‹ Chronique du Cadet de CoutrasChapitre 6 sur 10 · LE COURANT D'AIR · texte numérisé non relu

LE COURANT D'AIR

le duc de Coutras avait bien raison d'expédier son neveu en Angleterre, et Gosseline, à la réflexion, le comprit. N'avait-il point lui-même dit : « Nous devons faire de Maximilien un caractère »? Or chacun sait qu'il ne se fabrique de caractères que de l'autre côté de la Manche. Gosseline, au surplus, n'était point fâché de faire connaissance avec ce grand peuple auquel nous unissent dorénavant les liens de la plus tendre affection.

Mais il avait un double sujet d'inquiétude. On assure que les plaisirs de l'intelligence tiennent peu de place dans la vie anglaise, et que les divertissements de l'amour n'y en tiennent aucune. Forain a négativement défini l'Amérique d'un mot admirable : « Ce n'est pas un pays pour les penseurs, il n'y a pas de cafés. » Gosseline craignait que l'Angleterre ne fût pas un pays pour les penseurs ni pour les amants, faute de cafés et d'autre chose.

Maximilien regrettait de partir avant le Grand Prix, mais il était charmé de quitter une capitale où la peur continuelle des cambrioleurs l'empêchait de fermer Toeil. Il n'ignorait point d'ailleurs que la destinée des cadets est de voyager outre-mer, et il avait hâte de vivre sa vie. La traversée du channel n'est pas un voyage de long cours, mais c'est déjà un petit commencement. Il se réjouissait d'étrenner un nécessaire à ses armes, une « malleinnovation » et un ample caoutchouc pareil à l'enveloppe d'un aérostat après l'atterrissage, qu'il devait respectivement à la générosité de l'ami de madame la marquise, de l'ami de madame la duchesse et de l'amie de monsieur le duc.

Les deux compagnons de voyage auraient souhaité de jeter en passant un coup d'œil sur Londres ; mais le duc, ennemi des détours inutiles et des crédits supplémentaires, ne leur permit point ce crochet. La ville où ils se rendaient se trouve à mi-chemin environ entre Oxford et Southampton : ils durent débarquer en ce dernier port, et aller de là directement à leur but. Ils partirent du Havre, t-^ ils naviguèrent toute la nuit. Le temps était doux, la mer unie. Gosseline eût volontiers passé cette nuit sur le ponc ; mais Maximilien, qui tenait à connaître tout, voulut s'enfermer dans une cabine et s'étendre au moins trois ou quatre heures sur l'étroite couchette en forme de boîte, comblée d'un

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dur matelas. Il n'y dormit point, mais il s'entretint avec son maître, qui était couché vis-à-vis de lui et parallèlement.

— Ah ! monsieur, lui dit-il, quel plaisir de voyager ! Tout m'amuse, et certainement je me lèverai trois quarts d'heure avant que nous touchions terre, pour faire usage de ce joli lavabo d'acajou verni, où toutes les pièces de toilette sont encastrées en prévision d'une tempête, qu'heureusement nous n'avons pas.

— C'est dommage, dit Gosseline, car vous ne vous servirez point de ce joli petit baquet.

— Un seul point m'inquiète, poursuivit Maximilien. Je me rappelle constamment la belle parole que vous m'avez citée il n'y a pas un mois; « Qu'une vie est heureuse quand elle commence par l'amour et qu'elle finit par l'ambition ! » Je sens dans les jambes une sorte d'impatience qui m'a bien l'air d'être le signe physique de l'ambition, et il me semble qu'en m'expatriant j'entame une période plus sérieuse de ma vie. Mais serait-ce déjà la fin? C'est bien tôt. Si je me mets dès à présent à être ambitieux, je voudrais au moins mener les deux choses de front. Je n'ai fait que goûter à l'amour, et je vous avoue, monsieur, que j'y ai pris goût : j'y retournerais volontiers. Vous qui savez tant de choses, pourriez-vous me dire si je trouverai mon affaire là-bas ?

— Hélas ! dit Gosselme, si je suis bien informé, j'ai lieu de craindre que non. Mais vous me surprenez, Maximilien. Sans doute, vous n'avez plus la naïveté de ces jeunes filles qui s'imaginent que le mariage est une opération chirurgicale et que l'on subit une fois pour toutes ; mais je vous croyais encore assez neuf pour vous contenter jusqu'à nouvel ordre d'une première expérience et n'être pas incommodé par le désir. Je ne crois pas, entre nous, que vous soyez incommodé ; mais vous êtes Français. Le Français n'est pas doué d'un tempérament extraordinaire, mais, comme l'on dit vulgairement, il ne pense qu'à ça ; il se fait même un point d'honneur de ne penser qu'à ça. Les étrangers nous le reprochent ; singulièrement les Anglais, qui se piquent de n'y jamais penser et n'en parlent point. Il y a de quoi être inquiet.

