une allocation de 83,000 pour aider à etc. etc."
La requête sus-meiitionnée fut aussi présentée au Surintendant de FEducation, l'Honorable P.-J.-0. Chauveau, qui en accusa réception en ces termes :
•' 3ioii.sicui-,
" J'ai l'honneur d'acciLscr recopLion do la copie de votre pétition aux Chambres, que vous avez bien voulu m'adresser. Je ne manquerai pas de l'appuyer de tout mon pouvoir, si je suis consulté à ce sujet.'' " J'ai l'honneur d'être, " Monsieur, '• Votre très-obéissant serviteur, (Signé) " P.-J.-O. CiiAUVEAu,
*' Surintendant de l'Education."'
Qu'il soit dit en passant que l'Honorable Chauveau s'est toujours montré d'une grande bienveillance toutes les fois qu'il s'est agi de l'éducation de la jeu nesse, et du soutien de nos maisons religieuses.
Malgré ces pressantes sollicitations, et vu le mauvais état des finances du pays, certifié par l'Honorable Chauveau, dans une lettre adressée à M. G. Potvin, et qui ôte tout espoir de secours demandé dans les requêtes susdites, M. le curé d'alors, le Eévd. Epiphane Lapointe, après une adresse très-vive et une invitation des plus chaleureuses faite à tout le comté de Rimoiiski, ouvrit une liste de souscriptions, aj^pclée le livre des Fondateurs. Ce livre est conservé dans les archives du Collège.
li'oxtiincii du Collège eut lieu au milieu d'un concours considérable do parents et d'amis, et à la grande satisfaction de toutes les personnes présentes, le 17 juillet 1862.
Pendant le ; vacances, M. Potvin, avant d'entreprendre les travaux dans l'intérieur de l'ancienne église, obtint de la paroisse la résolution suivante, du 27 juillet 1862.
" Vu l'intention de cette paroisse, exprimée antérieurement dans une assemblée publique tenue en mil huit cent cinquante-quatre : (1) Qu'ils ont l'intention bien arrêtée de transformer et parachever l'ancienne Eglise en Collège Industriel pour le Comté do Eimouski. Mgr. l'Archevêque ayant déjà, dans une lettre du 7 février dernier, voulu approuver le projet qui lui eu avait été soumis, les francs-tenanciers de la dite paroisse de St. -Germain de Rimouski, dans le désir de fonder une maison d'éducation supérieure, ont abandonné et abandonnent dès ce jour, à MM. les Commissaires pour les municipalité du village de St.- (rermain de Rimouski, la pleine et entière jouissance
(1) M. le Curé Tanguay avait obtenu, en 1854, de la fabrique et de l'Archevêque de Québec, Mgr. ïurgeon, la permission de convertir la vieille Eglise en Collège, dès que la nouvelle serait livrée au culte.
do lu bâtisse do l'iincionno Egli.so ol .sacrûstio pour tout lo temps qu'ils voudront la tenir pour Collège ou maison d'éducation sous lu protection de Sa Grâce l'Archevêque de Québec, et la direction immédiate du Curé de la paroisse, qui en sera la tète naturelle et l'un dos Commissaires, à moins qu'il no juge plus convenable de se faire remplacer en cette fonction par son adjoint, avec toute la latitude pour y ûiire les altérations et changements jugés nécessaires pour le but proposé." (1)
MM. les Commissaires, voyant qu'ils n'avaient pas réussi dans leur demande auprès du Gouvernement et voulant parachever une pariie de l'intérieur de la vieille Eglise pour l'ouverture des classes, firent un appel à la générosité des paroissiens de Eimouski, par la voix éloquente de leur curé.
M. Potvin passa par toute la paroisse, frappant à chaque porte, pour obtenir les secours nécessaires.
Partout il rencontra do la bonne volonté et de la générosité.
Il recueillit un montant de près do ^800.0(1 dans la seule paroisse de St,-Germain.
