‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 111 sur 144 · I. Manche, arr. Saint-Lô, c. Saint-Jean-de-Daye · texte numérisé non relu

I. Manche, arr. Saint-Lô, c. Saint-Jean-de-Daye

dist au dit Harace que, se il tenoit le dit papier, il ne lui bailleroit pour puissance que il eust, et le dit Harace lui respondi que si feroit. Et lors se' meurent paroles arrogantes entre eulx, et après se départirent mal contens l'un de l'autre et s'en alérent chascun en son hostel jusques au soir d'icellui jour. A laquelle heure, qui estoit après soleil couchié, le dit suppliant partit de son dit hostel une hache de guerre en sa main pour cuider aler faire le guet en leur église pour résister contre les brigans i, ainsi que par justice avoit esté ordonné le faire au pays auparavant. En alant a laquelle église, non sachant que le dit Harace feust hors de son hostel et n'y pensoit aucunement, trouva le dit Harace qui estoit d'un costé d'une haye ou closture de terre appartenant au dit suppliant, et le dit suppliant de l'autre costé. Et pour ce que le dit Harace prenoit et vouloit emporter une branche de la closture de la haye du dit suppliant au desplaisir d'icellui suppliant, icellui suppliant lui dist qu'il la laissast et qu'il ne l'emporteroit pas; lequel Harace dist que si feroit eticelle et autres et qu'il avoit passé et passeroit par la dicte brèche. Et sur ce se meurent paroUes arrogantes entre eulx. Entre lesquelles, le dit Harace dist au dit suppliant qu'il estoit soustraiteur de brigans ; ou contempt et despit desquelles parolles et force que lui faisoit le dit Harace d'emporter partie de la closture de sa dicte haye contre sa voulenté, le dit suppliant tempté de l'ennemi fery le dit Harace de la dicte hache un cop seul par la teste, a sang, a playe, a test cassé et descouvert. Et depuis fut mené le dit Harace a la dicte église par aucuns de ses amis ayant encore bon sens, parole et mémoire, et deux jours après ou environ, pour raison d'icellui cop, mort s'ensuy en la personne du dit Harace.... Donné a Paris ou mois de décembre l'an de grâce mil iiiic et vingt

I. Ces « brigands » ne sont autres que les Normands restés fidèles à la cause française. Si les Anglais, malgré la victoire qu'ils avaient remportée à Verneuil six mois auparavant, faisaient faire le guet dans toutes les églises du Cotentin en janvier 1425, il y a lieu d'en conclure que la sécurité des habitants de cette région était alors bien mal assurée et surtout que le parti national avait conservé beaucoup d'adhérents en basse Normandie. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que le siège mis devant le Mont-Saint-Michel depuis les première jours de septembre 1424 avait obligé les envahisseurs à diminuer l'effectif des garnisons au moyen desquelles ils tenaient en respect le pays conquis.

cinq, et de nostre règne le quatrième. Ainsi signé : par le roy, a la relacion du Conseil. Neelle.

(Arch. Nat., sect. hist., JJ i-jS, n° 3 14, /o i32.)

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