L'ŒIL
,AR excès de précaution, Maximilien fit arrêter le taxi à plus de cent mètres de ^•^ l'hôtel. Gosseline avait une clef de la porte de service. Ils rentrèrent sans éveiller le concierge. Et ils se déchaussèrent pour monter le petit escalier qui conduisait à leur appartement.
Maximilien hésita sur le seuil. Gosseline fit de la lumière, et vit que son jeune élève était affreusement pâle.
— Ah ! dit-il, vous avez une fichue mine. Ça ne vous réussit pas.
Les deux chambres se commandaient. Celle de Maximàlien était la première, et elle était nue, presque pauvre, austère. La fenêtre était mansardée. Au pied du lit de cuivre se trouvait une ancienne chaise de salle à manger, à dossier gothique, à
siëcfe de velours vert, avec un effilé. Sur la cheminée, il y avait une paire d'éperons, un litre de lotion à la violette pour les cheveux et une Vierge de biscuit, dont la ceinture était coloriée en bleu. Au mur, une image de première communion, sous verre, faisait pendant à une photographie du précédent duc de Coutras, en zouave pontifical. Après un instant de silence, Gosseline dit :-
— Je vais me coucher, je vous engage à en faire autant.
Il passa chez lui. Sa chambre était pareille à celle de Maximilien, sauf la Vierge et l'image de première communion ; mais il avait aussi une photographie du zouave.
Maximilien retira une partie de ses vêtements, qu'il plia avec le plus grand soin, puis s'agenouilla devant son lit et fit sa prière. Gosseline ne fit pas la sienne. Il se glissa entre les toiles et prit un volume de Montaigne, dont il lisait volontiers quelques pages avant de s'endormir, quoi qu'il eût fait précédemment. Maximilien, qui venait lui-même de se coucher, l'appela :
— Monsieur, êtes-vous déjà au lit? Vous ne m'avez pas dit bonsoir.
Gosseline, d'une complaisance incroyable, se releva et vint serrer la main de son élève.
— Monsieur, je vous souhaite une bonne nuit, dit Maximilien poliment.