— C'est embêtant, dit Maximilien, qui se tut, justement pour y penser, cependant que (iosseline se remettait à y penser aussi.

Mais il n'est pas de meilleur remède à l'idée fixe que de tomber dans ce pays où les usages sont si différents des nôtres, notamment pour le transport et la délivrance des colis. L^n employé plein de complaisance dirigea tous les mouvements de Gosseline et de Maximilien, sans toutefois consentir à leur donner la moindre explication. La crainte d'égarer le nécessaire ou la belle malle, on

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de prendre, aux embranchements, un train pour l'autre, les occupa si exclusivement qu'ils ne virent pas même le décor, la campagne. Ils ne recouvrèrent le sens de la vue qu'une fois arrivés à la station et rentrés en possession de leurs bagages, et quand ils furent installés dans une grande calèche, et qu'ils eurent fait comprendre au cocher qu'ils allaient chez le docteur Richard Baldwin. Jamais ils n'auraient cru que ces deux noms « Richard Baldwin » fussent si difficiles à prononcer intelligiblement.

Une avenue large, droite; partait de la gare, et • montait vers un plateau lointain où était assise la ville, — une de ces villes qui ont su vieillir : maintenant, elles sont comme les femmes, elles ne savent plus. Des demeures modestes et basses se serraient autour d'une abbaye bénédictine et de plusieurs églises, de ce gothique appelé par les Anglais perpendiculaire. Trois grands collèges dominaient, de la même architecture, mais sculptés plus curieusement, et dont les pierres, en se délitant, étaient redevenues trop blanches ; mais une draperie luxuriante de lierre, festonnée de vigne vierge, les enveloppait, les réchauffait, les voilait à demi, ne laissait voir que leurs beautés survivantes. Des Français ne pouvaient pas comprendre que ces vénérables monuments servissent encore à des usages quotidiens, au lieu de n'être qu'un objet de visite.

Maximilien et Gosseline eurent un premier sentiment de la vieille Angleterre. Autour de la ville ancienne, parmi des jardins, disséminées, s'élevaient des maisons neuves, roses, puériles, mais, comme ils disent, si désirables, que Maximilien, en les regardant tour à tour, souhaitait que chacune fût la résidence du docteur Richard Baldwin.

A mesure qu'ils montaient vers le plateau, ils voyaient s'enfoncer à leur droite une vallée vêtue d'herbe épaisse ; et au fond de cette vallée, la Tamise faisait une grande courbe. Des saules nains bordaient la rivière. Une vapeur lumineuse s'élevait des berges, et les bateaux avaient l'air de flotter dans cette vapeur au lieu de reposer sur leau. On n'entendait que des bruits de rames, dans im silence prodigieux. Un train, qui venait de passer non loin de l'autre rive, avait laissé une grande traînée de fumée blanche qui s'appe- .santissait lentement en s'effilochant dans l'herbe. Un peu de fumée noire, mais dorée par le soleil, s'échappait d'un four à poteries et d'une fabrique de biscuits Huntley and Palmers. Et c'était comme un paysage de Turner ; mais Maximilien ne connaissait pas Turner, et il contemplait pour la première fois ces horizons de joie et de mystère, ces infinis de lumière et de brume.

La voiture s'arrêta devant une des maisons roses, qui parut à Maximilien la plus belle de toutes, et

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les personnes qui l'accueillirent sur le seuil ne lui plurent pas moins que la maison. Le docteur Baldwin était un vieux monsieur très soigné; sa barbe blanche était taillée en pointe et il portait des lunettes. Mrs. Baldwin, qu'on appelait Bessie, était un peu lourde ; et elle avait les mains trop blanches d'une femme qui n'hésite pas à travailler ellemême la pâte du rolly-polly. Leur fille Ethel était faite et habillée comme un ange de Burne Jones.

— Master Geffrey, dit Mrs. Baldwin, en présentant aux nouveaux venus un garçon de dixhuit ans en tenue de sport.

Master Geffrey était beau et grave. Il avait le nez impérieux, les sourcils habituellement froncés; et, même au repos, ses yeux lançaient des éclairs corhme s'il eût continué de jouer. « Quel effet, se demanda soudain le jeune marquis, peut faire sur ces gens la bobine de mon précepteur ? » Il ignorait encore que les Anglais ne s'étonnent de rien, non point par stoïcisme, mais par respect de la liberté d'autrui .- chacun est libre ici-bas d'avoir la bobine qu'il lui plaît.

L'heure du dîner était proche. Maximilien, Gosseline et master Geffrey montèrent dans leurs chambres, aûn de revêtir leurs smokings. Ces trois chambres se communiquaient et les portes étaient ouvertes. Master Geffrey, hospitalier comme un Anglais, se mit au service des nouveaux venus.