(1) Feu M. Lapointe fat toujours grandement opposé h la formation d'un Collège classique ; il ne voulait qu'un Collège Industriel et Agricole.
Ce fat au moyen de cette soascriptioii, payée en grande partie sur le champ, que, dans le cours du mois d'août, on prépara un premier étage dans l'ancienne église.
Les classes ouvrirent le 3 septembre, et M. Potvin prit la direction des études et du collège, par ordre de Mgr. de Tloa.
M. Potvin exerçait aussi les fonctions de vicaire toutes les fois qu'il n'était pas retenu au Collège, et ' (•"était à cette condition qu'il recevait gratuitement sa pension de M. Lapointc.
\ l y eut, cette année-lA, cinq professeurs ; tous surent mériter, par leur conduite exemplaire et leur habileté dans l'enseignement, l'estime de leur directeur, l'affection des élèves et la reconnaissances des parents.
M. Potvin sacritia les quelques épargnes qu'il avait réalisées pendant son vicariat pour les travaux de la maison ; de plus, le salaire qu'il recevait du collège était employé pour le soutien de quelques élèves pauvres.
Feu M. le Curé Lapointe continua à se montrer toujours grandement opposé à l'enseignement du latin; il ne voulait qu'un collège industriel et agricole.
Il défendit expressément aux élèves de porter le capot bleu avec nervure, que les commissaires avaient adopté dans une de leurs délibérations, comme devant être le costume des élèves.
Par respect pour la parole de leur curé, les commissaires décidèrent que les élèves porteraient le capot noir, réservant à plus tard le capot bleu ])o\\v ceux qui étudieraient le latin.
Le cours du collège n'était encore qu'industriel et agricole; en conséquence on donnait régulièrement des leçons d'agriculture.
Pour que cet enseignement ne fCit pas inutile, et ne se bornât point à une simple théorie, on y ajouta quelques expériences ; et, pour les multiplier et engager les autres à les imiter, les Directeurs demandèrent des secours à la Chambre d'Agriculture et un dépôt d'instruments aratoires, par une requête adressée à M. Sicotte, le 22 septembre 1802.
M. Sicotte accusa réception de la dite requête le 6 octobre de la même année, mais les secours deman dés ne furent pas accordés.
On donna seulement la minime somme de $100.00, le 13 mars 1863, sur les instances réitérées de M.
James Smith, alors membre de la Chambre d'Agriculture.
M. Pierre-Léon Lahaye fut nommé curé de Eimouski, le 15 novembre 1862, en remplacement de feu M. Epiphane Lapointe, qu'une maladie de cinq semaines enleva à raffection et à l'estime générale de ses paroissiens.
M. Lapointe doit être considéré, à juste titre, comme un des premiers bienfaiteurs de cette nouvelle maison.
Ce fut lui qui, par ses vives et pathétiques exhortations, engagea la paroisse de St.-Germain à contribuer si généreusement en faveur du Collège, et seconda M. Potvin dans ses énergiques efforts.
M. Laliaye se montra bienveillant envers le directeur et lui donna sa pension, en retour des services, que celui-ci lui rendait dans l'exercice du ministère jusqu'en septembre 1SG3.
M. Lahaye, occupé des soins de sa paroisse, ne prit aucune part active dans la direction de la maison, bien qu'il en fût le Supérieur, en sorte que le Directeur seul était chargé de l'administration spirituelle et temporelle de l'institution. (1)
(1) M.Pierre-Léon Lahaye vient de mourir à St.-Jean Descîiail- Ions, le 25 du mois de septembre dernier, après quelques siemai*
Après l'examen d'hiver, qui eut lieu le 30 et 31 janvier, M. le Directeur éprouva beaucoup de difficulté de la part des élèves et des parents.
Tantôt on trouvait la règle trop sévère, tantôt on inventait mille prétextes pour ne point suivre la classe.
