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“ Etant parti de Québec le 19 de novembre avec deux Français, notre hôte, et quelques autres sauva-
ges, nous arrivâmes à l'Isle Verte le 24 du même
LL] mois. Nous trouvâmes en cette Isle tous nos Sauva-
ges, tant Papinachois que d’autres nations, qui faisaient en tout soixante et huit, Ils s'étaient renfermés dans un fort de pieux, en suite de la découverte qu'ils avaient faite d’un grand Cabanage d’Iroquois sur le bord de la grande rivière. Cette petite navigation de six jours ne fut pas sans beaucoup de dangers. Le mauvais temps nous ayant obligés à nous retirer dans une petite islette, nous y fûmes deux jours; nos pilotes eurent bien de la peine à y conserver notre chaloupe. Nous voyant en danger d'arrêter bien longtemps dans ce poste, à raison des glaces et du vent contraire qui ne discontinuait pas, nous eûmes tous recours à Dieu, ot nous étant mis sous la protection de Jésus, Marie ct Joseph, à peine eûmes nous achevé notre prière, que d’abord le temps changea ; notre sauvage qui craignait beaucoup, nous crie en même temps: Pousitan, embarquons. Nous eûmes un temps bien favorable jusques aux approches de l'Isle Verte, où notre chaloupe ayant donné contre une roche, nous nous vimes bien prêts de la mort,
Dieu eut compassion de nous, et nous fûmes tous con-
| solés de voir comme la chaloupe, quoique très mau- 4 vaise, eut résisté à ce coup, capable d'en faire périr une qui eut été beaucoup plus forte. La nuit nous ayant surpris en cet endroit, nous ne laissons pas de continuer notre route, nous n’étions qu'à une demi 1 lieuo de l’Isle Verte, qu'un orage causé par le nord,
s'étant élevé, notre chaloupe fut battue de coups de
Lil | vents si rudes qu'elle s'entrouvraic par le devant. Ce
{| | fut à ce coup que nous nous disposâmes tout de bon à
à la mort, et nous étant résignés à la volonté de Dieu,
ILE je fis vœu de dire trois messes à l’honneur de la Sainte
| |: Famille de Jésus, Marie et Joseph, et de réciter tous | | | ‘ensemble pendant neuf jours, le chapelet. Notre « : LE crainte fut d’abord changée en une espérance si forte, soül que n’appréhendant point dans la continuation des di 1 | mêmes dangers, nous arrivâmes heureusement au tdi | | port. Nous nous sommes arrêtés dix jours à l'Isle Hide | | Verte, pendant lesquels j'ai administré les cérémonies pare l | du baptême à six enfants de divers âges, dans une hi | petite chapelle qu'on y dressa. J'y ai baptisé avant inv 11 notre départ, un capitaine Papinachois qui savait ses de Ë | | prières, et que je trouvai si bien disposé par des gri- de 1) ces toutes particulières dont Dieu l'avait prévenues, | l'E à ! “à jan heur
1 que je crus être obligé de ne plus différer, nous voyant \ | dans le danger des [roquois ;on lui donna le nom de il m
| )l François-Xavier.” (il 1
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‘# Ce bon Néophyte m'a raconté, qu'étant gravement malade dans les bois, Dieu lui avait fait voir si sensiblement les feux de l'Enfer, où ceux qui ne prient pas brûleront éternellement, et qu’ensuite il lui avait si bien montré le chemin du paradis, qu'il trouvait parmi les chrétiens, que depuis ce temps-là, il avait toujours prié et qu’il avait en horreur les invocations
du démon, que ses compatriotes faisaient dans son
pays. En vérité, Dieu l’a doué d’un bon jugement et
d’un bon naturel. II m'a protesté toujours qu'il ne quittera jamais la prière. Il a sept enfants mâles,
tous baptisés ; sa femme l’est aussi, il y a longtemps.”
“ Avant que de quitter ce premier poste, Dieu voulut avoir les prémices du troupeau qu'il me donnait en garde, ayant appelé au Ciel, une petite fille de mon hôte, que le père Gabriel avait baptisé. Cette mort affligea beaucoup le père et la mère, et toute la parenté. Dieu les consola dans leur perte, par la ferme croyance qu'ils ont, qu'elle est au Ciel : ils l'invoquent tous les jours, afin qu’elle les aide auprès
de Dieu,”
“ Le septième jour de décembre, nous arrivâmes heureusement du côté du sud, vis-à-vis l'Ile de Saint Barnabé, nous y célébrâmes le lendemain, la fête de
l’'Immaculée Conception de lu Sainte Vierge ; nous
as DE mer
arrètâmes là quelques jours, en attendant un temps favorable pour entrer dans les bois. Cependant, nos chasseurs étant allés faire la découverte bien avant dans les Terres, ils y entendirent des coups de fusil, avec lesquels ils chassaient aux Orignaux ; cela n’empêcha pas que nous n’entrassions bien avant dans les bois, le jour de Saint Thomas. Nous avons passé les fêtes de Noël auprès d’un grand Eac, où nous dressâmes une chapelle. Tous, à la réserve de quelques-uns, que je ne jugcai pas assez disposés, y firent
leurs dévotions avec beaucoup de sentiments de piété.”
“ Les ennemis ayant fait lever les Orignaux, nos chasseurs n’en trouvant point et nos petites provisions ayant déjà pris fin, quelques-uns conmencèrent à souffrir. Je les consolai et encourageui du mieux qu’il me fut possible. Ce fut alors, qu'ayant découvert qu'un sauvage dont la foi m'était fort suspecte, avait eu receurs au démon, je parcourus toutes les cabanes, leur témoignant que je n'avais point appréhendé ni la faim, ni les Iroquois jusques alors ; que Dieu assurément les châtirait, si quelqu'un retombait dans cette faute. Le coupable, à qui je parlai en particulier, me
satisfit au moins en paroles.”
‘“ Le cinq de janvier, nous nous décabanâmes pour
aller chercher de quoi vivre en un poste plus favorable,