Ils redoutèrent d'abord une conversation pénible : Geffrey ne savait pas un mot de français, et ils savaient fort peu d'anglais. Mais bientôt ils s'aperçurent que le vocabulaire le plus restreint leur suffirait pour se faire comprendre de ce jeune homme extrêmement simple ; et ils apprécièrent la commodité de pouvoir dire devant lui, dans leur langage, tout ce qu'il ne devait pas entendre.

Maximilien disait :

— Que pensez-vous de la jeune personne, miss Ethel? Croyez-vous qu'il y ait quelque chose à faire ?

Et Gosseline répondait :

— Moi, je dirais bien un mot à la petite bonne.

Mais ils tenaient ces propos de commis voyageurs machinalement et sans conviction, uniquement parce qu'ils étaient Français ; et ni Gosseline ne méditait d'entreprendre la petite bonne, ni Maximilien de manquer de respect à l'esthétique miss Ethel. Maximilien même rougit d'avoir pu prononcer de telles paroles et concevoir l'apparence d'une mauvaise pensée en présence de ce master Geffrey beau et chaste comme Hippolyte, et cependant point ridicule — de ce côté de l'eau.

La salle à manger était lambrissée de chêne très vieux, presque aussi noir que l'ébène. Maximilien fut placé à la droite de Mrs. Baldwin et à la gauche de miss Ethel. Mais il prêta peu d'at-

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tention à ses voisines, parce qu'il avait, vis-à-vis, une fenêtre grande ouverte sur la nuit claire, et derrière lui une porte également ouverte, et il se sentait continuellement caressé par la brise. Il était trop bon Français pour ne pas craindre ce courant d'air, malgré la chaleur du beau soir d'été. Il se disait : a Pourvu que je n'attrape pas un rhume ! » Cependant, il n'était pas incommodé. Au contraire. Il avait même le sentiment que cet air pur chassait de lui, en le traversant, bien des choses qu'il n'aurait su dire, mais que mieux valait dissiper. Il regarda master Geffrey qui était en face de lui, dont il ne sarvait rien encore, et qu'il ne connaissait même que par un prénom. Il sentit avec étonnement, mais avec une grande joie, qu'il l'admirait, et qu'il souhaitait devenir semblable à lui, et que peut-être cela n'était pas impossible, grâce à l'air pur, à la nuit sereine, à cette nuit fraîche et sans parfum.

Le docteur Baldwin seul parlait, en français par égard pour ses hôtes ; et Gosseline l'écoutait avec ravissement, car le docteur avait tout lu et il savait tout. C'était un philologue, un philosophe, un latiniste et un helléniste comme on n'en fait plus. Il n'était pas dénué de pédanterie, mais cette pédanterie, naïve, n'avait rien de rebutant : elle était chez ce vieil homme une grâce de plus, comme la gaucherie des tout jeunes gens. Il pouvait, sans

ressembler à Trissotin, dire : « Je me suis amusé, avant dîner, à écrire une quinzaine de vers grecs. » Et rien n'était touchant comm.e de l'entendre dire aussitôt après : « Chère Bessie, mon amour, corabien ce pudding est aimable ! s

Gosseline, qui ne pensait plus du tout à la petite bonne, suivit le docteur dans sa librairie. Master Geffrey dit à Maximilien :

— Voulez-vous venir faire un tour dans la ville ? Maximilien sourit avec malice, mais il vit bien

que master Geffrey n'entendait pas malice, et de nouveau il eut honte. Alors il s'efforça de construire une phrase anglaise correcte, et il dit avec résolution :

— J'ose dire que je suis très fatigué. J'ose dire que je voudrais plutôt aller au lit.

Geffrey ne demandait lui-même qu'à dormir. Ils montèrent ensemble.

— Voulez-vous, dit Maximilien, me permettre de laisser la porte ouverte, pour que l'air circule ?

— Naturellement, dit Geffrey.

Il était déjà couché, il s'endormit. Maximilien s'approcha de la fenêtre. La lune venait de paraître. Devant la maison s'étendait un herbage si vaste et si riche que Maximilien ne pouvait le regarder sans émotion ; et il se rappelait le jour qu'il avait vu la mer pour la première fois.

[e docteur Richard Baldwin prenait chez lui des pensionnaires, mais il ne leur donnait aucune leçon. Il ne leur fournissait, moyennant une rétribution d'ailleurs très élevée, que le vivre et le couvert, et, par-dessus le marché, l'exemple d'une vie respectable. Ceux qui voulaient s'instruire, ou en avoir l'air, fréquentaient l'un des trois collèges, dédiés à la Trinité, à Christ et à Magdeleine. Mais le duc de Coutras, qui avait du discernement, n'allait point confondre l'éducation avec l'instruction; et il n'avait pas ordonné que son neveu Ivlaximilien fréquentât Magdalen, ni Christ, ni Trinity, estimant qu'on lui ferait un caractère tout aussi bien, et plus économiquement, at home.

