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CHAPITRE XXIV

La conqueste que fit monseigneur le duc Charles de la duce' de Lorraine.

Quand monseigneur le duc Charles de Bourgogne eut visité l'ost du roi Edouard, son beau-frère, il retourna d'illec, sur espérance de conquerre la ducé et comté de Vaudemont , sur le duc René qui l'avoit desfié de feu et de sang, devant la ville de Nusse. Et en passant par Valenchiennes, le vingt et uniesme jour d 'aoust , se tira à Mons en Haynault, à Nivelle et à Namur, auquel lui vinrent nouvelles du parlement de Picquegni, entre

le roi de France et le roi d'Angleterre, et de l'accord d'iceux; de quoi lui et les siens se donnèrent grand merveille. Mondit seigneurie duc séjourna à Namur près de vingt-six jours, où il passa les revues des gens de son hostel, puis se trouva à mars en famille appartenant à monseigneur le grand bastard de Bourgogne. De la Roche passa par .Tuiliers, et vint à Arlon et à Soheuvre, où il séjourna vingt-six jours, à cause d'un apostume qnilui vint en la gorge. En ce temps pendant, monseigneur le connestable de France, Loys de Luxembourg, comte de Saint- Pol, envoya vers lui, nuict et jour, message sur aultre. Pendant ce temps ^ monseigneur le duc avoit mis ses ordonnances sur les frontières de Lorraine, et capitaines de grande recommandation , tant Bourguignons comme Italiens: c'est assavoir lecomte deCampo-Basso, Troylus, Jacques Galliot, messire Régnier de Brochusen, messire Phelippe de Berghes, le seigneur de Cbantereine, et aultres fort expérimentés de la guerre. Lors estoient iceulx capitaines, devant une ville, nommée Dye, par lesquels les faubourgs, aussi forts que la ville , furent prins par un très aspre et grand assault, et la ville se rendit à leur voulonté ; il y avoit environ six vingts Suisses et Allemands culevriniers, qui furent prins et pendus par les arbres. Monseigneur le duc se trouva devaut une grosse abbaye, nommée Goze, forte comme un chasteau. L'ouverture lui fut déniée par les habitans d'icelie. Mondit seigneur jura par

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Saint-Georges, que, s'ils nelui ouvraient les portes, il feroit bouter le feu dedens.

Finablementouvertureluifutfaiete. Le seigneur

de Bièvres, premier chambellan, ensemble et les

maistres d'hostel, y furent pour ceste nuict; et

mondit seigneur se logea en la ville. De l'abbaye

de Goze\ monseigneur se trouva devant un chas-

teau en Lorraine , nommé Prony , où il fut salué

de traict à pouldre. Et icellui duc fit mettre ses

gens en bataille , à cause que l'artillerie passoit ;

puis alla devant une ville forte , nommée Pont-à-

Mousson, appartenant au roi Régnier, laquelle

estoit gardée par le bastard de Lorraine et aulcuns

Allemands, lesquels sentans rapprochement du

duc Charles , habandonnèrent la place ; et ceux

de la ville le boutèrent dedens, saufs corps et

biens .

Le duc oyt nouvelles que le |prince de Tarente , don Frederick , fils du roi de Naples , estoit à un village illec à l'environ; et pour le bien viengnier , le seigneur de Bièvres , le seigneur de Baudeville , le seignenr d'Ordre et le seigneur de la Marche furent envoyés vers lui. Puis monseigneur alla au-devant de lui près d'un traict d'arc ; et le menoit le duc de Clèves. Et quand vint à l'aborder, ledit prince se mist à pied. Si fist monseigneur le duc , et après eux avoir embrassés, remontèrent à cheval et allèrent en la ville. Ledit prince avoit quatre-vingt et seize mulets chargés de bagues, et estoit bien accompagné de plusieurs

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nobles, et fit grande révérence à monseigneur. Le vendredi pénultiesme dn mois de septembre, monseigneur le duc, le prince et leurs gens , se partirent et se logèrent àCondé,un fort chasteau bien situé } lequel fut donné par mondit seigneur le duc, au fils clu comte de Campo-Basso, qui fut tenu par les habitans d'illec pour leur seigneur. De Condé, mondit seigneur se trouva devant la ville de Nancy, en Lorraine, où il fit ranger ses gens en bataille , pour faire sortir les gens de guerre de la ville, ce que point ne firent. Et mondit seigneur, avec son armée, s'en alla loger à Nœnfville, entre Nancy et Saint-Nicolas, où le lendemain il fist son pèlerinage , qui fut le premier jour d'octobre. Puis monseigneur et son armée vinrent logera Bayonne, une bonne ville , appartenant au fils du seigneur de Montagu. Les chevaliers furent logés en ladite ville , et monseigneur, ensemble ses gens d'armes, aux champs, où les ambassadeurs deFrance vindrent parler à lui à part, l'espace de trois à quatre heures; et tost après, monseigneur envoya une compagnie de Lombards devant un chasteau nommé Saint-Germain, lequel fut prins d'assault, bruslé et desmolli , et les Suissers qui le gardoient pendus et estranglés. De Bayonne, monseigneur vint devant une bonne ville, nommée Charme. Ceux qui dedens furent tiroient sur l'ost de monseigneur, lequel passa la rivière de la Moselle en très grand danger de sa vie.

