DECEMBRE, SAUMUR
Rémission octroyée par Charles VII à Pierre de Cour celles,, dit l'Ermite, homme de guerre de la garnison du Mont- Saint-Mi chel, qui avait tué à la suite d'une rixe dans une des tavernes du Mont un autre soudoyer de la dite garnison, nommé Raoulin Cecille, dit Ragot, avec lequel il avait perdu dou\e quartes de vin en jouant au tir de l'arc dans la grève.
Charles, par la grâce de Dieu roy de France, savoir faisons à tous presens et avenir nous avoir receue l'umble supplicacion des parens et amys charnelz de Pierre de Courcelles, dit l'Ermite, homme de guerre de la garnison du Mont Saint Michel, aagé de trente ans ou environ, contenant que, certain jour du mois de mars derrain passé, le dit Pierre et Raoulin Cecille, dit Ragot, estans ensemble au dit lieu du Mont Saint Michiel, firenr entreprinse pour aler tirer de l'arc en la grève pour une quarte de vin, et tant continuèrent leur jeu que le dit de Courcelles perdi douze quartes de vin, et ce fait alèrent en la taverne boire. Et après ce qu'ilz eurent bien beu, le dit Ragot qui avoit gangné interroga le dit de Courcelles combien il paieroit voulentiers de la perte qu'il avoit faicte. A quoy le dit de Courcelles respondi qu'il en paieroit voulentiers quatre quartes de vin. Dont le dit Ragot ne fut pas content et dist au dit de Courcelles qu'il en paieroit huit quartes, et que les compaignons qui les avoient regardez jouer lui avoient dit que le dit de Courcelles s'estoit vanté que, se il gangnoit du dit Ragot, qu'il lui feroit tout paier. Lesquelz compaignons estans illec presens distrent que le dit de Courcelles en paieroit six quartes ou se mettroit à la voulenté du dit Ragot. A quoy dist le dit Ragot que, se le dit de Courcelles s'en mettoit à sa voulenté, qu'il en paieroit huit. Lequel de Courcelles,
voyant la rigueur et oultrage du dit Ragot, lui dist qu'il estoit meschant homme. Lequel Ragot bien rigoreusement dist au dit de Courcelles qu'il avoit tousjours ses haultes paroles et que, s'il le hastoit, qu'il lui feroit paier les douze quartes. Dont le dit de Courcelles, qui avoit ja bien beu et estoit fort eschauffé et courroucié pour cause de la rigueur du dit Ragot, réitéra les dites paroles de rechief au dit Ragot qu'il estoit meschant homme, comme se il voulsistdire que icellui Ragot ne deust pas vouloir tant boire, et que c'estoit plus que raison. Sur quoy le dit Ragot respondi au dit de Courcelles de félon courage qu'il estoit aussi homme de bien comme lui. De laquelle response le dit de Courcelles fut fort esmeu et indigné. Et en disant au dit Ragot que non estoit, ferit icellui Ragot du dos de la main à revers sur le visaige. Après lequel cop bien impétueusement se leva le dit Ragot, moustrant qu'il voulsist courre sus au dit de Courcelles. Lequel de Courcelles, qui ja estoit eschauffé et fort abuvré, voulant lui résister pour eschever que le dit Ragot ne lui feist villenie, tira une dague qu'il avoit et en ferit le dit Ragot ung seul cop en la poitrine. Duquel cop icellui Ragot ala incontinent de vie à trespassement. Pour occasion duquel cas icellui, de Courcelles s'est absenté du pais et laissée la dite garnison du Mont Saint Michiel et n'y oseroit jamais retourner en péril d'en cheoir en dangier de justice et d'en recevoir punicion corporelle, se nostre grâce ne lui est 'sur ce impartie, comme dient les diz supplians, requerans humblement que, attendu que le cas dessus dit est avenu par chaleur et après boire, et n'avoient les parties paravant aucune hayne les ungs aux autres, que le dit de Courcelles est vaillant homme de guerre et nous a bien et loyaument servy en la dite garnison contre les Anglois noz adversaires et a encores vouloir de faire, s'il en a faculté, et que autrement il a esté de bonne renommée et conversacion sans oncques mais estre attaînt d'autre reprouche, nous lui vueillons impartir nostre dite grâce et miséricorde. Pour ce est il que nous, ces choses considérées, voulans en faveur des services que nous a faiz le dit de Courcelles en la dite garnison et autrement contre noz ennemis, lui préférer en ce présent cas, qui est avenu de chaude cole et après boire, grâce et miséricorde à rigueur de justice, au dit Pierre de Courcelles
PIÈCES DIVERSES 1 3g
ou cas dessus dit avons quitté, remis et pardonné et par ces présentes Si donnons en mandement par ces présentes au bailli de Coustantin... Donné à Saumur ou mois de décembre l'an de grâce mil ccccxli, et de nostre règne le xxme. Ainsi signé. Par le roy, les sires de Tucé et de Blainville et autres presens. Morel. Visa, contentor : S. du Ban.
(Arch. Nat., sect. hist., JJ 176, n° 3g4.)
1441 (n. st.), mars, HUFFEC
Rémission octroyée par Charles VII à Jean de Brecey, écuyer, tenant garnison dans la forteresse du Mont- Saint-Michel sous Louis, seigneur d'Estouteville, capitaine de la dite forteresse, lequel Jean, à l'instigation de Guillemin Mauvoisin , avait pris part à un complot tramé par le dit Guillemin, Laurent Leconte, Perrin du Puis, Jean Charpentier et Vun des hérauts de la garnison, de concert avec le baron de Coulonces et Jean le Brun, complot tendant à livrer la place du Mont-Saint-Michel à un capitaine français autre que le seigneur d'Estouteville.