Master Geffrey était élève de Magdalen. Mais ses études ne le séparaient pas de Maximilien, qui

ne faisait aucune étude. Dans ce collège, il y avait bien des classes de temps à autre ; mais il était mal porté de les suivre trop assidûment, surtout à cette époque de l'année où l'on s'entraîne pour les grands matches. Maximilien, d'autre part, était admis à toutes les séances de jeu. On lui faisait fête, et on lui secouait les mains dès qu'on le savait Français ; on le félicitait de l'être et, à ce titre, on l'inscrivait d'ofiice, comme membre d'honneur, dans l'annuaire de toutes les unions et tous les clubs.

Cela était heureux, car, autrement, il se fût senti bien seul. Le docteur et Mrs. Baldwin auraient cru attenter à sa liberté en s'occupant de lui le moins du monde. Gosseline même le lâchait, pour se partager entre le docteur et la jeune personne descendue d'un cadre de Burne Jones. Séduite par l'originalité de cette physionomie où elle cherchait du symbole. Miss Ethel avait conçu pour le précepteur les sentiments les plus purs, mais les plus vifs. Elle ne pouvait plus se passer de le voir, non certes pour se rincer l'œil, mais pour mortifier, au contraire, son sens esthétique, et se procurer une délectation d'art morose.

Maximilien, dépaysé, et réduit à la société de Geffrey, se prit d'amitié pour lui comme il est naturel à cet âge. Mais quelle amitié singulière et incommode ! Les deux jeunes gens étaient insépa-

rables, et apparemment cette intimité ne déplaisait pas à Geffrey, puisqu'il ne s'y dérobait point ; cependant, Maximilien ne savait à la lettre rien de lui, et n'apprit même son nom de famille qu'au bout de quinze jours, un nom banal, qui ne disait rien, Barton. D'ailleurs, Geffrey Barton avait une si étrange façon de prononcer « Coutras » que cela revenait à l'ignorer.

Maximilien, qui n'avait de sa vie fait un effort intellectuel, apprit en moins de trois semaines prodigieusement d'anglais, afin de causer plus couramment avec son ami : cela ne lui servit de rien, car il n'en causa pas davantage. Master Geffrey pouvait demeurer à ses côtés une heure entière sans échanger avec lui trois idées ; et Maximilien découvrit que l'on souffre de n'échanger pas des idées.

Mais il souffrait encore plus de ne pouvoir donner à Geffrey aucun témoignage d'affection et de n'en recevoir aucun. Et il s'étonnait d'en souffrir, il ne se reconnaissait pas lui-même : il ne s'était pas cru jusqu'alors susceptible de tendresse. Les gens qui l'avaient élevé ne l'aimaient point, il les payait de retour, et il ne leur en voulait pas autrement : il sentait que c'est une force de n'avoir point de cœur. Gosseline était le premier être humain qui lui eût inspiré une manière de sympathie. Et voici que maintenant il s'affectionnait à un étranger incom-

préhensible, quelle fatalité! Il résolut de soumettre le cas à son précepteur.

— Qu'est-ce qui vous étonne? lui dit Gosseline. Vous ne comprenez rien à M aster Geffrey parce que vous n'y devez rien comprendre, ou alors ce serait la fin de tout. Vous touchez à l'un des plus graves problèmes de la psychologie, à celui de a l'âme étrangère ». Il y a encore des races, rnon cher Maximilien, peut-être même une hiérarchie des races, et votre oncle vous a transporté en Angleterre parce qu'il préjugeait par ouï-dire la supériorité de l'espèce anglaise. Si l'âme de Master Geffrey ne vous demeurait pas impénétrable, c'est M. de Gobineau qui ne serait pas content, ni M. Bourget, ni Barrés, et les doctrines nationalistes recevraient un fameux coup. Tenez-vous heureux que monsieur le duc ne vous ait pas envoyé réformer votre caractère encore plus loin, par exemple chez les Japonais. Lafcadio Hearn, qui vécut parmi eux de longues années, avoue modestement qu'il les ignore, et il ne lui a pas fallu moins de trente pages pour analyser, sans la résoudre, l'énigme de leur sourire.

Maximilien repartit avec naïveté, rnais avec assez de bon sens :

— Je ne m'étonnerais pas de ne rien comprendre à un Japonais, qui diffère de moi au physique, par la taille, la structure du corps et même la couleur

de la peau. Mais Geffrey est bâti comme vous et moi (il disait « vous » par politesse). Il est même bien mieux bâti. Il est protestant, mais chrétien comme nous, et s'il a l'inconvenante habitude de tutoyer le bon Dieu, du moins il y croit, dur comme fer. Sa façon d'être bien élevé ne diffère pas sensiblement de la mienne. Et cependant, je ne peux jamais lui tirer plus d'un mot à la fois ! L'autre jour, après cinquante-cinq minutes d'une promenade muette, je me suis risqué à lui dire : « Mon cher Geffrey, j'éprouve le plus grand plaisir à me promener avec vous. » Il m'a répondu : « Réellement ? »

— Beaucoup de ses compatriotes, fit Gosseline, ne vous en auraient pas répondu aussi long. Mettez-vous dans l'esprit que les différences morales ne sont pas en raison des différences physiques, et que le plus jaune des Nippons est encore moins différent d'un Parisien que le plus blanc et le plus rose des Anglais.