Des parents se permettaient de venir faire la leçon au Directeur et de soutenir leurs enfants dans l'insubordination. Les uns prétendaient que l'eau du Collège rendait leurs enfants malades, les autres demandaient des amendements à la règle et mille autres choses encore.
M. Potvin ne se laissa décourager ni par les menaces, ni par les reproches ; il sut supporter toutes ces difficultés, et en même temps maintenir la règle et étabir le bon ordre. Il fallait se montrer ferme et énergique, aussi le fat-il à un haut degré.
L'examen d'été eut lieu le 10 juillet, au second étage du Collège, qui était alors d'une seule pièce.
nés de maladie, soufferte avec la plus grande résignation. Ce regretté confrère a dépensé les six dernières années de sa vie an service de cette paroisse, qui pleure à bon droit cette perte prématurée. Agé seulement de cinquante-trois ans, M. Lahaye a fait du bien partout. Nommé successivement vicaire à St.-Eocli de Québec, missionnaire à Stanfold, curé à St.-Etienne de Beaumont, au Cap-Santé, à St.-Germain de Rimouski et à St.-Jean Deschaillons, toujours il a été sincèrement estimé de ses parois-
Plusieurs membres du clergé y assistaient, ainsi qu'un o-rand nombre de j^ersonnes instruites.
Les élèves obtinrent beaucoup de succès. Ils firent mémoire de feu M. Lapointe par un exposé de sa vie et de ses missions ; après quoi ent lieu la distribution des prix, au milieu des applaudissements répétés et à la grande ré joui .van ce de toutes les personnes présentes.
Dans le mois d'août, le directeur fit un vovai>:e à Québec, dans l'intérêt du Collège, et dans le but d'obtenir quelques livres pour les commencements d'une bibliothèque.
Il reçut plus de 150 volumes, de M. le Secrétaire de rArchevêché. de M. le Principal de l'Ecole Kormale, M. Jean Langevin, et de la bibliothèque du Parlement.
La bibllc chèque du Grand-Séminaire renferme aujourd'hui 850 volumes environ, et celle du Peti^ Séminoîie 1200.
M. le Grand- Vicaire Langevin fut toujours un des plus fermes appuis de M. Potvin, dans toutes ses demandes auprès de l'Archevêque de Québec ; il défendit bien des fois sa cause et lui obtint. A maintes
reprisey, plusieurs faveurs ])onr sa maison, (j^iioiqu'il fut à cette époque loin de soupçonner, qu'un jour, il serait appelé par la voix de son supérieur à la charge de Grand-Yicaire de ce diocèse, pour lequel il consacre encore ses travaux et ses veilles.
Le latin ne fut introduit dans le Collège que dans l'automne de 1863, sur la demande réitérée du Directeur à Mgr. l'Archevêque, et sur une requête à Sa Grandeur, des élèves qui venaient de terminer leur cours
commercial.
M. Potvin fut chargé, cette année encore, de la
direction temporelle et spirituelle du Collège. 11
suivait régulièrement les classes, en les visitant tous
les jours ; il remplissait l'office de Procureur, surveillait
les élèves pendant les récréations, présidait au dortoir,
puis dirigeait les travaux intérieurs de la maison,
ainsi que la construction de ses dépendances : de
plus, il faisait régulièrement, deux fois la semaine, le
catéchisme, et tous les jours, une classe de latin.
M. Potvin fit des règlements plus complets que ceux des années précédentes, presque en tout conformes à ceux du Séminaire de Québec et du Collège Ste.-Anne. Ces règlements furent approuvés ])ar Mgr. rArchevêque et mis en vigueur.
Le 29 septembre 1863, Mgr. de Québec établissait, sur la demande de M. le Directeur et des Commissaires, une corporation interne pour la gestion des affaires temporelles de la maison, et écrivait à M. Potvin, dans les termes suivants :
•' Votre zèle et votre courage pour l'établissement et la bonne administration du Collège, sont pour moi un véritable sujet de consolation, et me font espérer un bel avenir pour cette institution naissante."
