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rivage trop éloignée.
L'ouragan se déchaina avec tant de fureur, que soudain la mer devint furieuse, et semblait, dans sa
rage, vouloir les engloutir,
Les deux jounes gens, loin de perdre courage, sa sentaient leurs forces se ranimer par les paroles se
pleines de bonté du missionnaire, et luttaient avec
énergie contre la tempête pour atteindre une des
we ; | . 5 pointes de l’Jlet-au-Flacon. Ils ne leur restaient plus qu'une minime distance à franchir, lorsqu'une lame ee NET po furieuse engloutit le vaisseau, et le vénéré missionnaire disparut à l'instant, pendant qu'il récitait son ï chapelet. , do Les deux jeunes gens, plus forts que le saint reli- J 5 ) ges gioux, luttèrent de nouveau dans ce danger, et ne par : ne
vinrent, cramponnés au canot, sur la rive de l'Ilet,
qu'après bien des efforts et une peine inouïe.
Quelques houres plus tard, ils mettaient en sürete
les restes inanimés de leur infortuné compagnon, et
apportèrent dès le lendemain la nouvelle du sinistre
un à la petite colonie de Rimouski.
Les restes furent exposés pendant trois jours dans
la maison du seignour Lepage; et la paroisse, tout en
larmes, lui rendit les derniers devoirs, et pleura long:
temps la perte prématurée de ce vénérable ct saint
prêtre.
Il nous est impossible de constater le jour précis de
sa sépulture, car les registres de cette paroisse présentent une lacune de près de dix ans. (1)
M. JC. Taché, dans ses ‘“ Forestiers et Voya-
geurs,” nous dit :
“ Après la mission, le père Ambroise, étant sur le point de partir pour Rimouski, dit au seigneur
Rioux :
—Mon bon monsieur Rioux, pourriez-vous me donner un vieux gobelet de ferblanc pour mes voyages, j'ai eu le malheur de perdre celui que j'avais, je
ne sais trop comment ?
—Mon père, reprit le seigneur Rioux, en prenant sur la table un gobelet d'argent, faites-moi le plaisir
d'accepter celui-ci en souvenir de moi.
—Alh ! je ne puis faire cela, donnez-moi, je vous prie,
un gobelet de ferblanc.
—Mon père, vous ne me refuserez pas le bonheur
de vous offrir un petit cadeau, j'en serais peiné.
—Mon cher monsieur Rioux, vous savez que je ne
(1) Nous croyons que le père Ambroise a été inhumé dans la première église de Rimouski, près de son ami l’hermite Toussaint Cartier, et que les restes de ces deux serviteurs de Dieu ont été ensuite transportés dans la seconde église où ils doivent encore 8e trouver.
pourrais accepter ce gobelct qu’à la condition de vous
le rendre, et si j'allais le perdre.
—Eh bien! mon père, vous allez le prendre et il reviendra à moi ou à ma famille, après votre mort :
si vous le perdez, le bon Dieu me le rendra. |
— Ainsi soit-il, reprit le père Ambroise, et que le
bon Dieu vous récompense, avec votre famille, de toutes les bontés que vous avez eues pour son humble serviteur.”
“ Le lendemain matin, madame Rioux, en faisant son ménage, trouva le gobelet d'argent sur la table de .
la chambre de compagnie, à la même place où il
était quand le seigneur Rioux l'avait pris pour le
donner au bon Père.
‘ On se dit de suite : le père Ambroise est mort ; il
l’avait bien dit que son portrait était le portrait d’un
noyé. Nous perdons gros; mais il y a un saint de
plus au ciel,
“Il prit envie au seigneur Rioux et aux autres
gens des Trois-Pistoles de faire prendre le portrait
du père Ambroise. Le Père ne s’en souciait pas trop;
comme on lui dit que ça ferait plaisir à tout le monde,
il y consentit, Muis dans ce temps-là ce n’étaient pas
do petits portraits dans de petites boîtes comme
aujourd’hui, c'étaient des portraits faits en peinture et
grands comme on voulait. (1)
‘Quand le portrait fut fini, on le mit dans la chambre de compagnie, et les gens vinrent le voir. Chacun s’extasiait, et on trouvait le portrait bien ressemblant. Il y avait sa robe, son bréviaire sous le bras ; en un mot, tout y était, et on ne pouvait pas s’y
méprendre,
‘ Pour moi, dit le père Ambroise, quaud le peintre fut parti, je trouve que je ressemble à un noyé dans ce portrait,
La ressemblance malheureusement ne fut que trop
frappante.”
Après la mort du père Ambroise, les habitants de Rimouski furent privés pendant quelque temps de la visite du prètre, et M. Lepage, de St.-Barnabé, adressa
les deux lettres suivantes à Mgr. Olivier Briand.
Monseigneur,
C’est avec la plus grande révérence et soumission que je prends la liberté de vous écrire pour avoir l'honneur de vous informer de l'ennuy où nous
(1) Il passait. dans ce temps-là des tireurs de portraits qui parcouraient les campagnes.