Les élèves de Magdalen donnèrent, à peu de jours de là, une grande fête sportive, avec régates sur la Tamise, courses à pied et matches de cricket. Les familles des élèves y furent conviées. Gosseline et Maximilien assistèrent à leur arrivée, et s'émerveillèrent de voir comme tous ces garçons, même les plus jeunes, avaient une façon virile d'accueillir leurs chers parents. C'étaient de secs bonjours, de

brefs How do you do? la main secouée à se décrocher l'épaule, et rien de plus.

Cependant, un boy d'une quinzaine d'années, qui souffrait peut-être plus que les autres de n'avoir pas embrassé sa maman depuis deux ou trois mois, lui sauta au cou sans façon. Mais ses camarades ne dissimulèrent point leur réprobation, et même leur dégoût d'un procédé si scandaleux.

Sur l'eau de la rivière, les bateaux pavoises se touchaient ; c'était comme un parquet mouvant. Aux fenêtres des house-boats, des jeunes filles vêtues de toilettes claires riaient en plein soleil.

— Quel joli spectacle ! dit Maximilien à Geffrey, pour lui faire un compliment.

Il ajouta :

— Mais c'est presque dommage de le regarder d'aussi près. Cela doit être encore plus joli du haut de la colline.

— Oui, dit Geffrey, qui dut, au même instant, quitter Maximilien, pour prendre part à une course à pied.

Il s'agissait de grimper jusqu'au sommet précisément de la colline, et de revenir au point de départ.

Geffrey était le champion de son' club et, aux épreuves d'essai, il avait plusieurs fois accompli cette montée et cette descente en quatre minutes quarante-sept secondes. Or, il arriva mauvais deuxième, et son parcours fut chronométré cinq mi-

nutes. Les membres du club l'environnèrent aussitôt et lui demandèrent compte assez rudement de cette mauvaise performance.

— C'est, dit-il, qu'en arrivant là-haut et en me retournant, j'ai été saisi de la beauté du spectacle et je n'ai pu me défendre de m' arrêter quelques secondes pour le contempler.

Cette excuse insensée causa une telle stupeur que personne ne trouva rien à répondre. Mais, lorsque Geffrey se fut éloigné, ses collègues tinrent un bref conciliabule.

Après le départ des invités, un élève de Magdalen, que l'on appelait le capitaine, intima militairement à Geffrey et au boy qui avait embrassé sa mère l'ordre de se rendre au collège. Ni Geffrey ni le boy n'opposèrent aucune résistance. Gosseline et Maximilien suivirent, par curiosité.

On alla tout droit à une grande salle gothique, dont les murs étaient ornés des portraits d'anciens élèves devenus ultérieurement grands hommes. Ce hall servait ordinairement de réfectoire, mais il avait plutôt l'aspect d'une salle d'audience. Le capitaine, flanqué de deux assesseurs, monta sur un estrade qui était au fond, et de là déclara au boy qui avait embrassé sa mère et à Geffrey qu'ils devaient recevoir chacun vingt-cinq coups de jonc.

L'exécution eut lieu séance tenante. On commença par le boy et, tandis que l'on le fouettait,

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ses camarades imitèrent ironiquement le bruit des baisers. Pendant que l'on fouettait Geffrey, les uns répétèrent plusieurs fois : « Cela vous apprendra à vous arrêter au beau milieu d'une course pour admirer la nature. » Les autres se contentèrent de pousser des cris féroces. Maximilien, révolté, les larmes aux yeux, voulait se jeter sur ces barbares, défendre, à lui seul, son ami. Gosseline l'entraîna dehors et s'efforça de le calmer par de bonnes paroles.

— Méfiez-vous, lui dit-il, de votre sensibilité. Les Français, dont le caractère, hélas ! va s'énervant chaque jour, ont pris en horreur les châtiments corporels. Moi, je trouve que la suppression de la peine de mort est une sottise et que nous devrions rétablir celle du fouet. Rappelez-vous que, dans les derniers temps de votre séjour à Paris, la crainte des apaches vous avait fait perdre le sommeil. Or, il est démontré par l'expérience que les apaches renoncent presque toujours à leur métier dès qu'ils ont fait connaissance avec le chat à neuf queues.

— Je veux bien qu'on fouette les assassins et les cambrioleurs, dit Maximilien, mais Geffrey et ce garçon appartiennent à la meilleure société, et ce n'est pas un crime d'embrasser sa mère ni d'admirer la nature.