Cette corporation devait se composer de M. le Curé de la paroisse, du Directeur et du Procureur du Collège, du plus ancien professeur de la maison et de toutes autres personnes qu'il plairait à Sa Grandeur de nomme,r.
Le 31 octobre 1863, fut célébrée la première messe, dans la chapelle du Collège, par M. Georges Potvin, pour tous les bienfaiteurs de l'Institution ; l'autel était magnifiquement bien orné, grâce à la générosité des dames du village St.-Germain. (1)
Cette chapelle où se disait la sainte messe pour la
(1) Cette chapelle se trouvait où est aujourd'hui la salle de récréation de MM. les Ecclésiastiques du Grand-Séminaire.
Le calice fut donné par Mgr. l'Archevêque, le ciboire par la Dame de l'Honorable Juge Ulric Tessier, et une statue de la Ste.- Vierge par Madame Chalifour.
première fois; îiviiit été cou^acrtieà Marie le 25 octobre, par le cantique qui conveuait à la fête du jour. (Patronage de Marie), au milieu des directeurB, des professeurs et des élèves ; puis sumrent les litanies de la Ste.-Yierge et la prière suivante composée par le Directeur.
" O divine Marie, vous que l'Eglise célèbre aujour- " d'hui, sous le titre de Patronne des Hmnains, daignez " accepter, en ce moment, une nouvelle fî\mille age- " nouillée à vos pieds, et lai permettre de venir vous " saluer tous les jours dans ce nouveau temple qui " vous est consacré, sur ce nouvel autel élevé en votre " honneur ; oui, nous l'espérons, car jamais vous " n'avez refusé de protéger ceux qui se sont rangés " sous votre douce protection. Déjà, nous nous som- *' mes dévoués à vous ; aujourd'hui nous nous donnons " encore, mais d'une manière plus solennelle ; unis " tous de cœur et d'âme, remplis des mêmes désirs et " des mêmes espérances, nous formons tous ensemble " le même vœu, savoir : de vous aimer, vous plus '' belle que la lune, plus radieuse que le soleil ; de vous *' servir, vous reine des anges et des hommes ; de " chanter vos louanges partout où la Divine Provi- *' dence nous appellera dans ce séjour de la vie si
" court et si passager, pour nous obtenir la grâce de •• chanter, un jour avec vous, dans la céleste patrie.
" Ainsi soit-il."
Le Surintendant do l'Education lit visite au bureau des Examinateurs, qui se tenait au Collège ; il visita et parcourut les différentes classes de cet établissement, fit un examen très-attentif et très-soigné sur la plupart des matières, tout en faisant quelques remarques tant aux professeurs qu'aux élèves, puis manifesta une impression des plus favorables à la maison.
Les élèves lui présentèrent une adresse de remerciments et de reconnaissance, ce qui leur mérita un •grand congé.
Le 6 janvier 1864, le Collège recevait la visite de l'Honorable Luc Letellier, ministre de l'Agriculture, accompagné de plusieurs notables de Eimouski. Une adresse des mieux exprimées lui fut présentée par les élèves. M. Ulfranc St.-Laurent, aujourd'hui secré<taire de l'évèché de Eimouski, au nom de tous ses confrères, fut chargé de la lire.
L'Honorable Letellier répondit avec bonheur, en remerciant les élèves d'une adresse si bienveillante, et les encouragea dans l'étude de la science agricole.
M. Polvin, sentant ses forces diminuer et voyant que bientôt sa santé, déjà chancelante, ne pourrait plus se soutenir, s'adressa à Monseigneur pour obtenir du secours. Il supplia Sa Grandeur de lui envoyer un prêtre et quelques ecclésiastiques, pour l'aider dans SCS diverses charges.
La réponse de l'Evêque fut des plus consolantes : elle lui promettait un aide dès qu'il le pourrait, et lui disait en outre ces paroles pleines de bonté.
