CHAPITRE CCLXX
Comment George expose dont de rechief procédoit ceste guerre de
Liège.
Au propos doneques et pour satisfaire à la question qui se poroit faire, à savoir se Liégois, après estre tousjours battus et foulés, maintenant arrière à aller assiégier la ville de Huy, l'ont empris ou de fol orgueil et présumpeion, ou à l'incitation d'aultroi , qui s?e$t cuidié vengier peut e$tre par
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eulx de son an nui : certes , il me semble que l'en peut assez souffisamment entendre, parce que j'en expose ici devant , comment il en est allé ne venu ; car avecques ce que orgueil et présumpcion y ont esté fondement original, avecques mortèie hayne , si les a aultrui conseil bouté en l'avance dont ils se sont points et repoints de playe sur playe. Dont , et pour ce que ceste incitation sambieroit movoir de la part du roy , parce que tous jours sont allez à refuge à ly et pour garant, comme à cely qui les avoit en sa garde et tutèle , et qui leur devoit protection et desfense à son pooir; pour ceste cause certes , loist ( convient-^il ) icy ung peu exposer le secret de ceste matère, sans en tourner envers nulluy ne charge ne bon droit , fors à pois et à point , et en équité de cause. Et ne doibt donner ammiracion h nulluy , veu le temps quel il estoit, et quel il avoit esté depuis le couronnement de ce roy Loys , se depuis la confliction souverainement qui se fit à Montlhéry, il avoit cueur et corrage de soi vengier de son fonleur , le plus grand roy du monde et le plus noble, de son vassal et subject venu et entré dedens le ventre de son royaume et de son trône , à main forte et minatoire, pour le défaire ou le mettre en dangier, ce maintenoitil. Dont, et comme il considéroit que nul grant foule ne plaie ne se peut vengier si à haste comme on voudroit bien , et que sens et engin y servent plus et prouffitent que felle esmeute, certes, quand par le moyen des Liégois , il a prétendu à soi bien
Ofà;) DE GEORGES CHASTELLAIN. 3Q
veoir vengié de son injure , n'a point fait à blasmer, ce samble , de la voie quise , quant meismes il les avoit en sa garde, ceux qu'on fouloit tous les jours sans espargne. Le duc de Bourgoigne les quéroit à fouler et les fouloit fréquemment , qui encore estoit son fouleur ; pourquoi ne pooit-il quérir la foule aussi de son fouleur, justement et à honneur sauf, qui fouloit tous les jours ses amis et ses serviteurs en tout ce qu'il pooit avoir d'affaire? Certes > raison bien entendue en cestui endroit, il n'en tourne nulle charge au roy. Mes en ce qu'il ne les a secorrus en leur grand affaire, et seloncq son promettre , là fault-il un aultre declairement et de plus grand sentence. En fait bon à croire que ung roy de France, le plus noble de la terre, doibt et peust bien tenir une longue suspense entre dire et faire , avant que condescendre à l'extrême effect d'une si grande matère et de si grand pois, comme de soi former ennemi en faveur d'aulcun peuple encontre un bras constitué champion de l'église , et de l'expresse ordonnance du pape , son parent, encore quelque question qu'il y eust, l'ung des plus nobles princes du monde et des plus puissans , et lequel quand il l'aroit aidié à destruire par tels vilains , si eust-il accru sa honte et son propre damage , en perdicion de tant de noblesse que le duc y avoit , et lequel faisoit encore à craindre à ung roy de France pour mettre sa noblesse sous danger de fortune contré* ly, par adjonction à fière vilenaille, que tous roys et princes
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doiventhayrpourla conséquence. Dont, et si on loi impute qu'il les abusoit par paroles et vaines promesses, j.e cuide que non certes, et que sa noblesse ne le portait point ainsi. Mes il avoit espoir peut estre que le duc, à cause de la voix qui en poôit courir chà et la , cQmment il se melleroit de leur débat encontre ly , en portant révérence à la couronne et à sa puissance , se refraindroit ung peu en son ire , et en dissimuleroit par sens; et ainsi sa promesse aroit donné fruit à l'ung et à l'aultre non damage.
Tout conclu doncqtfes, je concède la hayne qjje le roy pooit avoir juste encontre ce duc Charte» pour le temps passé , et le désir non desprisable de volentiers s'en vengier par diverses voies, s'il les eust sceu trouver ; et si concède aussi qu'il les pooit conforter et assister de parolles, sans honneur enfraindre, et non venir à l'extrême parfait, pour la conséquence périlleuse tant de ly que d'aultrui.