— • Nous n'en sommes pas juges, dit Gosseline. Il est possible que ces deux délits soient mons-

trueux aux yeux des Anglais. Quant à la qualité de gens du monde, elle n'a jamais exempté personne du fouet, même en France. Plusieurs de nos rois se sont félicités, — après coup, il est vrai, — d'avoir reçu les verges, et ont dit que cela les avait dressés. Vous-même, croyez-vous que cela ne vous eût pas fait du bien d'être un peu fessé, quand vous avez chipé à Irma ses trois louis ? Entre nous, vous ne l'auriez pas volé.

— Il est possible que je ne l'eusse pas volé, mais je ne l'aurais pas supporté, dit Maximilien. j'en serais mort !

— Vous n'auriez pas été le premier, dit Gosseline. Saint-Simon raconte que le jeune Boufïlers, ayant reçu ce châtiment (pour une faute beaucoup plus légère que la vôtre), en fut si bouleversé qu'il tomba malade le jour même et mourut quatre jours après.

— Voilà, dit Maximilien, ce que c'est que d'avoir le sentiment de la dignité humaine et de l'honneur.

— Sans doute, dit Gosseline, et j'admire le jeune Boufflers, tout en le plaignant. Il est certain que les Anglais sentent ces choses-là autrement que nous, puisque nos duels les font rire, qu'ils ne demandent réparation qu'aux tribunaux, et qu'ils reçoivent le fouet sans se croire diminués. Je conçois que tout cela vous étonne. Moi aussi. Mais enfin nous n'allons pas sérieusement prétendre

qu'ils sont des poules mouillées et qu'ils n'ont pas, à leur façon, un sentiment aussi vif que nous de l'honneur et de la dignité humaine.

Sur ce, Master Geffrey, qui n'avait pris que le temps de rajuster ses vêtements, rattrapa Maximilien et Gosseline. Il rentra en leur compagnie à la maison et, comme sept heures sonnaient, il endossa son smoking ; et il fit le nœud de sa cravate aussi posément, aussi correctement, que s'il n'eût pas été, une demi-heure plus tôt, déculotté en public et corrigé par ses pairs.

EPUIS que Geffrey Barton avait reçu le fouet et ne s'en portait pas plus mal, Maximilien de Coutras avait beau se raisonner, il ne l'admirait plus du tout. Il entendait l'honneur comme le Cid. c'est un bon modèle. Il pensait qu'un homme battu, qui n'a pas lavé cet outrage dans le sang, est infâme et indigne du jour. Or, Master Geffrey ne paraissait pas se douter le moins du monde qu'il fût indigne du jour. Pour le lui apprendre, Maximilien se mit à le houspiller du matin au soir, croyant que l'on ne risque rien à houspiller un garçon qui encaisse les coups sans les rendre : en quoi, d'ailleurs, il se trompait.

Il procédait par allusions plus ou moins claires à la mésaventure de Geffrey, qui ne les comprenait que si elles étaient fort claires. Cette nécessité

de mettre les points sur les i lui fi.t un jour passer la mesure. Il cria d'une chambre à l'autre pour demander à Geffrey si les traces de ses glorieuses blessures ne commençaient point de s'effacer. Geffrey vint au lieu de répondre, fort rouge, mais fort calme, et, après avoir demandé poliment à Maximilien s'il était prêt, lui administra trois coups de poing qui lui ârent voir trente-six chandelles.

Ce Geffrey avait décidément, de l'honneur, une conception extraordinaire : il n'en voulait pas plus aux gens des coups qu'il leur donnait que des coups qu'il avait reçus. Il ne garda point de rancune à Maximilien, et parut s'étonner que son camarade (qui ne lui avait point riposté) lui battit froid.

Maximilien n'avait pas riposté parce qu'il n'était pas le plus fort, et que l'honneur même interdit aux hommes faibles et bien élevés de se commettre avec les portefaix. Mais il grommela que cela ne se passerait pas ainsi, et il fut tout droit annoncer à Gosseline son intention d'appeler en duel master G. Barton.

— Vous n'y pensez pas? dit Gosseline.

— Je n'ai pas besoin d'y penser. Gela va de soi. Je me nomme Coutras.

— Je le sais, dit Gosseline, mais vous êtes mineur. En France même, vous auriez toutes les peines du monde à trouver deux témoins, et ici vous n'en

trouverez pas un, car je vous avertis que je ne marche pas : je n'ai pas envie de me faire condamner au hard labour. Quant à vous, si vous tuez ce garçon, vous serez pendu.

— Un Coutras !