'' J'ai lu avec grand intérêt votre bonne lettre du 11 de ce mois. Elle m'expose en toute simplicité votre sollicitude pour les élèves de votre intéressant collège, leurs bonnes dispositions, leurs succès et vos fatigues excessives. Dieu bénit sans doute votre zèle et votre dévouement admirables.
" Je comprends que vous avez besoin d'aide dans la tâche immense que vous vous êtes imposée, que vous ne pouvez suffire seul."
M. Potvin, voyant la pénurie d'ecclésiastiques dans le diocèse de Québec, et l'impossibilité pour Mgr. d'en donner à sa maison, s'adressa aux Frères des Ecoles Chrétiennes, qui acceptèrent, mais à des conditions trop onéreuses ; c'est pourquoi ce plan ne put se réaliser. ' •
Daii.s lo cours de juillet 18(34, à une délibération de MM. les membres de la municipalité scolaire du village de St.-Germain, la. note suivante fut inscrite dans l'appendice au rapport de 186-1, lequel fut adressé au Surintendant de l'Education. " Cette note, y est-il dit, jjourra servir à expliquer certains malentendus qui pourront surgir dans la suite des années, c'est pour cela qu'on a jugé à propos de l'inscrire ici."
" Aux mots: de cette feuille, Date de. 6a fondation •'• (iipar (2id fondé, il y a un changement qui s'explique •' de cette manière : La corporation du Collège de ^' Eimouski, voulant que justice soit rendue à qui de " droit, déclare formellement que le Collège fondé par " le Révd. C. Tanguay a failli, et que la fondation du '' Collège actuel de Rimouski est due au liévd. M. '- Georges Potvin, c'est ce que veut aussi le Révd. M. " Lahaye, qui est regardé comme supérieur du collège, " et enfin Sa Grandeur Mgr. de Tloa, qui dans ses " correspondances, dit toujours : Nouveau Collège de " Rimouskiy
Nous ne voulons point nous prononcer sur la question du fondateur du Collège, qui a déjà été discutée, il y a quelques années, dans les journaux de Québec et de Rimouski ; nous exposons seulement les faits et
iiuiis rcj)rodui«oiJs les principaux duciimcnts, et le lecteur jugera.
L'ouverture des classes eut lieu le 1er septembre 1864, et le Eévd. Luc Eoiileau, aujourd'hui curé de Matane, fut chargé de la direction des études et de la surveillance des classes, et demeura au Collège jusqu'à l'automne 1868.
il y eut cette année 115 élèves, dont 27 étaient ]>cnsionnaires.
En octobre, M. le Directeur adressa une requête pour demander à la Fabrique de Eimouski de céder la propriété du terrain où se trouvait le Collège. Mais, K. le Supérieur, curé de la paroisse, s'opposa fortement à la concession du dit terrain. Par ce refus, la maison resta dans une grande gène, ne pouvant donner aucune garantie à ses créanciers, et éprouvant par là même un grand obstacle à son prompt perfectionnement.
MM. Magloire Hudon, avocat, et André-Elzéar Gauvreau, régistrateur, furent les deux plus fermes appuis que rencontra M. Potvin. Le premier se montra opposé pendant quelques temps, aux vues du directeur, mais comprenant bientôt son erreur, il changea d'idée.
Tous deux, pur leurs conseils, leur générosité et leur dévouement, contribuèrent beaucoup à l'avancement de l'Institution. Ils furent les meilleurs défenseurs du Directeur, au sujet de la règle que voulaient abolir certains parents, prétendant qu'elle gênait trop la liberté de leurs enfants.
Dans le mois de juillet 1866, M. le Directeur présenta à M. le Recteur de l' Université-Laval, M. T. Smith, pour l'examen du baccalauréat. (1)
M.Smith s'était adressé lui-même, quelques jours avant, à M. le Recteur pour son admission aux épreuves du baccalauréat et reçut la réponse suivante :
" Universite-Laval, 19 mai 1866.
" Mon cher Monsieur,
■' C'est avec le plus grand plaisir que je vous verrai vous mettre au nombre des candidats du premier examen.