Charles, par la grâce de Dieu roy de France, savoir faisons à tous presens et avenir nous avoir receu l'umble supplicacion des parens et amis charnelz de Jehan de Brecé, escuier, contenant que le dit Jehan de Brecé estant japieça des gaiges, serement, retenue et garnison de nostre place et forteresse du Mont Saint Michiel soubz le gouvernement de nostre amé et féal cousin Loys, seigneur d'Estouteville, chevalier, nostre lieutenant et capitaine de par nous en la dite place et forteresse et en l'abbaye du Mont Saint Michiel, après plusieurs longues et grandes parolles eues et parlées
de plusieurs choses avec Guillemin Mauvoisin qui estoit aussi de la dite garnison, gaiges et retenue du dit lieu du Mont Saint Michiel, icellui Guillemin Mauvoisin luy parla, pratiqua et ouvry qu'il avoit entencion et entreprinse de prendre par substilité et d'aguet la dite place, forteresse et abbaye du Mont Saint Michiel sur nostre dit cousin et capitaine et en bouter hors icellui nostre cousin pour y mettre autres gens de nostre party. Et après la dite matière ouverte et parlée par le dit Mauvoisin au dit Jehan de Brecé, et que icellui de Brecé lui eust demandé en quelles mains il vouloit mettre nostre dite place et forteresse, et que icelluy Mauvoisin luy eust respondu qu'il la vouloit mettre es mains d'aucuns seigneurs tenans nostre party, comme dit est, icellui de Brecé promist au dit Mauvoisin estre de sa bende, aide, confort et aliance. Et après le dit Mauvoisin lui dist qu'il estoit desja venu gens jusques es marches de Bretaigne, en entencion d'estre à la prinse et prendre la dite place et forteresse ; mais pour ce que la chose n'estoit pas encores preste, s'en estoient retournez, mais qu'il avoit mis la chose à certain autre terme lors avenir. Duquel terme le dit Jehan de Brecé n'est recors, mais que ce fut à ung jour de feste, et luy dist qu'il auroit autres gens et nouvelles dedans le dit terme. De laquelle matère et entreprinse les diz Jehan de Brecé et Mauvoisin parlèrent par plusieurs foiz et soustindrent ensemble. Et lui dist le dit Mauvoisin que le baron de Coulonces, Lorens le Conte, Jehan le Brun et l'un des heraulx en estoient d'accord, et leur en avoit parlé, mais qu'ilz ne savoient riens l'un de l'autre. Et depuis les diz Mauvoisin, Jean de Brecé, suppliant, et Lorens Leconte assemblèrent ensemble à ung jour dont lui souvient et advisèrent et pratiquèrent comme ilz feroient l'execucion de la dite matière et entreprinse. Et fut par eulx conclud et advisé qu'ilz metteroieut une embusche de gens en l'ostel des Heraulx, qui estoit dedans la dite place bien près de la porte et entrée de la dite abbaye, et après monteroient autre nombre de gens de leur aliance en la dite abbaye, et le plus qu'ilz pourroient, comme s'ilz voloient oyr la messe ; et à l'issue de la grant messe, descendroient à la porte, prendroient les haches et bastons des portiers, mettroient les diz portiers dehors et garderoient la dite porte ; et, ce fait, crieroient
aux gens de la dite embusche qu'ilz yssissent, et que lors sauldroient les gens de ladite embusche par ung petit huys qui est en l'ostel de l'un des diz heraulx pour venir à la dite porte. Et finablement, en parlant et traictant la dite matère et entreprinse, fut dit, juré et promis et accordé par le dit Jehan de Brecé, suppliant, Lorens Leconte, Perrin du Puis, Jehan Charpentier et l'un des diz heraulx, ne scet le dit de Brecé si le dit Brun estoit présent, qu'ilz ne accuseroient point l'un l'autre, et que, s'il advenoit que l'un d'eulx encusast l'autre, l'accusé seroit receu à gaige de bataille contre l'accusant. Pour occasion duquel cas qui est venu à la notice de nostre dit cousin lieutenant, le dit Jehan de Brecé, qui a esté interrogué par justice du dit cas, doubte qu'on vueille procéder à rigueur de justice et qu'il n'ose jamais converser ne repairer au pais, se noz grâce et miséricorde ne lui estoient sur ce imparties, en nous humblement suppliant que comme en tous autres cas il ait esté et soit homme de bonne vie, renommée et honneste conversacion, sans avoir esté attaint ne convaincu d'autre villain cas, blasme ou reprouche, nous luy vueillons impartir nos dites grâce et miséricorde. Pourquoy nous, ces choses considérées, voulans miséricorde estre préférée à rigueur de justice, au dit Jehan de Brecé, suppliant, avons remis, quitté et pardonné et par
ces présentes Si donnons en mandement à nos amez et
feaulx conseillers les gens tenans et qui tendront nostre parlement, aux bailliz de Touraine et des ressors et exempcions d'Anjou et du Maine, bailly ou viconte d'Avranches et
à touz noz autres justiciers Donné à Ruffec ou moys de
mars l'an de grâce mil cccc quarante et ung et de nostre règne le xxme, soubz nostre seel ordonné en- l'absence du grant. Ainsi signé. Par le roy, le conte de Tancarville, l'admirai, le sire de la Varenne et autres presens. Giraudeau. Visa. Contentor. J. de la Garde.
{Arch. Nat., sect. hist., JJ 176, n° 40 1 ■)
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