— Vous voyez qu'il faut vous conformer aux usages de ce pays, si vous ne voulez point perdre votre honneur encore plus sûrement. J'ajoute, mon cher Maximilîen, que vous ne devez point, par patriotisme, contribuer au maintien de légendes qui discréditent notre pays. Maints Anglais persistent à croire que les Français mangent des grenouilles à tous leurs repas, qu'ils ne se lavent jamais les dents, et qu'ils se battent en duel une fois par semaine au bas mot. Mrs. Baldwin nous a offert des grenouilles, et nous les avons refusées ; vos dents sont blanches, vous les avez toujours brossées, et moi-même je me mets à brosser les miennes. Achevez de détruire l'injurieuse légende : gardez vos coups de poing d'aussi bonne grâce que Master Geffrey a gardé sa fessée Mais il a eu tort de vous cogner de ce côté-ci : vous avez un œil au beurre noir et vous n'êtes pas à votre avantage.

— C'est bon, dit le marquis en se redressant, je garderai. Mais je ne peux plus voir Geffrey, et j'en ai assez de l'Angleterre.

— Moi aussi, dit Gosseline. Je trouve les rôtis

fades et les puddings dégoûtants. Mon flirt avec miss Ethel a étrangement mal tourné. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle ne m'a pas accordé cela ; mais, par sa ressemblance aux personnages de Botticelli, elle m'a rappelé Montmartre, et me voilà, grâce à elle, atteint de nostalgie. Je mourrais d'ennui, sans la bibliothèque du vieux. Mais je ne suis pas un pur esprit. Comme je vous l'avais fait pressentir dès le premier jour, j'ai sonné la petite bonne et j'ai tenté de lui dire deux mots : il faut qu'elle n'y ait rien compris, puisqu'elle ne m'a pas jeté à la figure le broc qu'elle m'apportait. Le diable est que ce ravissant pays, en cette saison de l'année, est plus voluptueux que la Grèce antique ou la campagne ardente de Naples.

Et tous ces b -là n'ont seulement pas l'air de

s'en apercevoir ! Ils n'ont donc pas de sang dans les veines ? J'en ai, moi qui ne suis pas un athlète, et il bout.

— A qui le dites-vous, monsieur? repartit Maximilien en rougissant. Je ne vous en ai pas reparlé, parce que vous vous êtes moqué de moi sur le bateau. Vous m'avez dit que c'est un travers français d'y penser toujours, comme de manger des grenouilles, de donner sa carte et de mal soigner ses dents. Mais j'y pense, et de plus en plus. Vous venez de dire des choses bien justes sur l'in'fluence voluptueuse de ce climat et sur le privilège que

semblent avoir les indigènes d'y demeurer insensiBles. Privilège peu enviable ! Que diriez-vous donc, si, au lieu de vous confiner dans la bibliothèque du docteur, vous preniez part à nos exercices physiques ! Les jeunes filles ne s'y mêlent pas, mais elles ne se font pas faute d'y assister, et le sivimming particulièrement les intéresse. Moi, cela me trouble. Miss Ethel elle-même, qui est si peu matérielle, ne craint pas de se promener sur les berges de la Tamise : il est vrai qu'elle y emporte un magazine, mais c'est pour se donner une contenance, et vous pouvez croire qu'elle ne le lit jamais.

— Ce pays, dit Gosseline, est le Paradis ; mais c'est le Paradis avant l'arbre, et il n'a pu être véritablement agréable qu'après, entre la chute et l'expulsion.

— Monsieur, reprit timidement Maximilien après une petite pause, nous sommes bien libres, on ne nous surveille point. Pourquoi n'irions-nous pas faire un tour en ville après dîner? Geffrey me l'avait proposé, le premier soir, et j'ai eu la sottise de refuser. Il n'y entendait pas malice, mais... on pourrait voir.

— Oui, dit Gosseline, rêveur, on pourrait voir... Aussitôt après le dîner, ils sortirent : on ne leur

demanda point oij ils allaient, et l'on poussa même la discrétion jusqu'à ne point remarquer qu'ils sor-

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taient. Ils se dirigèrent vers la grande rue qui traverse la ville de bout en bout, et qui s'appelle naturellement High Street. Dès les premiers pas, ils purent voir qu'ils s'étaient fait une idée très fausse de la chasteté des indigènes. A cette heure où toutes les boutiques étaient closes et les bars seuls entre-bail lés, des femmes circulaient : et elles étaient même beaucoup plus nombreuses que ne l'eût exigé le chiffre total de la population. Ils n'en reconnurent pas une seule pour l'avoir rencontrée de jour : apparemment elles ne prenaient l'air qu'après le coucher du soleil. Toutes étaient décemment, et surtout simplement vêtues ; elles portaient toutes des chapeaux, mais sans trop de fleurs ni de plumes. Il n'était cependant point possi'ole de se méprendre à leurs allures, et les policemen seuls paraissaient ignorer absolument ce qu'elles faisaient là, parce qu'en Angleterre, la consigne des policemen est d'ignorer.