'' Veuillez croire, monsieur, que je félicite cordialement le Collège de Rimonski de ce qu'il se trouve si
(]) M. Smitli est prêtre depuis quelques mois et vicaire à Carleton. Ce fut le premier ecclésiastique à qui Sa Grandeur Monseigneur de Rimouski donna la soutane, après son arivôe dans son diocèse, le 16 juin 1807.
vite 011 état de fournir un cundidai, cL que je souhaite aussi tout le succès possible à celui qui commence la liste des heureux candidats fournis par cette maison. " Votre dévoué serviteur, (Signé) E.-A. Tacheiieau, Ptre..
M. Théodule Smith, ^ R U. L."
liimouski. i
Comme M. le Directeur tenait bcaucouj) à présenter le premier élève de sa maison aux examens de rUniversité-Laval, il s'était chargé des frais du voyage.
Après l'examen du jeune candidat, M. Potvin reçut la note suivante de M. Taschereau, Eecteur de l'Université, et aujourd'hui Archevêque de Québec.
" Québec, 11 juillet 1866.
" Monsieur le Directeur,
'• Je vous envoie ci-inclus le tableau des points conservés par le premier élève de Eimouski qui subit l'examen pour l'inscription. Sans être bachelier, il a eu un succès qui doit l'encourager, puisque sur la liste il y en a huit qui ont moins de points que lui. Je l'en félicite de tout mon cœur et j'espère que ce ne sera pas le dernier candidat que votre collège fournira à
ces concoui'à généraux si pruprev^ a exciter l'émulation parmi les professeurs aussi bien que parmi les élèves."
•' Votre tout dévoué, (Signé) •' E.-A. Taschereau, Pire., - S. S. Q."
M. Potvin demandait déjà depuis longtemps à Mgr. de Québec la faveur d'un second prêtre qui serait chargé de la direction des élèves.
Mgr. acquiesça à sa juste demande en ces termes :
'' Archevêché de Québec, 27 mai 1866.
^' Mon cher monsieur,
•^ J'ai dessein do vous donner, cette année, un nouveau collègue qui serait directeur du collège, pendant que vous en seriez le procureur et l'économe.
•' Mais comme vous portez le plus vif intérêt à tout ce qui peut contribuer au progrès de ce collège, qui vous reconnaîtra avec justice pour son fondateur, je ne voudrais rien faire en cette circonstance sans prendre votre avis.
" Le prêtre que je voudrais vous donner pour associé, est M. Laliberté, dernièrement arrivé d'Europe,
bien connu par l'aménitc de son caruclèrc, et par son habileté à conduire les jeunes gens, habileté dont il a donné des preuves au Séminaire de Québec, où il a été employé durant douze ans comme professeur et comme maître de salle.
" Ayez la bonté de me donner votre réponse avant la fin de juin.
'' Et je demeirre bien cordialement
" Votre dévoué serviteur, (Signé) " t C. F., Evêque de Tloa."
M. Potvin accepta ce digne prêtre avec la plus grande reconnaissance, et remercia Mgr. de la protection spéciale qu'il accordait au collège.
L'entrée des élèves eut lieu le 4 septembre 186().
Mgr. nomma M. Ferdinand Laliberté directeur et préfet des études ;
jVI. Georges Potvin, assistant-directeur et procureur; M. John Coller, professeur d'anglais et de rubriques, et maître de cérémorfies ;
M. Luc Kouleau, professeur de belles-lettres, de versification et de catéchisme.
Les ecclésiastiques, cette année, furent au nombre de quatre, chargés chacun d'une classe et de la surveil-
lance des élèves. MM. Maxime Hudoii, Olis. Éouleaii, Ernest Hndon et Placide Beandet. (1)
Jusqu'à ce jour le collège de llimouski avait été rangé dans la catégorie des collèges industriels, quoique les études classiques y fussent commencées. ma4s non pas encore complétées. (2)
Si la divine Providence n'eût veillé sur ses commencements, il eût été impossible de le voir subsister ; c'est pourquoi M. Potvin disait souvent, à qui voulait l'entendre, que Dieu voulait cette institution, qu'il avait des desseins évidents sur cette maison.