Ceux de la ville sentant ceste approche , bouté-

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rent le feu en un fort grand faubourg , qui toutefois fut gaigné par le bailly de firabant, à force de douze cents hommes, lesquels rescouyrent plusieurs maisons.

Le jour ensuivant, la ville se rendit àla voulenté de monseigneur. Les gens d'armes estrangers , comme François, Picquars, Suissers, Gascons, *et Allemands, en nombre de vingt-quatre, furent condamnés à estre pendus à un seul arbre. Et pourtant que le bourreau de Saint-Germain estoit ailleurs empesché à cause de son office, le paige d'un capitaine nommé Jean delà Barre, fut condamné à pendre les vingt-trois, et qu'il auroit la vie saulve : ce qu'il commença à faire jusques au nombre de six, desquels son maistre fut l'un ; puis le bourreau survint qui pendit le demourant ; et la ville fut pillée et bruslée, et les habitans prisonniers. Monseigneur se deslogea de devant Charme le neuviesme d'octobre; et fut le siège mis devant Dainpierre, une forte villette , laquelle après avoir esté battue d'engins, se rendit à la voulonté du duc , et fut pillée et bruslée^ et les manans prisonniers^ car n'y a voit nuls gens de guerre.

Lelendemain, monseigneurse logea aux champs entre Espinalet Ghasteau surMosel. AulcunsBourguignons s'advanchèrent d'aller devant Espinal , sans le sceu de monseigneur. Si furent servis de serpentines, et navrés et tuésparceuxde la ville, qui y firent une saillie. Ceste mesme nuict, monseigneur envoya quatre cents lances de ses ordon-

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nances, qui gaignèrent une partie des fauxbourgs. Et firent ceste emprinse les gens de monseigneur Reynier de Brouc-huysen et Jehan de Lqngueval.

Aulcuns aultres fauxbourgs gaignèrent les gens de Troylus, Lombard, et depuis les perdit; et monseigneur Inidistque s'il ne les reprenoit, qu'il lui feroit trancher la teste. Et pour donner approche à la ville, monseigneur passa larivière de la Moselle, moult profonde et rade; parquoi plusieurs furent noyés. Et finalement fut assiégée la ville d'Espinal, par-decà et par-delà l'eau ; et tioient ceulx delà -ville sur ceulx de l'ost dru et menu, et ceulx de l'ost ne se faindoient pas. Il y a en Espinal trois forts , deux villes fermants l'une contre l'autre, et un fort chasteau ; et estoit munie leur ville de huit cents combattans estrangiers,Francois etAllemans.

Le dix-septième jour du mois d'octobre, les capitaines du chasteau et des deux villes d'Espinal parlementèrent à monseigneur ; et fut faict l'accord tellement, qu'ils se rendirent, corps et biens saulfs, et pareillement les gens armés, moyennant qu'ils se partiroient. Et monseigneur le duc y entra deux jours après et y ouit la messe; mais il retourna dormir aux champs ; et après que les garnisons furent assises, il se logea à trois lieues près de Vaudemont. Et le lendemain partist monseigneur et son armée, devant le point du jour ; et se trouva devant la ville au matin. Ceux qui dedans estoient furent comme surpris.

Monseigneur les envoya sommer, et n'y vou-

ID4 CHRONIQUES t'W»)

loient entendre , ains ruoient de bons hajs sur toutes les compagnies de l'ost ; mais enfin ils parlementèrent tellement, qu'ils rendirent la ville et le chasteau, leurs corps et biens saulfs; et le seigneur de Bie vres prist le serment des habit ans, promectans d'estre bons et loyaux subjects comme conquis. L'on y mit nouveaulx officiers et garnison suffisante. Pendant ce temps, les trêves de neuf ans vindrent à monseigneur le duc Charles , entre le roy Loys de France et lui, qui furent jurées et accordées entre eulx, par la manière qui s'ensuit :

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