Il y avait aussi beaucoup de soldats, que Maximilien ni Gosseline ne se souvenaient pas d'avoir jamais vus. Ils ne sortaient donc qu'après le couvrefeu, comme les femmes? Et les uns étaient tout petits, et les autres étaient très grands, pas un seul n'était d'une taille moyenne. Ils portaient de courtes badines et des calottes de polo.

C'est à eux que les femmes s'attaquaient de préférence, plus rarement aux civils; et quant aux

élèves des collèges, ils n'étaient pas dehors à cette heure. Gosseline et Maximilien ne furent l'objet d'aucune avance : ils s'expliquèrent cette abstention par le sentiment de la race, et ils ne la regretlèrent point, sans doute par un effet du même sentiment.

— Rentrons, dit Maximilien.

— Allons au parc, dit Gosseline.

Ils y allèrent.

Sur les vastes pelouses, au pied des arbres en bouquets, et dans les allées les plus découvertes, la liberté était encore plus grande que dans la rue : car tout ne se passait point en conversations. Ce spectacle parut curieux à Gosseline, mais il cfFraya Maximilien, qui répéta, avec plus d'insistance :

— Monsieur, rentrons.

A ce moment, en dépit de leurs allures étran- ^.^ères et du sentiment de la race, ils furent abordés par une jeune personne, qui leur dit quelque chose qu'ils entendirent bien en gros, mais non point littéralement. « Ce serait, pensèrent-ils, tout un vocabulaire nouveau à apprendre. Est-ce la peine pour si peu de temps ?» Et ils hâtèrent le pas.

Mais, pour rentrer, ils devaient repasser par High Street. Comme ils s'engageaient dans cette rue, ils furent interpellés en français par une femme,

qui leur demanda où ils couraient si vite et les qualifia de jolis blonds, encore que Gosseline ne fûl point joli et que Maximilien fût plutôt brun.

Ils eurent plaisir à entendre le doux parler de leur pays. Ils ralentirent leur train, puis ils s'arrêtèrent tout à fait, et enfin ils se retournèrent. La personne qui venait de leur adresser la parole était vêtue de piqué blanc, et coiffée d'un énorme chapeau noir, dit Gainsborough : elle n'en avait pas l'air plus anglais.

Gosseline savait mieux que Maximilien ce qu'il sied de dire à une femme, quand on ne Ta jamais vue et qu'on aspire à faire sa connaissance la plus intime.

— Comment, lui demanda-t-il, avez-vous pu deviner de dos que nous étions Français?

Elle déclara, sans l'expliquer, que cela se voit du premier coup. Ils en convinrent, et assurèrent qu'ils l'avaient recormue pour Française avant même que de se retourner, et encore bien plus depuis.

Gosseline lui demanda ensuite son nom et ce qu'elle pouvait bien faire dans ce sacré pays. Elle ne dissimula point qu'elle y faisait ce qui se fait, quoi qu'on dise, partout Elle s'appelait Germaine. Elle s'était, depuis plusieurs mois, installée à Londres, où il vient pas mal de Français qui n'aiment guère à changer leurs habitudes. Elle était venue « dans ce trou » prendre des vacances, mais

il ne paraissait point qu'elle en prît : car elle demanda sans plus de façon aux deux jeunes gens s'ils voulaient venir vider dans sa chambre, à l'hôtel de la Biche blanche, un pot de cider-cup.

— Nous sommes deux, dit Gosseline.

— Qu'est-ce que ça fait? dit Germaine. Gosseline objecta :

— C'est que je suis son professeur.

Germaine, qui préférait Gosseline, lui dit :

— Viens, toi : le petit rentrera bien tout seul.

— Ça, par exemple, c'est trop fort ! dit Maximilien, vexé.

— N'avez-vous pas une amie? dit Gosseline.

Elle avait une amie, et cela pouvait tout arranger; mais, comme dix heures venaient de sonner, ]\îaximilien fit observer qu'il était imprudent de rentrer plus tard, et que Mrs. Baldwin, pour mieux feindre d'ignorer leur sortie, pourrait bien tirer à l'intérieur les trois verrous de siàreté. La partie fut remise au lendemain.

— Monsieur, dit avec émotion Maximilien, je vous remercie.

— De quoi? dit Gosseline.

— De ne pas m'avoir planté là, et d'avoir demandé à cette dame si elle a une amie.

— C'est la moindre des choses, dit Gosseline.

c Dans quelques heures, pensa Maximilien, j'au-

rai ma seconde maîtresse. Je regrette de ne pas savoir comment elle s'appelle. »

Les verrous n'étaient point tirés. Ils rentrèrent sans encombre. Ils marchaient sur la pointe du pied, et Maximilien évita de faire grincer la porte de sa chambre. Sur le seuil il s'arrêta, pour écouter la respiration égale de Geffrey, qui dormait, du sommeil de l'innocence. Et il sourit.

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