Que de contrariétés, de peines et d'épreuves M. Potvin n'eut-il pas à rencontrer, à endurer, A surmonter ! il était encouragé, il est vrai, par quelques membres du clergé, mais plusieurs se montrèrent opposés à son œuvre.
Comme l'Evêque était nommé et que ce collège devait être la pépinière de son clergé, les idées alors changèrent. On cessa de parler du collège, pour dire
(1) M. Ignace Langlais, ecclésiastique, fat envoyé au Collège de Rimouski dès l'automne de 1864, et y demeura jusqu'aux vacances 1866.
(2) Dans l'automne 1866, on y enseignait la pliilosopliie, dont le professeur <'tnit M. Ferdinnnd Lalibertt'.
qu'il n'était pas temps de former ui) nouveau diocèse: tant il est vrai que les hommes ne songentpas assez que le doigt de Dieu marque tout pour sa plus grande gloire.
M. Potvin, prévoyant que bientôt il se trouveraitdans l'impossibilité de continuer ses services au collège. demanda à Mgr. de Tloa de lui assigner un autre poste pour refaire sa santé.
Mgr. de Tloa lui adressa la réponse suivante :
" Archevêché de Québec, 23 avril 1807.
" Mon cher M. Potvin.
" En réponse à votre bonne lettre du 19 courant, je me sens pressé de vous dire que personne n'a plus d'estime et d'affection pour vous que moi ; personne n'a plus de reconnaissance que moi pour les services importants que vous avez rendus, en fondant comme vous l'avez fait, au prix de tant de sacrifices héroïques et de votre santé, le collège si florissant de Eimouski ; institution si précieuse aujourd'hui pour le nouveau diocèse, et qui va être la ressource de l'Evêque et la pépinière de son clergé. Voyez comme la divine Providence prépare toutes choses pour ses fins, à notre insu, et vous êtes l'homme qu'elle a choisi pour ces
i-iioses, et accomplir cette grande œuvre.
'•Et vous bénissant de tout mon cœur,
•' Je demeure bien respectueusement •' Votre dévoué serviteur, (Signé) •' t C.-F. Ev. de Tloa.''
Dans l'automne de 1867, M. Potvin, désirant changer de position, pria Mgr. de Eimouski de lui confier un autre emploi.
Monseigneur Langevin acquiesça à sa demande, et lui confia la cure de St.-Pierre de Malbaie, en lui écrivant la lettre suivante :
'' Evêché de Rimouski, 2G août 1867.
•' Cher monsieur Potvin,
" Vous recevrez avec cette note votre lettre do mission pour St.-Pierre de Malbaie. Mais avant que vous quittiez, sur vos instances réitérées, le Collège de Eimouski, je crois remplir un devoir en v^ous remerciant de tout cœur du bien que vous lui avez fait, du dévouement extraordinaire, presque -iiii-humaiu que vous avez témoigné à cette maison
(juc vous îivcz commencée, organisée, soutenue quasi sans ressources. Merci encore une fois, et que Je iSeigneur vous en récompense.
'•^Croyez-moi, cher monsieur,
•' Votre tout dévoué serviteur, (Signé) " ■[ Jean, " Evêquede St.-Germain de Eimouski.'"
M. Potvin se .«Sacrifia pendant plus de cinq ans aux progrès du collège de Pimouski ; il était l'àme de toutes les pétitions adressées ou à Tévêque de Tloa ou à la Législature.
Ce prêtre zélé avait en vue la gloire de Dieu, l'amour de l'éducation de la jeunesse ; aussi a-t-il su franchir tous les obstacles, surmonter toutes les diftîcultés qui lui farent suscitées plusieurs fois.